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Date

11 juin 2025

Au moins 24 millions d’Européens ont consommé du cannabis en 2024

Publié le 11 juin 2025

By Aurélien BERNARD 

Consommateurs de cannabis en Europe

Le cannabis reste la substance illicite la plus consommée en Europe, avec 24 millions d’adultes, soit 8,4% de la population âgée de 15 à 64 ans, déclarant en avoir consommé au cours de l’année écoulée, selon le Rapport européen sur les drogues 2025 publié par l’Agence des drogues de l’Union européenne (EUDA).

Publié le 5 juin, ce rapport annuel offre un aperçu complet des tendances actuelles en matière de drogues dans les États membres de l’UE, en Norvège et en Turquie, sur la base de données issues d’enquêtes nationales et de sources répressives.

La France, l’Espagne et l’Italie en tête du classement pour la consommation au cours de la vie

Le rapport fait remonter les disparités importantes en matière de consommation à travers le continent.

La France enregistre la plus forte consommation de cannabis au cours de la vie chez les adultes âgés de 15 à 65 ans, avec 50,4 % d’entre eux déclarant en avoir consommé au moins une fois. L’Espagne suit avec 43,7 %, puis l’Italie avec 34,8 %.

La moyenne européenne de la consommation au cours de la vie se situe, elle, à 8,4%, montrant d’énormes disparités dans les approches culturelles du cannabis au sein de l’Europe.

Bien que le cannabis soit illégal dans la plupart des pays européens, 4,6 millions de personnes ont déclaré en consommer quotidiennement. Plus de 90% des consommateurs ont indiqué que leur consommation avait lieu à domicile, et 80% ont déclaré le consommer sous forme de joint, qu’il s’agisse d’herbe ou de résine.

La consommation chez les jeunes est en baisse, mais l’initiation précoce persiste

Si la consommation chez les adultes reste stable ou en augmentation, la situation semble évoluer chez les jeunes. Depuis 2003, le pourcentage de jeunes de 15 à 16 ans déclarant avoir consommé du cannabis au cours du mois précédent est passé de 9,7 % à 5,7 %, et la consommation au cours de la vie dans cette tranche d’âge a diminué de 21% à 13%.

L’initiation précoce persiste. 2,6 % des élèves interrogés ont déclaré avoir essayé le cannabis avant l’âge de 13 ans, ce qui suggère que si la consommation globale chez les jeunes est en baisse, les efforts de prévention restent difficiles en matière d’exposition précoce.

Puissance et trafic

Le rapport attire l’attention sur une tendance persistante : l’augmentation de la puissance de la résine de cannabis.

« Les tendances indexées montrent que la teneur moyenne en THC de la résine a presque doublé entre 2013 et 2023, tandis que celle du cannabis herbacé est restée globalement stable », indique le rapport. Cette évolution est attribuée en partie à l’évolution des techniques de production et à l’évolution des préférences des consommateurs.

Parallèlement à l’augmentation de la puissance, les saisies de cannabis ont également atteint des niveaux records. En 2023, les États membres de l’UE ont signalé 259 000 saisies de résine totalisant 551 tonnes et 219 000 saisies de cannabis herbeux totalisant 201 tonnes.

L’Espagne, en particulier, a connu une forte augmentation des saisies de beuh depuis 2019, suggérant selon le rapport des changements dans les flux de trafic et les centres de production.

Selon l’EUDA, les méthodes de trafic se diversifient, le cannabis arrivant désormais par avion de ligne en plus des itinéraires traditionnels par conteneurs et camions.

« Depuis 2019, le volume de cannabis saisi a considérablement augmenté en Espagne », note le rapport, suggérant des liens croissants entre l’Europe et les marchés légaux au Canada, aux États-Unis et en Thaïlande.

Préoccupations sanitaires liées aux concentrés et aux substituts du cannabis

L’essor des concentrés tels que la rosin et le shatter, parallèlement à la prolifération des cannabinoïdes semi-synthétiques tels que le HHC, le HHC-P et le THCP, suscite une inquiétude croissante parmi les professionnels de la santé.

Ces derniers sont souvent vendues dans des zones grises légales, commercialisées comme des alternatives au cannabis, mais sans faire l’objet du même contrôle réglementaire.

« Bien que les connaissances sur les effets du HHC chez l’homme soient limitées, des inquiétudes ont été soulevées à mesure que des études ont été publiées, notamment certains rapports faisant état de liens avec la psychose », note le rapport.

En Tchéquie, le Centre d’information toxicologique a enregistré plus de 170 consultations liées au HHC entre juin 2022 et février 2024, dont beaucoup concernaient des jeunes ayant consommé des produits comestibles tels que des gummies.

Une image incomplète de la consommation et des effets nocifs

Les auteurs avertissent que leurs chiffres pourraient sous-estimer les niveaux réels de consommation, compte tenu du statut illégal du cannabis dans de nombreux pays de l’UE. La stigmatisation sociale et les risques juridiques peuvent dissuader les consommateurs de révéler leurs habitudes de consommation lors d’enquêtes nationales.

Alors que les débats sur la légalisation du cannabis s’intensifient en Europe, les données brossent un tableau complexe : une consommation élevée et persistante, des modèles de production et de trafic en mutation et des risques émergents pour la santé publique liés aux nouveaux produits à base de cannabinoïdes. Avec une constante : l’interdiction du cannabis ne fait pas baisser sa consommation et génère des externalités négatives dangereuses pour les consommateurs et les sociétés.

Source

La consommation de marijuana chez les seniors atteint des niveaux record

Selon une récente étude publiée dans JAMA Internal Medicine, la consommation de cannabis chez les Américains de 65 ans et plus a bondi de près de 46 % entre 2021 et 2023. Un phénomène inattendu qui traduit, pour certains, les effets secondaires de la légalisation et, pour d’autres, une banalisation préoccupante d’une substance restée longtemps taboue. Le professeur Jean Costentin, expert en pharmacologie, revient sur cette tendance, ses racines, ses dangers – notamment pour la santé des seniors – et alerte sur un aveuglement collectif. Il tient à préciser que les opinions qu’il exprime ici, comme ailleurs, sont entièrement indépendantes des institutions auxquelles il appartient ou a appartenu.

avec Jean Costentin

La consommation de marijuana chez les seniors atteint des niveaux record

avecJean Costentin

Atlantico : La consommation de marijuana aux États-Unis chez les personnes ayant 65 ans et plus a augmenté de près de 46 % entre 2021 et 2023, selon une nouvelle étude publiée dans JAMA Internal Medicine. Quelle est l’ampleur de la hausse de la consommation de cannabis chez les seniors ? Y a-t-il une différence entre les taux de consommation chez les hommes et les femmes âgés ?

 Jean Costentin : Soulignons tout d’abord la qualité, la rigueur et la notoriété de la revue médicale qui publie cet article; revue qui est l’émanation de l’Association Médicale Américaine.

De longue date, comme d’autres collègues n’hésitant pas à l’exprimer, nous avions prévu et prévenu que la légalisation du cannabis, tant à visée « thérapeutique » que « récréative » (disons sans ambages  toxicomaniaque), se traduirait inéluctablement par un accroissement du nombre de ses consommateurs. Cette augmentation nous l’attendions surtout chez les adolescents et les adultes jeunes ; ce qui  a été constaté (U.S.A., Canada…). Elle concerne maintenant, aux USA,  des séniors de 65 ans et plus.

Alors que dans ce 3ème âge le pourcentage des consommateurs de cannabis était inférieur à 1% en 2005, il a été multiplié par 4 en 2018, et il continue de croître, comme en atteste cette étude, qui montre l’augmentation importante de la proportion des consommateurs séniors,  7% des séniors en avaient consommé au cours du mois précédent l’enquête.

L’étude  donne quelques précisions sur la sociologie des séniors concernés : les femmes ne sont pas épargnées par cette augmentation. Ces séniors, pour ceux de race blanche, ont un certain bagage intellectuel, un bon niveau de revenus, sont mariés, résident dans un État américain ayant légalisé de cannabis (38 États l’ont légalisé à des fins « thérapeutiques » dont 24 comme drogue).

La France est-elle particulièrement touchée par ce phénomène ? La consommation de marijuana chez les seniors est-elle en hausse en France ?  Quels facteurs ont contribué  à l’augmentation de cette consommation

 Jean Costentin : La proportion des usagers de cannabis diminue avec leur âge, ses consommateurs étant plus nombreux chez les moins de 35 ans. Par contre l’âge moyen des consommateurs est en augmentation constante ; il était de 25 ans en 1992, il est passé à 33 ans en 2021. Cette augmentation de l’âge moyen des consommateurs résulte d’une moindre consommation par les plus jeunes et d’une prolongation de cette consommation chez ceux qui l’ont débutée dans les années 1990. Chez les 18-24 ans, 50% l’ont expérimenté alors que chez les 25-34 ans ils sont 60%.

Les chiffres des séniors français ne sont pas connus ; l’étude américaine n’ayant pas (encore ?) son équivalent en France.

La  consommation du cannabis chez les séniors ne peut que s’accroître malgré le caractère prohibé de cette drogue dans notre Nation. Elle se situe dans le prolongement d’une toxicomanie durant leur jeunesse. Il avait été fallacieusement prétendu que l’arrêt du cannabis que consommait l’adolescent se produirait lors de son entrée dans la vie professionnelle ; puis cela a été différé à la période où il s’inscrirait dans une vie familiale ; et de constater maintenant que cela déborde sur le troisième âge.

 Cette fidélisation à la drogue est renforcée par l’accroissement du taux de tétrahydrocannabinol/THC dans les produits en circulation ; ce qui accroit la ténacité de l’addiction, de l’accrochage, de la dépendance. Cette fidélisation est majorée par le faible coût de la drogue, qui n’obère pas le budget du consommateur ; fidélisation enfin par une accessibilité facile ; sa distribution étant assurée en de multiples lieux par plus de 200.000 dealers,  épaulés par l’Ubérisation qui assure une distribution à domicile.

 Dans le même temps cette consommation a tendance à  régresser chez les adolescents. Ce n’est pas par l’effet d’une  prévention que n’effectue ni l’éducation nationale, ni les pouvoirs publics, et moins encore des addictologues, qui prônent au contraire sa légalisation. Cette diminution peut être interprétée par un phénomène de mode. Depuis le temps que sévit cette drogue, elle s’est un peu « ringuardisée », d’autant que devenant la drogue des Papys il faut trouver autre chose.  Aux adeptes du changement, les alternatives ne manquent pas : le protoxyde d’azote, des cannabinoïdes de synthèse beaucoup plus puissants que le THC (Buddah blue, Pète ton crâne ou PTC,  le H4CBD,  le spice, le K2, l’hexahydrocannabinol (HHC) et deux de ses dérivés, le HHC-acétate (HHCO) et l’hexahydroxycannabiphorol (HHCP), tous désormais classés comme stupéfiants … des  dérivés du cannabidiol/CBD, tel le H4CBD, le H2CB ; des cathinones (dont la 3MMC) ; l’ecstasy / MDMA, revenue sur le marché noir avec des doses beaucoup plus élevées qu’aux premiers temps de son utilisation. Malgré cette baisse du cannabis, par transfert vers d’autres drogues, la France reste en Europe la Nation la plus intoxiquée par cette drogue.

Quels sont les facteurs qui ont contribué à l’augmentation de la consommation de cannabis chez les seniors ?

 Jean Costentin : Les explications que je vais évoquer sont celles qui me viennent à l’esprit, et ne doivent donc être considérées que comme telles.

A l’âge où les pathologies se multiplient, qu’un état d’inconfort s’accroit, qu’un mal être s’installe, qu’émergent des interrogations existentielles, avec une thanatophobie croissante que n’apaise plus une croyance religieux qui s’amenuise, le libre accès à cette drogue légalisée étant levé le tabou de l’interdiction, se voit justifiée par des considérations thérapeutiques. Ses effets psychotropes, «appétitifs », «de récompense», toxicomanogènes, font le reste, installant l’addiction, la dépendance, l’accrochage.

La légalisation s’est appuyée sur son caractère « thérapeutique », qui est le cheval de Troie, le faux nez, du cannabis toxicomaniaque.  La conclusion d’une analyse de l’académie de Médecine remettait les choses en place ; elle concluait : « le cannabis – un faux médicament mais une vraie drogue ». Plus trivialement je traduis cette conclusion, en m’appuyant sur la signification du mot « shit » anglais, utilisé pour désigner sa résine ou haschisch : « le cannabis un vrai merdicament ».

Dans les indications revendiquées pour le cannabis/THC figurent l’anxiété et la dépression, particulièrement fréquentes chez les séniors. Si le cannabis, en aigu, réduit fréquemment ces troubles (aux bad trips, c’est-à-dire aux pénibles expériences près)  il convient d’ajouter qu’au cours d’un usage chronique du cannabis, une tolérance survenant, ces troubles réapparaissent avec une intensité bien supérieure à celle qui précédait la consommation.

Pourquoi les gériatres s’inquiètent-ils de l’augmentation de la consommation de cannabis chez les seniors ? Quels sont les risques pour la santé chez les personnes âgées suite à cette consommation de marijuana ? 

 Jean Costentin : Un certain nombre des méfaits décrits au cannabis concernent assez spécifiquement les adolescents (crétinisation, diminution de l’attention, syndrome amotivationnel, délires, hallucinations, déclenchement  d’une schizophrénie latente, incitation au passage à d’autres drogues…). Certains méfaits  peuvent aussi concerner, avec une particulière acuité,  les séniors. Parmi ceux-ci : des méfaits cardio-vasculaires : troubles du rythme ; angor ; risque accru  d’infarctus du myocarde ; variations tensionnelles et accidents vasculaire cérébraux. Au plan neuropsychique, des perturbations cognitives  peuvent décompenser ou majorer  une maladie d’Alzheimer ; même si l’hypothèse d’un effet ralentisseur de certains processus neuro-dégénératifs a été avancée ? ; les perturbations de la mémoire de travail, de la mémoire à court terme, peuvent majorer ceux qui caractérisent la maladie d’Alzheimer. La conduite automobile, déjà quelque peu altérée par le vieillissement, s’en trouvera davantage perturbée. Des hallucinations, des troubles délirants, ébrieux, des perturbations de l’équilibre avec des chutes sont souvent rapportées.

Ajoutons pour conclure que, n’ayant pas de très grandes raisons d’être fiers de la société que nous laissons à nos jeunes, n’ajoutons pas à leurs troubles la lamentable exemplarité d’aïeux, shootés, camés ; d’aïeux plus préoccupés par leurs paradis artificiels que par l’héritage terrestre que nous devrions laisser.

« S’il est important de se préoccuper de l’état de la planète que nous allons laisser à nos enfants, il est plus important encore de nous préoccuper de l’état des enfants que nous allons léguer à notre planète » (devise du centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies / CNPERT).

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