Quentin Haroche | 24 Février 2025
Vainqueur des élections législatives ce dimanche, la droite a promis de revenir sur la légalisation controversée du cannabis, un an seulement après son adoption.
La fête est-elle bientôt finie pour les consommateurs de cannabis allemands ? Depuis le 1er avril dernier, l’Allemagne est en effet l’un des rares pays européens (avec Malte et le Luxembourg) où la consommation de cannabis est légale y compris à titre récréatif.
Les Allemands majeurs peuvent ainsi détenir jusqu’à 25 grammes de cannabis. Depuis le 1er juillet dernier, s’ils sont membres d’un « club de cannabis », ils peuvent également y acheter 25 grammes par jour dans une limite de 50 grammes par mois (30 grammes seulement pour les Allemands âgés de 18 à 21 ans).
Chaque club, qui ne peut ouvrir qu’après avoir obtenu une licence, peut compter jusqu’à 500 membres. Les Allemands peuvent par ailleurs produire du cannabis chez eux pour leur consommation personnelle, dans la limite de trois plantes par adulte.
Cette loi de légalisation du cannabis, votée par la coalition de gauche en février 2024, devait en principe être évaluée en octobre. Mais un an à peine après son adoption, cette loi pourrait être abrogée. Le parti chrétien-démocrate allemand (CDU), qui a remporté les élections législatives ce dimanche en Allemagne, a en effet promis de revenir sur la légalisation du cannabis.
Il y a un an, au cours des débats parlementaires, la droite allemande avait qualifié cette légalisation de « perche tendue aux dealers ». Le 16 février dernier, le leader de la CDU Friedrich Merz, qui devrait selon toute vraisemblance devenir le nouveau chancelier allemand, a clairement fait comprendre qu’il comptait revenir sur cette loi, qualifiant la légalisation du cannabis d’ « erreur ».
Une loi à l’application contrastée
On compte en Allemagne 119 « clubs de cannabis » et environ 300 demandes sont en cours d’examen. La victoire annoncée de la droite dans les sondages a cependant largement tari le flot des demandes ces dernières semaines, tout le monde ayant bien conscience que le cannabis légal est sur la sellette.
La répartition de ces clubs de cannabis est très inégale sur le territoire allemand, car les réglementations varient d’un Land (Etat) à un autre. Les Lander les plus conservateurs ont ainsi mis en place les réglementations les plus strictes possibles pour éviter l’ouverture de club : en Bavière, aucun club n’a ainsi réussi à ouvrir.
Moins d’un an après la légalisation et huit mois après l’ouverture des premiers cannabis club, les avis sont très partagés sur le bilan de la loi. Le principal objectif de la gauche au moment de légaliser le cannabis était de tarir le marché noir pour mieux lutter contre la criminalité. « Nous allons mettre les dealeurs au chômage » avait promis le Dr Karl Lauterbarch, ministre de la Santé.
Selon le NRV, une association de magistrats marqués à gauche, l’objectif est en passe d’être atteint et il serait inopportun de revenir en arrière. « Le soulagement apporté au système judiciaire n’est pas insignifiant, la légalisation est la seule façon de lutter efficacement contre le commerce illégal de drogues dures » plaide Simon Pschorr, procureur et porte-parole du NRV. « Si les consommateurs n’ont pas besoin d’entrer dans un milieu criminel, ils ne deviendront pas criminels » ajoute le magistrat.
59 % des Allemands favorables au maintien du cannabis légal
D’autres estiment cependant que la procédure encadrant l’achat de cannabis et les clubs de cannabis est si lourde que la plupart des Allemands toxicomanes continuent de se fournir grâce au marché noir. « Les principaux gagnants de cette réforme sont les dealers » commentait en septembre dernier le journal Politico qui, citant un rapport de la police fédérale allemande, notait que la plupart du cannabis consommé en Allemagne provenait toujours de filières illégales originaires du Maroc et d’Espagne.
Pour de nombreux observateurs, l’un des échecs de la coalition de gauche est de n’avoir pas réussi à légaliser la vente libre de cannabis dans des magasins spécialisés, comme c’est le cas dans d’autres pays où le cannabis est légal.
La vente libre figurait au départ dans le projet de loi, mais Berlin a dû revoir sa copie face aux réticences de la Commission Européenne. La vente dans des magasins et des pharmacies devait être expérimentée cette année dans certaines localités, mais l’alternance politique devrait mettre fin à ce projet.
Il n’est cependant pas certain que le nouveau chancelier Friedrich Merz finisse par interdire le cannabis. D’abord parce que revenir sur la loi de l’an dernier pourrait avoir de lourdes conséquences juridiques, notamment car il faudrait vraisemblablement indemniser les tenants des clubs de cannabis.
Ensuite en raison du fort soutien de la population allemande au cannabis libre : selon un sondage, 59 % des Allemands sont favorables au maintien de la loi de 2024. Enfin, notons que si les conservateurs ont remporté les élections ce dimanche, ils n’ont pas la majorité des sièges au Bundestag (le Parlement allemand) et devront vraisemblablement s’allier à la gauche, favorable à la légalisation. En attendant d’en savoir plus sur leur sort, les Allemands peuvent continuer à fumer librement.
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