Professeur Jean Costentin
Les plus lourdement taxés, dans leur psychisme, dans leur corps et tout simplement dans leur vie, sont bien sûr leurs victimes, nombreuses à s’être laissé prendre au piège des toxicomanies. I
ll s’agit : des treize millions de fumeurs ; des quatre à cinq millions d’alcoolodépendants (dont, parmi eux, quelques centaines de milliers d’alcooliques) ; du million et demi de consommateurs réguliers de cannabis ; des trois cent mille morphino-, héroïno-, opioïdo-manes ; des plus de trois cent mille cocaïnomanes ; des consommateurs d’amphétamines, de cathinones, d’ecstasy, de protoxyde d’azote, de fentanyloïdes, sans compter les « NDS » (nouvelles drogues de synthèse).
Ces dernières sont fallacieusement désignées « NPS » (nouveaux produits de synthèse) ou encore « NSP » (nouvelles substances psychoactives). Ces appellations, avec leurs acronymes, sont trompeuses, puisque de « nouveaux produits de synthèse » aux propriétés et usages multiples sont conçus chaque jour à hauteur de plusieurs milliers, tandis que les « nouvelles substances psychoactives », i.e. des psychotropes, ne sont pas toutes (heureusement pour la thérapeutique) des drogues.
Ces deux expressions fallacieuses témoignent de la pusillanimité maladive dont souffrent certains addictologues, incapables d’utiliser le mot drogue, tant parce qu’il est compris de tous que parce qu’il peut inquiéter. Il est pourtant un élément important d’une pédagogie de prévention, dans laquelle ces professionnels répugnent à s’investir. (« Quand les hommes ne peuvent changer les choses ils changent les mots » J. Jaurès).
Après ce détour sémantique, disons donc, sans contorsions langagières, que plus d’un millier de nouvelles drogues de synthèse / NDS, sont apparues en Europe au cours des 25 dernières années !
L’argent provenant du commerce des drogues (hormis celui du tabac et de l’alcool, quand il n’échappe pas à un « marché noir » florissant), n’enrichit évidemment pas les caisses de l’État. Il ne risque pas de compenser leurs méfaits sanitaires, très couteux pour le budget de la Nation, à commencer par ceux des drogues licites ; les plus consommées du fait de leur licéité.
C’est ainsi que le tabac tue chaque année en France 75.000 fumeurs et suscite des handicaps nombreux et graves qui obèrent les comptes de la sécurité sociale, par de nombreux arrêts de travail et des soins très coûteux. Si le décès des fumeurs les plus âgés allège le poids des retraites, ces décès peuvent concerner hélas des sujets plus jeunes, économiquement productifs.
C’est ainsi que l’alcool tue chaque année en France 42.000 personnes et suscite divers handicaps physiques et plus encore psychologiques avec : l’accidentologie routière, à l’origine du tiers des accidents mortels de la route ; les accidents professionnels ; la marginalisation, la désocialisation, l’incurie, la clochardisation, la commission d’actes médico-légaux (violences, féminicides, délits sexuels, crimes….).
Aux USA, les morphiniques, par la crise des opioïdes née de prescriptions médicales galvaudées, a causé en 2024 plus de 100.000 décès par « overdose ». Si nous n’avons à déplorer en France que 500 « overdoses », l’arrivée des fentanyloïdes et des nitazènes pourrait aggraver cette situation.
Notre Nation compte déjà plus de 200.000 héroïnomanes, dans le prolongement de leur addiction à d’autres opioïdes (codéine, morphine, tramadol, méthadone, oxycodone… ).
La toxicité physique du cannabis l’emporte sur celle du tabac, sa combustion générant davantage de goudrons cancérigènes à l’origine de cancers des voies respiratoires et d’oxyde de carbone à l’origine d’affections cardio-vasculaires (artérites, infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux…).
Plus graves encore sont ses toxicités psychiques et même psychiatriques : accidents routiers et professionnels ; crétinisation qui annihile les dispendieux efforts consacrés à l’Éducation par notre Nation (dont c’est le premier budget avant celui de la dette) ; donnant l’impression «d’arroser le sable » ; investissement sans grand retour, puisque nous sommes relégués au 27ième du classement PISA qui compare au niveau international les performances éducatives.
Le cannabis c’est aussi l’anxiété, la dépression avec des suicides en embuscade, la schizophrénie qu’il peut induire, décompenser ou aggraver, avec ses victimes très « budgétivores » ; l’incitation à l’escalade vers d’autres drogues par l’ascension de l’échelle des toxicomanies.
Professeur Jean Costentin