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2,7 millions de décès prématurés évitables par an

Chaque année en Europe, 2,7 millions de morts sont causées par le tabagisme, l’alcool, les énergies fossiles et les aliments transformés a déclaré l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ce mercredi 12 juin dans son rapport sur les déterminants commerciaux des maladies non transmissibles. Elle exhorte les gouvernements à imposer une réglementation plus stricte de ces produits nocifs pour la santé et qui mettent en péril les systèmes de santé.

Les déterminants commerciaux de la santé désignent la manière dont les acteurs du secteur commercial, leurs produits et leurs pratiques influent sur la santé. Certaines de ces industries : tabac, alcool, agroalimentaire ou encore énergies fossiles déploient de nombreuses stratégies pour entraver la mise en œuvre des politiques relatives aux maladies non transmissibles (cancers, maladies respiratoires et cardiovasculaires, diabète, etc.) causées par leurs produits.

Le Dr Hans Henri P. Kluge, le directeur régional de l’OMS pour l’Europe, a déclaré : « Les tactiques de ces industries comprennent l’exploitation des personnes vulnérables par le biais de stratégies de marketing ciblées, la tromperie des consommateurs et la diffusion de fausses déclarations sur les bénéfices de leurs produits ou sur leurs certifications environnementales. »

Les maladies non transmissibles, première cause de mortalité en Europe

Ainsi, le rapport estime que le tabac, les combustibles fossiles, les aliments ultra-transformés (UPF) et l’alcool sont responsables de plus de 7 400 décès chaque jour dans les 53 États de la région Europe de l’OMS. Globalement, ces quatre industries causent environ 2,7 millions de décès prématurés évitables annuellement dans la région soit environ un quart (24,5 %) de toute la mortalité.

Le rapport de l’OMS met en lumière l’importance de reconnaître et d’aborder les influences commerciales sur la santé publique, en soulignant que des actions politiques et réglementaires sont essentielles pour réduire les conséquences délétères de certains acteurs économiques à l’origine de maladies non transmissibles.

Les activités des lobbys du tabac ont eu un impact significatif en retardant la mise en œuvre de politiques de santé publique efficaces, en minimisant les taxes sur le tabac, et en réduisant les restrictions sur la publicité du tabac. Ces lobbys ne se limitent pas à des activités nationales, mais exercent aussi une influence sur les régulations internationales. Ils cherchent à influencer les négociations et les décisions au sein d’organisations internationales telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT).

Malgré les risques pour la santé, seulement une minorité de pays européens ont appliqué des bonnes mesures dans les lieux sans tabac, ou adopté l’ensemble des bonnes pratiques en matière de lutte antitabac énoncés dans la Convention-Cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Ainsi les efforts visant à rendre les produits moins attractifs par le biais d’un emballage neutre, ou à en réduire l’accessibilité par des hausses de taxe n’aboutissent souvent pas.  Tel est notamment le cas pour l’alcool ou encore pour l’étiquetage des aliments via des nutriscores.[1]

L’OMS rappelle que le tabac est responsable de plus d’un million de décès par an en Europe, soit environ 10 % de tous les décès dans la région attribuables à ce seul facteur de risque. Les combustibles fossiles sont également un facteur important, causant près de 600 000 décès chaque année, ce qui représente environ 5 % de tous les décès. L’alcool est responsable de plus de 400 000 décès annuels. Enfin, plus de 350 000 décès sont attribués à une consommation excessive de viande transformée, de boissons sucrées et d’aliments gras et salés.

Des pratiques commerciales similaires

Ces acteurs commerciaux pointés dans le rapport s’engagent dans des pratiques quasi identiques pour façonner à leur avantage les environnements structurels, politiques et d’information. Leurs principaux objectifs sont de générer des profits, de maximiser les ventes de produits et de stimuler la consommation. Ces industries dépensent des ressources considérables pour s’opposer aux politiques de santé publique, elles s’efforcent de diffuser des données scientifiques qui leur sont favorables en taisant les conflits d’intérêt. Leurs actions renforcent les inégalités sociales en matière de santé. Enfin elles externalisent les coûts liés aux dommages causés par leurs produits sur la santé humaine et environnementale et elles aggravent considérablement le poids des maladies non transmissibles dans les systèmes de santé.

Vers une mise en place de la réglementation plus stricte

Les recommandations du rapport exhortent les gouvernements européens à imposer des réglementations plus strictes sur la commercialisation des produits nocifs pour la santé. Elles appellent à limiter les pratiques monopolistiques et à protéger les politiques publiques du lobbying de ces acteurs puissants, et à privilégier la santé publique sur les intérêts catégoriels de ces agents économiques. L’action réglementaire est d’autant plus cruciale à l’ère de la mondialisation, où les accords commerciaux internationaux et les intérêts économiques transnationaux peuvent entraver les efforts visant à protéger la santé publique.

« Pendant trop longtemps, nous avons considéré les facteurs de risque comme étant principalement liés aux choix individuels. Nous devons reformuler le problème comme un problème systémique, où la politique doit contrer les ‘environnements de surconsommation’, restreindre le marketing et arrêter l’ingérence dans l’élaboration des politiques. » a rappelé Frank Vandenbroucke, vice-premier ministre belge.

L’article 5.3 de la CCLAT vise à protéger les politiques de santé publique contre l’influence de l’industrie du tabac. Il recommande de limiter et de rendre transparentes les interactions avec cette industrie, de rejeter les partenariats non contraignants, d’éviter les conflits d’intérêts, d’assurer la transparence des interactions nécessaires et de refuser les financements et dons de l’industrie du tabac. Cette approche peut être appliquée à la lutte contre les maladies non transmissibles en protégeant les politiques de santé publique des influences nuisibles, en maintenant la transparence, en évitant les conflits d’intérêts et en refusant les financements des industries contribuant aux MNT.

Enfin il est rappelé le rôle crucial de la société civile dans l’adoption et la mise en œuvre des politiques publiques. Ainsi certains pays ont obtenu des résultats positifs malgré la forte opposition de l’industrie.  Récemment, la mobilisation nationale et internationale des organisations de la société civile a contribué à l’adoption d’une législation sur le tabac en Slovénie. En Estonie, une coalition de partenaires du secteur de la santé, dont des dentistes, des infirmières et des médecins, a contribué à faire progresser la législation sur la taxation des boissons sucrées.

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« Un coup de massue »: alcool interdit dans les kermesses

Comment les parents s’organisent à Rennes

Début mars 2024, la ville de Rennes a rappelé la règle à tous les directeurs d’établissements scolaires : l’alcool à la fête de l’école, c’est non. Ou alors sous certaines conditions. Des associations de parents d’élèves s’inquiètent du manque à gagner. La kermesse est souvent leur principale source de revenu. Une manne directement versée aux écoles pour mener des projets éducatifs et favoriser l’inclusion.

À Rennes, la mairie a rappelé la règle, début mars 2024, la tireuse à bière la fête de l’école : c’est non. Enfin presque… (photo d’illustration).

À Rennes, la mairie a rappelé la règle, début mars 2024, la tireuse à bière la fête de l’école : c’est non. Enfin presque… (photo d’illustration). | ARCHIVES OUEST-FRANCE.

« À Rennes, ça secoue le landerneau des Associations de parents d’élèves (APE) », confie Stéphane Tomczak, président de celle du groupe scolaire Châteaugiron Landry.

Dans un courriel envoyé aux directeurs d’école, début mars 2024, la mairie a rappelé à tous les directeurs d’école la réglementation concernant la vente d’alcool pendant les traditionnelles kermesses de fin d’année. « Conformément à la loi, il est interdit d’installer un débit de boissons de ce type à moins de 100 mètres d’un établissement », précise la Ville, qui s’appuie sur un arrêté préfectoral. Exit donc la tireuse à bière sous le préau pendant que les enfants jouent à la pêche au canard.

« On a tous appris la nouvelle avec inquiétude, raconte Stéphane Tomczak. La kermesse c’est ce qui génère le plus d’argent pour aider…

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Boire de l’alcool dans l’avion peut s’avérer mortel, selon une étude

Selon les conclusions d’une récente étude, l’alcool combiné à la pression de l’avion peut impacter le cœur des passagers et engendrer des conséquences dramatiques.

Johanna Amselem

mar. 4 juin 2024 à 10:41 AM UTC+2

L’alcool combiné à la pression de l’avion peut impacter le coeur des passagers(Getty Images)

Vous avez l’habitude de boire un verre de vin, une coupe de champagne ou une bière pendant vos voyages en avion ? Ce n’est peut-être pas une très bonne idée. Grâce à une récente étude menée auprès de 48 personnes et publiée dans la revue Thorax, les chercheurs ont constaté que boire de l’alcool à bord d’un avion pouvait avoir des conséquences mortelles.

En effet, l’alcool combiné à la pression de l’avion peut impacter le cœur des passagers. Précisément, cela pourrait réduire l’oxygène dans le sang et augmenter la fréquence cardiaque. « La consommation d’alcool à bord constitue un risque sous-estimé pour la santé qui pourrait être facilement évité. Il pourrait être bénéfique d’envisager de modifier la réglementation pour restreindre l’accès aux boissons alcoolisées à bord des avions », recommandent des universitaires de l’Institut de médecine aérospatiale d’Allemagne dans des propos rapportés par The Sun.

De faibles niveaux d’oxygène dans le sang

Les chercheurs rappellent que les arrêts cardiaques sont à l’origine de 58 % de tous les déroutements d’avions. Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont surveillé la fréquence cardiaque, le taux d’oxygène dans le sang et le sommeil d’un petit groupe de personnes. La combinaison de l’alcool et d’une faible concentration d’oxygène à haute altitude réduisait la qualité du sommeil et conduisait à une durée prolongée de faibles niveaux d’oxygène dans le sang.

« Ensemble, ces résultats indiquent que même chez les individus jeunes et en bonne santé, la combinaison de la consommation d’alcool et du sommeil dans des conditions hypobares exerce une pression considérable sur le système cardiaque et pourrait conduire à une exacerbation des symptômes chez les patients atteints de troubles cardiaques ou pulmonaires« , mettent en garde les auteurs. Selon eux, les passagers souffrant d’apnée du sommeil et de problèmes respiratoires devraient s’abstenir de boire pendant 12 heures avant et pendant le vol.

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Quand le cannabis mène aux urgences

La puissance croissante en THC des produits du cannabis se traduit par une hausse des hospitalisations au Canada depuis quelques années chez les moins de 25 ans.

Des médecins québécois tirent la sonnette d’alarme.

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Narcotrafic : conclusions de la commission d’enquête du Sénat

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Le CNPERT est apolitique et aconfessionnel :

Il veille jalousement à sa totale indépendance vis-à-vis des pouvoirs publiques et économiques, auprès desquels il n’a jamais sollicité de subventions. Son fonctionnement ne repose que sur les cotisations de ses membres, tous cooptés à partir des motivations qu’ils expriment en se portant candidats.

Le CNPERT est attentif à toutes les suggestions qui sont de nature à alimenter ses analyses, ses réflexions et ses propositions. C’est à ce titre qu’il a été intéressé par une déclaration dans le « Journal du dimanche » (JDD) de monsieur Éric Ciotti, président du groupe Les Républicains (LR).

Parmi différentes propositions, il en exprime certaines ayant trait aux drogues et toxicomanies.

Nous les proposons sans commentaires, pour les lecteurs de notre blog « drogaddiction.com ».

Cliquez ici pour lire les propositions d’Eric Ciotti

Le JDD : « On ne peut pas dire que le gouvernement soit resté passif: vous évoquiez les narco-trafiquants. L’opération « place-nette XXL » a permis la saisie de quatre tonnes de drogues, de 20 millions d’euros, et 600 arrestations…

« Là encore, on est dans l’agitation de la communication. La drogue pourrit tout : notre jeunesse, nos quartiers, elle atteint nos villages, elle nourrit les réseaux de criminalité. Les mesures que nous proposons
dans notre plan de lutte contre les trafics de drogue, permettront de traquer efficacement à la fois le trafiquant et le consommateur en renforçant considérablement les sanctions pénales qui pèsent sur l’un
et sur l’autre.

D’abord, en portant l’amende forfaitaire délictuelle à 1 000 € pour les consommateurs. Ensuite, en publiant les noms des consommateurs mis en cause. S’agissant de la lutte contre les trafiquants, l’opération place-nette se résume essentiellement à des forces mobiles qui font « un petit tour et puis s’en vont ».

Cette force spéciale comprendrait naturellement à sa tête des services de police judiciaire, des douaniers, des policiers du raid ou des gendarmes du GIGN et des militaires dans une nouvelle forme d’opération sentinelle.

Cette force spéciale devra être présente partout, 24 heures sur 24 dans les quartiers, et installer ses propres points de contrôle pour inverser la logique de la peur. Aujourd’hui, ce sont les dealers qui ont mis en place des checkpoints pour rentrer dans les quartiers. Demain, il faut que ce soient les policiers.

Je souhaite que chaque quartier soit verrouillé jour et nuit par les forces de l’ordre. Nous effraierons ainsi les consommateurs et assécherons les trafiquants. Cette action devra aussi s’appuyer sur des saisies massives des avoirs criminels. Il faut frapper les trafiquants au portefeuille et expulser tous ceux qui, auteur ou complice d’un trafic de drogue, habitent dans les cités. C’est une priorité nationale ».

 Le JDD « Le Garde des Sceaux propose de créer un parquet dédié à la criminalité organisée, cela va dans votre sens ? »
« C’est une idée que j’approuve. Mais au-delà d’une meilleure organisation judiciaire, il faut surtout installer une réponse pénale beaucoup plus ferme. Nous voulons le retour des peines plancher dès le
premier délit à l’encontre d’un dépositaire de l’autorité publique pour rendre inviolable l’uniforme.

Aujourd’hui, trop de policiers mais aussi de pompiers, de policiers municipaux et de professeurs sont agressés.

Nous devons mieux les protéger. Je souhaite aussi la mise en place de courtes peines, à partir d’une semaine de prison. C’est la logique inverse qui est conduite dans notre pays depuis des années, où l’on se décide seulement à incarcérer après plusieurs délits successifs.

La sanction doit être rapide en recourant quasi systématiquement aux comparutions immédiates. Une sorte de choc d’autorité et de sévérité

Le phénomène Puff dans les collège et lycées

Professeur Costentin

Chaque semaine, des élèves de mon collège sont exclus pour avoir vendu (ou acheté) une puff dans l’enceinte de l’établissement. Peut-être êtes-vous passés à côté du phénomène puff ? C’est une cigarette électronique préremplie et préréglée, aux couleurs pimpantes et acidulées, aux saveurs fruitées et récréatives, programmée pour être jetée au bout de 300 à 600 bouffées.

Le taux de nicotine varie entre 0 et 2 %, si on se fournit en France, et peut monter encore si on passe par des sites américains, les concentrations les plus vendues aux États-Unis tournant autour de 5 ou 6 %. S’en procurer est d’une facilité enfantine : elle est vendue partout et coûte peu cher, et même si cette vente est en théorie interdite aux moins de 18 ans, la prolifération des puffs entre les mains de nos élèves prouve que les buralistes, comme les spécialistes de la vape, ne sont pas regardants. De toute façon, on en trouve partout sur le Net ou sur Instagram, et il suffit de renseigner une fausse date de naissance pour passer les barrières préventives et accéder aux sites.

Les adultes n’y voient que du feu…

Lors d’une sortie scolaire, j’ai parlé avec certains de mes élèves de 4e et ils me disaient que c’étaient leurs parents qui les achetaient pour eux. Ces parents pensent peut-être les éloigner ainsi de la consommation de tabac alors que toutes les études prouvent le contraire et attestent que ces cigarettes électroniques ludiques sont prédictives en termes de consommation tabagique. Mais c’est festif, et puis c’est la mode ! Il y en a partout, partout, et surtout sur les réseaux sociaux où des influenceurs sont payés pour en faire la promotion et où les autres gogos participent bénévolement à ce mouvement de propagation massive.

Certains sites vantent même les mérites de la nicotine pour perdre du poids, nicotine que l’on trouve dans la puff avec un doux arôme de fraise, bien moins repoussant qu’une bonne vieille odeur de tabac froid. Ma fille lycéenne me disait que ses camarades tirent quelques taffes à chaque intercours : c’est rapide, cela se sort du sac en deux secondes, cela n’a pas besoin de temps de chauffe et laisse dans l’air une vague odeur de bonbon, de mangue ou de menthe fraîche. Les adultes n’y voient que du feu et les adolescents se gorgent de nicotine tout au long de la journée. La dernière venue, la « 9K », contient 9.000 bouffées, soit l’équivalent de 18 paquets de cigarettes.

La France réfléchit à l’interdire. Enfin, pas vraiment. C’est le « en même temps ». On veut l’interdire, mais l’an prochain seulement… Le temps d’écouler les stocks ? Les députés viennent de découvrir que c’est très très mauvais. On pourrait se demander pourquoi ils ne s’étaient pas renseignés avant d’autoriser la commercialisation d’un tel produit, étant donné qu’on avait depuis un moment des informations en provenance des États-Unis.

Mais ils ont attendu « de voir ». On a vu. Maintenant, ils disent « stop », fermement ! Ils vont protéger nos enfants ! Tout cela doit cesser ! Nos représentants ont donc voté en février, à l’unanimité des deux chambres, une loi pour interdire la vente de puffs en France.

Deux mois après, quid ? Eh bien, pas grand-chose, parce qu’ils attendent la validation par la Commission européenne. On se demande pourquoi on perd encore du temps et de l’énergie à voter des lois qui n’ont aucune valeur sans la bénédiction de l’Europe, dont on peut imaginer qu’elle hésitera à fermer la porte à un marché aussi lucratif. Il y a donc fort à parier que les couleurs chatoyantes des puffs continuer

Le ministre de la Justice affirme deux choses sur la consommation de cannabis :

Article rédigé par Mathilde Bouquerel

Radio France – Publié le 30/04/2024

Alors que le gouvernement a lancé mi-mars l’opération place nette XXL, destinée à « porter un coup d’arrêt aux trafics de drogues », selon le président de la République Emmanuel Macron, le ministre de la Justice Éric-Dupond Moretti s’est exprimé sur la consommation de cannabis sur BFMTV. Il a d’abord affirmé qu’en France, « la consommation de shit en particulier chez les jeunes est en diminution ». Cette affirmation est vraie, mais elle est à nuancer.

Le ministre s’appuie sur une enquête publiée par l’OFDT, l’Office français des drogues et tendances addictives. Chaque année, l’Office interroge un panel représentatif de jeunes de 17 ans sur leur consommation d’alcool, de tabac et de cannabis, et il publie régulièrement des enquêtes à partir de l’analyse de leurs réponses. D’après l’enquête publiée l’année dernière, en 2017, ils étaient 39% à avoir essayé le cannabis contre un peu moins de 30% en 2022. L’enquête reconnaît bien un changement de la perception de cette drogue chez les jeunes, grâce aux politiques publiques, mais elle pointe aussi l’impact de la crise sanitaire. Moins de contact entre les jeunes, explique l’OFDT, c’est aussi moins d’initiation à l’alcool, au tabac et au cannabis.

Deux millions de consommateurs de cannabis en plus depuis la légalisation au Canada ?

Éric Dupond-Moretti s’est aussi exprimé sur la situation au Canada. Dans ce pays, le cannabis a été légalisé en 2018 avec des conséquences néfastes, selon le garde des Sceaux, puisque « depuis que cette législation a été votée, il y a 2 millions de stupeux en plus ». C’est vrai, mais là aussi c’est à nuancer. Ce chiffre vient d’une étude de l’agence Santé Canada, l’équivalent de Santé publique France.
Selon cette étude, en 2018, 22% de la population du pays avaient consommé du cannabis dans l’année écoulée contre 26% en 2023. Si l’on rapporte à la population du Canada, cela fait bien 2 millions de consommateurs en plus.

Cependant, cette hausse de la consommation de cannabis, elle est à l’œuvre depuis une quinzaine d’années. En 2011, sept ans avant la légalisation, les consommateurs de cannabis représentaient 9% de la population canadienne tandis qu’en 2017, un avant la légalisation, ils étaient déjà 15%. On lit aussi dans l’étude de Santé Canada que depuis cette légalisation, les Canadiens s’initient plus tard au cannabis. L’âge de la première consommation était de 18 ans en 2018 contre 20šans en 2023. Enfin, avec la légalisation, les Canadiens sont aussi moins nombreux à prendre le volant sous l’emprise du cannabis. 27% des Canadiens l’avaient fait dans l’année écoulée en 2018, contre 17% en 2023.

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Voulons-nous vraiment vivre avec les drogues ?

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le thérapeute François Diot avance des pistes concrètes pour lutter contre le fléau de la drogue en France. Selon lui, cela passe par sortir du modèle thérapeutique et se donner pour horizon la sortie de la dépendance.

François Diot est hypnothérapeute et ancien chef de service d’un CAARUD (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues).


Deux événements récents ont remis la question des drogues sur le devant de la scène : la dépénalisation du cannabis décidée par l’Allemagne et, en France, la multiplication des opérations «Place nette» dans les quartiers gangrenés par la drogue et régentés par les trafiquants. Comme il fallait s’y attendre, sur les ondes comme sur les écrans, le micro a été donné, ici à une sociologue «spécialiste» de la toxicomanie ; là, à un représentant de la police ; ailleurs à d’autres voix encore. Sans surprise, la question sensible et complexe des drogues reste abordée sur le mode du clivage : «pour» ou «contre», «répressif» ou «permissif», «droite» ou «gauche». Bref, selon une approche idéologique, alors qu’il s’agit à la fois d’une question de santé publique et d’une question de sécurité et de lutte contre le narcotrafic. Une politique globale et coordonnée entre les différents ministères est donc indispensable. Qu’en est-il ?

Aujourd’hui, le ministère de l’Intérieur, suivi par celui de la Justice, est particulièrement mobilisé pour lutter contre le trafic et le grand banditisme, car pour le ministre Gérald Darmanin «la drogue est la plus grande menace sécuritaire de notre pays qui nous touche collectivement». Ce ministre, comme son collègue de la Justice, sont donc logiquement opposés à toute légalisation des drogues en France. Mais quid de la position du ministère de la Santé ? À ce jour, on regrette qu’il se fasse si discret. En lieu et place d’une position explicite de sa part, c’est le secteur de l’addictologie – dominé par les associations de prise en charge des consommateurs de drogue et de la réduction des risques – qui donne de la voix et s’emploie à la faire entendre auprès des autorités publiques. Ce secteur, regroupé sous la houlette de la Fédération addiction qui regroupe 800 associations, est vent debout contre la politique mise en œuvre par le ministre de l’Intérieur.

Il préconise, urbi et orbi, d’une part la décriminalisation de l’usage de drogue et, d’autre part, l’accompagnement de la consommation encadrée dans des structures telles que les Salles de consommation à moindre risque (SCMR), nommées Haltes soin addiction (HSA) à partir de 2022. Or, l’expérimentation de la HSA à Paris depuis 2016, gérée par l’une de ces associations, obtient des résultats peu convaincants concernant la réduction des risques, et ils sont nuls pour ce qui est de la sortie de l’usage de drogue. Enfin, elle est un échec sur le plan de la tranquillité et de la sécurité des riverains. Il suffit pour s’en convaincre de lire le rapport de l’Inserm sur les résultats effectifs en matière de réduction des risques qui est l’objectif premier de cette structure. En effet, selon ce rapport, sur la base d’une simulation couvrant une période de 10 ans entre 2016-2026, «les SCMR permettent d’éviter un nombre relativement modeste d’infections VIH (6%) et VHC (11%) […] et permettent seulement une augmentation d’espérance de vie de 5 à 6 mois dans les populations fréquentant les SCMR» par rapport à celles qui ne les fréquentent pas. Il suffit aussi d’écouter les riverains qui habitent à proximité véritable de la salle en question, concernant leur tranquillité et leur sécurité et de prendre la peine de traverser ce quartier anxiogène.

La France ne tient pas les consommateurs de drogue pour des délinquants, contrairement à ce qu’affirment les tenants de la décriminalisation de toutes les drogues.François Diot

Force est donc de constater qu’en France il n’existe pas aujourd’hui une politique globale, cohérente et coordonnée au niveau des trois ministères concernés : Santé, Intérieur, Justice. Et comme la nature a horreur du vide, la place est occupée par les associations bien introduites, depuis longtemps, dans les rouages ministériels, les organismes étatiques (Agence régionales de Santé-ARS ; Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives-MILDECA) et certaines municipalités. Cette forme d’entrisme permet à ce secteur associatif d’être, tout confondu, financé à hauteur d’un milliard d’euros par an pour gérer notamment les multiples structures dédiées à la réduction des risques. En contrepartie de cette manne financière, il est surprenant que l’État n’exige aucune obligation de résultats qu’il est en droit d’attendre : quotas de sevrage, de sortie de l’addiction, de réinsertion professionnelle, etc. Autant de données qui sont absentes des rapports d’activité. Et il est tout aussi surprenant que ces structures assimilées à des établissements médico-sociaux ne fassent pas l’objet d’une évaluation régulière, notamment par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS).

Considérant, selon la formule rituelle, que «la France est en retard», ces acteurs de la réduction des risques prennent pour exemple la politique menée au Portugal depuis le début des années 2000. Celle-ci est, à leurs yeux, efficace car en décriminalisant l’usage de toutes les drogues, elle ne fait plus du consommateur un délinquant mais elle le considère – surtout s’il est dépendant précaire – comme un «patient». En outre, notre voisin portugais a ouvert des centres d’accompagnement pour les consommateurs, où leur sont offerts conseils, produits de substitution, seringues stériles, pipes, aide à l’accès aux prestations médicale, psychologique et sociale… Dans son étude de juin 2021, intitulée «Dépénalisation des drogues au Portugal : bilan 20 ans après», l’OFDT conclut – tout en soulignant les aspects positifs sur le plan de la réduction des risques en particulier – : «l’approche portugaise bénéficie d’une forte notoriété : régulièrement citée dans le débat public, elle est souvent présentée comme une réforme vertueuse, même si ses effets, contrastés, sont souvent mal connus».

Faut-il affirmer pour autant que «La France est en retard», comme le répète à l’envi le secteur associatif de la réduction des risques ? Non, elle n’a rien à envier à nos amis portugais car elle dispose d’un réseau considérable de structures : le territoire national ne compte pas moins de 350 CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie), 151 CAARUD (Centre d’accueil, d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues), 2 HSA (Halte Soin Addiction), 12 Communautés thérapeutiques et de très nombreuses Consultations jeunes consommateurs. L’existence même d’un tel dispositif qui aurait besoin d’être évalué régulièrement, témoigne de ce que la France ne tient pas les consommateurs de drogue pour des délinquants, contrairement à ce qu’affirment les tenants de la décriminalisation de toutes les drogues. Quant au regard que les Français portent aujourd’hui sur ces consommateurs, il n’a plus rien du rejet méprisant, fort heureusement.

Face ce problème aigu de santé public, il est temps de sortir de ce modèle thérapeutique et de se donner pour horizon la sortie de la dépendance.François Diot

Plutôt que d’appeler de leurs vœux la décriminalisation des drogues, les contempteurs du supposé «retard» de notre pays, auraient besoin de se livrer un aggiornamento de leur logiciel conceptuel et de leur pratique. Car si la réduction des risques reste nécessaire, elle n’est plus suffisante. À elle seule, elle est en échec face à une drogue très addictive comme le crack pour laquelle il n’existe pas de substitut et à laquelle aucun des pays érigés en modèle (le Portugal et la Suisse par exemple) n’a trouvé de solution. C’est pourquoi, soutenir qu’une salle de consommation encadrée pour usagers de crack résoudra le problème est un leurre. L’addiction à ce produit est si forte que permettre une consommation encadrée revient à maintenir la personne dans l’addiction et à le normaliser. L’usager de drogue n’est pas un délinquant. Il est une personne humaine en souffrance qui a besoin d’être soignée et qui, bien souvent, a perdu tout libre arbitre pour décider de s’en sortir. À nous de l’aider.

Les citoyens, eux, ne s’y trompent pas lorsqu’ils s’opposent à l’implantation d’une salle de consommation au cœur d’habitation et de commerces. Ils s’y opposent non pas seulement à cause des désordres qu’elle crée inévitablement dans leur environnement, mais aussi parce qu’ils ont compris que l’argent public investi dans ce cas ne permet pas d’éloigner les consommateurs des lieux de deal et encore moins de les soigner véritablement.

Face ce problème aigu de santé public, il est temps de sortir de ce modèle thérapeutique et de se donner pour horizon la sortie de la dépendance. Ce modèle est particulièrement inadapté pour les consommateurs de crack qui, de surcroît, sont souvent polytraumatisés. Il faut donc sortir de l’impasse actuelle. Cela suppose d’intégrer dans les objectifs d’une politique de santé digne de nom : la rupture avec l’usage de drogue ; la multiplication des places de désintoxication à l’hôpital ; l’allocation à la psychiatrie de tous les moyens qui lui font cruellement défaut ; la création de communautés thérapeutiques inspirées du modèle Minnesota comme le monde anglo-saxon les a mises en œuvre avec succès. Doit-on s’habituer à vivre avec les drogues plutôt que de combattre leur trafic et d’avoir une politique ambitieuse pour soigner celles et ceux qui en sont les victimes ? C’est à ce choix que les pouvoirs publics doivent répondre.

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