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Le drame des toxicomanies en France*

Un texte sur le livre du Pr Jean Costentin vient d’être publié (Juillet 2021, N° 54) dans la « Lettre aux compagnons » organe de liaison de la section de la Seine-Maritime de l’Association des membres de l’Ordre National du Mérite.

L’importance de ce sujet est liée à ses aspects sanitaires, sociaux, économiques et sociétaux. Il sera évoqué ici à partir des deux drogues licites – le tabac et l’alcool, et de la drogue illicite la plus largement consommée – le cannabis.


Plusieurs subterfuges ont été conçus pour accroître leur consommation. Leurs premiers usages surviennent de plus en plus précocement, incitant à les relier à l’ensauvagement de certains jeunes et aux guerres des bandes.
Ces drogues sont souvent associées entre elles et à d’autres drogues dont elles incitent à la consommation, par un phénomène d’escalade, aboutissant à des polytoxicomanies de plus en plus fréquentes.
L’alcool

L’alcool faisait il y a 50 ans des ravages très supérieurs à ceux qu’il produit aujourd’hui. Sa consommation, qui était en moyenne de 24 litres d’alcool pur par français et par an, s’est réduite de moitié (12 l/an), sous l’effet de politiques résolues, dont en particulier la loi Evin. Elle ne cesse hélas d’être « détricotée » sous la pression du lobby alcoolier.

C’est ainsi que la baisse régulière de sa consommation se trouve stoppée. Dans le village de mon enfance qui comptait 1.800 habitants, 18 bistrots se partageaient l’intoxication alcoolique d’une importante fraction de la population, très
majoritairement masculine. Néanmoins la population féminine n’était pas épargnée. Le syndrome d’alcoolisation fœtale (S.A.F.) qui affectait l’existence de malheureux gamins, concernait 1% d’entre eux. Il n’affecte plus que de 1% 0 naissances ; chiffre encore beaucoup trop élevé s’agissant d’un drame évitable.

Il faut, chez les femmes enceintes, redoubler le message d’une « tolérance zéro » pour toutes les boissons alcooliques.
L’alcool est consommé de façon régulière (plus de 10 fois par mois) par 11% des lycéens de seconde et par 25% des élèves de terminale. Il s’y ajoute la pratique de plus en plus fréquente de la « biture expresse » (plus académiquement nommée « alcoolisation aigüe »), dont on mesure désormais les conséquences délétères.


Induisant un coma éthylique, elle peut conduire à une inhalation du contenu gastrique, le syndrome de Mendelsson, qui est létal (par une sorte d’autodigestion du tissus broncho-pulmonaire) dans 50% des cas. La répétition du coma alcoolique induit des effets neurotoxiques qui peuvent affecter irréversiblement le fonctionnement cérébral.
Enfin, l’alcoolisation aigue ferait le lit de l’alcoolisme à l’âge adulte.


L’alcool recrute en France 9 millions d’usagers réguliers, dont 5 millions d’usagers quotidiens (incapables de s’en abstenir au moins un jour par semaine ; c’est la caractéristique des « alcoolo-dépendants » avec, parmi eux, plusieurs centaines de milliers d’ « alcooliques » (terme sans connotation péjorative, s’agissant de personnes très gravement malades, physiquement, psychiquement, socialement (marginalisation par ruptures familiales, professionnelles, amicales, clochardisation…).
L’alcool est responsable de 41.000 morts annuelles en France.


Le degré alcoolique des boissons ne cesse de s’accroître, oubliez le Beaujolais nouveau, « vin de soif », à 8° ; on n’en trouve pas à moins de 12°5. La plupart des bières sont à plus de 5°, et parfois beaucoup plus ; quant aux canettes de 250 ml, elles évoluent vers de plus hauts volumes …


Le goût de l’alcool n’étant pas plaisant au palais du jeune adolescent, pour le devenir il est dissimulé derrière les bulles du gaz carbonique, le sucre et des parfums de fruits ; il s’agit des « premix » ou « alcopops », conçus par les alcooliers pour piéger très tôt les jeunes. Quant au « Champomy » qui n’est pas rigoureusement dénué d’alcool, (au point qu’une bouteille entière pourrait correspondre à un verre de vin), il a aussi pour vocation d’associer dans l’esprit de l’enfant à la notion de fête une boisson qui ressemble au champagne.


Le Tabac


Le tabac a piégé 13 millions de français, soit 27% des 18 – 75 ans. Dans leur grande majorité ils voudraient s’en affranchir mais ne peuvent y parvenir. 2,5 % des collégiens de quatrième fument quotidiennement, ils sont 22% des lycéens de terminale à le faire.

Sa toxicité, même si elle n’est que physique, est à l’origine de 75.000 décès annuels en France. Il est à l’origine de nombreux handicaps chez ceux qui en mourront plus tard, ou qui mourront d’une autre cause. Ces handicaps affectent plus ou moins gravement leur qualité de vie (amputations consécutives à une artérite d’un membre inférieur, angine de poitrine, séquelles d’infarctus du myocarde, séquelle d’accident vasculaire cérébrale, séquelle de cancers ORL ou de la sphère respiratoire…; perturbation de la grossesse et de l’enfant qui en naîtra).

Le tabac est responsable du décès de la moitié de ses consommateurs, il abrège de 20 ans en moyenne l’espérance de
vie. L’adjonction au tabac de chromones (substances d’origine végétale), engendre, par leur combustion, des aldéhydes volatiles. Accédant au cerveau ces aldéhydes réduisent la destruction de la dopamine – le neuromédiateur du plaisir ; cette dopamine dont la nicotine du tabac produit la libération.

Ces chromones accroissent le plaisir éprouvé pendant la consommation d’une cigarette, mais elles font ensuite ressentir plus péniblement son arrêt, ce qui incite le fumeur à se saisir bien vite d’une autre cigarette…
La cigarette électronique est un moyen intéressant pour réduire la toxicité du tabac chez le fumeur  (éliminant l’oxyde de carbone et les goudrons cancérigènes). Elle est hélas, détournée par des recharges comportant des saveurs et des parfums attrayants, devenue un subterfuge pour rendre les jeunes dépendants à la nicotine, leur ouvrant la voie du tabac.

La cigarette au chocolat fait acquérir très tôt à l’enfant la gestuelle du fumeur, stimulée par la saveur du chocolat (dont certains constituants sont légèrement addictifs).
Le président de la République, prenant la mesure de la responsabilité du tabac dans les cancers (ce qui ne résume pas toute sa toxicité) souhaite que « la génération qui aura 20 ans en 2030 soit la première génération sans tabac de l’histoire récente ».
Applaudissons cette déclaration !

Oui, mais, pendant ce temps, à l’Assemblée nationale, des députés de LaREM (stimulés par O. Véran, promu depuis lors ministre de la Santé),  associés à des députés d’autres partis, animent une mission parlementaire qui vise : à promouvoir le cannabis dit « thérapeutique » (décrété d’emblée comme tel, alors que c’est l’objet de l’expérimentation qu’ils mettent en place d’en décider) ; à se pencher sur le  cannabis dit «de confort» (alors que se multiplient dans nos villes des magasins vendant du cannabidiol sous différentes formes) ; et à envisager la légalisation du cannabis dit « récréatif » (ayant lancé, à cet effet, une « consultation citoyenne », pour obtenir l’adhésion des citoyens).

Pourtant, comme nous allons le voir, le cannabis est plus toxique que le tabac pour le corps, par une production plus importante de monoxyde de carbone et de goudrons cancérigènes, et il exerce sur le cerveau, par son
tétrahydrocannabinol / THC, de graves méfaits que n’induit pas la nicotine du tabac.

Le cannabis

Le cannabis / chanvre indien connaît depuis un demi-siècle, particulièrement en France, une expansion d’allure pandémique, qui fait de notre Nation son tout premier consommateur en Europe. En dépit de son caractère illicite (depuis 1970) il a recruté dans notre Nation 1.500.000 usagers réguliers (fumant plus d’un « joint » = tabac associé
à de la résine de cannabis/haschisch ou d’un « pétard » = cigarettes constituées de la plante elle même = marijuana) dont 900.000 en fument chaque jour, et même plusieurs fois par jour.

Ces fréquences sont élevées car, de toutes les drogues, le THC est la seule drogue qui se stocke et perdure jusqu’à 2 mois dans l’organisme, avec des effets très persistants ; c’est une drogue très lente.


Les produits en circulation ont des taux de THC qui se sont accrus en moyenne d’un facteur 6,5 au cours des trente dernières années. De nouveaux modes de consommation permettent d’accroître la cession du THC à l’organisme : pipes à eau, cigarettes électroniques délivrant du THC (à la place de nicotine), huile de cannabis ; avec en outre l’avènement de cannabinoïdes de synthèse 100 fois plus puissants que le THC.


Plus de 220.000 « dealers » vendent en France ce cannabis, qui est la drogue la moins chère du marché.
Sa large diffusion est due pour beaucoup à l’absence de toute pédagogie préventive. La France s’est vue pour cette raison décerner un carton rouge de la part de l’Office européen des toxicomanies (O.E.D.T.).

L’Education Nationale ne s’est pas du tout investie dans cette prévention. Lors d’un audit de certains de ses représentants devant une commission de l’académie nationale de Médecine, on a retenu qu’elle en était encore
au stade d’expérimentations. Les médias ont surtout communiqué sur la légalisation pratiquée par d’autres nations, et pris le parti de celle-ci.

La démagogie de certains responsables politiques n’a pas manqué de s’y ajouter. Nombre de ses méfaits, après
avoir été contestés, sont devenus irréfragables, ils ont été alors relativisés, ou même complètement occultés. C’est le cas en particulier de ses effets épigénétiques. Ils sont tels que toute personne en âge de procréer qui expose ses gamètes (spermatozoïdes ou ovules) au THC, transfère à l’enfant qu’il concevra : une vulnérabilité aux toxicomanies,
qui se manifestera à l’adolescence ; des modifications de sa maturation cérébrale faisant le lit de troubles psychiatriques ; ou encore des modifications de ses défenses immunitaires.

Ces éléments devraient faire la une des médias, alors qu’ils sont dissimulés.
Drogue de la « crétinisation », inductrice d’ivresse, de désinhibition, de comportements auto- ou hétéro-agressifs, de comportements dangereux sur la route ou dans diverses activités professionnelles, le cannabis est à l’origine d’anxiété, de dépression, de schizophrénie (affection psychiatrique grave dont on ne guérit pas) ; il incite à la consommation d’autres drogues. Sa puissance addictive est telle que 20% de ceux qui l’expérimentent en deviennent dépendants, alors qu’on ne dispose d’aucun traitement permettant de détacher de cette addiction.


Plus tôt l’essayer c’est plus vite l’adopter et c’est plus intensément se détériorer. Cette drogue s’abat sur notre jeunesse à la période de sa maturation cérébrale (12 à 22 ans), durant la période éducative, à la période de conception des projets de l’existence, de la formation de la personnalité, de l’éveil de la sexualité. Cette mue, complexe par nature, de plus en plus souvent compliquée par des aléas familiaux, peut être très significativement perturbée quand le cannabis s’y invite.


En classe de seconde on dénombre 4,5% d’usagers réguliers de cannabis, et en terminale ils sont 8%.
Outre sa toxicité physique qui l’emporte sur celle du tabac, l’échec scolaire, l’incurie, la délinquance, les pathologies psychiatriques sont les principales signatures de ce cannabis banalisé d’une façon coupable.
Si les toxicomanies ne sont pas l’apanage de notre Nation, la France, en Europe, est en pôle position pour la consommation des trois drogues que nous venons d’évoquer (Tableau ci-dessous, chiffres communiqués par l’Observatoire Français des Drogue et des Toxicomanies).

Niveaux moyens d’usage dans le mois de substances psychoactives à 16 ans en 2018-2019 en France et en Europe

(« Tendances 143 » – OFDT, février 2021)

Substance France Europe
Tabac 22% 20%
Alcool 53% 47%
Cannabis 13% 7,1%

Ces données sont inquiétantes, tant pour la santé physique et psychique des individus que pour la société. Cette situation justifie des actions fortes et résolues des pouvoirs publiques. Les toxicomanies devraient être érigées comme une grande cause nationale.

Des actions doivent s’exercer contre les lobbies, les trafics et leurs dealers, ceux qui banalisent ces drogues, ceux qui s’en font les prosélytes, ceux qui par idéologie s’appliquent à miner notre société en s’attaquant à ses jeunes. L’attention doit se concentrer sur l’application de la loi par l’institution judiciaire.

Doit être enfin mise en place une prévention digne de ce nom, par l’éducation nationale, par les clubs sportifs et
par toutes les structures qui accueillent des jeunes. Elle comportera également une information des adultes, afin qu’informés, on ne puisse plus les manipuler en leur faisant accepter l’inacceptable.

  • Le titre de cet article est celui d’un livre que l’auteur le Pr Jean Costentin a consacré à cet important sujet en 2018.

Le gouvernement veut lutter contre le tabac et l’alcool pour réduire les cancers

Le gouvernement veut lutter contre le tabac et l'alcool pour reduire les cancers
Le gouvernement veut lutter contre le tabac et l’alcool pour réduire les cancers© AFP/Archives/ROSLAN RAHMAN

Aller vers une France sans tabac, ce qui inclut de nouvelles hausses des prix, et limiter les excès d’alcool sont deux axes majeurs de la stratégie de lutte contre le cancer pour les dix années à venir, détaillée lundi par le gouvernement.

Les grandes lignes de cette stratégie décennale 2021-2030 avaient été annoncées en février par le président Emmanuel Macron, et le premier comité de pilotage s’est réuni lundi.

L’un des principaux objectifs de ce plan est de « réduire de 60.000 par an le nombre de cancers évitables à horizon 2040 », indique le Premier ministre Jean Castex dans le dossier de présentation.

Selon les chiffres officiels, 382.000 personnes apprennent chaque année qu’elles sont touchées par un cancer et 157.500 en meurent. Or, on estime que 153.000 cancers par an pourraient être évités.

C’est pourquoi l’action publique doit être guidée par « la perspective d’une France affranchie du tabac », selon les termes du plan. Avec 45.000 morts par an, le tabac est en effet « le premier facteur de risque de cancer ».

Le gouvernement veut donc poursuivre l’action menée dans le cadre de la lutte anti-tabac ces dernières années, qui a permis de faire baisser d’1,6 million le nombre de fumeurs entre 2016 et 2018.

« Le prix de vente de tous les produits du tabac devra converger vers les prix les plus hauts, pratiqués par les pays les plus avancés sur ce sujet (AustralieRoyaume-Uni, Irlande) », selon le plan.

Plusieurs hausses de prix ont été imposées en France ces dernières années, et le paquet de 20 cigarettes coûte désormais environ 10 euros. Mais en Australie, cela peut aller jusqu’à l’équivalent de 30 euros.

Juste derrière le tabac, « l’alcool est le deuxième facteur de risque de cancer ».¨Pourtant, « son image est positive pour la population qui l’associe à la fête, à la convivialité et au plaisir ».

C’est pourquoi la stratégie de réduction envisagée n’est pas la même que contre le tabac: il faut « prendre en compte la dualité +risque/plaisir+ propre à la consommation » d’alcool.

L’objectif n’est donc pas le zéro alcool, mais la diminution des consommations excessives, supérieure aux repères établis par les autorités sanitaires.

Cela passe par l’adoption d’un « programme national de prévention du risque alcool, interministériel et pluridisciplinaire ».

Les autres objectifs de la stratégie de lutte contre le cancer sont de « réaliser 1 million de dépistages en plus à horizon 2025, réduire de 2/3 à 1/3 la part des patients souffrant de séquelles 5 ans après un diagnostic, améliorer le taux de survie des cancers de plus mauvais pronostic à horizon 2030 », selon M. Castex.

Pour renforcer le dépistage du cancer colorectal, à partir d’octobre prochain, toute personne éligible pourra recevoir le kit nécessaire à domicile, après une commande en ligne, sans consultation médicale préalable.

En février, M. Macron avait indiqué que cette stratégie décennale s’appuierait sur un financement de 1,7 milliard d’euros pour les cinq premières années, dont 600 millions d’euros pour la recherche.

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Chemsex, le piège de l’addiction

Le chemsex, dangereux mélange entre sexe et drogue, est une pratique qui se développe et sur laquelle des spécialistes avertissent le public pour éviter le piège de l’addiction. Surtout quand ce sont les plus jeunes qui en font les frais. Décryptage.

D’abord pratiqué dans une dimension festive et de recherche de plaisir, le chemsex peut amener ses adeptes sur la piste dangereuse de la dépendance et les exposer à de nombreux risques pour leur santé.

Quand le piège se referme sur les plus jeunes

Pour beaucoup, dans un contexte de doute identitaire, de détresse psychique, de sensation tenace d’être mal dans sa peau, tout a commencé de manière insidieuse. «Le tabac, l’alcool, puis le cannabis sont de loin les premières substances auxquelles sont exposés les adolescents, rappelle le Dr Sylvain de Lucia, médecin à l’Unité des dépendances des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Et on observe que la consommation est plus élevée chez les jeunes hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.» 

Une situation les exposant également aux dangers du chemsex? Pour le spécialiste, c’est une évidence: «Même si le phénomène reste marginal chez les plus jeunes, certains d’entre eux, en proie à un malaise profond ou en quête de nouvelles expériences, peuvent entrer dans un engrenage très rapidement, le plus souvent par le biais de sites de rencontres. C’est alors un univers au potentiel puissamment addictif et extrême qui s’ouvre à eux et peut en faire des proies faciles.»

>> Lire aussi: Chemsex, sexe et drogue, nouvelle épidémie?

La tranche d’âge des 16-25 ans, même si elle est minoritaire parmi les consommateurs de chemsex, serait ainsi la plus vulnérable vis-à-vis des dangers de ces drogues. On compte parmi eux le risque d’addiction, de contracter des infections transmissibles par le sang (hépatite C, VIH) ou lors de rapports sexuels (VIH, chlamydia, gonorrhée, syphilis) ou d’être victime d’abus sexuels. «A cet âge-là, les jeunes sont encore en construction, l’identité se forge.

Le fait que le cerveau ne finit sa formation qu’à 25 ans a des conséquences très concrètes, par exemple sur la difficulté à mesurer les risques, à se fixer des limites ou à s’opposer à un rapport avec un partenaire insistant, alerte le Dr de Lucia. Ce mélange de naïveté et de fragilité, masqué en euphorie sous l’effet de certaines drogues et des attirances sexuelles, peut constituer un piège extrêmement périlleux.»

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Consommation de tabac, d’alcool et de cannabis à la fin de l’adolescence

Consommation de tabac, d’alcool et de cannabis à la fin de l’adolescence en fonction de la situation familiale et du niveau socio-économique – Impact du niveau éducatif sur les consommations à l’âge adulte – Recommandations

Pr Jean-Pierre Goullé

Une très intéressante étude1 a été menée, chez des adolescents de 17 ans, à partir des résultats de l’Enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense (ESCAPAD) conduite par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). Il s’agit de l’exploitation de la dernière enquête ESCAPAD réalisée en 2017, portant sur près de 40.000 adolescents des deux sexes dont l’objectif était d’apprécier l’impact du milieu familial (niveau socio-économique et situation familiale) sur leur consommation de tabac, d’alcool et de cannabis. La moitié vivaient dans une famille éclatée ou recomposée. Ils étaient élevés par une mère seule (15%), un parent et un beau-parent (10%), un père seul (3%), connaissaient une garde partagée (6%), ou une autre situation (9%).

Les critères de consommation utilisés ont été ceux de l’OFDT. La « beuverie express » ou binge drinking est définie par le fait d’avoir bu, au cours du mois précédent, en une occasion, au moins cinq unités alcooliques, correspondant à 50 g d’alcool pur. Le tabagisme quotidien consiste à fumer au moins une cigarette par jour pendant le mois écoulé. Quant à l’usage régulier du cannabis, il correspond à la consommation d’au moins 10 joints lors des 30 derniers jours. Globalement le tabagisme quotidien était le fait de 25% des adolescents de 17 ans, la « beuverie express » concernait 16% d’entre eux et la consommation régulière de cannabis 7%. Si la prévalence du tabagisme quotidien était pratiquement identique chez les garçons et chez les filles, la « beuverie express » et l’usage régulier du cannabis était deux fois plus fréquent chez les garçons que chez les filles.

L’analyse des résultats de l’enquête montre que la prévalence estimée du tabagisme quotidien, comparativement au niveau socio-économique, a tendance à progresser légèrement lorsque le niveau socio-économique parental diminue (le ratio de prévalence augmente à 1,2 puis à 1,3 pour les plus modestes). Pour la « beuverie express », le phénomène inverse a été constaté. En ce qui concerne le cannabis, aucune différence notable n’a été trouvée quel que soit le niveau socio-économique familial.

Dans les familles éclatées ou recomposées, la situation familiale influe de manière notable sur la consommation des trois drogues. Ainsi le tabagisme quotidien est 1,5 à 1,8 fois plus fréquent chez les adolescents vivant avec une mère seule, un parent et un beau-parent, un père seul, ou en garde partagée. Chez ces mêmes adolescents, la « beuverie express » est également 1,3 à 1,4 fois plus fréquente que ceux vivant dans une famille non éclatée. Quant à l’usage régulier de cannabis il est 1,8 à 2,3 fois plus fréquent dans les familles éclatées ou recomposées.

Cette enquête confirme ce qui avait déjà été constaté, à savoir que les adolescents issus de ces familles sont plus enclins à expérimenter et à consommer régulièrement des substances psychoactives

Parvenus à l’âge adulte, l’usage de ces drogues est significativement influencé par le niveau éducatif. En effet, les enquêtes de prévalence réalisées montrent en ce qui concerne leur usage, que les ouvriers et les employés sont de plus gros consommateurs que les cadres, tandis que les professions intermédiaires occupent une position également intermédiaire2.

Afin de prévenir la consommation de ces drogues, l’Académie nationale de médecine a formulé des recommandations3 :

1) augmenter significativement les enseignements consacrés aux sciences de la vie et de la terre dans le système éducatif, afin d’intégrer dès l’école primaire et jusqu’à l’université, une information régulière sur les dangers encourus ;

2) promouvoir des actions collectives de sensibilisation, de prévention et d’information sur les risques de ces substances psychoactives ;

3) maintenir l’interdiction du cannabis, rendre dissuasif l’accès au tabac en poursuivant l’augmentation des prix, en faisant respecter l’interdiction de vente de l’alcool et du tabac aux mineurs, et en limitant leur publicité et promotion ;

4) donner explicitement mission aux médecins scolaires et universitaires, avec le concours des infirmières, d’assurer un repérage médical des sujets consommateurs de produits addictifs ; afin de les orienter vers une prise en charge médicale adaptée.

Article rédigé à la demande des Prs Michel, Debré et Parodi de l’Académie de médecine, suite à la dernière lettre du CNPERT

1 – Use of tobacco, alcohol and cannabis in late adolescence: roles of family living arrangement and socioeconomic group. Khlat et al. BMC Public Health,2020, 20:1356   

2 – Palle C. Synthèse de la revue de littérature sur les consommations de substances psychoactives en milieu professionnel. Observatoire français des drogues et toxicomanies, note 2015-05, 12pp.

3 – Goullé J.-P., Morel F. Consommation de drogues licites et illicites chez l’adolescent : une situation alarmante qui impose une prévention précoce. Bull Acad Natl Med, 2020, 204:4-15

Alcool, tabac, drogue : le top des professions qui en consomment le plus

La consommation d’alcool, de tabac ou de drogue varie selon les milieux professionnels, d’après le dernier baromètre de Santé publique France. On vous dévoile la liste des corps de métiers où la consommation de ces substances est la plus élevée.

Le 4 mai, Santé publique France a publié son dernier baromètre portant sur la consommation de substances psychoactives en milieu professionnel. Cette nouvelle enquête a analysé les données de 25.000 adultes âgés de 18 à 75 ans. Ces derniers ont été interrogés en 2017 sur leur consommation de drogues licites et illicites.

D’après les résultats de Santé publique France, la prise d’alcool, de tabac ou de cannabis varie selon les activités professionnelles. « Nos résultats révèlent des disparités entre secteurs d’activité, mettant ainsi en lumière les risques accrus au sein de certains secteurs en vue d’une éventuelle prévention ciblée », a souligné Viêt Nguyen-Than, responsable de l’unité addictions à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé de Santé publique France, à nos confrères de Top Santé.

Tabac : quelles sont les professions en consomment le plus ?

La consommation de tabac est par exemple plus élevée chez les hommes travaillant dans les secteurs de la construction, de l’hébergement, de la restauration et de l’immobilier. Les femmes occupant des emplois dans la restauration et l’hébergement consomment également plus de tabac que la moyenne. « L’analyse selon les catégories socioprofessionnelles montre que, chez les hommes comme chez les femmes, la proportion de fumeurs quotidiens est moins élevée parmi les cadres et professions intellectuelles supérieures et plus élevée parmi les ouvriers », ont souligné les chercheurs.

Quels sont les secteurs qui consomment le plus d’alcool ?

Dans leur recherche, les scientifiques ont indiqué que « parmi les personnes en emploi, 11,7 % des hommes et 9,1 % des femmes déclarent que la consommation d’alcool au travail fait partie de la culture de leur milieu professionnel« . Ces proportions sont plus importantes dans les milieux de l’agriculture, de la sylviculture, de la pêche, de la construction, de l’hébergement et de la restauration. Les activités professionnelles liées aux arts, aux spectacles et aux activités récréatives ont également une consommation importante d’alcool. Ces données concernent aussi bien les hommes que les femmes.

Les chercheurs ont constaté que les professionnels travaillant dans l’enseignement, la santé humaine et l’action sociale ont une consommation d’alcool moins élevée que la moyenne« La majorité des personnes en emploi ont affirmé ne jamais consommer d’alcool au déjeuner les jours de travail », ont précisé les auteurs de l’enquête, avant d’ajouter que « respectivement 22,3 % des hommes et 6,8 % des femmes en consomment au moins une fois par mois. »

Cannabis : quelles sont les professions les plus concernées ?

En 2017, 44,8 % des Français âgés de 18 à 64 ans ont déclaré avoir déjà consommé du cannabis selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Dans son dernier rapport, Santé publique France a observé que la proportion d’expérimentateurs masculins de cannabis est plus importante dans les milieux de l‘hébergement, de la restauration, des arts, du spectacle et des activités récréatives« Parmi les femmes en emploi, la proportion d’expérimentatrices de cannabis est supérieure à la moyenne dans les secteurs de l’information et communication, des activités spécialisées, scientifiques et techniques, des arts, des spectacles ainsi que des activités récréatives », ont complété les chercheurs.

Alcool, tabac, drogue : des disparités selon les métiers

« Cette étude met en évidence des disparités d’usages de substances psychoactives parmi les actifs occupés et quelques tendances sont observées. Les différents indicateurs suggèrent des niveaux d’usage plus élevés que la moyenne dans le secteur de l’hébergement et restauration pour pratiquement tous les produits (hors alcool quotidien), chez les hommes comme chez les femmes », peut-on lire dans le document de Santé publique France.

Selon les produits, certains secteurs d’activités ont cependant des niveaux de consommation inférieurs à la moyenne. C’est notamment le cas de l’administration publique, des activités scientifiques et techniques ainsi que de l’enseignement avec la consommation de tabac.

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Drogues douces et Drogues dures

Résumé

Par le Professeur Costentin


On qualifie de « drogue douce », une substance addictive, qui ne donne lieu qu’à une dépendance psychique, comme le tabac ; alors qu’on qualifie de « drogue dure » une substance addictive qui ajoute à une dépendance psychique une dépendance physique, comme l’héroïne.

L’association des troubles physiques aux troubles psychiques rend l’abstinence presque intolérable ; elle incite sa victime à faire n’importe quoi pour la faire cesser. Ce haut degré d’addiction, avec une détérioration psychique et physique, peuvent être à l’origine d’actes délictueux.


Par conséquent, à partir de cette distinction, imparfaite mais néanmoins pertinente, la loi a conféré un statut licite aux drogues jugées « douces » et illicite aux drogues « dures ». Depuis longtemps, certains s’ingénient à présenter le cannabis comme une « drogue douce » afin de le faire accéder au statut licite de l’alcool et du tabac. Mais le cannabis n’est pas une drogue « douce » : c’est une drogue très lente, aux multiples méfaits bien établis mais mal connus du grand public du fait d’occultations délibérées.


La facilité, la démagogie, les impatiences mercantiles constituent des tentations fortes pour légaliser cette drogue. Cependant, sachant la multitude de ses méfaits et leur gravité, cette légalisation serait criminelle. Le cannabis peut tuer et, à divers autres égards, détruire des individus et notre société

EXCLUSIF. Alcool et tabac sont les addictions qui ont le plus augmenté depuis un an

Si les addictions des Français semblent globalement maîtrisées après un an de pandémie, de fortes disparités apparaissent entre les tranches d’âge et les régions, selon un sondage YouGov en partenariat avec « l’Obs ».

Par M. F.Publié le 17 mars 2021

Après un an de pandémie, deux confinements et plusieurs périodes de couvre-feu, « l’Obs » s’est interrogé sur le rapport des Français à leurs addictions. Si ces dernières ont augmenté pour 14 % des Français, selon notre sondage en partenariat avec YouGov, elles n’ont malgré tout pas connu l’explosion redoutée. Une nuance toutefois : le sondage porte sur l’état des addictions après un an de pandémie, et ne prend pas en compte les disparités qui ont pu exister d’une période de confinement à une autre. Il montre par ailleurs qu’existent des disparités, aussi bien générationnelles que régionales.« Les risques d’addictions augmentent avec le confinement »

Ainsi, la consommation de tabac. Si 15 % des personnes interrogées n’ont pas l’impression d’avoir augmenté leur consommation en un an, 11 % ont vu cette dernière augmenter et 6 % diminuer. En d’autres termes, quand certains ont profité de cette période pour arrêter de fumer, d’autres n’ont pas compté leurs cigarettes.

Concernant l’alcool, 15 % des Français ont diminué leur consommation depuis un an. Un chiffre supérieur à ceux l’ayant augmentée (13 %). Elle reste toutefois stable pour 32 % des sondés. L’« effet apéro », moment où la contamination peut être maximale, a donc bien été contré.

Les Français confiant dans la maîtrise de leurs addictions à l’avenir

Pour les produits stupéfiants (cannabis, cocaïne, LSD, etc.), si 9 Français sur 10 (89 %) déclarent ne pas en consommer, 2 % ont constaté une hausse de leur consommation, et 3 % une baisse. Pour 4 %, celle-ci n’a pas évolué.Covid et addictions : « Trop de gens ont perdu le contrôle de leur consommation d’écrans ! »

Dans l’ensemble, 14 % des Français interrogés estiment que leurs addictions (tabac, alcool, jeux d’argent, stupéfiants) ont globalement augmenté depuis le début de la pandémie, tandis que 31 % pensent qu’elles sont restées stables. Elles ont même diminué pour 7 % d’entre eux. En outre, 66 % des personnes interrogées sont confiantes dans la maîtrise de leur addiction et ne redoutent pas une augmentation de celle-ci dans les mois à venir, contre 30 % des Français qui le craignent.

Une hausse le plus souvent observée chez les jeunes

Le sondage YouGov montre par ailleurs des disparités régionales. Ainsi, 19 % des habitants du Nord-Ouest de la France ont le sentiment que leurs addictions ont augmenté, contre seulement 10 % en région parisienne.

C’est également parmi les « CSP- » (employés, ouvriers non qualifiés) qu’une hausse des addictions se fait le plus ressentir : 18 % des interrogés ont ce sentiment, contre 15 % des CSP + et 10 % des inactifs.Ce 17 mars, secrètement peut-être, je fêterai le confinement

Enfin, la tranche des 18-24 ans est celle qui a le plus tendance à voir une augmentation de sa consommation d’alcool (19 %, contre 18 % observant une baisse), de stupéfiants (9 %), de tabac (18 %) et de jeux comme les paris sportifs (9 %, contre 13 % de baisse). A l’inverse, les 55 ans et plus sont les moins concernés par ce sentiment d’augmentation.

Sondage réalisé en ligne du 15 au 16 mars 2021 en France sur un échantillon de 1 004 personnes de plus de 18 ans représentatives de la population française. Données pondérées pour être représentatives des adultes français.

En raison des arrondis, la somme des pourcentages n’est pas égale à 100 % dans certains cas.

Emmanuel Macron souhaite une génération sans tabac dès 2030

Paris, le jeudi 4 février 2021 – En cette journée internationale dédiée à la lutte contre le cancer, Emmanuel Macron a présenté les grandes lignes du futur plan français lors d’un discours vidéo retransmis dans le cadre des Rencontres annuelles de l’Institut National du cancer (INCa). Le chef de l’État a ensuite visité le centre Gustave Roussy dédié à la prise en charge des enfants atteints de tumeurs.

Priorité numéro 1 : éviter ce qui est évitable

Après plusieurs programmes quinquennaux, le nouveau plan s’inscrit dans une temporalité plus longue : décennale, afin de permettre une vision à plus long terme et de pouvoir inscrire certains projets dans la durée. L’objectif premier est une lutte décisive contre les facteurs de risque de cancer, au premier rang desquels le tabagisme.

Emmanuel Macron souhaite ainsi que « la génération qui aura 20 ans en 2030 soit la première génération sans tabac de l’histoire récente ». Pour ce faire, le Président a promis de nouvelles actions sur le prix, les lieux d’interdiction, ainsi qu’un important effort de communication, notamment auprès des plus jeunes. Autre cible : l’alcool, qui n’a pas été l’objet ces dernières années d’une lutte clairement dynamique, ce qui constitue un des manquements majeurs du précédent plan (2014-2019, prolongé en 2020). Bien sûr, pas question, a affirmé le Président de la République, dont on se souvient des déclarations ambivalentes sur le vin notamment, de viser un « zéro » alcool. Cependant, l’amélioration de la signalétique de mise en garde et un meilleur accompagnement des personnes présentant une consommation à risque sont au programme. Comme pour le tabac, des précisions plus concrètes sont attendues (en s’inspirant notamment d’une expertise collective de l’Inserm programmée au premier semestre 2021), afin que l’on n’en reste pas au stade des belles intentions. Il est par exemple à espérer qu’une véritable réflexion puisse s’engager sur la question du prix.

Grâce aux actions menées contre le tabac et l’alcool, mais aussi contre certains autres facteurs de risque (sédentarité et obésité en particulier), l’objectif est de diminuer de 60 000 par an le nombre de cancers dits évitables.

Dépistage : une dynamique à renforcer

Le second axe est de faire progresser les réflexes de dépistage. Cette orientation a déjà été engagée au cours des années précédentes avec une refonte du programme concernant le sein (pour une approche plus personnalisée) et l’adoption de nouveaux outils pour détecter le cancer de l’utérus. L’accent pourrait en particulier être mis sur le dépistage du cancer colorectal, a insisté le chef de l’État. Certains espèrent également que le nouveau plan permettra de repenser la question du dépistage du cancer du poumon. Globalement, l’objectif est de réaliser un million de dépistages supplémentaire par an à l’horizon 2025, pour atteindre 14 millions de participants. En tout état de cause, cette orientation apparaît d’autant plus essentielle alors que l’année 2020 a enregistré en raison du confinement une diminution très importante du nombre de diagnostics de cancer.

Déjouer les mauvais pronostics

Le plan cancer se donne également pour ambition d’améliorer le taux de survie des cancers de mauvais pronostic (dont le taux de survie à cinq ans est inférieur à 33 %). Des « réseaux d’excellence » sont ainsi promis par le chef de l’État, tandis que dans la continuité du plan précédent, l’accent sera de nouveau mis sur la recherche dédiée aux cancers de l’enfant.

Comme ses prédécesseurs, le programme se consacre aussi à la qualité de vie, pendant la phase aigüe, mais également après la maladie. Ici, deux axes majeurs. D’abord, ramener la proportion de patients présentant de séquelles cinq ans après leur diagnostic à un tiers (contre deux tiers aujourd’hui). Par ailleurs, des allègements divers des lourdeurs administratives sont prévues : diminution du reste à charge, simplification des différentes démarches et extension du droit à l’oubli (sans précision, tandis que la Ligue contre le cancer rappelle aujourd’hui que la promesse du Président de la République pendant sa campagne électorale prévoyait qu’il soit possible cinq ans après le diagnostic).

Des moyens à la hauteur

Si de nombreux éléments de précision manquent, la présentation du chef de l’État s’appuie néanmoins sur quelques objectifs chiffrés marquants. De la même manière, le budget global a lui aussi été dévoilé : les moyens consacrés à la lutte contre le cancer seront augmentés de 20 % et la moitié des ressources sera consacrée à la recherche. L’objectif en la matière est de favoriser une prise en charge de plus en plus personnalisée (45 000 décès par cancers par an sont liés au tabac).

Aurélie Haroche

PLAN CANCER DU GOUVERNEMENT: TABAC ET ALCOOL DANS LE VISEUR

publié le 5 février 2021

Emmanuel Macron a présenté hier la nouvelle stratégie décennale contre le cancer.

En pleine pandémie du covid, qui a déjà fait 77.000 morts, Emmanuel Macron a présenté hier une stratégie décennale contre le cancer axée sur la prévention contre le tabac et l’excès d’alcool, afin de ramener le nombre de morts de 150.000 à 100.000 par an.

Un budget d’1,7 milliard pour 2021–2025

Le budget des cinq premières années du plan décennal sera porté à 1,7 milliard d’euros pour 2021–2025. « Un plan de cette ampleur ne peut que susciter des espoirs dans l’accélération de la lutte contre le cancer », a estimé le Pr Thierry Philip, président du directoire de l’Institut Curie, en saluant cette hausse « conséquente » de 20%.

Dépistages: 10 millions par an en 2025

En matière de prévention, le gouvernement et l’INCa ambitionnent de réduire de 60.000 par an d’ici 2040 le nombre des « cancers évitables », sur un total de 153.000 – on estime que 40% des cas de cancers pourraient être évités, car attribuables à des facteurs de risques modifiables comme le tabac, l’alimentation, l’exposition aux UV ou encore la sédentarité.

Ils souhaitent aussi convaincre davantage de Français de participer aux dépistages organisés pour le cancer du sein, le cancer colorectal et le col de l’utérus. Objectif: « réaliser 1 million de dépistages en plus à l’horizon 2025 », contre neuf millions par an aujourd’hui.

La marge de progression existe principalement pour le dépistage du cancer colorectal, avec seulement 30% de participation, tandis que des « travaux de recherche » sont menés pour envisager des dépistages sur d’autres cancers, comme celui du poumon.

« Une génération sans tabac en 2030 »

« Je souhaite que la génération qui aura 20 ans en 2030 soit la première génération sans tabac de l’histoire récente », a dit Emmanuel Macron. Il a promis d’agir sur « le prix, l’extension des espaces sans tabac, les campagnes d’information sur sa toxicité », et un meilleur accompagnement de ceux qui arrêtent de fumer. Cette mobilisation doit commencer « dès l’école ».

Lutter contre l’alcoolisme

Pour l’alcool, à l’origine d’un cinquième des cancers évitables, « il ne s’agit pas d’aller vers le zéro alcool mais bien de prévenir les excès et de mieux aider ceux qui sont dans une forme de dépendance à en sortir », a souhaité Emmanuel Macron. Il a ainsi promis, sans précision, des repères « plus visibles et plus lisibles aux consommateurs » sur chaque produit. « Contre ces deux principales causes de cancers évitables, nos actions cibleront particulièrement les jeunes », a-t-il ajouté.

Limiter les séquelles

Le plan souhaite par ailleurs limiter à un tiers la proportion de patients souffrant de séquelles cinq ans après leur diagnostic (chirurgies mutilantes, effets secondaires des médicaments, retards de développement chez les enfants…), contre deux tiers à l’heure actuelle.

Améliorer le taux de survie

Le dernier objectif consiste à « améliorer significativement » le taux de survie des cancers à mauvais pronostic, dont le taux de survie à cinq ans est inférieur à 33%, tels que les cancers du pancréas ou du poumon, certains cancers du sein dits « triple négatif » ou encore un cancer rare, le glioblastome du tronc cérébral de l’enfant.

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