Publié le 5 septembre 2025 Par Agathe Mourey
Compenser les calories ingurgitées pendant une soirée arrosée en sautant des repas ou en doublant ses séances de sport.
Voici des exemples de pratiques qui correspondent à l’alcoolorexie.
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Samedi soir. Vous prenez un nouveau verre et pensez aux calories ingurgitées : deux bières pour le moment. Donc plus de 200 kcal. Vous commencez à réfléchir à ce que cela représente sur un repas. Voilà, vous avez la solution : demain vous ne prendrez pas de dessert à midi, ou vous irez courir 5 km de plus que votre footing habituel.
Attention, ce genre de réflexion peut vous amener sur le chemin de l’alcoolorexie, ou drunkorexie, qui vient du terme drunk, qui signifie « soûl » en anglais. Cette habitude consiste à limiter ses apports en nourriture pour compenser les calories apportées par l’alcool. Mais cette pratique néfaste pour la santé est une porte ouverte à d’autres troubles du comportement alimentaire (TCA) comme l’anorexie ou la boulimie, et à une hausse de la consommation d’alcool.
Manger moins pour boire plus
Une personne touchée par l’alcoolorexie peut par exemple sauter des repas en prévision d’une soirée arrosée, se faire vomir volontairement le lendemain pour réduire la quantité d’énergie apportée à son organisme, ou avoir une pratique sportive excessive pour boire plus.
Le médecin Enea Patruno Re, qui a réalisé sa thèse sur le sujet, évoque aussi « la prise de médicaments laxatifs et diurétiques qui permet une perte de poids immédiate » dans une interview en 2024 pour France 3 Bourgogne Franche-Comté.
L’objectif est généralement de consommer plus d’alcool sans prendre de poids, mais parfois aussi d’atteindre plus rapidement l’ivresse, explique la docteure en neuropsychologie Ludivine Ritz dans une publication parue sur The Conversation le 26 août 2025. Elle est spécialiste des addictions et chercheuse à l’Université de Caen.
Elle a mené une étude sur le sujet auprès de 3600 étudiants de l’Université dans laquelle elle travaille. Les participants ont répondu à un questionnaire qui a révélé l’ampleur de la pratique : plus de 40 % des étudiants qui consomment de l’alcool étaient concernés.
Ces jeunes étaient également plus à risque de TCA durables et de troubles de l’usage d’alcool (TUAL), avec une plus grande consommation d’alcool bue, plus souvent, et des ivresses plus intenses. Ces résultats étaient proches d’autres études réalisées en Italie et aux Etats-Unis.
Femmes et hommes sont concernés
La chercheuse se base sur ces autres recherches pour affirmer que les femmes sont plus touchées que les hommes, même si ces derniers peuvent aussi être concernés. En général, les femmes souhaitent avant tout contrôler leur poids et leur image, alors que leurs comparses masculins cherchent une sensation d’ivresse plus rapide.
Dans les deux cas, les effets sur la santé sont négatifs. Entrer dans les troubles du comportement alimentaire expose à des risques de dénutrition et de dégradation de la santé mentale, deux types de pathologies aux conséquences potentiellement dévastatrices.
De l’autre côté, consommer de grandes quantités d’alcool sans manger a de plus grands impacts sur le cerveau, et sur les comportements à risques induits par l’ivresse.