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18 juillet 2025

France: le tabac et l’alcool perçus comme plus dangereux, contrairement à la cocaïne et au cannabis

RFI

jeu. 17 juillet 2025 à 4:33 PM UTC−5

Un homme brandit un drapeau portant une feuille de cannabis, lors de la « CannaParade », une manifestation en faveur de la légalisation de l’usage du cannabis à Paris, le 29 mai 2021.

L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives a publié, jeudi 17 juillet, une enquête la perception qu’ont les Français de différentes drogues. L’évolution de la perception des drogues sur les 25 dernières années y est analysée. Résultat : les Français voient aujourd’hui plus de risques à consommer du tabac et de l’alcool, tandis que le cannabis et la cocaïne leur semblent moins dangereux qu’auparavant.

Tabac, alcool, cannabis et cocaïne… Quelle image en ont les Français ? En 1999, 54% d’entre eux estimaient le cannabis dangereux dès la première consommation. Un chiffre descendu à 38% en 2023. Une diminution qui s’explique d’abord par l’augmentation du nombre de consommateurs.

Une hausse à laquelle s’ajoute un biais de perception, qu’explique l’un des auteurs de l’enquête, Stanislas Spilka : « Si on a consommé, on a une opinion plus positive que si on n’a pas du tout consommé. Et, entre les deux, le fait même de ne pas avoir consommé, mais de connaître quelqu’un qui a consommé, modifie votre opinion qui est un tout petit peu plus positive que la personne qui ne connaît pas quelqu’un qui a consommé et qui n’a jamais consommé. »

Le tabac considéré comme plus dangereux qu’en 1999

Concernant le tabac et l’alcool, le biais est différent. Il existait, en 1999, une frontière entre les drogues licites et illicites, qui s’est brouillée à force de campagnes de prévention et de politiques publiques. « Cette frontière, qui était encore très forte au début des années 2000, avec l’illicite qui était dangereux, et le licite – c’est-à-dire le tabac et l’alcool – qui ne l’étaient pas, ne fait plus sens aujourd’hui pour une partie de la population qui a bien compris que l’ensemble des produits présente des dangers pour la santé », explique Stanislas Spilka.

D’ailleurs, cela se traduit dans les chiffres du rapport, puisque « le tabac et l’alcool sont désormais plus souvent perçus comme dangereux, y compris à faible dose », précise l’étude qui montre que 27% des sondés jugent le tabac dangereux « dès l’expérimentation », contre 22% en 1999. En revanche, pour l’alcool, la part de ceux qui estiment qu’il ne présente de danger « qu’à partir d’une consommation quotidienne » est passée de 84% à 71% sur la même période.

En 2023, seuls 20% des Français citent la drogue parmi les principales préoccupations sociétales. Une inquiétude stable depuis 25 ans, devancée par des enjeux comme la pollution.

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Opinions et représentations des Français sur les drogues en 2023

L’édition 2023 de l’Enquête sur les représentations, opinions et perceptions sur les psychotropes (EROPP) réalisée par l’OFDT depuis 1999 met en lumière les évolutions du regard porté par les Français sur les drogues.

On note en particulier que la dangerosité perçue se redéfinit désormais selon les habitudes d’usages et non plus uniquement selon le statut légal du produit.

Rapport EROPP Opinions 2023pdf2 MoTélécharger le communiqué de pressepdf273 Ko

Le tabac et l’alcool sont jugés plus dangereux en 2023 qu’en 1999

Le tabac et l’alcool sont désormais plus souvent perçus comme dangereux, y compris à faible dose. Concernant le tabac, la part des Français considérant que son usage est dangereux dès l’expérimentation a augmenté (22% en 1999 à 27% en 2023), de même que le fait de considérer son usage dangereux à partir d’une consommation occasionnelle (1% en 1999 à 17% en 2023).

Concernant l’alcool, la part des Français considérant que son usage n’est dangereux qu’à partir d’une consommation quotidienne a diminué (de 84% en 1999 à 71% en 2023).

La dangerosité perçue du cannabis et de la cocaïne diminue

Alors que le sentiment d’être bien informé sur les drogues progressait entre 1999 et 2018, il recule désormais en 2023, en particulier chez les femmes (passant de 71% à 68% chez les hommes et de 65% à 58% chez les femmes). Par contraste avec le tabac et l’alcool, la dangerosité perçue du cannabis diminue sensiblement, passant de 54 % en 1999 des Français qui le considèrent dangereux dès l’expérimentation, contre 38 % en 2023.

En 10 ans, la part des Français citant spontanément la cocaïne parmi les drogues dont ils connaissent l’existence a augmenté substantiellement, passant de 64% en 2012 à 74% en 2023. Les représentations concernant la cocaïne sont très différentes chez les Français qui ont en déjà consommé eux-mêmes par rapport à ceux qui n’en ont jamais consommé.

Notamment, les Français en ayant déjà consommé sont 74 % (contre 22 % pour les non-expérimentateurs) à considérer que la cocaïne aide à « s’amuser et à faire la fête », près de la moitié (44% contre 14%) que c’est un « moyen d’améliorer ses performances » et près d’un quart qu’il est « possible de vivre normalement en consommant de la cocaïne » (24 % contre 6 %).

Une forte adhésion aux mesures de réduction des risques

Concernant les politiques publiques, les Français expriment toujours une adhésion aux dispositifs de réduction des risques, notamment les Haltes Soins Addictions (HSA, ex-salles de consommations à moindre risque).

Ils sont 73 % à soutenir leur déploiement, bien que seuls 20 % en accepteraient une dans leur propre quartier. Le soutien à des mesures éducatives (rappel à la loi, stages) reste élevé (81 % et 67 % respectivement), mais les opinions sur la réponse pénale se durcissent : 35 % des Français considèrent désormais que la peine de prison est une « bonne chose » pour les usagers de cannabis, contre 23 % en 2018.

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