20/11/2025 – Olivier Perrot
La ville de Clermont affiche actuellement une campagne de sensibilisation aux méfaits de la consommation de drogue. Moins spectaculaire, le travail quotidien réalisée par les infirmières scolaires révèle que les enfants sont confrontés au problème de l’addiction dès le plus jeune âge.
L’Essentiel
La ville de Clermont a lancé une campagne de sensibilisation sur les dangers de la drogue, intitulée La drogue tue, qui vise à aborder le sujet sous un angle sociétal et de santé, plutôt que par le prisme de la sécurité.
Les infirmières scolaires, en contact avec les enfants dès le CM1, constatent une prise de conscience croissante des addictions parmi les jeunes, notamment après l’apparition de cigarettes électroniques dans les établissements scolaires.
Le travail des infirmières consiste à utiliser les connaissances des enfants sur les addictions pour les aider à développer des compétences psycho-sociales, tout en abordant le sujet sans jugement, afin de leur permettre de prendre des décisions éclairées concernant leur santé.
La campagne de communication La drogue tue, vient d’être affichée dans les rues de Clermont pour trois semaines. Pour la municipalité, elle est l’occasion d’évoquer le fléau des addictions et de la consommation de drogue autrement qu’à travers le prisme police-justice, qui limite le débat aux faits divers et polarise l’attention sur la seule question de la sécurité.
La réalité est que la drogue est à la fois un problème sociétal et un problème de santé devant être aussi traité côté consommateurs qui participent à faire fonctionner un business très lucratif.
Un rapport de l’Ofast fait état d’un marché de la drogue qui explose en France avec 3,7 millions de consommateurs, pour 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Le phénomène touche toutes les couches sociales et une population désormais multi-générationnelle.
Cela nécessite des actions auprès des plus jeunes, une tâche qui incombe, à Clermont, aux infirmières scolaires du service Santé et prévention Infantile, intégré à la nouvelle direction « Santé Publique » mise en place par la ville. Ce service est composé de 10 infirmières, une diététicienne et une responsable de service, qui participent à la mise en œuvre d’une politique de promotion et d’éducation à la santé.
Une connaissance des addictions dès le CM1
Les enfants scolarisés, malgré leur jeunesse, savent déjà beaucoup de choses sur la drogue, explique Sandrine Lizok, infirmière municipale à Clermont qui constate ce phénomène dès le cycle 3, c’est à dire CM1 et CM2, depuis environ 2 ans et dans des proportions de plus en plus importantes chaque année.
Le niveau d’alerte a été franchi le jour où des enfants sont arrivés dans des établissements scolaires avec des cigarettes électroniques, à la vue d’autres enfants, qui ont alerté les enseignants qui, à leur tour ont fait remonter le problème aux infirmières scolaires.
« On intervient à leur demande. Ils nous ont demandé si on avait quelque chose sur les addictions. Jusqu’alors on avait pas travaillé le sujet car ce n’était pas demandé » explique-t-elle.
« On avait un programme sur le bien-être autours des émotions, de la relaxation et de l’estime de soi qui entrent dans les compétence psycho-sociales » reprend Stéphanie Tronel responsables des infirmières scolaire de la ville de Clermont
« Sur 2025-2026, il y a neuf actions prévues spécifiquement sur les addictions mais elles viennent compléter d’autres actions sur le Oser dire non. Au total cela permet une cinquantaine d’interventions ».
Toutes les couches sociales
« On a donc travaillé sur ce que l’on pouvait en dire, comment articuler le sujet, sans trop en dire, l’idée n’étant pas de susciter de nouvelles vocations en terme d’addiction mais plutôt de travailler sur les compétence psycho-sociales pour que les enfants eux-mêmes puissent prendre des décisions positives pour leur santé » précise Sandrine Lizok. Les infirmières exploitent les connaissances des enfants sur le sujet des addictions en faisant le lien entre la santé physique et la santé mentale, sans jugement.
« Ce sont eux qui nous guident et qui nous expliquent ce qu’ils voient, ce qu’ils en pensent. Après, à nous d’exploiter cela, pour les aider, plus tard, à dire non, pour leur expliquer le non positionnement, le consentement, la pression du groupe.
Quand on leur demande de lister les addictions, ils sont tout a fait capables de toutes les lister, des plus simples comme l’addiction au sport ou au chocolat jusqu’à d’autres comme les drogues dures parce qu’ils se sont retrouvés face à une vraie situation de consommation de drogues dures ».
Sandrine Lizok évoque une connaissance de plus en plus importante avec une normalité qui, peu à peu, s’est installée dans le quotidien. Certains enfants sont choqués par ce qu’ils voient, pour d’autres c’est banalisé «
C’est très bien de lancer une campagne comme celle-ci, il fallait le faire compte tenu des proportions que cela a pris, j’espère que cela va porter ses fruits à la fois dans les écoles du centre ville et dans les écoles de quartier, car la consommation n’est pas réduite à une couche sociale particulière ».