Théa Doulcet – 6 novembre 2025

Consommer du cannabis avant l’âge de 15 ans pourrait avoir des conséquences dramatiques sur la santé des jeunes. C’est ce que révèle une étude qui évoque certains troubles mentaux et physiques à l’âge adulte liés à la substance.

Une étude menée par des chercheurs de l’Université McGill de Montréal (Canada) et relayée par le média New Atlas, affirme que le cannabis est l’une des substances les plus consommées par les adolescents à travers le monde. Pourtant, cette période de la vie correspond à une phase décisive de développement cérébral, phase sur laquelle la consommation pourrait avoir un impact important.

Selon le psychiatre Massimiliano Orri, auteur principal de l’étude, «les jeunes de moins de 15 ans se trouvent dans une période critique de croissance cérébrale, ce qui peut les rendre plus vulnérables aux effets du cannabis sur la santé mentale». À cet âge, la zone émotionnelle du cerveau se forme en effet plus vite que celle du raisonnement, qui continue de mûrir jusqu’à la vingtaine.

Les scientifiques ont suivi 1.591 participants de la naissance à 23 ans. Les données recueillies ont permis d’établir trois profils: les non-consommateurs (60%), les consommateurs tardifs (20%), et les consommateurs précoces et réguliers (20%). Les chercheurs ont ajusté leurs modèles en prenant en compte 32 facteurs susceptibles d’influencer les résultats, comme le statut socio-économique, les antécédents médicaux ou la consommation de substances chez les parents.

Des risques accrus avant 15 ans 

Leurs conclusions? Les jeunes ayant commencé avant 15 ans présentent 51% de risques supplémentaires de consulter pour un trouble mental et 57% de risques accrus de recevoir un traitement contre la dépression ou l’anxiété. Côté santé physique, ces mêmes jeunes enregistrent 86% de risques en plus de recours à des soins, notamment pour des blessures ou des intoxications. En revanche, aucune corrélation n’a été observée avec les maladies respiratoires ou les comportements suicidaires.

Pour les jeunes consommateurs ayant débuté après 15 ans, les chercheurs n’ont pas constaté d’augmentation significative du recours aux soins psychiatriques, même si une légère hausse des consultations liées à des blessures physique demeure. Les non-consommateurs restent, sans surprise, les moins concernés par des problèmes de santé.

Les auteurs de l’étude nuancent toutefois ces résultats: certains traits de personnalité ou facteurs génétiques non mesurés pourraient influencer à la fois la consommation et la santé. Les abandons d’étude, plus fréquents chez les hommes et les participants à faible revenu, peuvent aussi biaiser les données. Par ailleurs, l’étude a été réalisée avant la légalisation du cannabis au Canada en 2018, à une époque où les produits étaient moins concentrés en THC.

Malgré ces limites, les chercheurs appellent à renforcer la prévention auprès des plus jeunes. Si la légalisation du cannabis a pu banaliser son usage, cette étude rappelle qu’une consommation précoce n’est pas sans risque. À l’adolescence, le cerveau reste en construction: toute perturbation chimique peut y laisser des traces.

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