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DEPENALISER LE CANNABIS : A quel prix ?

Communiqué commun des Académies nationales de médecine et de pharmacie

La légalisation du cannabis est une revendication qui réapparait périodiquement depuis une quarantaine d’années, malgré les données neurobiologiques, cliniques et épidémiologiques validées qui justifient son interdiction, et cela en dépit des statistiques de plus en plus alarmantes d’accidents liés à sa consommation, notamment sur la route et au travail. Surtout, il est avéré que plus son usage est précoce, plus les conséquences sur la santé physique et mentale sont graves, voire irréversibles.

C’est en France que l’on fume le plus de cannabis en Europe ; on peut raisonnablement en déduire qu’une dépénalisation de sa consommation aura des conséquences délétères sur la santé publique dans notre pays, plus particulièrement sur les jeunes, en laissant entendre qu’il s’agit d’une habitude sans conséquences nocives.
C’est pourquoi, l’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie renouvellent les mises en garde qu’elles adressent périodiquement depuis 1998 à ceux qui souhaitent dépénaliser le cannabis en France.

Une vraie drogue

  • Le cannabis n’est plus la « fumette » d’antan. Aujourd’hui, il est beaucoup plus concentré en principe actif (tétrahydrocannabinol ou THC) dont la teneur a été multipliée par 5 à 10 depuis 40 ans.
  • La « pipe à eau » est un nouveau mode d’absorption, particulièrement redoutable, qui délivre presque instantanément au cerveau des quantités importantes de THC suscitant délire et hallucinations.

Le cannabis n’est pas une drogue « douce ».

  • Par ses goudrons, il exagère les effets néfastes du tabac, notamment les risques de cancer ;
  • Il est directement à l’origine d’artérites, d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux, de pancréatites ;
  • Il constitue pendant la grossesse un danger majeur pour le développement psycho-moteur de l’enfant à naître: diminution du poids de naissance et troubles du comportement (altération du sommeil, augmentation de l’impulsivité) ;
  • Il déprime l’immunité : fumer de la marijuana peut déclencher une dépression des fonctions immunitaires de l’organisme, ce qui explique que les consommateurs de cannabis sont plus exposés à certains types d’infections et de cancers;
  • Il induit une forte dépendance dans environ 20% des cas et incite au passage à des drogues plus dures et à la polytoxicomanie ;
  • Il altère la mémoire et les capacités éducatives ;
  • Il favorise anxiété et dépression ;
  • Il double le risque de symptômes psychotiques à terme. De nombreux cas de schizophrénie diagnostiqués en France sont liés à la consommation de cannabis qui aggrave la maladie quand elle existe déjà, crée une résistance aux traitements qu’on lui oppose et déclenche de nouveaux épisodes aigus dans les périodes de rémission symptomatique. Le risque de développer ces troubles augmente en fonction de la quantité consommée et de la précocité de la première prise car le cannabis agit comme facteur déclenchant chez des patients d’autant plus fragiles qu’ils sont jeunes et grands consommateurs.

Un faux médicament

Le cannabis n’est pas un médicament, n’en déplaise à ceux qui vont jusqu’à proposer de confier sa commercialisation aux pharmaciens. Cet « alibi » risque d’en accentuer la pénétration dans notre société de plus en plus sujette à des phénomènes de vulnérabilité et de précarité, avec tous les effets délétères qu’on lui connaît.

  • Bien que certaines activités thérapeutiques du cannabis aient été alléguées, la pharmacopée n’est pas dépourvue de véritables médicaments ayant satisfait aux nombreux et rigoureux critères permettant d’accéder à ce statut et développant des propriétés pharmacologiques supérieures à celles du THC.
  • Pour tout médicament, la dose thérapeutique utile doit être connue avec précision. Or, la marijuana (plante du chanvre indien) et le haschich (sa résine) sont des mélanges de nombreuses substances, dont les proportions absolues et relatives peuvent changer considérablement selon la variété, le lieu de culture, le climat, le moment de la récolte. Dans le cas de cannabis fumé, les concentrations en principe actif (THC), sont forcément variables.
  • Mais surtout, ce qui qualifie un médicament est son rapport bénéfice/risque établi par l’analyse des bienfaits que pourra en retirer le patient, comparés aux risques d’effets secondaires et de toxicité. S’agissant du cannabis /THC, alors que les effets pharmacologiques sont d’une intensité modeste, les effets secondaires sont nombreux et très souvent adverses.

Un danger public

Le cannabis entraîne une diminution des connexions neuronales dans l’hippocampe et réduit la capacité de l’usager à effectuer les tâches du quotidien ; surtout, de par l’exceptionnelle lipophilie du THC, c’est, de toutes les drogues, la seule à être stockée, pour des jours ou des semaines, dans le cerveau, organe particulièrement riche en lipides. Cette longue rémanence du THC explique que, même après une à deux semaines sans consommation, les troubles persistent avec des effets imprévisibles, et d’autant plus dangereux.

  • Consommé seul, le cannabis est à l’origine d’un doublement du nombre des accidents de la route ; associé à l’alcool, il multiplie par 14 le risque d’accidents mortels, selon les chiffres de la prévention routière.
  • 15% à 20% au moins des accidents du travail sont provoqués par des conduites addictives; c’est pourquoi le dépistage systématique du cannabis en entreprise, bien qu’il soit interdit (article L. 1121-1 du code du travail), reste toutefois licite pour les postes à risque (transport, nucléaire, métallurgie ou encore métiers justifiant un port d’arme). Si demain la loi venait à évoluer dans le sens d’une dépénalisation, les entreprises pourraient-elles mettre en cause la responsabilité de l’Etat en cas d’accident ?

Un appel à la raison

Le combat contre le tabac est loin d’être gagné ; faut-il y ajouter la toxicité du cannabis avec 8 fois plus de goudrons cancérigènes et passer d’une addiction à une autre, plus dangereuse, puisqu’elle abolit la volonté, annihilant tout effort personnel de désintoxication ? Aligner la législation du cannabis sur celle du tabac multipliera le nombre d’usagers, à égalité avec les sujets tabaco-dépendants, avec le risque fort probable que, comme pour le tabac et l’alcool, la loi ne réussisse pas à protéger les mineurs. Or, certains adolescents inscrivent sa transgression dans leur passage à l’âge adulte. Si cette frontière n’existe plus, c’est d’emblée à la porte de l’héroïne qu’ils iront frapper, d’autant que l’addiction au cannabis rend beaucoup plus facile l’accrochage par l’héroïne.

Comment accepter en conscience une telle banalisation du cannabis et imaginer que la commercialisation, par une régie nationale, d’un produit plus faiblement dosé « calmerait le jeu » … Les quelques pays ayant légalisé le cannabis font discrètement marche arrière. Des coffee shops sont fermés à Amsterdam… au prétexte qu’on y a surpris des fumeurs de tabac ! Sait-on qu’en Suède, le respect des lois associé à une pédagogie efficace produit dix fois moins de toxicomanes que la moyenne européenne ?

Alors que la priorité est donnée à l’éducation et à la croissance, peut-on favoriser la diffusion d’une drogue qui empêche d’apprendre et ôte l’envie d’entreprendre ? Le cerveau humain n’atteint sa maturité qu’après vingt ans ; or, le cannabis perturbe cette maturation. Pour notre pays, qui doit compter dans la compétition internationale sur sa richesse humaine, la diffusion en toute légalité du cannabis reviendrait à annihiler les moyens investis à grand frais dans l’éducation.

Enquête : 10 % de collégiens approchés pour la drogue

Une journée citoyenne de prévention des addictions a été organisée au collège privé Saint-Joseph, en s’appuyant sur une enquête auprès des familles.

Un atelier avec port de lunettes simulant 1,5 grammes d'alcool dans le sang.

Un atelier avec port de lunettes simulant 1,5 grammes d’alcool dans le sang.

C’est un partenariat entre le groupe scolaire privé Sainte-Clotilde Saint-Joseph et l’IFSI, l’école d’infirmières d’Amboise, qui a abouti à l’organisation d’une journée consacrée à la prévention des addictions. Jeudi dernier, les collégiens ont pu travailler en atelier ludiques et pédagogiques avec des intervenants extérieurs, médecins, gendarmes, etc.

Visions différentes parents et enfants

Cette initiative s’est appuyée sur le résultat d’une enquête menée par les étudiantes infirmières, auprès des collégiens et de leurs parents. Ce questionnaire, anonyme, auquel ont répondu 70 parents et 139 élèves, a mis en perspective les réponses des élèves et des parents, pour étudier la différence d’appréciation des problèmes d’addiction (tabac, alcool, drogue, internet) et les contradictions. C’est ainsi que les élèves disent « ne pas être incités par les autres » et pourtant, ceux qui consomment le font « pour faire comme leurs amis. »
Côté nouvelles technologies, les parents pensent avoir instauré un temps limité d’une heure par jour, alors que les enfants déclarent pour la majorité être devant un écran (TV, ordinateur ou téléphone) de 1 à 3 heures, voire plus, par jour. Internet est surtout utilisé pour accéder aux réseaux sociaux… Que les parents pensent avoir interdit d’accès.
Plus de la moitié des élèves fument, bien que la prévention semble porter ses fruits, puisqu’une minorité seulement fume régulièrement. Mais un élève sur trois a déjà essayé. Les parents semblent ignorer que leur enfant fume, alors que ceux-ci utilisent les cigarettes des parents ou l’argent de poche pour en acheter.
Les parents répondent aussi que leur enfant ne consomme pas d’alcool en leur présence. Mais ces derniers soulignent que les alcools les plus consommés le sont dans des réunions de famille (vin, cidre, bière et champagne et non alcools forts).
L’alcool circule beaucoup en soirée et la plupart des élèves en ont déjà consommé. Ce n’est pas le cas de la drogue. Pourtant, les parents craignent plus la consommation de drogue dans ces soirées que celle de l’alcool.
Les drogues (cannabis, héroïne, cocaïne) sont connues. C’est l’addiction qui touche le moins les élèves, mais qui les concerne quand même, puisque 10 % d’entre eux déclarent avoir eu des propositions pour en acheter. Les effets négatifs de ces produits sont connus des élèves qui n’hésitent pas à citer les problèmes de santé et de bagarres. Cette enquête, tout en n’ayant pas de caractère scientifique, permet d’avoir une bonne idée de la situation actuelle à partir d’un panel local. Source

L’Académie de médecine se dresse contre la dépénalisation du cannabis

Pour les Académies de médecine et de pharmacie le cannabis est source de dépendance, d’altération de la mémoire, d’anxiété, de dépression et d’amplification des effets néfastes du tabac.

Les Académies nationales de médecine et de pharmacie ont lancé mercredi une mise en garde sévère contre une dépénalisation du cannabis qui, selon elles, «n’est pas une drogue douce» et constitue un «danger public». «C’est en France que l’on fume le plus de cannabis en Europe» soulignent les deux Académies dans une prise de position sur ce sujet.

L’enquête Espad (European School Project on Alcohol and other Drugs), menée dans 36 pays en Europe en 2011 et publiée fin mai, a montré que les adolescents français étaient les premier consommateurs européens de cannabis, avec 24% déclarant avoir fumé au moins une fois dans le mois, contre 7% en moyenne en Europe.

«Une dépénalisation de sa consommation aura des conséquences délétères sur la santé publique dans notre pays, plus particulièrement sur les jeunes», selon les Académies.

La ministre du Logement et patronne d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Cécile Duflot, s’est déclarée récemment favorable à la dépénalisation du cannabis, conformément à la ligne de son parti. Mais le président socialiste François Hollande a réaffirmé sa «position» contre une dépénalisation et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a confirmé que cela n’était «pas à l’ordre du jour».

«La légalisation du cannabis est une revendication qui réapparaît périodiquement (…) malgré les données neurobiologiques, cliniques et épidémiologiques validées qui justifient son interdiction», expliquent les Académies.

«Le cannabis n’est plus la fumette d’antan», avec un principe actif, le tétrahydrocannabinol (THC), beaucoup plus concentré aujourd’hui qu’il y a 40 ans, ajoutent-ils.

En outre, l’usage de la pipe à eau est un mode nouveau de consommation «particulièrement redoutable qui délivre presque instantanément au cerveau des quantités importantes de THC suscitant délire et hallucinations», selon les Académies.

Celles-ci font la liste des effets associés à la consommation de cette drogue : forte dépendance dans 20% des cas, exagération des effets néfastes du tabac, infarctus et AVC, altération de la mémoire, anxiété et dépression, etc.

Le cannabis «double le risque de symptôme psychotique à terme», souligne l’Académie. «De nombreux cas de schizophrénie diagnostiqués en France sont liés à la consommation de cannabis qui aggrave la maladie quand elle existe déjà et crée une résistance aux traitements».

Alors que «le combat contre le tabac est loin d’être gagné», faut-il «ajouter la toxicité du cannabis avec 8 fois plus de goudrons cancérigènes» et inciter au passage à cette «addiction plus dangereuse puisqu’elle abolit la volonté et annihile tout effort personnel de désintoxication», s’interrogent les Académies.

Autre article dans Le Quotidien du Médecin

Jeunes et addictions : comment agir ? ( France 3 Toulouse)

Journées Addiction et Précarités

Cette semaine à Toulouse se sont tenues les journées Addiction et Précarités.
Acteurs sociaux et médicaux de toute la France s’y sont retrouvés pour discuter de ces problématiques.

Parallèlement une étude européenne place la France en bas de classement concernant le niveau d’addiction des jeunes.

La Voix est Libre prolonge ce débat.
Quelles addictions chez les jeunes de notre région ? Quelles causes et quelles remèdes ? Que peuvent les pouvoirs publics ?

Avec nous pour répondre à ces questions :

Martine Lacoste, vice-présidente de la fédération Addiction Association Clémence Isaure et Guillaume Sudérie directeur de l’observatoire régional des drogues et de la toxicomanie.

Laurent Dubois, notre politologue nous éclairera sur les lois en vigueur et posera la question de l’action des politiques dans ce secteur.

« Jeunes et addictions : comment agir », c’est samedi à 11h30 dans La Voix est Libre.

Voir la video en cliquant ici

Journées d’information sur les addictions

La Rose des Flandres et le Comité local de sécurité de prévention de la délinquance organisent pour la première fois des journées d’information et de prévention sur les conduites à risques et les addictions.

Une manière unique et originale d’aborder ces thèmes tabous est proposée de demain à samedi, à la salle Marguerite-Yourcenar.

L’objectif est de sensibiliser les jeunes, les enseignants, la famille et les professionnels aux différentes addictions et les conduites à risques : alcool, drogues licites et illicites, jeux vidéo, de hasard et d’argent,… L’originalité de l’opération réside dans le fait que les thèmes sont abordés de manière ludique, récréative et pédagogique, sans discours moralisateur ou jugeant.

Au programme de ces trois journées, on trouve : – un spectacle musical à destination des élèves de 3e des collèges de Bailleul avec des débats ; – une conférence sur les addictions aux jeux de hasard et d’argent à destination des professionnels du champ social, médico-social et éducatif ; – la projection d’un film, Trust, avec des débats ; – une journée « Casino de la prévention » avec des stands d’information sur les différentes addictions et l’initiation au jeu responsable animée par des croupiers professionnels, soit une manière ludique et pédagogique d’aborder ces sujets, parfois sensibles.

Plus d’informations : http://www.larosedesflandres.org. Source : La voix du Nord

« Drogues : la consommation des jeunes à la hausse » (Le Monde)

Laetitia Clavreul constate en effet dans Le Monde que « les chiffres révélant le niveau d’addiction des jeunes Français sont mauvais ». La journaliste indique ainsi que selon l’enquête European school survey project on alcohol and other drugs (Espad), « la consommation de tabac, d’alcool mais aussi de cannabis des jeunes Français scolarisés de 16 ans s’affiche nettement à la hausse entre 2007 et 2011 », alors que les autres pays européens « sont souvent en progrès ».
Laetitia Clavreul précise que selon ce travail mené par le Conseil suédois pour l’information sur l’alcool et les autres drogues, en France « l’évolution sur le cannabis est particulièrement problématique : l’expérimentation est en hausse de 25%, le nombre de jeunes ayant consommé au moins une fois le produit passant de 31% à 39%. L’augmentation est même de 60% pour la consommation au moins une fois par mois (de 15 à 24%). La France reprend donc la première place du classement et retrouve ses niveaux de consommation du début des années 2000 ».
La journaliste ajoute que « 67% des jeunes de 16 ans ont consommé de l’alcool dans le mois, contre 64% en 2007. […] Pour le tabac, la situation se dégrade aussi. Les jeunes Français étaient 38% à avoir fumé au moins une cigarette dans le mois en 2011, contre 30% en 2007 ».
Laetitia Clavreul rappelle qu’une étude française réalisée auprès des jeunes (Escapad), « publiée en février, montrait, elle, une baisse des expérimentations d’alcool et de tabac, et une stabilisation de la diffusion du cannabis. Surtout, elle relevait une baisse des usages de cannabis dans l’année et au cours du mois ».
« Mais en avril, sans grand bruit, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies rendait publique une troisième enquête, intitulée Health Behaviour in school-aged children et réalisée auprès des 11, 13 et 15 ans. Cette étude décrivait plutôt une stabilisation des consommations. L’heure ne semblait en tout cas pas à la baisse »,
relève la journaliste.
Laetitia Clavreul retient que ces nouveaux chiffres « relancent le débat autour de la politique française de lutte contre la toxicomanie, qui a été marquée sous l’ancien gouvernement, par une option répressive ». La journaliste évoque ainsi « une focalisation sur le cannabis critiquée par les spécialistes, alors que le tabac est une porte d’entrée vers cette substance, et que les jeunes sont des polyconsommateurs ».

 

Les génériques, est-ce forcément systématique ?

Le Professeur Jean-Paul Tillement, pharmacologue, membre de l’Académie nationale de médecine, Rédacteur en chef de DrogAddiction.com répond à vos questions. Site du Figaro

Les médicaments génériques reproduisent des médicaments originaux, ou «princeps», dont le brevet est tombé dans le domaine public, permettant ainsi de les commercialiser à tarifs réduits, sous une forme pharmaceutique non obligatoirement identique, mais garantissant la même activité thérapeutique. Il faut encourager leur développement car ils permettent des économies substantielles et aident à résorber le déficit de la caisse d’Assurance-maladie. Cependant, les génériques, comme tout médicament, ne sauraient être prescrits sans tenir compte du patient auquel ils s’adressent et de la maladie à traiter.

En outre, deux conditions doivent être impérativement remplies au préalable. D’une part, il faut que les personnels de santé, médecins, mais aussi pharmaciens, infirmiers et aides-soignants, puissent identifier facilement la substance active, quelle que soit sa présentation pharmaceutique, afin d’éviter tout risque de confusion pouvant faire penser que le princeps et ses génériques ou les différents génériques d’un même princeps sont des molécules différentes. D’autre part, la substance active doit être équivalente en nature et en dose pour que la substitution se fasse en toute sécurité et avec la même efficacité.

Des génériques ne sont proposés que pour les médicaments de grande diffusion, et un même médicament princeps peut être associé à plusieurs marques différentes de générique, de sorte qu’un même principe actif peut être dispensé successivement à un même patient avec des génériques de forme, de couleur et de conditionnement différents, au risque que le patient, ne faisant pas la différence entre le princeps et le générique ou entre deux génériques, prenne deux fois la dose prescrite ou même duplique dangereusement le traitement, avec des conséquences graves, comme on l’a vu récemment avec la prise simultanée de trois génériques d’un même antidépresseur.

Risques de confusion

Or, si la loi permet une reproduction à l’identique, afin que le générique soit effectivement conforme au princeps par sa nature, sa présentation et sa composition, seuls les «autogénériques», fabriqués «maison» sur la même chaîne que le médicament princeps, répondent à cette exigence, puisqu’ils ne se différencient du princeps que par un prix réduit du fait qu’il n’intègre plus le coût de la recherche. Pour les autres, la seule mention manuscrite du pharmacien sur la boîte ne suffit pas toujours à justifier que des comprimés soient, par exemple, remplacés par des gélules dans des conditionnements de forme, de taille et de couleur différentes, le tout sous une marque commerciale inconnue et avec une notice d’autant moins explicite que la dénomination commune internationale (DCI), nom chimique du produit, n’est pas encore systématiquement utilisée.

Tous les génériques ne sont donc pas des copies conformes du médicament de référence ; la plupart sont juste «similaires». En effet, un médicament ne se réduit pas à sa substance active ; outre la présentation, la formule chimique de la molécule et les excipients, à savoir les substances qui l’accompagnent pour le rendre administrable, jouent aussi un rôle dans le traitement. Or, si la «bioéquivalence», exigée avant toute autorisation sur le marché (AMM) garantit que les quantités de substance active sont les mêmes, qu’elles sont libérées dans le tube digestif à des vitesses comparables et résorbées dans la circulation générale dans les mêmes conditions amenant à des concentrations sanguines identiques ou très proches, une marge différentielle est autorisée car, même si la quantité et l’efficacité de la molécule active sont identiques, les concentrations sanguines du médicament varient d’un sujet à un autre. Surtout, les excipients et la présentation peuvent ne pas être identiques.

Ces critères normalisés d’équivalence, parfaitement valables pour les médicaments courants, peuvent toutefois s’avérer inadaptés pour des médicaments dont une petite variation de concentration sanguine est susceptible de modifier significativement l’activité, en particulier chez des patients atteints de maladies chroniques. Dans ce cas, le médecin applique sur son ordonnance la mention «non substituable» pour alerter le pharmacien sur la particularité d’un patient à qui il vaut mieux donner le princeps. Ces médicaments «à marge thérapeutique étroite» concernent essentiellement le traitement de l’épilepsie, de l’hypothyroïdie, du diabète et de certaines maladies cardiaques. Par ailleurs, la différence d’excipients confère au générique des propriétés physico-chimiques spécifiques susceptibles de produire des effets imprévus, voire indésirables qui, bien que rares, sont clairement identifiés. Ainsi, une simple différence de goût peut nuire à la bonne observance d’un traitement ; plus sérieusement, des cas de réactions allergiques ont été rapportés, du fait du changement d’excipients, et il a été montré pour certains antibiotiques injectables une moindre efficacité.

Éviter les circuits parallèles

Le générique est soumis aux mêmes règles et aux mêmes contrôles que n’importe quel médicament s’agissant des matières premières, des sites de production et des produits finis. Pour autant, les médicaments n’échappent pas aux lois de la mondialisation, et les patients ont tendance à douter davantage de l’application de la réglementation et des contrôles pour les génériques, malgré les affirmations rassurantes des instances officielles. Les Français sont d’autant plus réticents que l’enjeu économique leur semble compter davantage que leur propre santé et le droit à substitution de leur pharmacien l’emporter sur l’avis de leur médecin.

C’est pourquoi il est essentiel que la dispensation d’un générique soit toujours accompagnée d’explications afin que tout risque de confusion soit écarté, mais aussi que le pharmacien s’assure, individuellement, du respect de la posologie préconisée, de la dose par prise, du nombre de prises par jour et du nombre de jours de traitement. Il convient aussi qu’en cas de moindre efficacité ou d’intolérance, le retour au princeps soit possible et que le médecin prescripteur, responsable du choix du traitement, puisse légitimement s’opposer à la substitution, comme l’a rappelé le Conseil national de l’ordre des médecins. En revanche, quand un patient refuse le générique en acceptant simplement de payer un surcoût, c’est le plus souvent irrationnel ou par habitude, mais aussi faute d’explications bien comprises au bon moment. L’informer, c’est lui redonner confiance, et le pharmacien a là un rôle irremplaçable à jouer. C’est pourquoi, de même qu’on ne saurait trop recommander d’éviter les circuits parallèles, comme Internet, il est vivement conseillé, pour garder toujours le même générique et éviter de jongler entre les boîtes, de rester fidèle à la même pharmacie, où, grâce au nouveau dossier pharmaceutique (DP), qu’il suffit de demander, confidentiel et consultable exclusivement avec son accord, le patient a toute garantie non seulement sur le choix du médicament, mais aussi par rapport au respect et au suivi de la prescription.

Drogues : un policier à la tête de la MILDT ?

Le nom de FrédéricPéchenard, directeur général de la police nationale est évoqué pour remplacer Étienne Apaire à la tête de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT). La rumeur fait réagir les professionnels impliqués dans le champ desaddictions qui attendent un changement radical dans le mode de présidence d’une mission trop axée sur la répression.

Quelques lignes de Laurent Borredon, journaliste au Monde ont fait bondir la Fédération addiction et le Réseau français de réduction des risques. Dans son blog affilié au site internet lemonde.fr, ce spécialiste des questions de sécurité fait écho à une rumeur persistante concernant le changement de présidence de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT).

Une nomination très critiquée

Selon le journaliste, Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale pourrait ainsi succéder au magistrat Étienne Apaire à la tête de la mission. Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur (2002-2004), Étienne Apaire était depuis 2007 président de laMILDT qu’il quittera prochainement pour rejoindre l’inspection générale des services judiciaires.

Si la nouvelle se confirmait, « la nomination d’un fonctionnaire de police à la présidence de la MILDT (…) indiquerait une profonde méconnaissance des questions d’addiction et de l’impact de la société addictogène qui est la nôtre sur les difficultés vécues par nos concitoyens », estime la Fédération addiction. Cette nomination viendrait aussi « en contradiction avec la priorité donnée à l’éducation et à la justice sociale par le nouveau président de la république », poursuit la fédération dans un communiqué.

Inverser la tendance

Pour le Réseau français de réduction des risques, le choix de FrédéricPéchenard « ferait tâche alors que le nouveau gouvernement et son bras interministériel, la MILDT auront en charge de remettre la politique des drogues françaises sur les rails de la raison et de l’expertise ». Aujourd’hui, « la MILDT est devenue une annexe du ministère de l’Intérieur qui s’est non seulement coupée des associations et des acteurs de terrains mais aussi des experts français et internationaux, se perdant dans une surenchère de lois et de textes aussi bien répressifs que contre-productifs », souligne le Réseau dans un communiqué.

« Oubliant l’éducation et la prévention, délaissant la réduction des risques », la mission « n’a pas fait régresser les consommations », constate la Fédération addictions. « Les quelques déplacements d’usage obtenus entre substances cachent mal une situation globale préoccupante, comme le dévoilent les alcoolisations aiguës des adolescents et les souffrances qu’elles provoquent », poursuit la fédération. Pour inverser cette évolution, la mise en œuvre d’une nouvelle gouvernance des questions d’addiction s’impose, avec un changement nécessaire dans le mode de présidence de la MILDT, conclut-elle.

› DAVID BILHAUT Source

Quand l’alcool et la drogue menacent l’entreprise

Alcool et drogues sont à l’origine de 20 à 30 % des accidents du travail. Et coûtent aux entreprises en moyenne 1,5 % de la masse salariale annuelle. Prévenir et traiter les addictions doit devenir un impératif pour les employeurs. Voici comment.

Un salarié d’une entreprise lyonnaise de logistique entre au volant d’un chariot élévateur dans les bureaux de la direction et tue une secrétaire. A Paris, un journaliste trouve la mort à moto en roulant à contresens sur le périphérique, après avoir quitté un pot de bouclage à trois heures du matin. L’enquête établira qu’il avait 2,5 g d’alcool dans le sang et que les pots de bouclage étaient quotidiens… L’employeur a été condamné au pénal. A l’héliport d’Issy-les-Moulineaux (Hauts de-Seine), un pilote privé sous l’emprise de la drogue « oublie » son client au décollage et percute un camion-citerne avant de s’écraser contre un autre hélicoptère ! Ces drames sont monnaie courante.

L’absentéisme dopé par les addictions

Aujourd’hui, 20 à 30 % des 650 000 accidents du travail recensés chaque année en France trouvent leur origine dans le fait qu’un collaborateur de l’entreprise est sous l’emprise d’une substance psychoactive : alcool, tabac, drogues illicites ou médicaments psychotropes. L’alcool est responsable à lui seul de 10 à 20 % des accidents du travail. Pis, il est impliqué dans 40 à 45 % des accidents mortels ! « Mais un Français sur cinq consomme des benzodiazépines », rappelle Philippe Perez, qui vient de monter Aden, un cabinet de conseil spécialisé dans les addictions en entreprise. Dans une étude publiée début janvier, l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) a détaillé par secteur d’activité quelles étaient les substances les plus consommées. La consommation quotidienne d’alcool est chose très fréquente dans l’agriculture ou dans la construction.

Les professions artistiques ou à forte exigence de performance (architectes) usent plus volontiers de la cocaïne ou des amphétamines. « Moi, c’est l’alcool gratuit qui m’a coûté le plus cher », confie Benoît Schmider, ancien publicitaire de haut vol, dans Open Bar (Steinkis), un livre racontant sa descente aux enfers. Le travail, s’il est synonyme de stress et de pression, pousserait-il à la consommation de substances ? D’après l’Inpes, 6 % des fumeurs réguliers, 9,5 % des buveurs d’alcool et 13 % des consommateurs de cannabis invoquent les problèmes liés au travail pour justifier la hausse de leur consommation. Un prétexte ? « L’exercice d’une activité professionnelle reste globalement un facteur de protection contre les conduites addictives », rappelle cependant l’Inpes, qui note que celles-ci sont plus importantes chez les chômeurs que chez les personnes en poste.

Le salarié qui prend des substances le paie cher, mais l’employeur aussi : retards répétés, arrêts de travail en rafale, qualité des tâches et des relations de travail dégradée… La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies (MIDLT) a calculé que l’absentéisme du salarié « accro » est multiplié par deux à cinq, en fréquence comme en durée. Les arrêts de travail de plus de trois semaines sont multipliés par quinze ! L’entreprise enregistre aussi une hausse des incidents de production, d’où une baisse de la productivité avec désorganisation du travail, augmentation de la charge pour les autres salariés…

Pas étonnant que les addictions – alcool en tête – soient devenues dans les entreprises le troisième sujet de préoccupation, juste après les risques professionnels et les accidents du travail, loin devant le stress ou les fameux troubles musculo-squelettiques (TMS) ! Logique : l’employeur est tenu d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale des travailleurs (article L. 4121-1 du Code du travail). En cas de manquement, il peut être poursuivi pour faute inexcusable.

Priorité à la prévention

Par ailleurs, l’employeur est responsable des dommages que ses salariés peuvent causer à des tiers (article 1384 du Code civil). Les juges insistent aussi sur sa responsabilité en matière de prévention. Sa responsabilité civile, voire pénale, peut être engagée en cas d’accident d’un salarié sous l’emprise de drogues, ou en cas d’usage (ou de trafic) au sein de l’entreprise ! Source

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