Jean Costentin :
La baisse ou la stabilisation de la consommation de tabac, d’alcool, de cannabis constaté chez nos concitoyens ne correspond pas, hélas, à un recul des addictions,car celles-ci se déplacent et souvent s’ajoutent à d’autres drogues, dans des polytoxicomanies qui attestent d’une escalade.
Des esprits bornés ou plus souvent manipulateurs ont nié, contre toutes les évidences, cette escalade. L’admettre aurait justiié la mise en œuvre d’actions préventives, agissant dès les plus bas barreaux de l’échelle des toxicomanies. La nier incitait au contraire au laisser-faire qui a prévalu et dont on voit l’explosion des eets.
Considérée au niveau de la cocaïne, Santé Publique France a constaté que les cocaïnomanes
accueillis aux urgences des hôpitaux sont souvent des poly consommateurs : 29 % ayant
Un héroïnomane sans domicile xe, mélange cocaïne et héroïne près d’un passage souterrain ferroviaire dans le quartier de Kensington à Philadelphie, devenu un haut lieu de la consommation d’héroïne, le 31 juillet 2017 à Philadelphie, enPennsylvanie.© SPENCER PLATT / Getty Images / AFP Santé publique
Addictions : coke en stock, les Français face au ravage de la polytoxicomanie
Alors que les chiffres ofciels semblent indiquer une stabilisation, voire une baisse, de certaines consommations comme le tabac, l’alcool ou le cannabis, la réalité de terrain raconte une tout autre histoire : celle d’un glissement silencieux vers la polytoxicomanie. En toile de fond, une explosion inquiétante de la consommation de cocaïne, devenue plus accessible, plus banalisée, et souvent consommée en cocktail avec d’autres substances. consommé de l’alcool, 14 % des morphiniques, 11 % du cannabis et 7 % des benzodiazépines.
La cocaïne, dontil est de plus en plus fréquemment question, s’inscrit donc dans cette escalade ?
Au vu de son explosion récente on est admis à le croire. Le dernier rapport de l’OFDT
(Observatoire français des drogues et conduites addictives) révèle que 5,6% des Français
avaient expérimenté la cocaïne en 2017, ce chire est passé à 9,4 % en 2023.
Alors que le nombre de ses consommateurs réguliers a presque doublé en un an ; en 2022 il était de
600.000 consommateurs et en 2023 de 1,1 million. La stabilisation constatée en 2024 pourrait s’expliquer par l’accroissement du recours aux nouvelles drogues de synthèse/NDS(nommées avec la pusillanimité coutumière des addictologues « nouveaux produits de synthèse / NPS » ; expression qui à tout dire ne veut rien dire) ; la liste de ces NDS s’allonge à vive allure.
Comment expliquez-vous l’explosion de cette consommation de cocaïne ?
L’explosion de cette consommation résulte, au moins, d’un quadruple eet :
- Sa production redoublée dans plusieurs Nations Andines, avec pour corollaire une nette
diminution de son prix ; cette drogue n’est plus l’apanage des artistes du show bizz ; - La plus grande herméticité de la frontière entre le Mexique et les USA ; la faisant reuer
sur les Caraïbes, et de là son acheminement par air, mais surtout par mer vers de grands
ports européens (Rotterdam, Amsterdam, Anvers, Le Havre..) et maintenant de petits ports
de pêche du littoral français.. avec simultanément l’intoxication d’un nombre croissant de
marins pêcheurs mobilisés ; - La structuration du narcotraic, devenu une véritable industrie internationale, qui est en
passe de faire de certains États Européens des narco-États. Elle suscite enin une réaction
ferme de plusieurs des États parmi les plus gangrénés ;
-La complète défaillance des actions de prévention en direction des citoyens. Il a fallu
beaucoup de temps pour constater que sans consommateur le ux s’interromprait ; ce
truisme doit être martelé.
Parlant de cocaïne, de quel(s) produit(s), au singulier ou au pluriel, parlez-vous ?
La cocaïne est l’alcaloïde extrait des feuilles d’un arbuste de la cordillère des Andes
(Colombie, Bolivie, Pérou). - Selon ses modalités de préparation elle se décline en :
- cocaïne sel (chlorhydrate), très soluble dans l’eau ; qui peut être ingéré (le vin Mariani
d’antan, le Coca-cola à ses origines) ; qui peut être injecté par voie intra-veineuse ; mais qui
est surtout snié/renié. Ne se volatilisant qu’à une température proche de 200°C, elle est
dégradée et ne peut donc être fumée. C’est « la neige », « la blanche », « la coke »… - cocaïne base, très peu soluble dans l’eau, présentée en boulettes blanches, qui sous
l’inuence de la chaleur émettent des craquements, d’où son nom de crack. Elle se volatilise
sans dégradation notable dès la température de 90°C, permettant qu’elle soit fumée. - Après son inhalation, elle passe rapidement des alvéoles pulmonaires dans le sang, puis accède
très rapidement au cerveau ; beaucoup plus vite qu’après le sni de la poudre de
chlorhydrate ; cette poudre doit se dissoudre au contact de la membrane humide des fosses
nasales, avant d’être résorbée par les capillaires sanguins). - Le crack accroit très brutalement la concentration (synaptique) de dopamine ; « le neuromédiateur du plaisir », dans une petite structure du cerveau (le noyau accumbens/striatum ventral) ; ce qui est à
l’origine du « shoot » ; sensation très intense qui est un élément très important de la
dépendance, de l’addiction, de l’accrochage à cette drogue. - Le crack engendre une détérioration psychique, qui a des répercussions physiques. C’est souvent sur le fond d’une pathologie psychiatrique préexistante que se gree cette addiction. Ses victimes se
regroupent à Paris sur des lieux de deal (rue de Stalingrad/Staline crack ; la gare RER- Rosa
Park ; les jardins d’Éole ; la Porte de la Chapelle…).
Qu’en est-il de la toxicité du cannabis ?
Dans un rapport récent (25 juillet 25) Santé Publique France indique que le taux d’accueil
aux urgences liés à la cocaïne, qui avait progressé de 120% au cours de la dernière décennie,
s’est accrue de 38% durant la seule année 2023. L’ensemble des services d’urgence
accueillent chaque semaine environ 100 patients ayant consommé de la cocaïne, un tiers
d’entre eux justiiant alors une hospitalisation.
La cocaïne est une drogue éveillante, stimulante, dopante, euphorisante, désinhibitrice. Elle
rend insensible à la fatigue, accélère le cours de la pensée, donne un sentiment de toute
puissance intellectuelle, physique et sexuelle ; diminue l’appétit ; diminue à un certain
degré les perceptions douloureuses ; autant de propriétés qui la font apprécier de ses
consommateurs.- Mais son passif est souvent lourd, voire très lourd. Elle induit un état confusionnel, une agitation, une insomnie, des attaques de panique, une dépression, des tics nerveux, un abaissement du seuil de déclenchement d’une crise d’épilepsie, des troubles paranoïaques, des hallucinations, des décompensations psychotiques, une amnésie… Elle est souvent impliquée dans des accidents de la route et dans des rixes. Des obsessions prurigineuses donnent au cocaïnomane l’impression qu’il « est boué par des vermines ».
Le développement d’une dépendance psychique intense et tenace concerne près 20% de ses utilisateurs. La disparition du « craving », ces accès d’appétence irrépressibles, ne correspondrait à une guérison qu’après au moins 18 mois d’une abstinence complète.
A ces méfaits s’accolent des méfaits physiques. La cocaïne induit une hypertension artérielle qui peut être à l’origine d’hémorragies cérébrales. Elle est responsable d’ischémie cérébrale, de spasmes artériels, de thromboses vasculaires, d’ischémie gastro-intestinale ; d’infarctus rénaux. Elle induit une tachycardie et d’autres troubles du rythme cardiaque.
Son snifing est à l’origine d’une perte de l’olfaction/anosmie, de nécroses de la cloison nasale, de saignements de nez. Le prêt de pailles peut transmettre les virus du VIH, ainsi que des hépatites B et C.
Le crack est agressif pour l’appareil broncho-pulmonaire : il provoque une toux ; des hémorragies d’origine bronchique ; des rétrécissements bronchiques (provoqués par ses vapeurs brulantes).
L’association très fréquente de la cocaïne à des doses élevées d’alcool, conduit à la formation de cocaéthylène, toxique pour le foie et pour le cœur.
La cocaïne perturbe la grossesse. Elle produit une constriction des vaisseaux placentaires, induisant un retard de la croissance fœtale. Lui sont imputés des risques d’avortement, de placenta prævia, d’hématome rétro placentaire, de rupture utérine, de prématurité, de malformations cérébrales, de malformations génito-urinaires, d’atrésies digestives…
La dépendance à la cocaïne est fréquente, son apparition peut être rapide, elle est très tenace ; c’est essentiellement une dépendance psychique. L’installation rapide d’une tolérance réduit les eets recherchés, en particulier l’euphorie. Pour reproduire alors l’enchantement initial, des doses et des fréquences de prises de plus en plus élevées sont requises, amenant à utiliser des doses qui seraient létales chez un néophyte.
La prise de cocaïne, suscite le « rush » puis le « high » ; une euphorie intense qui associe une
idéation vive, une excitation physique et sexuelle, une intensiication des sensations, un certain degré d’analgésie, une sensation de toute puissance en tous domaines, des idées de grandeur, une logorrhée, une anxiolyse, avec d’éventuelles prises de risque (la conduite automobile peut conduire au drame), une agressivité. Cet état s’apparente, à certains égards, à un accès maniaque… Cette phase est bientôt suivie de la « descente » ou « crash » qui associe tous les contraires des expressions de la phase précédente : anhédonie, tristesse, lenteur et pauvreté idéatoire, hyperesthésie, dépression de l’humeur, tristesse, idées noires, pessimisme, boulimie, abolition de la libido, anergie, aboulie, asthénie, troubles cognitifs…
A la prise de cocaïne fait suite, après un temps plus ou moins long, le « craving » (désir violent, appétence irrésistible, besoin impérieux de consommer à nouveau la drogue). Il peut être déclenché par des éléments environnementaux ; à la campagne, la vue de balles de foin enveloppées de housses blanches, faisant penser aux boulettes de « crack » ; ou encore la vue de l’attirail utilisé pour le sni de « coke » (la paille, la carte en papier glacé sur laquelle est étiré le « rail »/la « ligne »/le « trait » de poudre blanche…(« paraphernalia »).
Aussitôt le cocaïnomane recherche activement la drogue, rien d’autre ne compte pour lui.
Sa consommation fermera la boucle ; et « ce sera reparti pour un cycle supplémentaire ».
Soulignons qu’on ne dispose d’aucun moyen thérapeutique eficace à opposer à la cocaïne.
Mais alors que peut-on opposer à cette drogue et à d’autres d’ailleurs ?
Ma réponse se limitera à quelques réexions qui se voudraient de bon sens.
Constatons avec intérêt l’implication forte dans cette lutte du tandem constitué par le ministre de l’intérieur et le ministre de la justice ; cette symbiose nouvelle est prometteuse, même si elle est contrainte par la présidence de la République, l’assemblée nationale sans majorité, le monde judiciaire et son syndicat de la magistrature, le sacro-saint « État de droit », le conseil constitutionnel, les juridictions européennes, les actions de certains médias et de diverses associations…
La cocaïne est un produit importé ; les actions de la douane, de la Police de l’Air et des Frontières, l’ofice anti-stupéiants (OFAST, ex OCRTIS), la Gendarmerie, les Polices municipales… doivent être coordonnées et intensément mobilisées.
Les personnes susceptibles d’être corrompues et leur famille doivent être très surveillées ainsi que très protégées (monde judiciaire, police, gendarmerie, douanes, dockers, personnel pénitentiaire..) ; l’armée devrait pouvoir être mobilisée pour la recherche d’armes de guerre et autres, à l’origine de plus de 300 homicides ou tentatives liées aux drogues en 2023.
La prévention de la consommation doit commencer dans les familles (qu’il faut mieux informer,) puis à l’école, au collège, au lycée et dans les centres de formation professionnelle, à l’université, dans les clubs sportifs, les formations cultuelles… Les informateurs / préventeurs sélectionnés et formés pour ce faire devront restituer une information mise au point par la MILDECA. Ne doivent plus être tolérés les discours permissifs de médias, d’associations et d’addictologues à contre-emploi.
Les sanctions inigées aux sportifs dont les urines comportent de la benzoylecgonine (métabolite de la cocaïne) doivent être rétablies dans leur sévérité antérieure. La co caïne et le cannabis sont illicites en France et, du fait de leurs eets dopants, leur usage doit être sanctionnés avec sévérité par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) qui ne devrait pas s’aligner sur des règlements conçus pour l’Amérique du Nord très permissive à leur égard.
Les tests salivaires au bord des routes doivent être multipliés avec, en cas de positivité, le retrait immédiat du permis de conduire et la réalisation rapide d’un contrôle urinaire de conirmation. Il sera suivi de la comparution devant un juge qui conirmera ce retrait, décidera de la sanction et prononcera une injonction de suivi médical, qui comportera des contrôles urinaires inopinés, dont les résultats conditionneront la restitution du permis.
Hors les consommations lors de la conduite automobile, une amende sera inigée au détenteur de petites quantités de ces drogues correspondant à une consommation individuelle. Elle devrait : être supérieure aux 200 € actuellement en vigueur ; faire l’objet de son inscription extemporanée sur un ichier informatique, avec majoration du niveau de l’amende en fonction du nombre des récidives constatées ; le téléphone portable du contrevenant devrait être conisqué après qu’il aura donné son code d’accès ; il ne lui sera restitué que lorsque qu’il aura acquitté l’amende inigée.- Les regroupements des dealers et consommateurs de crack seront dispersés. Parmi eux les
Sénégalais de l’ethnie Modous, largement impliqués ; s’ils sont en situation irrégulière ils
seront renvoyés dans leur pays.
L’immigration incontrôlée de personnes que l’on ne parvient pas à intégrer enrichit le
terreau des activités illégales visant à assurer leur survie.
Le blanchiment de l’argent de la drogue sera combattu dans toutes ses dimensions,
contrôlant la comptabilité de certains petits commerces. Une attention redoublée sera
portée aux transferts de fonds vers l’étranger. Le isc sera attentif aux discordances entre le
train de vie surprenant de certaines personnes, leurs ressources imposables et la vériication de l’origine de leurs revenus.
Tous les points de deal connus devront être démantelés, non sans avoir interpellé leurs
auteurs.
Face à l’intoxication croissante de nos concitoyens et à la menace existentielle qui pèse sur
notre société, dont les fondements même sont menacés, le risque n’est pas de trop en faire,
mais de se laisser paralyser par la permissivité, la passivité, la naïveté, qui ont si longtemps
prévalus.
Le Pr. Jean Costentin précise que ses déclarations ne sauraient engager aucune des
institutions dont il a été ou dont il est membre.