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Quand les substances addictives reprogramment les gènes du cerveau

PUBLIÉ LE 28 JAN 2024 PAR MORGANE PETIT

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Les substances addictives, telles que l’alcool ou les drogues, sont capables d’entraîner des modifications dans le cerveau en modifiant la régulation et l’expression de certains gènes. Ces mécanismes pourraient être utilisés pour tenter de lutter contre les effets de dépendance.

Les substances addictives, comme l’alcool ou les drogues, entraînent souvent des phénomènes de dépendance. Les personnes vont alors ressentir des envies intolérables qui les poussent à consommer. Ces problèmes de dépendance ne sont pas des problèmes de volonté, mais ont en fait des aspects neurobiologiques et génétiques. Certains gènes du cerveau seraient notamment reprogrammés, ce qui pourrait aider à lutter contre la dépendance. Les scientifiques ont expliqué ces mécanismes dans la revue The Conversation.

Dépendance à des substances addictives, de quoi parle-t-on ?

La dépendance se définit comme « une tolérance accrue, une consommation compulsive, une perte de contrôle et un usage continu malgré des problèmes physiques et psychologiques causés ou exacerbés par la substance ».
C’est donc une envie irrépressible et incontrôlable d’une substance, qui mène à une addiction.

Contrairement à ce que l’on peut parfois penser, ce n’est absolument pas un manque de volonté. En réalité, les addictions sont de véritables pathologies cérébrales qui ont des conséquences délétères.
Les addictions concernent plusieurs millions de personnes en France. C’est le tabac qui est la substance la plus addictive.

Une addiction n’est pas nécessairement liée à la consommation de substances. On peut aussi devenir « addict » de certaines pratiques, comme le jeux, le temps passé sur les réseaux, le sexe…
Dans tous les cas, les symptômes sont les mêmes. L’addiction se traduit par une perte de contrôle du niveau de consommation ou de pratique. On observe également une modification de l’équilibre émotionnel, des troubles d’ordre médical ou encore des perturbations de la vie personnelle, professionnelle et sociale.

Plusieurs facteurs influent sur la survenue d’une addiction. Il y a notamment des aspects neurobiologiques. Ainsi, par exemple, le niveau d’activité des neurotransmetteurs, des substances qui assurent la transmission d’influx nerveux, et donc de messages, entre deux neurones, varie en fonction des individus. Or, les neurotransmetteurs régissent les fonctionnements et les comportements. Cela peut donc constituer une vulnérabilité à l’addiction chez certaines personnes.
Cette variabilité neurobiologique est principalement due à des facteurs génétiques.

Des variations génétiques expliquent également en partie la variabilité des effets ressentis par chacun face à une même drogue. Certaines vont donc favoriser l’apparition d’une addiction.
L’influence de l’environnement est également crucial. Le stress, le contexte social et amical ou encore l’existence de troubles psychiques sont autant de facteurs déterminants.

Le rôle du cerveau dans l’addiction

Aujourd’hui, on connaît de mieux en mieux les mécanismes neurobiologiques de l’addiction. Ils sont principalement liés à ce qu’on appelle le « système de récompense ». C’est un circuit du cerveau qui est responsable des sensations de plaisir que l’on ressent après certaines actions. Le simple fait de manger un aliment appètent déclenche ce circuit de la récompense.

Dans le cas des addictions, c’est ce mécanisme qui est perturbé. Cela résulte soit de la prise de substances addictives qui démultiplient la sensation de plaisir, soit d’un dysfonctionnement du cerveau qui ne régule plus correctement le système de récompense.
Si un individu présente ces deux facteurs, il peut déclencher une addiction.

Les facteurs génétiques sont de mieux en mieux identifiés. Ainsi, de précédentes études ont déjà pu mettre en évidence certains gènes en lien avec les addictions.
Les scientifiques ont notamment découvert certains gènes qui expliqueraient 14% du risque attribuable à la dépendance au tabac. De même des variants codant pour des enzymes alcool-déshydrogénases sont associés à la dépendance à l’alcool. Les chercheurs ont également découvert des gènes impliqués dans la dépendance à des substances addictives psychotropes, telles que l’héroïne.

Mieux comprendre les mécanismes moléculaires de la dépendance, en particulier au niveau des facteurs génétiques, permettent aux chercheurs d’envisager de nouveaux traitements à ces addictions.
Ce sont ces recherches que les scientifiques présentent aujourd’hui.

Comment les substances addictives peuvent influencer sur l’expression des gènes ?

De précédentes études menées chez les animaux indiquent que les substances addictives influencent directement des changements dans l’expression des gènes de certaines zones du cerveau. Il s’agit principalement de celles impliquées dans le système de récompense, dont nous avons parlé précédemment.

Ces modifications sont diverses. Les drogues (alcool et tabac compris) peuvent ainsi modifier des protéines qui se lient à l’ADN et qui ont pour rôle d’activer ou désactiver certains gènes, voire même certains segments de la molécule d’ADN. En effet, pour tenir dans le noyau des cellules, l’ADN se replie autour de protéines de structure, les histones. Plus il est replié, moins les gènes sont accessibles et donc lisibles. Des substances peuvent donc modifier ces repliements.
Cela engendre des modifications dans les processus de lecture et de traduction de l’ADN en protéines. En outre, cela modifie également certaines protéines déterminant la manière dont les cellules utilisent l’énergie pour fonctionner.

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L’ADN se replie autour de protéines de structure, les histones.

Les chercheurs ont clairement remarqué que, chez les mouches et les humains, l’alcool provoque l’expression d’une forme alternative d’un gène dans les circuits de mémoire. Cela entraîne alors des modifications des récepteurs de la dopamine et des facteurs de transcription impliqués dans la signalisation de la récompense et la fonction neuronale.
D’un autre côté, la cocaïne peut provoquer l’expression d’un certain variant d’un gène jouant un rôle dans le système de récompense des souris. Ces dernières recherchent alors davantage de cocaïne.

>> À lire aussi : ADN : mieux connaître les régions non codantes, essentielles à la régulation des gènes

Des substances addictives qui interagissent directement dans le cerveau

On ne comprend pas encore complètement les mécanismes déclenchés par les drogues. Il commence pourtant à y avoir quelques indices, notamment avec une étude de la consommation d’alcool chez la souris.
Les chercheurs ont alors observé qu’un sous-produit de la dégradation de l’alcool dans le foie, l’acétate, peut traverser la barrière hémato-encéphalique. Elle parvient alors dans le cerveau et déroule l’ADN dans les cellules des circuits de la mémoire.

Enfin, l’alcool, la nicotine, la cocaïne et les opioïdes activent également d’importantes voies de signalisation. Or, ces dernières sont des régulateurs centraux du métabolisme. Cela suggère donc qu’ils peuvent influencer sur la fonction neuronale et, plus précisément, sur les gènes spécifiques.

>> À lire aussi : La nicotine affecte-t-elle les choix et les prises de décision du fumeur ?

Inverser la modification des gènes en adaptant son mode de vie ?

Cependant, les changements engendrés dans l’expression des gènes du cerveau ne sont pas permanents. Il existe des façons de les contrer, notamment avec certains traitements, voire même en adaptant son mode de vie.

Les médicaments, comme les substances addictives, peuvent aussi modifier l’expression des gènes. C’est par exemple le cas des antidépresseurs et des stabilisateurs de l’humeur. Ainsi, l’escitalopram, couramment prescrit contre la dépression, influe sur la façon dont l’ADN s’enroule étroitement. Ceci engendre alors une modification de l’expression de gènes importants pour la plasticité cérébrale.
Le but des scientifiques est de rechercher des thérapies qui pourraient modifier les gènes pour traiter les dépendances aux substances addictives.

Les médicaments ne seraient pas les seuls façons de traiter ces dépendances. Les choix de mode de vie peuvent aussi être déterminants. En effet, eux aussi peuvent modifier les gènes du cerveau.
Par exemple, une méditation intensive, même après une seule journée, réduit l’expression des gènes impliqués dans l’inflammation.

Chez les animaux, l’exercice modifie aussi l’expression des gènes. Il agit ainsi sur les histones et sur certaines molécules directement liées à l’ADN. Ces actions augmentent l’activité de gènes importants pour l’activité et la plasticité des neurones. Cela conforte les précédents études indiquant que l’exercice améliore l’apprentissage et la mémoire et ainsi diminue les risques de démence.

Les chercheurs ne savent pas encore si ces changements de mode de vie peuvent contrer les modifications engendrées par les substances addictives.
Cependant, réduire la consommation de drogues (tabac et alcool compris) et adopter des modes de vie sains apportent des bénéfices durables à la santé physique et mentale.

Source

Drogue chez les ados : les sensibiliser et les protéger… sans paniquer

Publié le lundi 29 janvier 2024

Une maman fait un bisou sur la tête de son adolescent.

Moment de réconfort maman/fils Photo : iStock

Parler de drogues avec vos ados n’est pas simple, mais c’est important. Voici des pistes pour les sensibiliser sans les moraliser, toujours dans le but de les protéger.

Un texte de Nadine Descheneaux

Ouvrir la conversation

Si vous vous braquez, si vous êtes trop moraliste, ou encore trop autoritaire, vous risquez de ne pas être la personne à qui votre jeune se confiera. Osez poser certaines questions directement : « As-tu déjà consommé?  Comment te sentais-tu? Connais-tu tes limites? Connais-tu les effets sur la santé et aussi les conséquences sur les relations, les lois, etc.? » Au besoin, consultez Tel-Jeunes pour avoir des suggestions de sujets à aborder avec votre ado. 

Discuter de sa consommation

Discutez avec votre jeune des raisons qui le ou la poussent à consommer et vérifiez si votre enfant subit de la pression dans ses relations amicales. Vous pouvez l’amener à réfléchir sur son type de consommation (occasionnelle, exploration, quotidienne, etc.). Ensuite, vous pourrez lui parler des moyens autres que les drogues pour varier les plaisirs et des façons de développer son pouvoir d’affirmation.

Finalement, encadrez sa consommation en établissant vos limites pour vous assurer de sa sécurité et du respect des lois (interdiction qu’un camarade vienne à la maison sous l’effet de la drogue, interdiction de posséder des drogues dans la maison, etc.). 

Être calme, c’est gagnant… tout le temps! 

Quand vous parlez de drogue avec votre enfant, soyez calme même s’il ou elle démontre de la résistance. C’est un sujet émotionnel pour… tout le monde! Ne soyez pas sur la défensive. Votre attitude influence sa confiance. Si vous restez calme et l’écoutez vraiment, votre jeune sera plus porté à vous consulter. Surtout, votre enfant a envie de sentir que vous êtes là en cas de besoin!  

Être alerte! 

Divers indices peuvent vous mettre la puce à l’oreille. Certains changements à la maison comme à l’école peuvent être observés, comme la fatigue, une baisse d’appétit, l’utilisation nouvelle et intense de parfum fort ou de rince-bouche, des changements émotionnels ou comportementaux (pouffer de rire sans raison, humeur changeante, difficulté de concentration, etc.), mensonges et cachotteries, évitement de contact avec les membres de la famille, baisse du rendement scolaire, demande d’argent de poche, des médicaments en vente libre qui disparaissent, etc. De plus, certains objets peuvent être utilisés pour consommer des drogues. Pour consulter des photos de ces objets, consultez le site de la GRC.  

Chercher de l’aide

Surtout, ne vous culpabilisez pas si vous découvrez que votre enfant consomme de la drogue. Si vous croyez que sa consommation est problématique ou si vous avez des inquiétudes, allez chercher de l’aide en contactant votre médecin, un intervenant ou une intervenante à l’école, votre CLSC ou encore un centre d’aide. Des ressources en ligne et par téléphone sont accessibles aussi : 

Drogues – aide et référence : 514 527-2626 ou 1 800 265-2626

Tel-Jeunes – parents : 1 800 361-5085

Le « Hash d’or » :

quand des dealers toulousains distribuent un jeu à gratter pour gagner du cannabis

Le "Hash d'or" : des jeux à gratter pour gagner...du cannabis (Illustration).

Alexandre Bozio / Crédits : ERIC BERACASSAT / HANS LUCAS VIA AFP  le 29 janvier 2024

Pour fidéliser leur clientèle, les dealers n’hésitent pas à travailler leur communication. À Toulouse, certains trafiquants sont notamment allés jusqu’à proposer des tickets à gratter permettant de gagner du cannabis gratuitement. Un « jeu » qui leur permet de remporter jusqu’à 10 grammes de produits stupéfiants.

Au premier abord, on pourrait croire à un jeu à gratter officiel, mais le gain à remporter n’est pas tout à fait le même. À Toulouse, certains dealers ont mis au point un nouveau stratagème particulièrement inventif afin de fidéliser leur clientèle : le « Hash d’or ».

Ce ticket coloré, visuellement très semblable à ce que l’on pourrait se procurer en vente dans un bureau de tabac, permet de remporter jusqu’à 10 grammes de cannabis, comme l’ont révélé nos confrères de La Dépêche du Midi.  

Source

Le Pr. Jean Costentin répond à un membre du CNPERT l’interrogeant sur le dryJanuary.

Déplorons a priori cette expression « dry january », ésotérique pour les non familiers de la langue de Shakespeare ; ne pourrait-on être plus clair pour être sûrs d’être compris, en n’adoptant pas la pusillanimité sémantique de certains addictologues qui ont peur des mots qui pourraient fâcher ou faire
peur.

Parlons sans ambages d’un « janvier abstinent / ou sobre / ou sans alcool ! et saluons cette initiative d’une complète pertinence.

En effet l’alcoolisme est un des drames sanitaires de notre société : 4 à 5 millions de nos concitoyens sont alcoolodépendants, c’est à dire incapables de s’abstenir de toute boisson alcoolique (ce qui inclue évidemment cidres, poirés et bières) au moins un jour par quinzaine. C’est parmi eux que figurent plusieurs centaines de milliers d’alcooliques, ne pouvant se passer de consommer quotidiennement de l’ordre d’un litre de vin, souvent plus et même beaucoup plus.

Les conséquences de l’intempérance alcoolique sont nombreuses, à commencer par les ivresses qui sont la cause fréquente d’accidents routiers et professionnels, multipliés par l’association de plus en plus fréquente au cannabis.

L’alcoolisme sépare des couples, fait éclater des familles, annihile des carrières professionnelles, conduit à des régressions sociales et même à une clochardisation. L’alcoolomanie, par les diverses pathologies qu’elle engendre est responsable annuellement de 41.000 décès en France. Cette alcoolomanie et ses conséquences  dramatiques appellent de profonds changements :

  • Éducatifs, qui doivent mobiliser les familles, l’Éducation nationale, les clubs sportifs, les médias. Il faut s’appliquer à démembrer ce stéréotype qui associe intimement fête et ivresse.
  • Coercitifs, par l’interdiction de toute publicité (en traquant leurs formes déguisées) ; par l’augmentation du prix de toutes les boissons alcooliques et la diminution simultanée du prix des boissons non-alcooliques ; par un accès plus difficile  aux boissons alcooliques ; en prohibant les Premix (conçus pour piéger les adolescents) ; en appliquant avec rigueur l’interdiction de la vente aux mineurs et des dons d’alcool dans les soirées étudiantes ;
  • La campagne « Janvier sobre » pourrait, à l’intention des plus nombreux qui n’y souscrivent pas, contribuer à les faire rompre avec la banalisation commune de l’alcool, dont la seule évocation suffit souvent à les faire rire.
  • On leur conseillerait de remplir, au jour le jour, une  « feuille de consommation » (en libre accès dans les pharmacies et salles d’attente des médecins) sur aquelle ils consigneraient très précisément chacune de leurs consommations (exprimée en unité alcoolique (soit 10g d’alcool pur). Ils pourraient ainsi, dès le 1 er février, calculer le nombre (ou fraction) de litres d’alcool pur qu’ils auraient consommé en Janvier.
  • En fonction de l’âge, du poids, du sexe, des chiffres repères seraient donnés, allumant selon les cas des feux vert, orange ou rouge…
  • Les lobbies alcooliers sont parvenus à convaincre les pouvoirs publics de ne pas relayer l’initiative du Janvier sobre. L’État s’est couché en ne la relayant pas. Il se rend coupable non pas seulement d’une faute mais de crimes (42.000 décès annuels).
  • Terminons par une « blagounette », j’aurais préféré au Janvier sobre , le février sobre, raccourcissant de deux jours la contrainte de l’abstinence.
  • Pour preuve de bonne volonté appliquons-nous, au moins un jour par quinzaine, de ne faire aucune dévotion à Bacchus.

Les ados consomment moins de tabac, alcool et cannabis …

Tabac, alcool, cannabis: les adolescents commencent à décrocher

Par Angélique Négroni Publié le 26/01/2024

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Au collège comme au lycée, les usages connaissent une baisse significative par rapport à 2018.

Enfin une bonne nouvelle sur les usages des adolescents. Cette génération que l’on accable souvent de bien des maux a réduit sa consommation de cigarettes, de cannabis mais aussi d’alcool. Ce sont les résultats communiqués ce jeudi par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).

Après une première étude menée en 2018, cette structure s’est de nouveau penchée sur les conduites addictives des collégiens et lycéens en 2022. Même si des usages inquiétants perdurent, les grandes tendances sont aussi encourageantes que fiables, comme l’explique Stanislas Spilka, le responsable de l’unité data de l’OFDT.

Tant dans les écoles publiques que privées, les 9 566 élèves, qui ont répondu anonymement au même questionnaire, ont été «sélectionnés aléatoirement», souligne-t-il. Une méthode qui permet de «généraliser les résultats».

À lire aussi «C’est la base»: la nouvelle campagne contre l’abus d’alcool chez les jeunes suscite railleries et incompréhension

Ainsi, du côté des collégiens, le niveau d’expérimentation du tabac a diminué de près de moitié entre 2018 et 2022, passant de 21,2 % à 11,4 %. De même, le cannabis marque un recul avec un taux de 6,7 % en 2018 et de 5,3 % en 2022 parmi les classes de quatrième et de troisième. Quant à l’alcool, sa consommation chute également. Alors que 60 % de mineurs affirmaient avoir pris une fois un verre en 2018, ils ne sont plus que 43,4 % quatre ans plus tard. Un niveau qui reste toutefois encore élevé et qui fait dire aux auteurs de l’étude que «le collège reste une période importante d’initiation» à la prise d’alcool.

L’engouement pour le vapotage

Ces tendances à la baisse sont incontestablement positives sur le plan de la santé. «Car tout se joue très jeune et très tôt», rappelle Nicolas Prisse, le président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). Des consommations précoces ont parfois des conséquences irréversibles sur le cerveau. Mais l’étude montre aussi que, dès que l’on pousse les portes du lycée, on boit et on fume bien davantage qu’au collège.

Que ce soit pour la consommation occasionnelle ou régulière, quasiment toutes les courbes montent en flèche dès la seconde et continuent de progresser jusqu’à la terminale. C’est particulièrement significatif pour l’alcool, notamment en terminale. Mais il y a un élément encourageant: cette évolution se joue dans des proportions moindres qu’en 2018.

Alors que le taux culminait à 88,7 % cette année-là, il chute à 73,9 % en 2022. Quant aux élèves qui affirment boire régulièrement, même si leur nombre reste encore élevé, avec un taux de 8 %, ils étaient trois fois plus nombreux en 2018.

Un lycéen sur cinq consommateurs présente un risque élevé d’usage problématique ou de dépendance au cannabisObservatoire français des drogues et des tendances addictives

Pour les fumeurs, c’est la même évolution: dès que l’on quitte le collège et que l’on devient lycéen, on résiste de moins en moins à la cigarette. Et plus on gravit les classes, plus on vide rapidement le paquet. Là encore, ces habitudes décrites dans l’étude de 2018 restent une constante en 2022, mais selon des volumes moins importants.

L’’engouement pour le vapotage joue-t-il sur cette baisse?

Si les lycéens sont moins nombreux à l’expérimenter, ceux qui y sont accros sont en revanche plus nombreux. «Le tassement de l’expérimentation de la cigarette électronique est contrecarré par des usages quotidiens qui progressent sensiblement, notamment chez les lycéennes, dont les niveaux d’usage sont aujourd’hui comparables à ceux des garçons», précise l’étude. Stanislas Spilka reste prudent sur les liens entre le tabac et le vapotage. Ce dernier, selon lui, «contribue à une baisse du tabac» , mais n’expliquerait pas tout.

Quant au cannabis, sa consommation est en baisse au lycée. «Pour autant, comme en 2018, un lycéen sur cinq consommateurs présente un risque élevé d’usage problématique ou de dépendance au cannabis», souligne l’étude qui, pour la première fois, s’est penchée sur l’expérimentation de poppers et de protoxyde d’azote, deux produits en vogue chez les jeunes. 8,1 % des lycéens ont déclaré avoir déjà pris le premier et 5,4 % le deuxième.

Les autres stupéfiants qui circulent sont eux aussi moins consommés. En 2022, l’étude relève ainsi «un recul sensible des expérimentations des autres drogues illicites, à l’exception de quelques rares substances comme l’héroïne, le GHB ou les champignons hallucinogènes, dont les niveaux sont restés stables». Toutes ces expérimentations d’autres substances «se maintiennent à des niveaux très faibles, compris entre 0,8 % pour l’héroïne et 2,2 % pour la cocaïne».

La crise du Covid, survenue entre ces deux photographies, n’explique pas, selon les spécialistes, la baisse globale de ces usages. Pressentie comme durable, elle s’inscrit dans un recul généralisé amorcé dès 2010 et constaté par d’autres études internationales sur ces mêmes tranches d’âge.

Pour Nicolas Prisse, même si les politiques de prévention menées en France ont contribué à faire décrocher les jeunes de ces consommations à risque, l’effort doit évidemment se poursuivre. Le responsable de la Mildeca évoque diverses pistes.

Parmi elles, faire enfin respecter l’interdiction de la vente de tabac et d’alcool aux mineurs. Ce spécialiste en appelle aussi à une responsabilisation des familles. Car, en dehors du collège, c’est encore trop souvent par elles que démarre l’initiation à l’alcool des mineurs.

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Contre le trafic de drogue, l’UE lance une « Alliance des ports européens »

  • Kilian Bigogne, le 25/01/2024
Contre le trafic de drogue, l’UE lance une « Alliance des ports européens »

Des douaniers inspectent un conteneur lors d’une présentation sur les saisies de drogue dans le port de Vlissingen, aux Pays-Bas, le 17 janvier. Chaque année, environ 70 % des saisies de drogue par la douane se font dans les ports européens.
IRIS VAN DEN BROEK / EPA/MAXPPP

Avec près de 70 % des saisies de drogue par la douane chaque année, les ports européens sont devenus des plaques tournantes du trafic de drogue et des réseaux criminels. Pour combattre l’infiltration de ces produits illicites, une « Alliance des ports européens » a été lancée mercredi 24 janvier depuis le port belge d’Anvers.

À l’initiative de ce projet, la commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, et la ministre belge de l’intérieur, Annelies Verlinden, ont accueilli des autorités de seize ports, dont ceux de Rotterdam et de Marseille, des représentants d’associations de compagnies de transport maritime, ainsi que plusieurs ministres. Pour la France, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a notamment indiqué qu’il fallait « la même sécurité dans tous les ports » afin d’assurer « une concurrence loyale ».

Des réseaux criminels très présents

Chaque année, les ports font face à une montée croissante du trafic de drogue. En 2023, près de 116 tonnes ont été saisies à Anvers, deuxième port européen. Un chiffre record pour la ville belge. D’autres, comme Algésiras, dans le sud-est de l’Espagne, sont concernés par l’afflux de ces drogues provenant d’Amérique du Sud, notamment depuis le port de Guayaquil en Équateur.

Certains trafiquants font escale en Afrique du Nord pour, ensuite, prendre de plus petits bateaux en direction d’Algésiras. Le 23 août 2023, la police nationale et les douanes espagnoles ont saisi plus de 9,4 kilogrammes de cocaïne.

Cette alliance a aussi pour objectif de combattre les réseaux criminels installés dans plusieurs ports. Trafic d’armes, tirs, corruption de personnels, la sécurité dans ces lieux d’échanges commerciaux s’est dégradée. L’Union européenne s’inquiète de l’arrivée du fentanyl en Europe, une drogue de synthèse très dangereuse qui ravage les États-Unis.

Alors que les autorités de certains ports ont déjà pris des mesures, le problème se décale vers les plus petits. « Il y a des indications que davantage de drogue arrive à Helsingborg en Suède », affirme la responsable suédoise Ylva Johansson, au sujet de cette ville de 110 000 habitants, située au nord de Copenhague (Danemark).

« Plus de coopération »

Le 18 octobre 2023, une feuille de route de la Commission européenne avait déjà annoncé les mesures et les moyens mis en place dans le cadre de « l’Alliance des ports européens ». Un des points phares de la coopération sera la mobilisation des autorités douanières qui seront en première ligne face au trafic de drogue.

Les participants partageront aussi leurs informations afin de réaliser des enquêtes approfondies pour démanteler les réseaux criminels et cartographier l’origine des saisies. Ils pourraient aussi s’accorder sur la mise en place de vidéosurveillance dans les conteneurs.

Marseille minée par la drogue : « Le pape peut délivrer un contrepoison d’espérance

Ylva Johansson souhaite « plus de coopération, pas seulement avec la police et les douanes, mais aussi avec les acteurs privés dans les ports ». Les autorités portuaires ainsi que les compagnies maritimes ont également un rôle à jouer. Elles utilisent notamment des systèmes de scanner pour vérifier la présence ou non de produits illicites dans les conteneurs.

Problème : en Belgique, seulement de 1 à 2 % des conteneurs sont scannés, selon des chiffres de la douane. Un chiffre trop faible pour contenir l’afflux de drogue sur le territoire européen.

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DANS QUELLE RÉGION DE FRANCE CONSOMME-T-ON LE PLUS D’ALCOOL?

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Ariel Guez le 23/01/2024

D’après le dernier baromètre de Santé publique France publié ce mardi 23 janvier, la consommation quotidienne d’alcool était plus fréquente en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie en 2021.

Les Français boivent toujours beaucoup d’alcool, mais moins qu’avant, selon la dernière enquête de Santé publique France publiée ce mardi 23 janvier. Cette étude, qui porte sur l’année 2021, analyse les tendances à long terme qui révèlent « une baisse très marquée de la consommation quotidienne déclarée au cours des dernières décennies ».

Ainsi, la part de consommateurs hebdomadaires, qui était de 62,6% en 2000, n’était plus que de 39% en 2021.

Et la proportion d’adultes consommant de l’alcool tous les jours a été quasiment divisée par trois, passant de 21,5% en 2000 à 8,0% en 2021, selon cette étude qui s’appuie sur des données déclaratives. Dans leurs résultats, les autorités sanitaires observent notamment « des disparités régionales ».

Consommation plus rare dans les DROM

Ainsi, c’est en Occitanie où on retrouve la part de consommateurs d’alcool quotidiens la plus élevée parmi les 18-75 ans, avec un taux de 11%, selon les données de Santé publique France. Suivent la Nouvelle-Aquitaine (10,2%), les Pays-de-la-Loire (9,7%), et le Centre-Val-de-Loire (8,4%).

Loin des clichés, la région Hauts-de-France se retrouve en dessous de la moyenne hexagonale, située par les autorités sanitaires à 8%. En effet, dans le nord du pays, la part de consommateurs d’alcool quotidiens est à 6,8%, en baisse par rapport à 2017.

La consommation d’alcool était également plus rare en 2021 dans les DROM: Guyane, Martinique, Guadeloupe et La Réunion ont un taux estimé à 5%.

Des « alcoolisations ponctuelles importantes » fréquentes en Bretagne

Plutôt en diminution parmi les jeunes hommes, le phénomène des « alcoolisations ponctuelles importantes » (autrement appelé « binge drinking ») – qui est défini par la consommation d’au moins 6 verres d’alcool en une seule occasion -, tend notamment à augmenter parmi les femmes de plus de 35 ans.

Pour l’agence de santé publique, « la mise en place d’actions de prévention pour réduire les risques induits par la consommation d’alcool » demeure ainsi « nécessaire ».

Selon les estimations de SpF, c’est dans les Pays-de-la-Loire que ces « API » sont les plus fréquentes: 22,6% des consommateurs d’alcool dans cette région ont fait du « binge drinking ». Suivent sur ce podium la Bretagne (21,6%) et la Guyane (19,2%).

Seule autre région nettement au-dessus de la moyenne hexagonale, située en 2021 à 16,5%: la région Auvergne-Rhône-Alpes, avec 17,3%.

La consommation d’alcool est responsable d’environ 41.000 décès par an et fait partie des premiers facteurs de risque de décès prématuré, rappelle l’agence sanitaire, mais la France n’est « pas dotée d’un plan national de lutte », souligne l’AFP.

Parmi les initiatives mises en place pour réduire la consommation des Français, le « Dry January », ou « Défi de janvier », qui consiste à ne pas boire pendant le premier mois de l’année, a été importé de Grande-Bretagne il y a cinq ans. Soutenu par diverses associations, il ne l’est pas officiellement par l’État.

SOURCE : Ariel Guez

Tabac, alcool, cancers… comment la prévention peut faire gagner des mois de vie en plus

Par Marie-Cécile Renault Publié le 19/01/2024

DÉCRYPTAGE – Mieux dépister les cancers et lutter contre les addictions dégagerait un gain de 5 milliards à 16,7 milliards d’euros.

À peine nommée à la tête d’un vaste ministère – allant du Travail à la Santé en passant par les Solidarités -, Catherine Vautrin s’est fait critiquer pour la bannière de son compte X (ex-Twitter). La Rémoise de 63 ans y avait posté une photo de vignes de Champagne… qu’elle s’est empressée de remplacer par un cliché de sa visite à l’hôpital de Dijon, samedi dernier avec Gabriel Attal. Anecdotique certes, mais en plein « dry january », cet épisode est révélateur des enjeux de santé publique liés à l’alcool, deuxième cause évitable de mortalité par cancer, responsable chaque année de 28.000 nouveaux cas. Le sujet a d’autant plus échauffé les esprits que la prévention a disparu de l’intitulé du poste de Catherine Vautrin, là où ses prédécesseurs Aurélien Rousseau et François Braun étaient ministres de la Santé et de la Prévention. Autant dire que les acteurs du secteur attendent la nomination d’un ministre délégué – le nom d’Agnès Pannier-Runacher revient pour ce poste avec insistance – qui retrouve cette prérogative dans son périmètre.

Car dans un système de santé français essentiellement axé sur le curatif, la prévention est un enjeu majeur. D’une part, c’est un moyen d’améliorer la santé des Français, alors que l’espérance de vie à la naissance a encore augmenté : les hommes dépassant désormais la barre des 80 ans en moyenne et les femmes 85,7 ans, selon le dernier bilan démographique de l’Insee.

D’autre part, c’est un moyen de désengorger le système de soins, alors que les urgences restent asphyxiées, que des lits hospitaliers sont fermés faute de personnel, et que les médecins de ville manquent. Enfin, la prévention est un levier puissant pour réaliser des économies qui pourront être réinvesties dans le système de santé, là où il y en a le plus besoin. Une nécessité alors que les comptes de la Sécu s’enfoncent dans le rouge : de 8,8 milliards en 2023, le « trou de la Sécu » va encore se creuser à 11,2 milliards cette année et 17,5 milliards en 2027.

Or la France part de très loin en matière de prévention. Les résultats obtenus sont « globalement médiocres », malgré un effort financier comparable à celui des pays voisins, déplorait la Cour des comptes dans un récent rapport, soulignant que les programmes de prévention médicalisée (vaccination et dépistage), comme les actions de promotion de la santé, « souffrent d’une adhésion trop faible ».

Pourtant, si la France était aussi efficace sur le sujet que la moyenne des pays de l’OCDE, il serait possible de réaliser 5 milliards d’euros d’économie par an sur les dépenses de santé, tout en augmentant l’espérance de vie des Français de 8 mois sans maladie chronique ou grave terme, révèle une étude du cabinet Asterès réalisée pour l’association des acteurs de la French Care. Dans un scénario plus optimiste, où la France s’alignerait cette fois sur les pays ayant les meilleurs scores, l’économie potentielle grimperait jusqu’à 16,7 milliards d’euros tandis que l’espérance de vie en bonne santé augmenterait de 2 ans.

Haro sur le tabac et l’alcool

Pour réaliser ces modélisations, Asterès a identifié 15 indicateurs couvrant des aspects tels que les comportements à risque (alimentation, activité physique, tabagisme, consommation d’alcool, surpoids et obésité), le dépistage de certains cancers et la vaccination. Pour chaque pathologie, le cabinet a calculé les coûts associés, allant des traitements à la prise en charge hospitalière, en passant par les dépenses de l’Assurance-maladie pour chaque jour non travaillé.

Résultat, si la France apparaît mieux placée que la moyenne dans certains domaines – par exemple l’alimentation ou la vaccination contre la grippe -, elle est très en retard par exemple dans la lutte contre deux habitudes à risque : le tabac et l’alcool. Les Français sont 26 % à fumer quotidiennement (contre 16 % en moyenne dans l’OCDE) et ils consomment en moyenne 10,4 litres d’alcool par an (contre 8,4 litres). « Il y a un enjeu à mieux lutter contre la consommation de tabac et d’alcool, où nous avons de vraies marges de progression », insiste Antoine Tesnière, professeur d’anesthésie-réanimation, président des acteurs de la French Care et directeur de PariSanté Campus.

Environ 9200 nouveaux cas de cancers sont attribuables chaque année au manque de dépistage en France ainsi que 11.000 à des stades avancés, avec un coût du non-dépistage qui varie de 2400 à 6500 euros par patientAntoine Tesnière, professeur d’anesthésie-réanimation, président des acteurs de la French Care et directeur de PariSanté Campus

Des progrès seraient aussi possibles en améliorant le dépistage précoce des cancers, première cause de mortalité prématurée en France. Alors que l’Assurance-maladie propose le dépistage systématique de trois cancers (sein, col de l’utérus et colorectal) les performances sont décevantes avec une participation inférieure en France à la moyenne de l’OCDE pour deux cancers sur trois. « Environ 9200 nouveaux cas de cancers sont attribuables chaque année au manque de dépistage en France ainsi que 11.000 à des stades avancés, avec un coût du non-dépistage qui varie de 2400 à 6500 euros par patient », souligne Antoine Tesnière.

En revanche, la France, pays de Pasteur, affiche des taux de vaccination satisfaisants, exception faite de la vaccination contre le HPV. Plus de 6100 nouveaux cas de cancers sont attribuables chaque année à la faible vaccination contre le papillomavirus et la prise en charge d’un cancer attribuable au HPV coûte en moyenne 6400 euros par patient et par an, soit 6100 euros pour l’Assurance-maladie et 300 euros pour les complémentaires santé, indique l’étude. La décision de l’exécutif de généraliser le vaccin pour tous les élèves de cinquième dès la rentrée 2023, devrait ainsi permettre d’améliorer la prévention.

De même, les consultations de prévention aux âges clés de la vie, voulues par le gouvernement, commencent à se déployer depuis le début de l’année, après avoir été expérimentées entre octobre et décembre dans les Hauts-de-France. Un premier pas d’une révolution indispensable.

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