Image principale de l'article «Scromiting»: un étrange syndrome lié au cannabis
Photomontage Marilyne Houde

Gabriel Ouimet

3 février 2026  

Vomissements incontrôlables, maux de ventre, hurlements, incapacité de manger et de boire: les témoignages de consommateurs de cannabis aux prises avec les symptômes imprévisibles du «scromiting» sont nombreux sur les réseaux sociaux. Le chef du Département de psychiatrie au CHUM, le Dr Didier Jutras-Aswad, répond à quatre questions sur cet étrange syndrome.

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C’est quoi au juste, le «scromiting»?

Le terme «scromiting» est une combinaison des mots anglais «screaming» (crier) et «vomiting» (vomir). L’expression fait référence aux symptômes que développent soudainement certains consommateurs de cannabis.

«Les gens vont développer des vomissements, donc des nausées qui peuvent être assez sévères, assez importantes, qui peuvent s’accompagner de vomissements, puis qui vont se répéter plusieurs fois par jour, parfois même plus fois pendant la même heure», détaille le Dr Jutras-Aswad.

Les experts parlent quant à eux du syndrome d’hyperémèse cannabinoïde (SHC), une condition médicale «relativement fréquente» déclenchée par une forte exposition au THC, l’un des principaux éléments psychoactifs du cannabis.

«On parle d’une exposition continue et prolongée au THC, pas de quelqu’un qui fume un joint par semaine», précise le chercheur.

Cette exposition survient souvent lors d’une consommation de produits à forte teneur en THC, mais elle peut aussi provenir d’une consommation fréquente de produits moins forts.

S’agit-il d’une condition répandue?

Au mois de novembre, une étude de l’Université de l’Illinois à Chicago a dévoilé que les cas de SHC ont fortement augmenté aux États-Unis entre 2016 et 2022.

Et le Canada n’y échappe pas: en 2023, les cas de SHC avaient bondi de plus de 30% depuis la légalisation du cannabis en 2018, selon une étude publiée cette année-là par le gastroentérologue de l’Université de Calgary, Christopher Andrews.

«On le rencontre également dans les urgences du Québec, mais de façon plus anecdotique. Je ne dis pas que c’est moins fréquent ici, mais les données les plus fiables proviennent de l’Ontario», explique Dider Jutras-Aswad.

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Est-ce que c’est dangereux?

Un des problèmes provient du fait que le SHC est mal connu des consommateurs. Il peut ainsi s’écouler beaucoup de temps avant que quelqu’un ne fasse le lien entre sa consommation de cannabis et l’apparition des symptômes.

Ainsi, bien qu’il ne mette pas directement la vie des consommateurs en danger, le SHC peut s’avérer dangereux.

«L’aspect le plus préoccupant, c’est la déshydratation. Ça arrive que les gens vomissent tellement qu’ils sont très déshydratés, ce qui peut entrainer toute sorte de complications potentiellement dangereuses pour la santé», indique le Dr Jutras-Aswad.

Une prise en charge permet d’éviter ces complications dans la très grande majorité des cas.

Que faire si on développe des symptômes après avoir consommé?

La première chose à faire à court terme, c’est d’arrêter de consommer du cannabis. Ensuite, la chaleur permet d’amenuiser les nausées et les vomissements associés à l’hyperémèse cannabinoïde.

«Les gens rapportent que prendre des bains ou des douches chaudes, ça va soulager les symptômes», indique Dider Jutras-Aswad.

Comme la déshydratation peut s’avérer problématique, il est aussi important de continuer à s’hydrater.

Si les symptômes persistent et que l’hydratation devient plus compliquée, n’hésitez pas à vous rendre à l’hôpital. Certains médicaments, notamment des antipsychotiques, peuvent s’avérer efficaces contre les nausées.

À plus long terme, le meilleur moyen d’éviter la réapparition des symptômes est de ne pas consommer de cannabis pendant une période pouvant aller jusqu’à plusieurs mois.

Si vous avez de la difficulté à contrôler votre consommation, le Dr Jutras-Aswad rappelle que des ressources existent, comme pour l’alcool et les autres drogues, afin de vous aider dans vos démarches.

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