De nombreuses espèces animales sauvages ingèrent de l’alcool, de manière volontaire, dans leur environnement naturel. Fruits fermentés, nectar alcoolisé, sève… cette consommation n’est pas toujours accidentelle, et les effets peuvent être étonnamment proches de ceux ressentis par l’homme.
Comportement animal : ces animaux ont une organisation sociale fascinante !
Vous avez peut-être déja vu une vidéo d’un singe titubant après avoir vidé une noix de coco fermentée ou d’un éléphant visiblement euphorique dans un champ de fruits trop mûrs ? Si ces scènes peuvent prêter à sourire, elles révèlent un comportement animal bien réel : certains animaux consomment de l’alcool de façon délibérée. Pourquoi le font-ils ? Quels effets cela a-t-il sur leur comportement et leur santé ? Est-ce un phénomène isolé ou plus répandu qu’on ne l’imagine ? Voici ce que dit la science sur ce sujet fascinant et méconnu.
Quels animaux consomment volontairement de l’alcool dans la nature ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la consommation d’alcool chez les animaux sauvages est loin d’être exceptionnelle. Plusieurs espèces ont été observées en train de consommer des substances fermentées riches en éthanol, parfois avec insistance. Les primates, notamment les chimpanzés, les singes vervets ou encore les orangs-outans, sont les plus célèbres pour ce comportement. En Afrique de l’Ouest, des chimpanzés ont été filmés en train de boire du vin de palme recueilli dans des feuilles ou des récipients laissés par les humains. Une étude publiée dans Royal Society Open Science en 2015 confirme que ces chimpanzés semblent rechercher activement ce breuvage naturellement alcoolisé.
Les éléphants, eux aussi, ont la réputation d’aimer les fruits fermentés. Même si cette idée a longtemps été considérée comme une légende urbaine, plusieurs observations montrent qu’ils peuvent ingérer de grandes quantités de marula trop mûrs, un fruit dont la fermentation naturelle peut produire un taux d’alcool assez élevé. D’autres espèces, comme les lémuriens de Madagascar, les chauves-souris frugivores, ou encore certains oiseaux, consomment également des nectars fermentés ou des baies avariées. Le cas des chauves-souris égyptiennes, étudié dans PNAS en 2018, est particulièrement intéressant : ces dernières peuvent tolérer des taux d’éthanol très élevés, ce qui suggère une adaptation biologique à ce type d’alimentation.
Pourquoi ces animaux consomment-ils de l’alcool ?
La première hypothèse avancée par les scientifiques est d’ordre énergétique. Les fruits fermentés sont souvent plus caloriques, car la fermentation transforme les sucres simples en alcool, qui reste une source d’énergie. Pour des animaux qui doivent parcourir de longues distances pour se nourrir, cette énergie facilement disponible peut être un atout non négligeable.
Une autre explication repose sur la théorie de la coévolution entre les animaux frugivores et les plantes. Les fruits mûrs et fermentés émettent une forte odeur d’éthanol, qui peut servir de signal olfactif pour attirer les animaux et assurer la dispersion des graines. Les chercheurs Robert Dudley et Kim Hockings soutiennent dans plusieurs publications que l’attirance pour l’éthanol est un trait évolutif chez les primates, y compris l’humain, hérité d’ancêtres arboricoles se nourrissant de fruits fermentés.
Enfin, certaines observations laissent penser que les animaux peuvent consommer de l’alcool pour ses effets psychoactifs. Chez les singes vervets de l’île de Saint-Kitts, on a observé des préférences individuelles : certains boivent jusqu’à l’ivresse, d’autres avec modération, et certains pas du tout. Cela laisse penser à une recherche active de sensations, comparable à certains comportements humains.
L’alcool a-t-il les mêmes effets sur les animaux que sur les humains ?
Les effets de l’alcool sur les animaux sont très proches de ceux qu’il produit chez l’humain. Altération de la coordination, baisse de la vigilance, euphorie passagère, voire comportements désinhibés, ont été documentés dans de nombreuses études. Par exemple, les singes vervets ivres peuvent devenir bagarreurs, tomber ou avoir des difficultés à se déplacer. Des oiseaux ivres, comme certaines merles en Australie, finissent parfois par tomber des arbres.
Cependant, la tolérance varie beaucoup selon les espèces. Certaines, comme les chauves-souris, semblent peu affectées même par des taux élevés d’alcool dans le sang. D’autres, en revanche, présentent des symptômes d’ivresse plus marqués. Ainsi certains lémuriens peuvent être « bourrés » après avoir consommé des nectars fermentés riches en éthanol.
Les risques sont donc bien réels : troubles de l’orientation, augmentation de la prédation, ou même empoisonnement. Il est important de noter que l’alcool n’a aucun rôle nutritif essentiel pour ces animaux, et que ses effets secondaires peuvent, dans certains cas, compromettre leur survie.
La consommation d’alcool par les animaux est-elle un phénomène naturel ou influencé par l’humain ?
Il est parfois difficile de démêler ce qui est naturel de ce qui est anthropisé dans le comportement des animaux face à l’alcool. Dans de nombreux cas, la présence de boissons alcoolisées résulte directement de l’activité humaine : déchets, fruits abandonnés, cultures fermentées à l’air libre. Les singes vervets de Saint-Kitts, par exemple, ont développé leur penchant pour l’alcool en pillant les cocktails laissés sur les plages par les touristes. C’est donc un comportement acquis, amplifié par leur proximité avec l’homme.
Mais dans la nature, les comportements similaires sont bien attestés sans intervention humaine. Cela soutient l’idée que la recherche d’éthanol est un comportement ancestral, sans lien direct avec les sociétés humaines. La difficulté pour les chercheurs est d’observer ces comportements dans des contextes entièrement naturels, loin des activités humaines. Les pièges photographiques, les analyses de fèces ou encore les prélèvements sanguins permettent peu à peu de mieux comprendre ces dynamiques.
Il faut également mentionner que le changement climatique pourrait accentuer ce phénomène, en augmentant la fermentation naturelle des fruits dans certaines régions plus chaudes. Cela pourrait rendre la consommation d’alcool plus fréquente, avec des effets encore mal connus sur la faune sauvage.







