Salomé FerrarisLe 16/07
Ary, la peluche boostée à l’IA qui peut discuter avec votre enfant
Mia Zelu, une influenceuse générée par IA, a trompé de nombreux utilisateurs, dont un sportif professionnel, avec ses photos du tournoi de tennis londonien. Tous étaient persuadés qu’il s’agissait d’une vraie personne.
Sur son compte Instagram, suivi par 163.000 abonnés, l’influenceuse Mia Zelu s’affiche un verre à la main, à la terrasse d’un café à Wimbledon. Sur d’autres clichés, elle pose dans sa tenue de créateur dans les tribunes du célèbre tournois de tennis anglais, un sourire plaqué au visage et cheveux parfaitement coiffés au vent. « Je crois toujours à la magie. Surtout celle qu’on trouve dans des endroits inattendus, comme au bord du court à Wimbledon », écrit-elle, dans une de ces phrases inspirantes propres aux influenceurs.
« À tous ceux qui construisent en silence, doutent en privé, espèrent en secret – ne vous arrêtez pas », poursuit-elle.
« Ne plus faire la différence entre IA et la réalité »
Pourtant, la créatrice de contenus n’a jamais mis un pied à Londres… ni dans aucun autre pays. En réalité, celle qui se présente comme une mannequin a entièrement été générée par intelligence artificielle.
Ce qui n’a pas empêché les internautes de tomber dans le panneau. Pour preuve, ses photos séduisent les internautes. Sa publication à Wimbledon cumule plus de 55.000 likes. Dans les commentaires, les internautes la complimentent, lui demandent ce qu’elle aime dans le tennis ou si elle se rendra également à l’US Open. « Tu es sublime », écrit l’un d’entre eux. « Quel a été ton match préféré? », se questionne un autre. « Tu comprends vraiment quelque chose au tennis ou tu es juste là pour les photos? », ajoute un dernier.
Même Rishabh Pant, une star du cricket indien, s’est laissé berner. Le sportif professionnel, suivi par 15 millions d’abonnés, a liké et commenté plusieurs publications de Mia Zelu. Selon le Daily Mail, il aurait fini par tout retirer, probablement après avoir compris que la jeune femme n’était pas réelle.
« De vraies personnes, même des personnes de renommée internationale, lui ont envoyée des messages privés, soit pour l’inviter à un événement, soit pour la rencontrer », indique à ABC News Diana Núñez, cofondatrice de Clueless, une agence spécialisée dans les influenceurs virtuels.
Des dangers potentiels
Car Mia Zelu est loin d’être une exception. Depuis quelques années, les créateurs de contenus générés par IA sont de plus en plus nombreux sur Instagram et Tiktok. Et ces avatars 100% pixélisés, particulièrement réalistes, n’hésitent pas à brouiller les frontières entre réalité et fiction. Pour preuve, à l’origine, Mia Zelu ne précisait pas qu’il s’agissait d’une IA dans sa biographie.
« Si les utilisateurs ne peuvent pas faire la différence entre l’IA et la réalité, nous avons un sérieux problème sur les bras », s’inquiète ainsi un internaute sur X, ex-Twitter.
Depuis, la mention « influenceuse IA » a été rajoutée. Mais selon plusieurs experts, Mia Zelu a justement été conçue comme « une expérience sociale » par ses créateurs, afin de tester les limites de l’engagement numérique et de la crédibilité dans la culture des influenceurs. Et, si dans le cas de Mia, son contenu n’était ni commercial, ni politique, certains individus moins bien intentionnés peuvent utiliser ces profils d’influenceurs virtuels pour tromper et influencer des internautes.
En avril 2024, des comptes anonymes sur Tiktok avaient ainsi utilisé des photos de la famille Le Pen pour mettre en scène Amandine Le Pen, Chloé Le Pen ou encore Léna Maréchal, trois influenceuses virtuelles plus vraies que nature générées par IA. Avec un objectif : pousser l’extrême droite auprès des jeunes en plein contexte d’élections européennes. Le tout, directement sur Tiktok, plateforme préférée des jeunes et parfois leur unique source d’information.
Salomé Ferraris