La légalisation de la production et de la vente de cannabis au Canada a mécaniquement renvoyé une partie de la production illégale vers l’Europe, et notamment la France. Un phénomène qui concerne également la Thaïlande.
Aurélien Poivret

Ce sont « les nouveaux itinéraires du cannabis ». Ces derniers mois, les forces de l’ordre françaises ont relevé une arrivée régulière de cette drogue en provenance d’Amérique du Nord. L’exemple le plus saillant en est la saisie inédite, en mai dernier, de plus d’une tonne d’herbe de cannabis importée du Canada par une filière, destinée à la France mais aussi à d’autres pays européens. Les trafiquants avaient utilisé une méthode désormais classique pour les dealers nord-américains qui veulent exporter leur marchandise : celle de l’utilisation du fret aérien, avec une multitude d’envois de petits colis commandés sur internet, pour se faire plus discret. Déjà en 2024, un total de 115 kg d’herbe de cannabis canadien avait été intercepté sur le sol français – et pas moins de 488 kg venant des États-Unis.
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« Le Canada est devenu un pays fournisseur »…
Selon une récente note confidentielle de l’Ofast (Office anti-stupéfiants) faisant le point sur l’état de la menace en France liée aux trafics de stupéfiants que nous avons pu consulter, l’évolution de la législation canadienne légalisant le cannabis récréatif, datant de 2018, ne serait pas étrangère à ces nouvelles routes transatlantiques.
« Pour compenser les pertes subies sur le marché intérieur et écouler l’excédent produit légalement et illégalement, les réseaux criminels exportent le cannabis à l’étranger, principalement vers les pays européens », expose le document, qui fait le constat que « le Canada est devenu un pays fournisseur » et que ce phénomène « est en cours d’amplification ». La France est alors un pays de transit, notamment à travers l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, pour les trafiquants, qui peuvent ensuite diffuser la drogue en Europe.