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Date

23 janvier 2025

Une hausse record de consommation de cocaïne en France

La consommation de cocaïne en France atteint des sommets sans précédent. Selon le rapport annuel de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) pour 2025, près de 9,4 % des adultes entre 18 et 64 ans ont déjà expérimenté la cocaïne, marquant une augmentation significative par rapport aux années précédentes. Parmi eux, 2,7 % en ont consommé au cours de l’année écoulée, un chiffre alarmant qui place la France parmi les pays européens les plus touchés par ce phénomène.

En 2023, près de 1,1 million de Français ont déclaré avoir consommé de la cocaïne, soit près du double par rapport à 2017. Cette hausse souligne la gravité de l’évolution des comportements addictifs dans l’Hexagone.

La hausse de l’usage régulier de cette drogue stimule un débat crucial sur ses causes et ses conséquences. Quels sont les moteurs de cette tendance, et comment la société française peut-elle y répondre efficacement ?

Le profil des consommateurs de cocaïne en France

Autrefois associée à un usage élitiste, la cocaïne est aujourd’hui devenue une drogue à portée de publics variés. Le rapport de l’OFDT révèle que l’âge moyen des consommateurs tend à baisser, touchant notamment les jeunes adultes. 1,4 % des adolescents de 17 ans rapportent avoir déjà essayé la cocaïne, un taux qui pourrait paraître faible mais qui indique une préoccupante progression parmi cette tranche d’âge vulnérable.

De plus, les différences de genre s’amenuisent : bien que les hommes soient encore majoritaires parmi les consommateurs (13,4 % contre 5,5 % pour les femmes), la progression de la consommation féminine suggère une évolution socioculturelle dans l’usage des drogues.

Les tortures infligées au mot « drogue »

Pr. Jean Costentin

        Sous le prétexte que tabac et alcool sont licites certains oublient qu’il s’agit de drogues. Ne voit-on pas fleurir des expressions comme « le tabac et l’alcool ainsi que les drogues », comme si le tabac et l’alcool n’en étaient pas. Comme s’ils n’étaient pas convoqués pour intensifier la transmission dopaminergique dans le noyau accumbens et stimuler ce faisant les récepteurs dopaminergiques D2 de ce noyau pour susciter une sensation de plaisir ; ce qui est le mécanisme d’action neurobiologique commun à toutes les drogues.

Le tabac et l’alcool sont des drogues, de vraies drogues, et souvent des drogues très délétères (75.000 décès annuels pour ce premier et 42.000 pour ce second) même s’il existe pour l’alcool des usages raisonnables peu nocifs.

Alors que sont sortis si facilement du champ des drogues ces deux toxiques, on y fait entrer sans nuance des substances qui y sont étrangères/ allogènes. Ainsi entend-on souvent parler de « drogues de soumission chimique » ou de « drogues du violeur » pour des substances aussi différentes que le GHB / gamma-OH ; le ZyrtecÒ / cétirizine ; le DonormylÒ / doxylamine ; des benzodiazépines anxiolytiques et / ou hypnotiques et / ou antiépileptiques, comme le RivotrilÒ / clonazépam ; des hypnotiques tels l’Imovane Ò / zopiclone, le StilnoxÒ / zolpidem ; des antidépresseurs inhibiteurs de la recapture spécifiques de la sérotonine (IRSS) :  le ProzacÒ, le FloxyfralÒ  / fluoxétine,  le DeroxatÒ, DivariusÒ, Paxil / paroxétine ; le ZoloftÒ / sertraline ; les SeropramÒ, CelexaÒ / citalopram ; les SeroplexÒ, CipralexÒ / escitalopram ; le PriligyÒ  / dapoxétine…

A côté de ces psychotropes, certaines drogues sont utilisées pour ces soumissions : l’ecstasy / MDMA et des dérivés ; d’autres amphétamines dont la méthamphétamine ; la cocaïne. Elles sont le plus souvent introduites subrepticement dans une boisson ou font l’objet d’une consommation consciente,  mais dont les conséquences en matière de soumission peuvent être ignorées du consommateur : ainsi l’alcool, le cannabis, la cocaïne, l’ecstasy, les cathinones dont la 3MMC, les opiacés (morphine, codéine) et des opioïdes (tramadol, méthadone…) ou encore le protoxyde d’azote par inhalation… Des agents psychodysleptiques comme le LSD (diéthylamide de l’acide lysergique) ou la kétamine sont également incriminés.

Si certaines des substances qu’on vient d’énumérer sont effectivement des drogues pour ceux qui s’y adonnent avec régularité, ce n’est pas le cas dans la soumission chimique où elles sont administrées à l’insu du plein gré du consommateur qui en est la victime. En effet, selon le code pénal (article 222-15 modifié par la loi n° 2007-297 du 5 mars 2007), la soumission chimique fait partie des infractions définies comme « l’administration volontaire de substance nuisible portant atteinte à l’intégrité physique ou psychique d’autrui ».

L’expression « drogue du violeur » devrait être bannie et remplacée par celle d’agent de soumission chimique, quand bien même cette substance serait par ailleurs une drogue. D’abord elle n’est pas celle du violeur mais celle utilisée par le violeur, ou par celui qui assiste au viol de la victime sans le pratiquer lui-même (cf. l’épouvantable drame de Mazan, infligé à madame Pélicot). De plus toute soumission chimique ne se traduit pas inéluctablement par un viol. La soumission chimique n’implique pas que les agressions sexuelles, elle concerne également des vols avec ruse, l’extorsion de signature, la compétition quelle que soit sa nature (sport, entreprise) ou encore les situations où la sédation facilite le travail (garde d’enfants, en maison de retraite).

Enfin, sous le prétexte que le mot drogue peut faire peur, d’aucuns s’appliquent à l’émasculer. Ils parlent de « substance d’abus », mauvaise traduction du terme anglais « drug of abuse », qu’il faudrait traduire par « substance donnant lieu à une consommation abusive », et sûrement pas par « drogue d’abus », ce qui serait un pléonasme, puisque le terme drogue inclut consubstantiellement la notion de consommation abusive.

Dans cette tectonique du mot drogue apparaît l’expression « substance » (tout court), ce qui ne veut rien dire, puisqu’il y a des millions de substances dont, parmi elles, quelques centaines au plus sont des drogues.

Autre terme anglais pour désigner les drogues au sens français de ce terme celui de « addictive drug ». Il devrait être traduit « substance addictive », ou « substance aux effets addictifs », ou « substance engendrant une addiction ». Si le terme drogue fait peur, en cette période où tant d’humains s’y adonnent, il n’y a aucun intérêt à en amoindrir le caractère dissuasif, à moins que l’on veuille, comme certains addictologues à contre-emploi, accroître le nombre de leurs victimes

Pr. Jean Costentin

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