Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies
Président Pr. J.-P. Goullé
S’il faut être attentif à l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants, il est majeur de nous préoccuper de l’état des enfants que nous lui léguerons
Editeur en chef Pr. J.-P. Tillement Mai 2025
EDITORIAL
Fin 2024, j’ai été contacté par les Cahiers français, revue bimestrielle gérée par la Direction de l’information légale et administrative (DILA), rattachée aux services du Premier ministre. Cette revue aborde les grands sujets qui nourrissent le débat public. Illustrés par des infographies et de nombreuses photographies, ses articles courts et ses fiches pratiques permettent de mieux comprendre les questions de société, d’économie et de politique.
Chaque numéro s’organise autour d’un dossier composé de six à huit articles qui analysent en profondeur une thématique. D’autres rubriques analyse d’une loi, d’une politique publique, points de vue de deux experts, éclairage sur une notion, un concept, traitement d’un événement historique et ses répercussions) complètent le numéro.
L’objet de la saisine du numéro 444 de mars-avril 2025 des Cahiers français, pour laquelle j’ai été sollicité, publiée dans cette lettre N°96 du CNPERT, rapporte le point de vue de deux experts à propos de la légalisation du cannabis : pour ou contre ?
Les deux experts sont chacun chargés d’exposer les arguments sur lesquels ils fondent et motivent leur avis en réponse à quatre questions. J’ai ainsi développé les raisons qui s’opposaient à la légalisation récréative du cannabis. Ce sont les réponses à ces quatre questions qui sont reprises dans cette lettre.
En effet, une telle légalisation serait une erreur sanitaire grave, ainsi que vient d’ailleurs de le rappeler l’Académie de médecine dans son récent communiqué*
Jean-Pierre Goullé
- La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé
publique –
- Académie nationale de médecine, communiqué du 9 avril 2025.
- Question 1 – Certains de nos voisins (Canada, Allemagne, Espagne, Portugal, Pays-Bas, Belgique,
République Tchèque, Italie) ont opté pour un assouplissement de la législation concernant le cannabis.
Quels bilans peut-on tirer de ces politiques ?
Parmi les pays qui ont choisi de revenir sur la prohibition de la consommation de cannabis,
certains en autorisent l’usage, d’autres l’ont dépénalisé voire légalisé, comme le Canada
(2018) ou l’Allemagne (2024). Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions en ce qui
concerne la politique allemande en la matière.
En santé publique, volet primordial à prendre en compte, rappelons que les nombreux
troubles et maladies liés à la consommation de la drogue sont parfaitement connus et
qu’aucun traitement médicamenteux ne permet de les prendre en charge (1). Une
étude canadienne montre, de plus, que le risque de développer des troubles
psychotiques est multiplié par onze chez les 12 à 19 ans (2). Des atrophies cérébrales sont
aussi consécutives à sa consommation (3).
Les accidents du travail sont plus nombreux chez les 20 à 34 ans. Plus grave, le
tétrahydrocannabinol, l’un des principes actifs du cannabis, peut toucher la descendance du
consommateur en âge de procréer (1). Enfin la légalisation n’a pas permis de faire baisser
les autres toxicomanies, au contraire. Le nombre de décès par opioïdes qui était au
Canada de 107 par million d’habitants en 2017, a atteint 210 en 2021 (4). En outre, si la
régulation du marché a fait diminuer la part illicite du cannabis, le trafic et l’usage de
toutes les autres drogues se sont accrus.
Concernant les coûts et méfaits de la consommation de cannabis, ils s’élèvent à 2,4
milliards de dollars canadiens (4).
Sur le plan économique, l’argument de la perception de nouvelles taxes, utilisées
comme source de recettes fiscales, est d’abord discutable sur le plan de la
déontologie politique : peut-on accepter des rentrées fiscales par la mise sur le marché
d’un nouveau produit dangereux ? La perception de taxes sur le tabac et sur l’alcool,
produits historiquement légaux, se justifie pour des motifs de santé publique, en
permettant une baisse des usages attestée par toutes les expertises nationales ou
internationales, mais elle ne se justifie pas pour de nouvelles drogues interdites. Les
défenseurs de la légalisation du cannabis n’ont aucun modèle économique robuste sur
lequel s’appuyer. En cas de régulation par l’État, les frais liés à la mise en place d’un
dispositif public de culture, de transformation, de distribution et de contrôle du cannabis
seraient considérables, et l’équilibre entre les gains et les coûts pour les finances publiques
serait sans doute défavorable, si l’on ajoute en particulier les coûts sociaux, comme pour
l’alcool et le tabac. Ainsi, au Canada, suite à la légalisation du cannabis, le bilan de 2018 à
2022 montre que les taxes n’ont couvert que 37,2% du coût de fonctionnement du
programme de réglementation du cannabis (5). Au Colorado, les taxes ne couvrent que
25% des coûts de la légalisation.
Pr Jean-Pierre Goullé
Références
1- http://www.em-consulte.com/revue/LPMFOR/1/3 et http://www.em-consulte.com/revue/LPMFOR/1/4.
2- McDonald AJ, Kurdyak P, Rehm J, et al. Agedependent association of cannabis use with risk of
psychotic disorder. Psychol Med. 2024 Aug;54(11):2926-2936.
3- Navarri X, Robertson DN et al. Cells and molecules underpinning cannabis-related variations in cortical thickness during adolescence. J Neurosci. 2024 Oct
9;44(41):e2256232024.
4- La stratégie canadienne sur les drogues + autres substances. L’approche du gouvernement du Canada à l’égard des méfaits liés à la consommation de substances et de la crise des surdoses. Santé Canada, octobre 2023.
5- Rapport sommaire pour l’examen de 2021-2022 du cadre de recouvrement des coûts liés au cannabis.
Santé Canada, août 2023. http://www.canada.ca > 2021- 2022-rapport sommaire.
Question 2 – En quoi les politiques répressives actuelles sont-elles faillibles ?
En France, le cadre de la politique de lutte contre les drogues illicites est, en effet, fixé
par la Loi du 31 décembre 1970, qui déploie un arsenal juridique parmi les plus répressifs
d’Europe. Mais, chacun sait – en premier lieu les réseaux criminels – qu’elle n’est pas appliquée ; affirmer que la France mène une politique répressive constitue donc une contrevérité. Dans une enquête conduite sur les pratiques judiciaires dans les pays de l’Union européenne, l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT), devenu en juillet 2024 l’Agence de l’Union
européenne sur les drogues (EUDA), a apporté la preuve de sa non-application.
- En effet, l’OEDT constate que la France et les Pays-Bas sont les deux nations les plus
laxistes des pays membres de l’UE en matière de sanctions pour la détention de grandes quantités de cannabis ou d’héroïne.
- La figure montre les peines d’emprisonnement moyennes qui sont appliquées par les différents pays pour la possession d’un kg de cannabis ou d’héroïne (1) ; or quand il s’agit d’une telle quantité, ce
n’est manifestement pas pour un usage personnel. L’Observatoire souligne
également que les peines moyennes appliquées varient de manière considérable parmi les pays de l’UE.
L’OEDT constate que, pour la possession d’un kg de cannabis destiné à la vente, la Grèce, la Slovaquie et la Lituanie, sont les plus sévères en matière d’application des peines, conduisant à une condamnation moyenne de dix ans de prison. Pour la possession d’une même quantité en France
ou aux Pays-Bas, entre autres, les peines d’emprisonnement pouvant être suspendues, elles ne figurent pas sur ce graphique.
Ces trois pays qui appliquent les sanctions les plus sévères sont aussi parmi les plus « vertueux » en matière de consommation de cette drogue. Comme le montre le bulletin statistique 2024 de l’OEDT, la prévalence d’usage de cannabis, 20 jours sur 30, parmi les 15-64 ans est comprise entre 0,1 t 0,3%
dans les trois pays cités ci-dessus ; alors qu’en France elle est près de dix fois plus élevée (1,8%) (2). Quant à la prévalence de cet usage parmi les 15-34 ans, elle est comprise entre 0,1 et 0,2% dans les trois pays ; en France, elle est près de vingt fois plus élevée (3,1%). Notons qu’avec
respectivement 2,1% et 2,7%, ces pourcentages sont, aux Pays-Bas,comparables à ceux de la France. Il semble donc que la sévérité des sanctions influe sur les niveaux de consommation. Cette situation
paradoxale, entre une loi répressive et sa non-application, a conduit nos députés à voter en 2018 la création d’une amende forfaitaire de 200 euros pour sanctionner l’usage illicite de stupéfiants. Apprenant que dans plus de la moitié des cas elle n’est pas réglée, le président de la République s’en est ému et a requis une plus grande rigueur, immédiatement contestée par un collectif
d’associations favorables à la légalisation de toutes les drogues.
Pr Jean-Pierre Goullé
Références
1- Rapport européen sur les drogues. Tendances et évolutions, 2017. Observatoire européen des drogues et des toxicomanies.
https://www.euda.europa.eu/edr2017_en.
2- Prevalence of drug use > frequency of cannabis use
All adults (aged 15-64). Agence de l’Union européenne sur les drogues.
https://www.euda.europa.eu/data/stats2023/gps_en#displayTable:GPS-552-1
Question 3 – Quels sont lesavantages et les inconvénients d’un assouplissement de la législation
concernant la consommation de cannabis ? Quels effets la dépénalisation ou plus encore la
légalisation du cannabis aurait-elle, concernant notamment la lutte contre le trafic illégal, le risque
sanitaire, l’effet sur la consommation des plus jeunes ?
Un « cannabis d’État » d’un coût dissuasif et modérément dosé en THC ne supporterait pas la concurrence avec celui proposé par les réseaux criminels qui, leurs revenus baissant,
commercialiseraient d’autres drogues.
Ils ont d’ailleurs déjà anticipé un éventuel manque à gagner, la cocaïne inondant massivement
l’Europe et la France. Avec les mêmes arguments que pour le cannabis, viendra la légalisation de toutes les drogues, comme en Oregon ou en Colombie Britannique, avec le résultat catastrophique que l’on connaît (triplement des overdoses mortelles entre 2019 et 2022, toxicomanes laissés dans la 4 rue, livrés à eux-mêmes…) qui impose à ces deux États de faire machine arrière.
L’usage du cannabis progresse partout où il est dépénalisé/légalisé. Aux U.S.A., sa
consommation quotidienne, chiffrée entre 1979 et 2022 (1), montre que le nombre des usagers quotidiens de cannabis a dépassé celui des usagers de l’alcool pour la première fois en 2022 ; ils sont 20 fois plus nombreux en 2022 qu’en 1992. Les niveaux de consommation sont corrélés à ceux de la
politique mise en œuvre, avec une baisse pendant les périodes où elle est répressive et une augmentation pendant les phases de politique libérale.
Les adultes abdiqueraient leur exemplarité vis-à-vis des jeunes.
Les adolescents ne consommant pas de cannabis le justifient par son interdiction et/ou sa toxicité. Légaliser annihilerait ces barrières ; vouloir interdire sa vente aux mineurs reproduira l’échec observé avec le tabac et l’alcool.
Le cannabis est six fois plus toxique que le tabac (qui tue 75.000 fumeurs par an) (2). Il est responsable d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux, et il multiplie par deux le risque de cancer
bronchopulmonaire.
Ses effets sur le cerveau ont des conséquences sanitaires multiples : frappant en période de maturation cérébrale (12 à 24 ans), le cannabis induit des psychoses, une vulnérabilité à la schizophrénie (100.000 cas
lui sont imputables), à l’anxiété, aux troubles dépressifs et suicidaires, aux déficits cognitifs, à l’altération du développement neuropsychique, à l’hyperactivité avec déficit de l’attention, aux toxicomanies. Il affecte la mémoire à court terme ─ qui permet de former une mémoire à long terme ─,
d’acquérir une culture. Consommé entre 12 et 19 ans, il a des effets particulièrement délétères. Drogue du syndrome amotivationnel, il participe à notre rang déplorable (27e) dans le classement du
programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Il incite à se tourner vers d’autres drogues et aux polytoxicomanies. Il est impliqué chaque année dans près de 600 accidents mortels de
la route. Ses effets perdurent bien au-delà de la présence du THC dans l’organisme.
Induisant des modifications épigénétiques, il affecte l’expression de divers gènes, transmissible à la progéniture de ses consommateurs.
Notre insuffisance à gérer les méfaits de l’alcool et du tabac, nous interdit d’ajouter, aux drames que ceux-ci provoquent, ceux du cannabis. Sa légalisation serait une grave erreur et ses auteurs ne pourraient exciper du caractère imprévisible des méfaits qui surviendraient, car ils sont désormais connus.
Enfin, sa consommation va totalement à l’encontre de l’objectif « zéro tabac » visé par nos autorités.
Pr Jean-Pierre Goullé
Références
- Caulkins JP. Changes in self-reported cannabis use in the United States from 1979 to 2022. Addiction. 2024 Sept;119(9):1648-1652.
- Bonaldi C, Boussac M, Nguyen-Thanh V. Estimation du nombre de décès attribuables au tabagisme, en France de 2000 à 2015. Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, 2019;15:278-284.
Question 4 – Quel degré d’encadrement est, à vos yeux, la meilleure stratégie pour
réguler la consommation et garder un contrôle sur les pratiques : répression plus ferme dépénalisation, comme solution intermédiaire ? autorisation de consommation du
cannabis pour tout usage, récréatif et thérapeutique ? légalisation du cannabis pour un usage thérapeutique uniquement ?
Pour les raisons exposées précédemment, il ne faut pas dépénaliser, ni légaliser l’usage de cannabis, mais maintenir son interdiction.
La France doit enfin mettre en œuvre une politique ambitieuse pour limiter et réduire la consommation d’une drogue dangereuse 5 pour la santé, politique axée sur plusieurs volets :
- dispenser une prévention précoce, portant sur les dangers des drogues, intégrée dans le système éducatif, depuis l’école primaire et jusque dans les structures d’enseignement supérieur. Rappelons, à cet égard, que l’OEDT a décerné un carton rouge à la France, le mauvais élève de l’Europe,
dénonçant un grave déficit d’information en milieu éducatif, en raison du manque d’interventions fléchées dans les programmes ;
- promouvoir des actions collectives de sensibilisation aux dommages multiples (sanitaires, sociaux et sociétaux) causés par les drogues, à destination prioritairement des parents, des femmes enceintes, des jeunes adultes, des professionnels de santé, des enseignants, des entreprises, et des milieux
politiques ;
- mettre en place des campagnes d’information, ciblant particulièrement les jeunes adultes en âge de procréer, sur les risques de transmission à la descendance de l’appétence aux drogues via des mécanismes épigénétiques ;
- développer les programmes d’activités sociales, culturelles et sportives afin de limiter le risque de consommation de drogue, comme le démontre expérimentalement la
capacité d’un environnement « enrichi » à réduire l’attrait pour les drogues ;
- assurer une prise en charge médicale adaptée pour les sujets présentant une addiction ;
- organiser en milieu éducatif un repérage médical de consommation de produits
addictifs chez l’adolescent ;
- maintenir une répression, pour limiter l’usage comme cela a été montré dans d’autres pays. L’idée selon laquelle les politiques répressives sont coûteuses et que la légalisation réduit l’usage et assèche le marché noir, en soulageant les forces de l’ordre et le système judiciaire, constitue une
contrevérité. Malgré sa légalisation depuis 2016, la Californie reste « submergée » par des dizaines de milliers de fermes illégales.
En 2024, jamais il n’avait été mobilisé autant de moyens policiers pour mener de vastes opérations de démantèlement et mettre un terme aux actions violentes du crime organisé. De surcroît, la légalisation présente le risque accru de consommation chez les jeunes et un accès facilité à d’autres drogues encore plus dangereuses.
La légalisation de médicaments purs issus du cannabis est un fait non contesté. Elle fait suite aux essais cliniques conduits selon les règles en vigueur pour les deux spécialités qui ont bénéficié d’une autorisation de mise sur le marché (CBD pour l’un et CBD + THC pour l’autre). La prescription de cannabis dit «thérapeutique » est programmée en 2025, dans les cinq indications d’une
expérimentation « d’exception » qui a cependant dérogé à toutes les exigences méthodologiques imposées à tout médicament, comme l’ont dénoncé dans un communiqué les Académies de médecine et de pharmacie.
Pr Jean-Pierre Goullé
Analyse d’article : « Brain Function Outcomes of Recent and Lifetime Cannabis Use ».(1)
- Contexte et objectifs
La généralisation de la légalisation du cannabis à l’échelle mondiale s’est traduite par une augmentation de sa consommation, accompagnée d’une augmentation de la concentration en THC dans les produits commercialisés. Malgré une perception souvent banalisée de ses effets, le cannabis
n’est pas anodin et peut altérer durablement le fonctionnement cérébral. L’objectif de cette
étude était d’examiner l’impact de sa consommation – à la fois récente et cumulée sur l’ensemble de la vie – sur l’activation cérébrale lors de diverses tâches cognitives.
Pour ce faire, les auteurs se sont appuyés sur les données du « Human Connectome
6
Project », qui offrent un ensemble complet d’IRM fonctionnelles et d’informations sur l’usage de cannabis.
Méthodologie
Cette étude américaine transversale a inclus 1003 jeunes adultes âgés de 22 à 36 ans (âge
moyen de 29 ans), dont 470 hommes et 533 femmes. Ils ont été classés en trois groupes
en fonction de leur consommation au cours de leur vie :
- non-utilisateurs : moins de 10 joints (73,4% de la cohorte)
- consommateurs modérés : entre 11 et 999 joints (17,8%)
- gros consommateurs : plus de 1000 joints, ou diagnostic de dépendance (8,8%)
De plus, un test urinaire réalisé le jour même de l’examen IRM a permis d’identifier les
consommateurs récents. La positivité y était définie par une concentration du métabolite
THC-COOH supérieure à 50 ng/mL, indiquant une consommation au cours des 10 derniers
jours.
Les participants ont effectué sept tâches lors de l’IRM fonctionnelle, évaluant différents
domaines cognitifs : mémoire de travail, traitement des récompenses, émotions, langage, fonctions motrices, raisonnement relationnel et théorie de l’esprit. Pour chacune de ces tâches, les chercheurs ont extrait l’activation moyenne des régions cérébrales activées par la tâche.
- Des modèles de régression à effets mixtes ont été utilisés pour analyser les associations entre la consommation de cannabis (tant récente que cumulative) et l’activation cérébrale, tout en ajustant pour des variables démographiques et cliniques (âge, sexe, niveau d’éducation, revenu, consommation d’alcool et de nicotine, ainsi que l’âge du premier usage de cannabis).
Résultats
Ils ont révélé que l’usage intense de cannabis sur l’ensemble de la vie était associé à une
diminution significative de l’activation cérébrale lors de la tâche de mémoire de travail. En particulier, les régions impliquées – l’insula antérieure, le cortex préfrontal médian et le cortex préfrontal dorsolatéral – présentaient une activité réduite chez les gros
consommateurs par rapport aux nonutilisateurs. En ce qui concerne l’usage récent de cannabis, celui-ci a été associé à une baisse de l’activation cérébrale lors des tâches de mémoire de travail et motrices, ainsi qu’à une moins bonne performance comportementale. Cependant, ces associations n’ont pas été retrouvées aux corrections pour le taux de fausse découverte, suggérant que les effets aigus sont moins robustes ou plus variables que ceux liés à l’exposition cumulative.
Discussion et implications
Ainsi, l’usage chronique et intense de cannabis est associé à une altération durable de l’activation cérébrale, en particulier dans des régions riches en récepteurs CB1, telles
que le cortex préfrontal. Cette réduction de l’activation pourrait être interprétée comme
une adaptation neuronale à l’exposition prolongée au THC, ce qui concourt aux
résultats d’études antérieures montrant une réduction de l’épaisseur corticale, dans ces
zones, chez les consommateurs réguliers de cannabis. Par ailleurs, l’association observée
entre l’usage récent de cannabis et la performance cognitive (notamment sur la tâche de mémoire de travail) suggère que son sevrage avant des activités cognitives exigeantes pourrait améliorer la performance.
La durée exacte nécessaire pour observer une récupération reste cependant incertaine,
bien que des études antérieures suggèrent que les effets résiduels pourraient persister
entre 2 et 4 semaines. Ces résultats ont d’importantes implications pour la santé
publique, dans un contexte où le cannabis est de plus en plus perçu comme inoffensif. Ils
soulignent la nécessité d’informer les consommateurs sur les risques potentiels liés à une consommation fréquente et régulière, notamment en ce qui concerne les fonctions
cognitives essentielles telles que la mémoire de travail. L’étude présente certaines limites,
notamment son caractère transversal, qui empêche toute inférence causale, ainsi que le
fait que l’échantillon concerne de jeunes adultes, limitant la généralisation des résultats à d’autres groupes d’âge.
- De plus, des informations importantes telles que la dose habituelle de THC, sa puissance, la voie d’administration et la durée précise depuis la dernière consommation n’ont pu être
recueillies. Les auteurs recommandent des études longitudinales de grande envergure
pour déterminer les effets du cannabis sur le fonctionnement cérébral et pour définir la
durée pendant laquelle les effets négatifs persistent après l’arrêt de la consommation.
Ils suggèrent également d’explorer plus en détail les mécanismes neurobiologiques
sous-jacents aux altérations de l’activation cérébrale, notamment via des études portant
sur la densité des récepteurs CB1.
- Conclusion
Cette étude montre que l’usage intense de cannabis au cours de la vie est associé à une
diminution de l’activation cérébrale lors de tâches de mémoire de travail chez les jeunes
adultes. Les effets aigus de l’usage récent semblent également influencer la performance cognitive, bien que de manière moins marquée. Ces résultats renforcent l’idée que la consommation chronique de cannabis peut avoir des répercussions durables sur des fonctions cognitives cruciales, ce qui doit être pris en compte dans les politiques de santé publique et dans les recommandations destinées aux consommateurs.
Dr Alexis Demas
(1) Référence : Gowin JL, Ellingson JM, Karoly HC, et al. Brain function outcomes of recent and lifetime cannabis use. JAMA Netw Open. 2025 Jan 2;8(1):e2457069.
Modifications structurales du cerveau d’enfants nés d’une mère tabagique.
Une étude (USA), (1) portant sur le développement cognitif du cerveau de l’adolescent, a suivi l’évolution de la structure cérébrale d’enfants, recrutés sur un registre national, à la recherche d’anomalies morphométriques en relation avec une exposition tabagique maternelle. L’intérêt de l’étude est multiple : tient notamment au nombre important de sujets initialement recrutés (11148), et aux deux évaluations cérébrales successivement effectuées, d’abord entre 9 et 10 ans puis entre 11et 12 ans, avec IRM et tests cognitifs à chaque évaluation.
L’interprétation de l’imagerie a retenu les variations des volumes sous-corticaux et du
contraste entre matière grise et matière blanche. On observe une diminution globale,
statistiquement significative, des volumes cérébraux sous-corticaux chez les enfants
nés de mère tabagique. Cette diminution est observée principalement sur le lobe frontal,
mais aussi sur les lobes temporaux et pariétaux, sur les ventricules latéraux et sur le
noyau caudé. Le rapport (contraste) matière grise/matière blanche est également diminué.
Les conclusions des auteurs sont prudentes. Il n’est pas possible de conclure à la toxicité
du seul tabac, car de nombreuses covariables ─ origine ethnique, conditions alimentaires et environnementales, statut social et d’éventuelles prises de drogue ─participent probablement aussi aux modifications observées. Cependant, le rôle toxique de la nicotine est probable ; on sait qu’elle provoque un amincissement du cortex et, expérimentalement, chez l’animal, une altération de la synthèse de myéline. La diminution du rapport de contraste entre matières grise et blanche est plus difficile à interpréter : elle peut signifier une dissociation de leurs mécanismes respectifs d’activation, des changements microstructuraux de la myéline (déjà décrits), une détérioration neuronale. Néanmoins, cette étude plaide pour un rôle toxique du tabac pour le fœtus chez la femme enceinte, et donc pour lui suggérer l’abstinence tabagique.
Pr Jean-Paul Tillement
(1) Référence : Puga TB, Doucet GE, Thiel GE, et al. Prenatal tobacco exposure, brain subcortical volumes and gray-white matter contrast. JAMA Netw Open.
2024;7(12):e2451786.
Politiques de santé contre l’addiction des jeunes : le carton rouge de la Cour des comptes
Dans son rapport 2025 (1), les magistrats de la Cour des comptes critiquent sévèrement
les politiques nationales de santé contre l’addiction des jeunes. Ce constat n’est
malheureusement pas nouveau. En effet, dès 2006, l’Académie de médecine avait organisé
une journée et produit un rapport intitulé « désamorcer le cannabis dès l’école ».
Force est de constater que malgré ses nombreuses alertes et rapports produits depuis 20 ans, l’Académie n’a toujours pas été entendue. Le constat des sages de la Cour des comptes est sévère, et il faut espérer que leur travail soit pris en compte et ne vienne pas grossir la pile des nombreux rapports restés lettre morte. Les magistrats rappellent que les jeunes constituent un public particulièrement sensible aux risques liés à la consommation d’alcool et de drogues illicites. En effet, leur cerveau, qui n’atteint sa pleine maturité que vers l’âge de 25 ans, est particulièrement vulnérable aux conduites addictives, surtout dès 12 ans, âge des premières expérimentations.
La Cour rappelle un contexte de consommation précoce des drogues, favorable au développement d’une addiction :
- un jeune sur dix s’estime dépendant aux drogues illicites ou à l’alcool ;
- commencer à consommer de l’alcool au début de l’adolescence multiplie par dix le risque de devenir alcoolodépendant à l’âge adulte, par rapport à une initiation plus tardive, vers l’âge de 20 ans ;
- 46,3% des jeunes âgés de 18 à 24 ans en 2023 disent avoir consommé, au moins une fois dans leur vie, du cannabis, et 3,5 % affirment en faire un usage quotidien ;
- 230.000 jeunes de 18 à 24 ans seraient concernés par une addiction au cannabis.
La consommation de drogues illicites et d’alcool par les jeunes, leur banalisation parfois, et les
effets coûteux des addictions sur les plans sociaux et économiques, sont un enjeu majeur de santé publique, et ce d’autant plus que la situation reste préoccupante en France. La réussite des politiques de prévention et de lutte contre ce fléau, mises en œuvre dans les pays du Nord, montre
que la lutte contre les addictions peut être conduite plus efficacement. Elle passe par une politique ambitieuse de prévention et de soin, conçue pour mobiliser toute la société, afin de préserver l’avenir des jeunes de 12 à 25 ans.
Pr Jean-Pierre Goullé
Référence : Les addictions des jeunes aux drogues illicites et à l’alcool : un enjeu de prévention et de prise en charge – Rapport de la Cour des comptes,19 mars 2025.
- Les blagounettes de la 96
Les délits de la Nupes – la punaise des lits.
Des pâtes Lustucru (il ne faut pas croire n’importe quoi).
Marie-Rose « la mort parfumée des poux »
c (des cochonneries).
« Vous prendrez bien un petit apéritif », « Oui,mais pourquoi un et pourquoi petit ? »
Affaire de paix et d’amour C , ne pas confondre la mer et la bouse c
.
Il expectora dans son crachoir et déclara « toussa pour ça »
Le serveur s’énerve car le client insiste pour qu’on lui serve un monocle ; un monocle ! un monocle !
« Mais c’est quoi un monocle ? ». Mais c’est un verre à l’œil !
La découverte du suppositoire restera dans les annales.
Au forum contre l’alcoolisme il préféra le vrai de la Martinique.
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