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Mais au fait, c’est quoi le crack, la drogue qui gangrène Paris ?

Mais au fait, c'est quoi le crack, la drogue qui gangrène Paris ?
© Robin Tutenges / Hans Lucas / AFP

Le crack est une drogue dure et extrêmement addictive. A Paris, les autorités sont confrontées depuis plusieurs années à ce fléau dérivé de la cocaïne. Mais c’est quoi exactement le crack ? France Live a interrogé une chercheuse spécialisée en neurobiologie de l’addiction aux drogues.

Paris, sa Tour Eiffel, les quais de Seine, ses boulevards haussmanniens et ses « crackers »… On est loin de l’image de carte postale, mais depuis plusieurs années maintenant la capitale est confrontée aux ravages du crack. Les toxicomanes accros à cette substance errent dans les rues de certains quartiers. La cohabitation avec les riverains est problèmatique, certaines situations deviennent explosives.

Récemment délogé de la rue Riquet, dans le 19e arrondissement, un groupe de toxicomanes a par exemple reconstitué un campement porte de La Villette.

La mairie de Paris a créé la polémique en érigeant dans l’urgence un mur.  Baptisé « Le mur de la honte » par ses opposants, il a été construit sous un pont qui permettait de passer de la rue du Chemin-de-Fer (19e arrondissement), à Pantin (Seine-Saint-Denis).

Depuis plusieurs années, la ville de Paris est confrontée à ces consommateurs dont la présence irrite les riverains. La « colline du crack », Porte de la Chapelle, a ainsi été évacuée plus d’une quinzaine de fois.

France Live a interrogé Stéphanie Caillé-Garnier, chercheuse en neurosciences au CNRS, spécialisée dans la recherche préclinique sur les comportements et la neurobiologie de l’addiction aux drogues, afin d’expliquer ce qu’est exactement cette drogue.

Qu’est ce que le crack ?

C’est la transformation de la pâte de coca, ou de la poudre de cocaïne par ajout de bicarbonate et d’eau. On fait évaporer l’eau par chauffage, ce qui donne un résidu huileux qui prend l’aspect d’un caillou, solide et cristallin, en refroidissant.

Comment se consomme-t-il ?

Le crack peut être fumé pur dans une pipe, ou mélangé à du tabac, ou à de la marijuana. La dose moyenne, lors d’une prise, est d’environ 85 mg.

Quels sont ses effets ?

Comme la cocaïne, le crack a un impact direct sur le cerveau, notamment au niveau de la voie mésocorticolimbique, l’un des systèmes qui agit sur la dopamine. A court terme, les effets sont donc plutôt agréables pour le consommateur, avec un flash et une sensation d’euphorie.

Et à long terme ?

Ces effets euphorisants ne durent pas longtemps, ce qui pousse le consommateur à rapidement reprendre de la drogue. Il en arrive très vite à une prise compulsive, c’est-à-dire avec une perte de contrôle.

Pourquoi est-il très addictif ?

Les effets physiologiques du crack sont plus puissants que ceux de la cocaïne. En étant fumé, le crack atteint directement les capillaires au niveau des poumons, ce qui permet une absorption quasiment instantanée du produit qui rejoint très vite la circulation artérielle. L’impact de la drogue au cerveau se fait en 6/8 secondes. Ce sont ces caractéristiques pharmacodynamiques qui accroissent le pouvoir addictif du crack : plus c’est rapide et intense, plus c’est addictif

Comment s’en sort-on ?

La prise en charge par psychothérapie est l’outil le plus efficace, souvent associé à un médicament anti-craving, c’est-à-dire qui diminue l’envie urgente de drogue. Il n’y a pas de médicament spécifique à l’addiction au crack. Ensuite, il peut y avoir des adaptations en fonction des troubles comorbides, s’il y a la présence d’autres troubles psychiatriques que l’addiction par exemple.

Une campagne de sensibilisation contre la drogue lancée « avant la fin de l’été »

Une semaine après la proposition d’Emmanuel Macron d’ouvrir un « grand débat » sur le sujet, le gouvernement lancera une nouvelle campagne de sensibilisation contre la drogue « avant la fin de l’été ».

Le gouvernement va lancer « avant la fin de l’été » une compagne de sensibilisation contre la drogue, a annoncé Gérald Darmanin dans un entretien au Journal du dimanche.

« La dernière campagne de sensibilisation contre la drogue date de 30 ans ! Le gouvernement en lancera une nouvelle avant la fin de l’été sous l’autorité du Premier ministre », a déclaré au JDD le ministre de l’Intérieur, qui a fait de la lutte contre les trafics de stupéfiants sa priorité.

70 000 amendes pénales

Sur le volet répressif, Gérald Darmanin a affirmé que les services de police avaient mené depuis janvier « plus de 1 300 opérations de démantèlement des points de deal », avec « des saisies importantes et régulières » à la clef.

Par ailleurs, « plus de 70 000 amendes pénales » ont été délivrées à des consommateurs depuis le 1er septembre, date de leur généralisation.

Dans une interview fleuve au Figaro lundi dernier, Emmanuel Macron avait souhaité le lancement d’« un grand débat national sur la consommation de drogue et ses effets délétères » sans détailler comment cette consultation pourrait être menée.

« La France est devenue un pays de consommation et donc, il faut briser ce tabou », avait estimé le chef de l’État. La France est le premier pays d’Europe en nombre de consommateurs de cannabis avec 1,5 million d’usagers réguliers

« Le cannabis est devenu une drogue dure », a déclaré Gérald Darmanin au JDD, rappelant la hausse « considérable » du niveau de THC, la molécule psychotrope du cannabis.

Retour sur l’escalade des drogues


Pr. Jean Costentin

Une émission sur TF2 le 6 avril (22h50 – 0h30) s’intitulait « Jeunesse en fumée ».
Avec une filmographie superbe, elle présentait les parcours chaotiques et pour certains fracassés de jeunes s’étant adonnés au cannabis et, ce faisant, largement abimés. Bienque libérés de ce piège on percevait leurs séquelles et l’énorme gâchis qu’avait été leur adolescence. Ce reportage se terminait par des interviews, dont l’une de J.-P. Couteron (présenté comme psychologue-clinicien et addictologue).

Il décocha, avec son psittacisme habituel, telle flèche du Parthe, qu’il fallait légaliser le cannabis, alors que ce
n’était pas le sujet de l’émission et que ce qu’on venait de voir ruinait totalement sa déclaration ; il ajoutait, péremptoire, que l’escalade des drogues n’existe pas.
Evoquons les données qu’ignore Couteron en contestant l’escalade.
Parallèlement à la consommation du cannabis qui s’envole, c’est simultanément celle de diverses autres drogues.


Un continuum dans la consommation des drogues est lié au fait que chacune d’elles intensifie la libération de dopamine, le neuromédiateur du plaisir, dans une structure cérébrale, le noyau accumbens / striatum ventral ; cette dopamine qui stimule les récepteurs dopaminergiques D 2 de cette structure.

L’expérimentateur qui a apprécié l’effet d’une drogue, accroit sa dose et/ou la fréquence de son usage, s’arrêtant au niveau où surviennent d’intenses effets adverses. Cet abus suscite une tolérance aux effets recherchés. Quand le niveau de stimulation des récepteurs D 2 n’apporte plus au sujet le plaisir désiré, il ne remplace pas cette drogue par une autre plus puissante, il y ajoute une autre, puis deux, voire trois autres drogues.

Ces poly toxicomanies sont devenues très fréquentes. Au plaisir des premiers usages a fait place un besoin tyrannique qui mobilise toute l’attention du toxicomane.

Deux publications récentes* montrent qu’à l’adolescence l’exposition au cannabis / THC, par un mécanisme épigénétique, accroît l’appétence ultérieure pour les morphiniques, ainsi que pour la cocaïne. C’est le mécanisme neurobiologique qui sous tend cette escalade.

Elle correspond au fait bien connu que tous les cocaïnomanes, comme tous les héroïnomanes, ont préalablement consommé du cannabis et, avant lui, du tabac et de l’alcool. Si certains s’arrêtent en chemin, d’autres, de plus en plus
nombreux, continuent l’ascension de l’échelle des toxicomanies. Le nombre des occupants des barreaux situés au dessus de celui du cannabis, s’accroit par débordement du barreau cannabis.


Reconnaître cette escalade rend plus compliquée la légalisation du cannabis. Si elle était obtenue, continuant de nier l’escalade, on devrait légaliser (successivement, ou en bloc) toutes les drogues correspondant aux étapes de cette ascension. C’est déjà la revendication explicite de plusieurs « addictologues » à contre-emploi.


« Toujours plus, toujours plus souvent, toujours plus fort » est le leitmotiv du toxicomane. En France, à partir du vivier cannabique, qui compte 1.500.000 usagers réguliers, s’est constitué, avec un gradient décroissant, une population de plus de 300.000 sujets devenus dépendants des substances opioïdes. Aux U.S.A., toujours anticipateurs, une population alcoolisée par des spiritueux, largement imprégnée du cannabis légalisé en de nombreux Etats, et exposée à la prescription inconsidérée de morphiniques, ont été dénombrés l’an passé 64.000 décès par overdoses de
morphiniques.

Dans la varappe, l’escalade consiste à abandonner une prise quand on en saisit une autre, or ce que l’on constate en matière de toxicomanies est pire que ce que contestent nos contradicteurs : les « toxicos » n’abandonnent pas une drogue pour lui en substituer une autre, ils ajoutent à la drogue qui ne les satisfait plus pleinement une,
deuxième, voire une troisième drogue.

Pire que l’escalade contestée par Couteron (qui a présidé durant 12 ans la Fédération addiction ne lui laissant pas le temps d’apprendre cela), il s’agit de poly toxicomanies !

*Tomasiewicz et coll. Proenkephalin mediates the enduring effects of adolescent
cannabis exposure associated with adult opiate vulnerability. Biol. Psychiatry 2012; 72:
803-810.
Scherma et coll.  Cannabinoid exposure in rat adolescence reprograms the initial
behavioral, molecular, and epigenetic response to cocaine. Proc Natl Acad Sci U S A . 2020;
117: 9991–10002.

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