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15 avril 2025

L’Académie de médecine s’oppose (à nouveau) à la légalisation du cannabis récréatif

Quentin Haroche | 10 Avril 2025

Ce n’était évidemment pas le but recherché mais l’examen par le Parlement de la proposition de loi sur le narcotrafic, qui vise à renforcer la lutte contre le trafic de stupéfiants et les violences qui y sont liés, a relancé le très ancien débat sur l’opportunité de légaliser le cannabis récréatif. Le 17 février dernier, deux députés ont ainsi déposé un rapport préconisant cette légalisation et les débats ont rapidement dérivé sur ce sujet lors de l’examen de la proposition de loi sur le narcotrafic à l’Assemblée Nationale.

Une ambiance libérale qui déplait quelque peu à l’Académie de médecine. La vénérable institution s’est en effet toujours opposée à la légalisation du cannabis récréatif (et n’est pas non plus très ouverte à l’idée de légaliser le cannabis thérapeutique). Sentant venir un vent mauvais, les académiciens ont donc décidé de remettre les points sur les i en rappelant leur opposition à toute dépénalisation du cannabis thérapeutique dans un communiqué publié ce mercredi.

Le mauvais exemple des pays qui ont légalisé le cannabis récréatif

Dans son communiqué, l’Académie rappelle qu’elle avait déjà exprimé son opposition à la légalisation dans des avis de 2021 et de 2023. Or, selon elle, les données récentes publiées depuis ces précédents avis n’ont fait que confirmer « les problèmes survenus dans les pays ayant procédé à une telle légalisation ». Citant plusieurs études réalisées dans les différents pays du monde qui ont légalisé ces dernières années le cannabis récréatif (Canada, certains Etats américains et Uruguay notamment), les académiciens listent les nombreux méfaits de la légalisation.

En premier lieu, la légalisation aurait de nombreux effets néfastes en matière de santé publique. Les hospitalisations dues au cannabis auraient ainsi augmenté de 10 pourcents dans l’Ontario et les hospitalisations d’enfants pour intoxication au cannabis ont été multipliés par trois au Canada depuis la légalisation selon l’Académie. Les auteurs du communiqué pointent également du doigt une multiplication par deux des accidents de la circulation liés au cannabis, par trois des cas de schizophrénie liées au cannabis et par onze des troubles psychotiques chez les adolescents au Canada. Les académiciens en profitent pour tacler le rapport parlementaire du 17 février qui évoquait un meilleur accès au traitement de substitution du cannabis en cas de légalisation…alors que ce traitement n’existe pas. 

L’Académie de Médecine tient également à s’inscrire en faux par rapport « aux autres allégations des promoteurs de la légalisation ». Selon les académiciens, la légalisation ne conduirait pas à une baisse de la consommation et à un épuisement du marché noir, bien au contraire. « Aux Etats-Unis, où l’on dispose déjà d’un assez grand recul, le nombre de consommateurs a été multipliée par 20, passant de 0,9 million en 1992, avant la légalisation, à 17,7 millions après sa légalisation dans de nombreux États » souligne ainsi l’Académie de Médecine, qui ajoute que « dans les pays où le cannabis a été légalisé, le marché noir n’a pas disparu » car « le cannabis légal sera toujours plus cher que l’illégal, dénué de toute taxe ».

Une prise de position qui ne fait pas l’unanimité

L’Académie de médecine n’est pas non plus convaincue par l’idée que légaliser le cannabis permettrait de contrôler le taux de THC et donc de proposer un cannabis moins dangereux aux consommateurs. « En Uruguay, le taux du cannabis légal est passé de 2 % lors de la légalisation à 15 % aujourd’hui : comment faire consommer du cannabis faiblement dosé à des utilisateurs habitués à des taux de 15 ou 20 % ? » souligne l’Académie.

En tout état de cause, l’Académie estime qu’il est « paradoxal de proposer une légalisation pour faire de la prévention et même la financer » comme le préconise les partisans de la légalisation. Elle recommande donc de « maintenir l’interdiction en France de la vente et de la consommation du cannabis » et de « poursuivre et d’amplifier les programmes de prévention et d’information sur la toxicité de cette drogue, dès le plus jeune âge, afin de faire diminuer l’importante consommation en France ».

L’avis très tranché de l’Académie de Médecine sur la question ne fait évidemment pas l’unanimité dans le monde médical. Ce mercredi, le Collectif pour une nouvelle politique des drogues (CNPD), qui regroupe notamment diverses associations médicales (Fédération addiction, SOS Addictions, Médecins du Monde…) a ainsi publié un communiqué dénonçant « l’approche exclusivement répressive de la question des drogues » en vigueur dans notre pays. Les membres du collectif appellent donc à « investir dans une approche sanitaire et sociale qui abandonne les discours stigmatisants vis-à-vis des consommateurs » et à « explorer sans délai les modèles alternatifs de régulation des stupéfiants, déjà expérimentés dans plusieurs pays ». Une prise de position totalement à l’opposé de celle de l’Académie de Médecine donc.

Cocaïne: un médicament prometteur pour réduire l’addiction?

Tom Kerkour

Dans une étude menée chez 68 patients souffrant de troubles chronique d’addiction à la cocaïne, l’effet du Mavoglurant a permis de réduire la consommation durant la phase d’observation de trois mois. Un espoir dans l’aide aux addicts?

Les cocaïnomanes pourraient, dans un avenir relativement lointain, profiter de l’aide d’une molécule pour décrocher de leur addiction. Une étude publiée le 2 avril dans la revue Science Translational Medicine, repérée par Le Figaro, se penche sur les effets prometteurs du Mavoglurant.

Les chercheurs du laboratoire ont partagé les résultats de cette étude « prometteuse », où la molécule a été testée pour la première fois chez l’Homme dans ce but, dans un essai clinique de phase 2.

28% des patients sevrés

Au total, 68 hommes originaires de Suisse, d’Espagne ou d’Argentine ayant pour point commun leur consommation de ce stupéfiant ont été suivis.

La molécule utilisée agit sur le récepteur glutamate dans notre cerveau (mGluR5), il est impliqué dans le circuit de la dépendance à la cocaïne. Deux fois par jour pendant quatorze jours, une partie des cobayes ont reçu un cachet de mavoglurant, avec un placebo pour l’autre groupe. Et les résultats sont probants.

« Il y a le système qu’on appelle le système du glutamate ou le système glutamatergique. Et cette molécule va en fait bloquer ce système, puisqu’on sait que lorsqu’on consomme des drogues il est activé », décrypte pour BFMTV.com Florence Noble, directrice de recherche au CNRS.

« Il semblerait qu’il y ait vraiment une diminution de la consommation de cocaïne sur un suivi de trois mois », précise-t-elle. Selon les données publiées durant les trois dernières semaines, 28% des patients ayant reçu le médicament étaient sevrés, contre 8% pour le groupe test ayant reçu un placebo.

Un espoir et plusieurs limites

Les résultats de cette étude sont prometteurs. Mais un certain nombre de limites demeurent. L’ensemble des participants, environ 70, sont tous caucasiens, alors que la génétique joue un rôle dans la population.

Il s’agit essentiellement d’hommes, alors que des différences marquantes pourraient avoir lieu entre les sexes. Enfin, cette étude n’a été menée que sur une durée de trois mois, une période assez courte.

« Il faudrait faire des études beaucoup plus longues puisque le gros problème de l’addiction, ce sont vraiment les problèmes de rechute », souligne Florence Noble. Elle insiste sur l’impératif du temps long pour réaliser des études scientifiques sérieuses et complètes.

« Malheureusement, aucun médicament n’a montré son efficacité en clinique, donc il n’y a aucun traitement actuellement utilisable en clinique pour traiter l’addiction à la cocaïne. Si ces études préliminaires qui semblent intéressantes peuvent être confirmées, amplifiée par d’autres études, peut-être qu’on a devant nous une stratégie thérapeutique intéressante ».

Un million de consommateurs de cocaïne : la France est-elle un pays de drogués ? –

Une prudence partagée auprès du Figaro par Christian Lüscher, neurobiologiste à l’université de Genève. Il souligne qu’il « reste encore beaucoup de travail pour comprendre les mécanismes d’action » de cette nouvelle molécule dans nos cerveaux.

Un fléau de santé publique, un million de consommateurs en France

S’il n’existe aucun traitement pour décrocher de l’addiction à la cocaïne, le besoin est bel et bien réel. La France occupe désormais le 7e rang européen en termes de consommation de cette drogue, selon la dernière étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).

Sur le même sujet

Au cours de l’année écoulée, 1,1 million de Français âgés de 11 à 75 ans ont consommé de la cocaïne. Selon ce même baromètre, 14.000 personnes sont prises en charge dans des Centres de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie. Toutes drogues confondues, on estime que 467.000 Français sont des « usagers problématiques de drogues, souvent polyconsommateurs ».

Tom Kerkour

Alcool au volant : attention à cette fausse croyance avec le café

Par Marie Lizak

Vous avez consommé de l’alcool avant de prendre le volant ? Méfiez-vous du café, qui ne fera pas baisser votre alcoolémie.

EN BREF

  •  En 2021, l’alcool était impliqué dans près de 30% des accidents mortels sur la route, multipliant par dix-huit le risque d’accident mortel.
  •  Le café et d’autres méthodes comme la douche froide n’accélèrent pas l’élimination de l’alcool et peuvent induire en erreur sur l’aptitude à conduire.
  •  Pour éviter les accidents, désigner un conducteur sobre ou utiliser des transports alternatifs est crucial après avoir consommé de l’alcool.

Les chiffres de la Sécurité routière parlent d’eux-mêmes : un conducteur en état d’ébriété a un risque de provoquer un accident mortel multiplié par dix-huit. En 2021, près de 30% des accidents mortels sur la route étaient liés à l’alcool. Ce constat accablant montre à quel point l’alcool au volant représente un danger majeur pour la sécurité de tous les usagers  de la route. Et il est alors évidemment essentiel de faire tomber les mythes liés à la consommation d’alcool et à ses prétendus remèdes.

Source

Même modérée, la consommation d’alcool n’est jamais sans risque

14 avril 2025 La rédaction Santé publiqueUne 0

Marine Le Pen affirme qu’une consommation raisonnable d’alcool ne pose pas de problème pour la santé. Pourtant, les données scientifiques vont à l’encontre de cette déclaration.

Alors que les débats parlementaires autour du projet de loi contre le narcotrafic approchent de leur conclusion, une vive controverse a émergé à l’Assemblée nationale. En cause : une déclaration de Marine Le Pen, députée du Rassemblement national, qui affirme que « boire raisonnablement de l’alcool n’a aucun impact sur la santé ». Une affirmation contredite par la recherche médicale et les autorités sanitaires.

Une substance à risque dès le premier verre

Contrairement aux idées reçues, la science est formelle : il n’existe pas de seuil de consommation d’alcool totalement sûr pour la santé. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a publié en 2021 un rapport sans équivoque. « Toute consommation d’alcool est nuisible », peut-on y lire. Les chercheurs y soulignent qu’aucun effet protecteur ne peut être revendiqué, contrairement aux discours qui ont longtemps vanté les bienfaits supposés d’un verre de vin par jour.

L’alcool est également classé comme une drogue, au sens scientifique du terme. Le docteur Bernard Basset, président de l’association Addiction France, rappelle que l’éthanol est une substance psychoactive : il modifie le fonctionnement du cerveau, peut induire une dépendance, et provoque des effets néfastes sur la santé dès les plus faibles doses.

Un facteur majeur de mortalité

Les conséquences sanitaires de l’alcool sont lourdes. Selon les données les plus récentes citées dans le rapport de l’Inserm, l’alcool est responsable de 41 000 décès chaque année en France. Cela représente environ 11 % des décès chez les hommes de plus de 15 ans, et 4 % chez les femmes du même âge. Parmi ces décès, 16 000 sont liés à des cancers (notamment ceux de l’œsophage, du foie ou du sein), et près de 10 000 à des maladies cardiovasculaires.

Les femmes, en particulier, sont exposées à des risques accrus dès une consommation très modérée. Dès un à un verre et demi par jour, le risque de développer un cancer du sein augmente de manière significative. Ces seuils sont même inférieurs aux recommandations actuelles de Santé publique France, qui conseillent de ne pas dépasser deux verres par jour, et pas tous les jours.

Un coût économique et social élevé

Au-delà des enjeux de santé publique, la consommation d’alcool représente également un lourd fardeau économique. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) a évalué à 102 milliards d’euros le coût total de l’alcool pour la société française en 2019. Cette estimation inclut les dépenses médicales, les coûts de la répression, les pertes de productivité et la valeur économique des vies perdues.

Ces chiffres illustrent le paradoxe de l’alcool : bien qu’il soit légal et largement toléré, son impact global sur la santé publique et l’économie est supérieur à celui de nombreuses drogues illicites. C’est d’ailleurs cet argument qu’a avancé le député Antoine Léaument (La France insoumise) en suggérant, au cours du débat parlementaire, une légalisation encadrée du cannabis sur le modèle de l’alcool. Une comparaison rejetée catégoriquement par Marine Le Pen, qui nie que l’alcool puisse être considéré comme une drogue.

Un enjeu de santé publique

La position de Marine Le Pen s’oppose ainsi à un large consensus médical. Minimiser les risques liés à la consommation d’alcool, même modérée, va à l’encontre des messages de prévention portés par les professionnels de santé. Loin d’être anodine, cette prise de position politique contribue à entretenir des idées reçues qui nuisent à la lutte contre les addictions.

À l’heure où les politiques de santé publique tentent de réduire la consommation d’alcool à travers des campagnes de sensibilisation et des recommandations strictes, les propos tenus dans l’hémicycle soulignent l’écart persistant entre discours politiques et réalité scientifique.

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