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« Légaliser le cannabis en France serait une erreur, voici ce qu’il s’est passé à l’étranger »

Courrier des lectrices et des lecteurs. « Les allégations des promoteurs de la légalisation du cannabis sont contredites par les statistiques. Dans les pays qui ont légalisé cette drogue, on a constaté une augmentation et non une baisse de la consommation et un maintien du marché illicite. »

« Légaliser le cannabis pour faire de la prévention chez les jeunes en insistant sur ses méfaits est illogique. » Ici, une opération anti-drogue de la police à Bellevue, près de Nantes (Loire-Atlantique), en 2020.

« Légaliser le cannabis pour faire de la prévention chez les jeunes en insistant sur ses méfaits est illogique. » Ici, une opération anti-drogue de la police à Bellevue, près de Nantes (Loire-Atlantique), en 2020. | FRANCK DUBRAY / ARCHIVES OUEST-FRANCE

Ouest-France Publié le 06/05/2025 

« La légalisation du cannabis revient de manière récurrente dans le débat politique, en arguant que cette mesure ne poserait aucun problème de santé publique. Or, c’est ne tenir aucun compte des nombreuses données médicales récemment publiées qui témoignent, au contraire des problèmes survenus dans les pays ayant procédé à la légalisation.

Les hospitalisations dues au cannabis ont augmenté de 12 et 22 % en Ontario et au Canada, où le cannabis récréatif a été légalisé en 2018. La proportion des automobilistes hospitalisés après un accident et positifs au THC (tétrahydrocannabinol, constituant psychoactif majeur du cannabisa doublé dans le pays. Le nombre de psychotiques a également triplé : les nouveaux cas de schizophrénie associés au cannabis sont passés de 3,7 % avant la légalisation à 10,3 % après légalisation. Chez les jeunes de 12 à 19 ans, le risque de développer des troubles psychotiques a été multiplié par onze.

« La consommation multipliée par vingt aux États-Unis »

Par ailleurs, les allégations des promoteurs de la légalisation sont contredites par les statistiques. C’est ainsi qu’il y a une augmentation et non une baisse de la consommation et un maintien du marché illicite. La consommation du cannabis a augmenté aussi bien au Canada qu’aux États-Unis.

Aux USA, le nombre de consommateurs a été multiplié par vingt, passant de 900 000 avant la législation (1992) à 17,7 millions après la législation. Quant au marché noir, il n’a pas disparu, le cannabis légal restant toujours plus cher que l’illégal, dénué de taxe. Il s’est réorganisé vers des drogues encore plus dangereuses.

Lire aussi : La légalisation du cannabis entraînerait-elle une hausse de la criminalité ? On vous répond

Ailleurs, il n’a pas été possible de fixer un taux minimal de THC dans le cannabis. En Uruguay, le taux de cannabis légal est passé de 2 % lors de la législation à 15 % aujourd’hui. Il est impossible de faire consommer du cannabis faiblement dosé à des utilisateurs habitués à des taux de 15 ou 20 %.

Légaliser le cannabis pour faire de la prévention chez les jeunes en insistant sur ses méfaits est illogique alors que permettre à un adulte de se le procurer librement rendra plus incitative sa consommation par les plus jeunes. Il convient donc de ne pas légaliser la consommation du cannabis en France, compte tenu de ses effets toxiques. Il faut au contraire instaurer des programmes de prévention et d’information sur les dangers de cette drogue, dès le plus jeune âge. »

Apostrophe aux pro-légalisateurs du cannabis

Par le Professeur Costentin

La Lettre du C N P E R T (N°96)

Président Pr. J.-P. Goullé
S’il faut être attentif à l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants, il est majeur de nous préoccuper de l’état des enfants que nous lui léguerons

Editeur en chef Pr. J.-P. Tillement Mai 2025

EDITORIAL
Fin 2024, j’ai été contacté par les Cahiers français, revue bimestrielle gérée par la Direction de l’information légale et administrative (DILA), rattachée aux services du Premier ministre. Cette revue aborde les grands sujets qui nourrissent le débat public. Illustrés par des infographies et de nombreuses photographies, ses articles courts et ses fiches pratiques permettent de mieux comprendre les questions de société, d’économie et de politique.

Chaque numéro s’organise autour d’un dossier composé de six à huit articles qui analysent en profondeur une thématique. D’autres rubriques analyse d’une loi, d’une politique publique, points de vue de deux experts, éclairage sur une notion, un concept, traitement d’un événement historique et ses répercussions) complètent le numéro.

L’objet de la saisine du numéro 444 de mars-avril 2025 des Cahiers français, pour laquelle j’ai été sollicité, publiée dans cette lettre N°96 du CNPERT, rapporte le point de vue de deux experts à propos de la légalisation du cannabis : pour ou contre ?

Les deux experts sont chacun chargés d’exposer les arguments sur lesquels ils fondent et motivent leur avis en réponse à quatre questions. J’ai ainsi développé les raisons qui s’opposaient à la légalisation récréative du cannabis. Ce sont les réponses à ces quatre questions qui sont reprises dans cette lettre.

En effet, une telle légalisation serait une erreur sanitaire grave, ainsi que vient d’ailleurs de le rappeler l’Académie de médecine dans son récent communiqué*
Jean-Pierre Goullé

  • La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé
    publique –
  • Académie nationale de médecine, communiqué du 9 avril 2025.
  • Question 1 – Certains de nos voisins (Canada, Allemagne, Espagne, Portugal, Pays-Bas, Belgique,
    République Tchèque, Italie) ont opté pour un assouplissement de la législation concernant le cannabis.
    Quels bilans peut-on tirer de ces politiques ?
    Parmi les pays qui ont choisi de revenir sur la prohibition de la consommation de cannabis,
    certains en autorisent l’usage, d’autres l’ont dépénalisé voire légalisé, comme le Canada
    (2018) ou l’Allemagne (2024). Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions en ce qui
    concerne la politique allemande en la matière.

  • En santé publique, volet primordial à prendre en compte, rappelons que les nombreux
    troubles et maladies liés à la consommation de la drogue sont parfaitement connus et
    qu’aucun traitement médicamenteux ne permet de les prendre en charge (1). Une
    étude canadienne montre, de plus, que le risque de développer des troubles
    psychotiques est multiplié par onze chez les 12 à 19 ans (2). Des atrophies cérébrales sont
    aussi consécutives à sa consommation (3).

  • Les accidents du travail sont plus nombreux chez les 20 à 34 ans. Plus grave, le
    tétrahydrocannabinol, l’un des principes actifs du cannabis, peut toucher la descendance du
    consommateur en âge de procréer (1). Enfin la légalisation n’a pas permis de faire baisser
    les autres toxicomanies, au contraire. Le nombre de décès par opioïdes qui était au
    Canada de 107 par million d’habitants en 2017, a atteint 210 en 2021 (4). En outre, si la
    régulation du marché a fait diminuer la part illicite du cannabis, le trafic et l’usage de
    toutes les autres drogues se sont accrus.
    Concernant les coûts et méfaits de la consommation de cannabis, ils s’élèvent à 2,4
    milliards de dollars canadiens (4).
    Sur le plan économique, l’argument de la perception de nouvelles taxes, utilisées
    comme source de recettes fiscales, est d’abord discutable sur le plan de la
    déontologie politique : peut-on accepter des rentrées fiscales par la mise sur le marché
    d’un nouveau produit dangereux ? La perception de taxes sur le tabac et sur l’alcool,
    produits historiquement légaux, se justifie pour des motifs de santé publique, en
    permettant une baisse des usages attestée par toutes les expertises nationales ou
    internationales, mais elle ne se justifie pas pour de nouvelles drogues interdites. Les
    défenseurs de la légalisation du cannabis n’ont aucun modèle économique robuste sur
    lequel s’appuyer. En cas de régulation par l’État, les frais liés à la mise en place d’un
    dispositif public de culture, de transformation, de distribution et de contrôle du cannabis
    seraient considérables, et l’équilibre entre les gains et les coûts pour les finances publiques
    serait sans doute défavorable, si l’on ajoute en particulier les coûts sociaux, comme pour
    l’alcool et le tabac. Ainsi, au Canada, suite à la légalisation du cannabis, le bilan de 2018 à
    2022 montre que les taxes n’ont couvert que 37,2% du coût de fonctionnement du
    programme de réglementation du cannabis (5). Au Colorado, les taxes ne couvrent que
    25% des coûts de la légalisation.
    Pr Jean-Pierre Goullé

  • Références
    1- http://www.em-consulte.com/revue/LPMFOR/1/3 et http://www.em-consulte.com/revue/LPMFOR/1/4.
    2- McDonald AJ, Kurdyak P, Rehm J, et al. Agedependent association of cannabis use with risk of
    psychotic disorder. Psychol Med. 2024 Aug;54(11):2926-2936.
    3- Navarri X, Robertson DN et al. Cells and molecules underpinning cannabis-related variations in cortical thickness during adolescence. J Neurosci. 2024 Oct
    9;44(41):e2256232024.
    4- La stratégie canadienne sur les drogues + autres substances. L’approche du gouvernement du Canada à l’égard des méfaits liés à la consommation de substances et de la crise des surdoses. Santé Canada, octobre 2023.
    5- Rapport sommaire pour l’examen de 2021-2022 du cadre de recouvrement des coûts liés au cannabis.
    Santé Canada, août 2023. http://www.canada.ca > 2021- 2022-rapport sommaire.
    Question 2 – En quoi les politiques répressives actuelles sont-elles faillibles ?
    En France, le cadre de la politique de lutte contre les drogues illicites est, en effet, fixé
    par la Loi du 31 décembre 1970, qui déploie un arsenal juridique parmi les plus répressifs
    d’Europe. Mais, chacun sait – en premier lieu les réseaux criminels – qu’elle n’est pas appliquée ; affirmer que la France mène une politique répressive constitue donc une contrevérité. Dans une enquête conduite sur les pratiques judiciaires dans les pays de l’Union européenne, l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT), devenu en juillet 2024 l’Agence de l’Union
    européenne sur les drogues (EUDA), a apporté la preuve de sa non-application.
  • En effet, l’OEDT constate que la France et les Pays-Bas sont les deux nations les plus
    laxistes des pays membres de l’UE en matière de sanctions pour la détention de grandes quantités de cannabis ou d’héroïne.
  • La figure montre les peines d’emprisonnement moyennes qui sont appliquées par les différents pays pour la possession d’un kg de cannabis ou d’héroïne (1) ; or quand il s’agit d’une telle quantité, ce
    n’est manifestement pas pour un usage personnel. L’Observatoire souligne
    également que les peines moyennes appliquées varient de manière considérable parmi les pays de l’UE.
    L’OEDT constate que, pour la possession d’un kg de cannabis destiné à la vente, la Grèce, la Slovaquie et la Lituanie, sont les plus sévères en matière d’application des peines, conduisant à une condamnation moyenne de dix ans de prison. Pour la possession d’une même quantité en France
    ou aux Pays-Bas, entre autres, les peines d’emprisonnement pouvant être suspendues, elles ne figurent pas sur ce graphique.

  • Ces trois pays qui appliquent les sanctions les plus sévères sont aussi parmi les plus « vertueux » en matière de consommation de cette drogue. Comme le montre le bulletin statistique 2024 de l’OEDT, la prévalence d’usage de cannabis, 20 jours sur 30, parmi les 15-64 ans est comprise entre 0,1 t 0,3%
    dans les trois pays cités ci-dessus ; alors qu’en France elle est près de dix fois plus élevée (1,8%) (2). Quant à la prévalence de cet usage parmi les 15-34 ans, elle est comprise entre 0,1 et 0,2% dans les trois pays ; en France, elle est près de vingt fois plus élevée (3,1%). Notons qu’avec
    respectivement 2,1% et 2,7%, ces pourcentages sont, aux Pays-Bas,comparables à ceux de la France. Il semble donc que la sévérité des sanctions influe sur les niveaux de consommation. Cette situation
    paradoxale, entre une loi répressive et sa non-application, a conduit nos députés à voter en 2018 la création d’une amende forfaitaire de 200 euros pour sanctionner l’usage illicite de stupéfiants. Apprenant que dans plus de la moitié des cas elle n’est pas réglée, le président de la République s’en est ému et a requis une plus grande rigueur, immédiatement contestée par un collectif
    d’associations favorables à la légalisation de toutes les drogues.
    Pr Jean-Pierre Goullé
    Références
    1- Rapport européen sur les drogues. Tendances et évolutions, 2017. Observatoire européen des drogues et des toxicomanies.
    https://www.euda.europa.eu/edr2017_en.
    2- Prevalence of drug use > frequency of cannabis use

All adults (aged 15-64). Agence de l’Union européenne sur les drogues.
https://www.euda.europa.eu/data/stats2023/gps_en#displayTable:GPS-552-1

Question 3 – Quels sont lesavantages et les inconvénients d’un assouplissement de la législation
concernant la consommation de cannabis ? Quels effets la dépénalisation ou plus encore la
légalisation du cannabis aurait-elle, concernant notamment la lutte contre le trafic illégal, le risque
sanitaire, l’effet sur la consommation des plus jeunes ?
Un « cannabis d’État » d’un coût dissuasif et modérément dosé en THC ne supporterait pas la concurrence avec celui proposé par les réseaux criminels qui, leurs revenus baissant,
commercialiseraient d’autres drogues.

Ils ont d’ailleurs déjà anticipé un éventuel manque à gagner, la cocaïne inondant massivement
l’Europe et la France. Avec les mêmes arguments que pour le cannabis, viendra la légalisation de toutes les drogues, comme en Oregon ou en Colombie Britannique, avec le résultat catastrophique que l’on connaît (triplement des overdoses mortelles entre 2019 et 2022, toxicomanes laissés dans la 4 rue, livrés à eux-mêmes…) qui impose à ces deux États de faire machine arrière.
L’usage du cannabis progresse partout où il est dépénalisé/légalisé. Aux U.S.A., sa
consommation quotidienne, chiffrée entre 1979 et 2022 (1), montre que le nombre des usagers quotidiens de cannabis a dépassé celui des usagers de l’alcool pour la première fois en 2022 ; ils sont 20 fois plus nombreux en 2022 qu’en 1992. Les niveaux de consommation sont corrélés à ceux de la
politique mise en œuvre, avec une baisse pendant les périodes où elle est répressive et une augmentation pendant les phases de politique libérale.
Les adultes abdiqueraient leur exemplarité vis-à-vis des jeunes.
Les adolescents ne consommant pas de cannabis le justifient par son interdiction et/ou sa toxicité. Légaliser annihilerait ces barrières ; vouloir interdire sa vente aux mineurs reproduira l’échec observé avec le tabac et l’alcool.

Le cannabis est six fois plus toxique que le tabac (qui tue 75.000 fumeurs par an) (2). Il est responsable d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux, et il multiplie par deux le risque de cancer
bronchopulmonaire.
Ses effets sur le cerveau ont des conséquences sanitaires multiples : frappant en période de maturation cérébrale (12 à 24 ans), le cannabis induit des psychoses, une vulnérabilité à la schizophrénie (100.000 cas
lui sont imputables), à l’anxiété, aux troubles dépressifs et suicidaires, aux déficits cognitifs, à l’altération du développement neuropsychique, à l’hyperactivité avec déficit de l’attention, aux toxicomanies. Il affecte la mémoire à court terme ─ qui permet de former une mémoire à long terme ─,
d’acquérir une culture. Consommé entre 12 et 19 ans, il a des effets particulièrement délétères. Drogue du syndrome amotivationnel, il participe à notre rang déplorable (27e) dans le classement du
programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Il incite à se tourner vers d’autres drogues et aux polytoxicomanies. Il est impliqué chaque année dans près de 600 accidents mortels de
la route
. Ses effets perdurent bien au-delà de la présence du THC dans l’organisme.
Induisant des modifications épigénétiques, il affecte l’expression de divers gènes, transmissible à la progéniture de ses consommateurs.
Notre insuffisance à gérer les méfaits de l’alcool et du tabac, nous interdit d’ajouter, aux drames que ceux-ci provoquent, ceux du cannabis. Sa légalisation serait une grave erreur et ses auteurs ne pourraient exciper du caractère imprévisible des méfaits qui surviendraient, car ils sont désormais connus.
Enfin, sa consommation va totalement à l’encontre de l’objectif « zéro tabac » visé par nos autorités.
Pr Jean-Pierre Goullé
Références

  1. Caulkins JP. Changes in self-reported cannabis use in the United States from 1979 to 2022. Addiction. 2024 Sept;119(9):1648-1652.
  2. Bonaldi C, Boussac M, Nguyen-Thanh V. Estimation du nombre de décès attribuables au tabagisme, en France de 2000 à 2015. Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, 2019;15:278-284.
    Question 4 – Quel degré d’encadrement est, à vos yeux, la meilleure stratégie pour
    réguler la consommation et garder un contrôle sur les pratiques : répression plus ferme dépénalisation, comme solution intermédiaire ? autorisation de consommation du
    cannabis pour tout usage, récréatif et thérapeutique ? légalisation du cannabis pour un usage thérapeutique uniquement ?
    Pour les raisons exposées précédemment, il ne faut pas dépénaliser, ni légaliser l’usage de cannabis, mais maintenir son interdiction.
    La France doit enfin mettre en œuvre une politique ambitieuse pour limiter et réduire la consommation d’une drogue dangereuse 5 pour la santé, politique axée sur plusieurs volets :
  • dispenser une prévention précoce, portant sur les dangers des drogues, intégrée dans le système éducatif, depuis l’école primaire et jusque dans les structures d’enseignement supérieur. Rappelons, à cet égard, que l’OEDT a décerné un carton rouge à la France, le mauvais élève de l’Europe,
    dénonçant un grave déficit d’information en milieu éducatif, en raison du manque d’interventions fléchées dans les programmes ;
  • promouvoir des actions collectives de sensibilisation aux dommages multiples (sanitaires, sociaux et sociétaux) causés par les drogues, à destination prioritairement des parents, des femmes enceintes, des jeunes adultes, des professionnels de santé, des enseignants, des entreprises, et des milieux
    politiques ;
  • mettre en place des campagnes d’information, ciblant particulièrement les jeunes adultes en âge de procréer, sur les risques de transmission à la descendance de l’appétence aux drogues via des mécanismes épigénétiques ;
  • développer les programmes d’activités sociales, culturelles et sportives afin de limiter le risque de consommation de drogue, comme le démontre expérimentalement la
    capacité d’un environnement « enrichi » à réduire l’attrait pour les drogues ;
  • assurer une prise en charge médicale adaptée pour les sujets présentant une addiction ;
  • organiser en milieu éducatif un repérage médical de consommation de produits
    addictifs chez l’adolescent ;
  • maintenir une répression, pour limiter l’usage comme cela a été montré dans d’autres pays. L’idée selon laquelle les politiques répressives sont coûteuses et que la légalisation réduit l’usage et assèche le marché noir, en soulageant les forces de l’ordre et le système judiciaire, constitue une
    contrevérité. Malgré sa légalisation depuis 2016, la Californie reste « submergée » par des dizaines de milliers de fermes illégales.
    En 2024, jamais il n’avait été mobilisé autant de moyens policiers pour mener de vastes opérations de démantèlement et mettre un terme aux actions violentes du crime organisé. De surcroît, la légalisation présente le risque accru de consommation chez les jeunes et un accès facilité à d’autres drogues encore plus dangereuses.
    La légalisation de médicaments purs issus du cannabis est un fait non contesté. Elle fait suite aux essais cliniques conduits selon les règles en vigueur pour les deux spécialités qui ont bénéficié d’une autorisation de mise sur le marché (CBD pour l’un et CBD + THC pour l’autre). La prescription de cannabis dit «thérapeutique » est programmée en 2025, dans les cinq indications d’une
    expérimentation « d’exception » qui a cependant dérogé à toutes les exigences méthodologiques imposées à tout médicament, comme l’ont dénoncé dans un communiqué les Académies de médecine et de pharmacie.
    Pr Jean-Pierre Goullé
    Analyse d’article : « Brain Function Outcomes of Recent and Lifetime Cannabis Use ».(1)
  • Contexte et objectifs
    La généralisation de la légalisation du cannabis à l’échelle mondiale s’est traduite par une augmentation de sa consommation, accompagnée d’une augmentation de la concentration en THC dans les produits commercialisés. Malgré une perception souvent banalisée de ses effets, le cannabis
    n’est pas anodin et peut altérer durablement le fonctionnement cérébral. L’objectif de cette
    étude était d’examiner l’impact de sa consommation – à la fois récente et cumulée sur l’ensemble de la vie – sur l’activation cérébrale lors de diverses tâches cognitives.
    Pour ce faire, les auteurs se sont appuyés sur les données du « Human Connectome
    6
    Project », qui offrent un ensemble complet d’IRM fonctionnelles et d’informations sur l’usage de cannabis.
    Méthodologie
    Cette étude américaine transversale a inclus 1003 jeunes adultes âgés de 22 à 36 ans (âge
    moyen de 29 ans), dont 470 hommes et 533 femmes. Ils ont été classés en trois groupes
    en fonction de leur consommation au cours de leur vie :
  • non-utilisateurs : moins de 10 joints (73,4% de la cohorte)
  • consommateurs modérés : entre 11 et 999 joints (17,8%)
  • gros consommateurs : plus de 1000 joints, ou diagnostic de dépendance (8,8%)
    De plus, un test urinaire réalisé le jour même de l’examen IRM a permis d’identifier les
    consommateurs récents. La positivité y était définie par une concentration du métabolite
    THC-COOH supérieure à 50 ng/mL, indiquant une consommation au cours des 10 derniers
    jours.
    Les participants ont effectué sept tâches lors de l’IRM fonctionnelle, évaluant différents
    domaines cognitifs : mémoire de travail, traitement des récompenses, émotions, langage, fonctions motrices, raisonnement relationnel et théorie de l’esprit. Pour chacune de ces tâches, les chercheurs ont extrait l’activation moyenne des régions cérébrales activées par la tâche.
  • Des modèles de régression à effets mixtes ont été utilisés pour analyser les associations entre la consommation de cannabis (tant récente que cumulative) et l’activation cérébrale, tout en ajustant pour des variables démographiques et cliniques (âge, sexe, niveau d’éducation, revenu, consommation d’alcool et de nicotine, ainsi que l’âge du premier usage de cannabis).
    Résultats
    Ils ont révélé que l’usage intense de cannabis sur l’ensemble de la vie était associé à une
    diminution significative de l’activation cérébrale lors de la tâche de mémoire de travail. En particulier, les régions impliquées – l’insula antérieure, le cortex préfrontal médian et le cortex préfrontal dorsolatéral – présentaient une activité réduite chez les gros
    consommateurs par rapport aux nonutilisateurs. En ce qui concerne l’usage récent de cannabis, celui-ci a été associé à une baisse de l’activation cérébrale lors des tâches de mémoire de travail et motrices, ainsi qu’à une moins bonne performance comportementale. Cependant, ces associations n’ont pas été retrouvées aux corrections pour le taux de fausse découverte, suggérant que les effets aigus sont moins robustes ou plus variables que ceux liés à l’exposition cumulative.

  • Discussion et implications
    Ainsi, l’usage chronique et intense de cannabis est associé à une altération durable de l’activation cérébrale, en particulier dans des régions riches en récepteurs CB1, telles
    que le cortex préfrontal. Cette réduction de l’activation pourrait être interprétée comme
    une adaptation neuronale à l’exposition prolongée au THC, ce qui concourt aux
    résultats d’études antérieures montrant une réduction de l’épaisseur corticale, dans ces
    zones, chez les consommateurs réguliers de cannabis. Par ailleurs, l’association observée
    entre l’usage récent de cannabis et la performance cognitive (notamment sur la tâche de mémoire de travail) suggère que son sevrage avant des activités cognitives exigeantes pourrait améliorer la performance.

  • La durée exacte nécessaire pour observer une récupération reste cependant incertaine,
    bien que des études antérieures suggèrent que les effets résiduels pourraient persister
    entre 2 et 4 semaines. Ces résultats ont d’importantes implications pour la santé
    publique, dans un contexte où le cannabis est de plus en plus perçu comme inoffensif. Ils
    soulignent la nécessité d’informer les consommateurs sur les risques potentiels liés à une consommation fréquente et régulière, notamment en ce qui concerne les fonctions
    cognitives essentielles telles que la mémoire de travail. L’étude présente certaines limites,
    notamment son caractère transversal, qui empêche toute inférence causale, ainsi que le
    fait que l’échantillon concerne de jeunes adultes, limitant la généralisation des résultats à d’autres groupes d’âge.
  • De plus, des informations importantes telles que la dose habituelle de THC, sa puissance, la voie d’administration et la durée précise depuis la dernière consommation n’ont pu être
    recueillies. Les auteurs recommandent des études longitudinales de grande envergure
    pour déterminer les effets du cannabis sur le fonctionnement cérébral et pour définir la
    durée pendant laquelle les effets négatifs persistent après l’arrêt de la consommation.
    Ils suggèrent également d’explorer plus en détail les mécanismes neurobiologiques
    sous-jacents aux altérations de l’activation cérébrale, notamment via des études portant
    sur la densité des récepteurs CB1.
  • Conclusion
    Cette étude montre que l’usage intense de cannabis au cours de la vie est associé à une
    diminution de l’activation cérébrale lors de tâches de mémoire de travail chez les jeunes
    adultes. Les effets aigus de l’usage récent semblent également influencer la performance cognitive, bien que de manière moins marquée. Ces résultats renforcent l’idée que la consommation chronique de cannabis peut avoir des répercussions durables sur des fonctions cognitives cruciales, ce qui doit être pris en compte dans les politiques de santé publique et dans les recommandations destinées aux consommateurs.
    Dr Alexis Demas
    (1) Référence : Gowin JL, Ellingson JM, Karoly HC, et al. Brain function outcomes of recent and lifetime cannabis use. JAMA Netw Open. 2025 Jan 2;8(1):e2457069.
    Modifications structurales du cerveau d’enfants nés d’une mère tabagique.
    Une étude (USA), (1) portant sur le développement cognitif du cerveau de l’adolescent, a suivi l’évolution de la structure cérébrale d’enfants, recrutés sur un registre national, à la recherche d’anomalies morphométriques en relation avec une exposition tabagique maternelle. L’intérêt de l’étude est multiple : tient notamment au nombre important de sujets initialement recrutés (11148), et aux deux évaluations cérébrales successivement effectuées, d’abord entre 9 et 10 ans puis entre 11et 12 ans, avec IRM et tests cognitifs à chaque évaluation.
    L’interprétation de l’imagerie a retenu les variations des volumes sous-corticaux et du
    contraste entre matière grise et matière blanche. On observe une diminution globale,
    statistiquement significative, des volumes cérébraux sous-corticaux chez les enfants
    nés de mère tabagique. Cette diminution est observée principalement sur le lobe frontal,
    mais aussi sur les lobes temporaux et pariétaux, sur les ventricules latéraux et sur le
    noyau caudé. Le rapport (contraste) matière grise/matière blanche est également diminué.
    Les conclusions des auteurs sont prudentes. Il n’est pas possible de conclure à la toxicité
    du seul tabac, car de nombreuses covariables ─ origine ethnique, conditions alimentaires et environnementales, statut social et d’éventuelles prises de drogue ─participent probablement aussi aux modifications observées. Cependant, le rôle toxique de la nicotine est probable ; on sait qu’elle provoque un amincissement du cortex et, expérimentalement, chez l’animal, une altération de la synthèse de myéline. La diminution du rapport de contraste entre matières grise et blanche est plus difficile à interpréter : elle peut signifier une dissociation de leurs mécanismes respectifs d’activation, des changements microstructuraux de la myéline (déjà décrits), une détérioration neuronale. Néanmoins, cette étude plaide pour un rôle toxique du tabac pour le fœtus chez la femme enceinte, et donc pour lui suggérer l’abstinence tabagique.

  • Pr Jean-Paul Tillement
    (1) Référence : Puga TB, Doucet GE, Thiel GE, et al. Prenatal tobacco exposure, brain subcortical volumes and gray-white matter contrast. JAMA Netw Open.
    2024;7(12):e2451786.


    Politiques de santé contre l’addiction des jeunes : le carton rouge de la Cour des comptes
    Dans son rapport 2025 (1), les magistrats de la Cour des comptes critiquent sévèrement
    les politiques nationales de santé contre l’addiction des jeunes. Ce constat n’est
    malheureusement pas nouveau. En effet, dès 2006, l’Académie de médecine avait organisé
    une journée et produit un rapport intitulé « désamorcer le cannabis dès l’école ».
    Force est de constater que malgré ses nombreuses alertes et rapports produits depuis 20 ans, l’Académie n’a toujours pas été entendue. Le constat des sages de la Cour des comptes est sévère, et il faut espérer que leur travail soit pris en compte et ne vienne pas grossir la pile des nombreux rapports restés lettre morte. Les magistrats rappellent que les jeunes constituent un public particulièrement sensible aux risques liés à la consommation d’alcool et de drogues illicites. En effet, leur cerveau, qui n’atteint sa pleine maturité que vers l’âge de 25 ans, est particulièrement vulnérable aux conduites addictives, surtout dès 12 ans, âge des premières expérimentations.
    La Cour rappelle un contexte de consommation précoce des drogues, favorable au développement d’une addiction :
  • un jeune sur dix s’estime dépendant aux drogues illicites ou à l’alcool ;
  • commencer à consommer de l’alcool au début de l’adolescence multiplie par dix le risque de devenir alcoolodépendant à l’âge adulte, par rapport à une initiation plus tardive, vers l’âge de 20 ans ;
  • 46,3% des jeunes âgés de 18 à 24 ans en 2023 disent avoir consommé, au moins une fois dans leur vie, du cannabis, et 3,5 % affirment en faire un usage quotidien ;
  • 230.000 jeunes de 18 à 24 ans seraient concernés par une addiction au cannabis.
    La consommation de drogues illicites et d’alcool par les jeunes, leur banalisation parfois, et les
    effets coûteux des addictions sur les plans sociaux et économiques, sont un enjeu majeur de santé publique, et ce d’autant plus que la situation reste préoccupante en France. La réussite des politiques de prévention et de lutte contre ce fléau, mises en œuvre dans les pays du Nord, montre
    que la lutte contre les addictions peut être conduite plus efficacement. Elle passe par une politique ambitieuse de prévention et de soin, conçue pour mobiliser toute la société, afin de préserver l’avenir des jeunes de 12 à 25 ans.
    Pr Jean-Pierre Goullé
    Référence : Les addictions des jeunes aux drogues illicites et à l’alcool : un enjeu de prévention et de prise en charge – Rapport de la Cour des comptes,19 mars 2025.

Alcool : le « Vody », la nouvelle boisson énergisante alcoolisée qui inquiète

Publié le 02/05/2025

Alcool : le "Vody", la nouvelle boisson énergisante alcoolisée qui inquiète

2min

Article rédigé par France 2 – S. Brunn, L. Quérin, N. Auer, A. Mazigh, L. Gaydu, Guadeloupe La 1ère, J. Cohen-Olivieri

On les trouve dans certaines petites épiceries du nord de Paris. Une nouvelle boisson potentiellement dangereuse a fait son apparition : le « Vody », une boisson énergisante et alcoolisée, un mélange de vodka et de boisson énergisante. Plusieurs parfums existent déjà et ce produit, fabriqué en Allemagne, est vendu en canettes au prix de 3,50 euros.

Un « marketing cynique »

La boisson est largement distribuée en Afrique et en Outre-mer depuis quelques années. De plus en plus de consommateurs en font la promotion sur les réseaux sociaux et quelques passants interrogés nous confirment en avoir consommé. En Guadeloupe, plusieurs jeunes ont fait des comas éthyliques après une consommation excessive du produit.

La Répression des fraudes a ouvert une enquête pour identifier le réseau de distribution. « On est dans du marketing cynique et pur », constate le Dr William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions.

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Il se faisait livrer, par drone, cigarettes, téléphones et cannabis… à la prison

Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 avril 2025, deux drones destinés à approvisionner une cellule de la maison d’arrêt de Vannes (Morbihan), étaient repérés. Ce mercredi 30 avril 2025, le tribunal a condamné un vingtenaire à dix-huit mois de prison.

Samedi 26 avril 2025, deux drones destinés à approvisionner une cellule de la maison d’arrêt de Vannes (Morbihan), étaient repérés. Ce mercredi 30 avril 2025, le tribunal a condamné un vingtenaire à dix-huit mois de prison.
Samedi 26 avril 2025, deux drones destinés à approvisionner une cellule de la maison d’arrêt de Vannes (Morbihan), étaient repérés. Ce mercredi 30 avril 2025, le tribunal a condamné un vingtenaire à dix-huit mois de prison. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Il est près de minuit, ce dimanche 27 avril 2025, lorsque les policiers de Vannes (Morbihan) sont requis à la maison d’arrêt. Un drone ouvreur survole la prison, pendant qu’un second intervient pour approvisionner une des cellules. Il fait nuit et ils ont du mal à repérer le propriétaire, mais à la troisième livraison, réalisée en quelques secondes, du drone doté d’un fil suspendu à une quinzaine de mètres, le destinataire de la transaction est repéré. Dans la cellule, le jeune homme tente de balancer certains objets récupérés, à l’arrivée des surveillants, comme des cigarettes, deux adaptateurs, trois smartphones, 72 gr de cannabis et de l’herbe. Dans sa poche, deux téléphones qui vont permettre de faciliter le trafic, alors que la responsabilité de son co-détenu est vite écartée. Pour les empêcher d’intervenir, l’homme menace :  Si vous rentrez, j’ai une kalachnikov dans la main ».

Il nargue les surveillants

Finalement maîtrisé, l’homme est très énervé, gesticule mais accepte de les suivre aux douches. Au passage, il tente d’arracher un tuyau. Au petit matin, il n’est pas calmé et nargue ses surveillants d’un  Vous gagnez 2 000 € par mois, c’est ce que je fais en une soirée . Sur le chemin de la cellule disciplinaire, il continue de se débattre et trouve le moyen de mettre le feu à la couverture de la salle. Le départ de feu est maîtrisé, mais le jeune menace toujours.  Tu as intérêt à me transférer, sinon je te tue »,hurle-t-il à l’encontre d’un surveillant avant de simuler une tentative de suicide avec un cordon de son short. Il continue de donner les coups dans les portes.

Lire aussi : Contre les drones, les prisons passent à la vitesse supérieure

« J’ai fait de la provoc »

 C’est monté crescendo. J’ai été forcé à le faire », finit-il par confesser en expliquant la pression qu’il subit. Il était chargé de récupérer ces objets, qu’il devait ensuite remettre à des détenus.  J’ai des problèmes depuis le début de mon incarcération.  Et s’il est à peu près le seul à subir cette pression, c’est  parce qu’ils savent que je ne les dénoncerai pas », continue celui qui a fini par obtenir son transfert à la maison d’arrêt de Rennes. Quant à la kalachnikov ?  Je venais de passer à la fouille, et on me dit montrez, moi, vos mains, j’ai fait de la provoc », confie le détenu, incarcéré pour 14 mois pour trafic de stupéfiants. Quant aux menaces de mort,  Je m’entends bien avec eux et s’ils le disent, c’est que c’est vrai . Des menaces qui ne sont pas anodines, pour l’avocate qui représentent les quatre surveillants, marqués psychologiquement et qui ont demandé que leurs noms n’apparaissent pas.

« Je suis un petit jeune paumé »

Pour ses faits  inadmissibles  qu’il souhaite condamner avec la plus grande sévérité, le procureur Maxime Antier évoque la lutte à mener contre la facilitation du trafic en prison et les atteintes l’administration pénitentiaire, dont il faut protéger ceux qui l’incarnent. À ce titre, il requiert deux ans ferme.  Je ne suis pas un narcotrafiquant mais un petit jeune paumé »,plaide le jeune homme. En répression, le tribunal a condamné Islam Magamadov à dix-huit mois de prison avec maintien en détention, associé à une interdiction de séjour dans le Morbihan pendant cinq ans.

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« Avant, il y avait le cannabis, aujourd’hui la cocaïne est partout » : quand la drogue s’invite dans le monde du rugby amateur

Publié le 29/04/2025

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l’essentielDepuis quelques saisons, le comité départemental de rugby de l’Ariège a pris l’initiative d’organiser des rencontres autour du thème de la lutte contre les addictions dans le rugby. Après La Tour-du-Crieu il y a quelques semaines, c’est à Foix que les représentants des clubs étaient conviés à une nouvelle soirée d’information mais, surtout, d’échanges.

Objectif, parler sans tabou, faire un état des lieux et essayer de trouver des chemins pour, sinon stopper, du moins limiter les effets dévastateurs de ces addictions (alcool et drogue surtout). « Vous êtes en première ligne ». Frédérick Dédieu le répète, les dirigeants, bénévoles, éducateurs sont les premiers à pouvoir tirer la sonnette d’alarme. Addiction ou dépendance, le gendarme Guillaume Picard (Maison de protection des familles de l’Ariège) pose le débat.

« Même un verre, c’est quelques grammes d’alcool dans le sang ». Anthony Martineau, chef État-major départemental au sein de la police nationale en Ariège, passe ensuite la seconde. « Les problématiques du rugby, on les retrouve partout, dans toutes les strates de la société. » En Ariège, le problème des addictions est pris à bras-le-corps. « On va faire des contrôles inopinés, avant, pendant et après les matches. Mais il y a également un souci, les parents. On a du mal à les toucher. Il n’y a pas de solutions miracles, il faut explorer toutes les pistes. Vous, en tant qu’encadrants, entraîneurs, dirigeants, vous avez une responsabilité. »

« C’est aux jeunes eux-mêmes d’agir »

Le dialogue s’installe, sans frein. On se dit les choses. Maire de Saverdun, ex-président de l’UA Saverdun, Philippe Calléja intervient en tant que médecin. « Celui qui consomme des produits interdits, il triche. La levée de l’inhibition est un sujet. L’exemplarité à aussi une valeur. Ce n’est pas facile de parler à nos jeunes. L’important, c’est d’avoir le courage de parler de ces addictions. Il faut les affronter. Il faut éduquer. Et éduquer, c’est la répétition. On ne doit jamais se décourager. On a raison, il faut s’en persuader. Notre combat d’éducation est légitime. Il faut une hygiène de vie. »

Évidemment, l’alcool est en première ligne. La fameuse « troisième mi-temps » est encouragée mais doit être encadrée (« la bière sans alcool, c’est très bien »). Mais un nouveau fléau s’est invité depuis plusieurs saisons. « La drogue s’est multipliée, s’inquiète Philippe Calléja. Tout le monde s’en fout car il y en a partout. Entendre utiliser l’expression drogue douce, c’est une monstruosité. Avant, il y avait le cannabis, aujourd’hui la cocaïne est partout. C’est une réalité, ça a tout envahi. Les sportifs cherchent l’effet boost, intensif. C’est peut-être ça le plus dangereux. Il faut protéger notre rugby du monde extérieur. »

« Ne vous découragez pas, on va y arriver »

Le constat est terrible mais l’espoir est là. C’est le message qu’a voulu passer la représentante de l’association EPESS, Mylène Bacon. « Ne vous découragez pas, on va y arriver. Tous les messages de prévention sont importants. C’est aux jeunes eux-mêmes d’agir, il faut que ça vienne d’eux. Les jeunes savent communiquer, l’humain est riche. Il faut ouvrir le dialogue, insiste la députée Martine Froger. La répression n’est pas la solution. Je pense qu’il y a une responsabilisation chez les jeunes. Parler est un éternel recommencement. »

« On a une jeunesse pleine de ressources, poursuit Jean-Philippe Dargent, sous-préfet de Foix. Elle n’attend que d’être sollicitée. Elle attend qu’on l’amène sur le bon chemin. Vous, dirigeants, encadrants, bénévoles, vous avez un rôle de stimulateurs. » Le combat va se poursuivre. La mise en place de chartes de comportement dans chaque club est à l’étude. « On doit écouter les jeunes et ne pas leur imposer les choses », termine Frédérick Dedieu. La lutte contre les addictions se poursuit.

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Consommation d’alcool en France : ce que révèlent les dernières statistiques

L’alcool occupe une place centrale dans la culture française, mais les habitudes de consommation évoluent. Entre baisse de l’engouement pour le vin, popularité croissante des cocktails et influence des réseaux sociaux, les comportements changent. Décryptage des nouvelles tendances et de leur impact sur la société.

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Par Isabelle MAGDELENAT DELOGE, Journaliste web.

La France, patrie du vin et des spiritueux, entretient un rapport particulier avec l’alcool. Si les boissons alcoolisées sont associées aux traditions et aux moments de convivialité, elles constituent aussi un enjeu de santé publique majeur. Chaque année, des millions de Français consomment de l’alcool, avec des tendances de consommation qui varient selon l’âge et les influences culturelles. Alors que les jeunes générations semblent moins attachées au vin que leurs aînés, elles se tournent davantage vers des boissons plus modernes, comme les cocktails ou la bière artisanale.

En parallèle, la question des risques liés à l’alcool reste centrale. Avec un coût social estimé à plus de 118 milliards d’euros par an, l’alcoolisme est un problème de santé publique de premier ordre. L’État et les associations mènent des campagnes de sensibilisation pour limiter les excès, notamment à destination des plus jeunes. Toutefois, les campagnes de prévention peinent parfois à rivaliser avec les stratégies marketing des marques, omniprésentes sur les réseaux sociaux via des influenceurs. Décryptage de cette relation complexe entre les Français et l’alcool.

Les habitudes de consommation : un fossé entre générations

La consommation d’alcool en France varie considérablement en fonction de l’âge. Les 18-24 ans sont 27,3 % à boire chaque semaine, une proportion nettement inférieure à celle des générations plus âgées. En effet, 43,8 % des 65-75 ans consomment de l’alcool de manière hebdomadaire, signe que les habitudes évoluent avec le temps.

Si le vin a longtemps été la boisson préférée des Français, son déclin est notable. En 1975, un Français consommait en moyenne 100 litres de vin par an, un chiffre qui a fortement chuté puisque aujourd’hui les Français en consomment 35 litres par an. Le vin reste tout de même la boisson préférée de 60% des Français. La bière arrive en deuxième position avec 58%, vient ensuite le champagne avec 39%, les cocktails avec 31%, le cidre avec 22% et enfin les spiritueux pour 21% des personnes interrogées.

Les campagnes comme le Dry January, qui incite à une pause d’un mois sans alcool, attirent de plus en plus d’adeptes. En 2024, 4,5 millions de Français y ont participé, un chiffre en constante augmentation. Cette prise de conscience, encouragée par les autorités sanitaires et relayée sur les réseaux sociaux, témoigne d’une évolution vers une consommation plus modérée et réfléchie.

L’influence des réseaux sociaux sur la consommation

La publicité pour l’alcool est strictement encadrée en France depuis la loi Évin, mais cela n’empêche pas les marques de contourner ces restrictions via les influenceurs. En 2023, plus de 483 influenceurs ont promu près de 800 marques d’alcool sur les réseaux sociaux. Un phénomène préoccupant, car ces contenus, souvent non signalés comme publicitaires, touchent une audience jeune et influençable.

Le marketing digital joue un rôle clé dans l’évolution des tendances de consommation. Les marques misent sur des campagnes attractives, des collaborations avec des influenceurs et des événements exclusifs pour séduire la génération ZCocktails sophistiqués, bières artisanales et alcools premium sont devenus les nouveaux symboles de convivialité, reléguant le vin à une image plus traditionnelle et vieillissante.

Cette omniprésence pose la question de la régulation : comment protéger les jeunes consommateurs sans brider totalement la communication des marques ? Les autorités tentent de renforcer la transparence et de responsabiliser les influenceurs, mais la frontière entre publicité et contenu organique reste souvent floue.

Les enjeux sanitaires et économiques de l’alcool

L’alcool représente un défi majeur pour la santé publique en France. 85 % des 16-17 ans ont déjà goûté à l’alcoolune précocité qui inquiète les experts. La banalisation de la consommation dès l’adolescence peut entraîner des comportements à risque, notamment l’alcoolisation excessive lors des soirées étudiantes.

Au-delà des problèmes de santé, le coût économique et social de l’alcool est considérable. L’alcool entraîne chaque année un coût estimé à 118 milliards d’euros, englobant les dépenses de santé, les pertes de productivité et les conséquences sociales (accidents, violences, addictions). Face à cette réalité, le gouvernement tente d’intensifier les actions de prévention et de lutte contre l’alcoolisme.

Cependant, la régulation se heurte à des intérêts économiques puissants. La France compte plus de 33 754 cafés, bars et pubs, un secteur qui génère des milliers d’emplois. L’industrie de l’alcool représente un poids économique considérable, ce qui explique en partie la difficulté d’imposer des restrictions plus strictes. Entre impératifs de santé publique et enjeux économiques, la France peine à trouver un équilibre.

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SANTÉ – Chine: première implantation réussie d’une puce anti-alcool dans le corps d’un patient

26 avril 2025

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Une opération chirurgicale a été réalisée à Fuyang, en Chine, au cours de laquelle un médicament à libération prolongée, le chlorhydrate de naltrexone, a été implanté sous la peau du bas-ventre d’un patient, via une incision d’à peine 1 cm.

Ce médicament agit en bloquant les récepteurs de plaisir liés à la consommation d’alcool, réduisant ainsi le désir psychologique de boire. L’intervention, réalisée sous anesthésie locale, dure moins de 5 minutes.

Le patient, nommé « Li » — un quadragénaire — souffrait d’alcoolisme depuis plus de vingt ans. Malgré de nombreuses tentatives de traitement, il rechutait constamment, avec neuf hospitalisations pour des crises de dépendance. L’alcool avait non seulement gravement affecté sa santé, mais avait aussi détruit ses relations familiales, marquées par des disputes fréquentes et un comportement agressif.

Face à cette nouvelle option thérapeutique proposée par l’hôpital, « Li » a décidé de tenter l’implantation de l’implant après avoir consulté sa famille.

Cette technique est désormais disponible dans plusieurs villes chinoises telles que Chengdu, Wenzhou et Zhoukou.

En février 2025, un autre patient, âgé de 35 ans dans la province du Hubei, a rapporté avoir complètement perdu toute envie de consommer de l’alcool, même en sentant son odeur.

Avantages de cette technologie  :

Intervention chirurgicale minime (1 cm seulement).

Réalisée sous anesthésie locale,

Durée d’opération très courte (moins de 5 minutes).

Effet thérapeutique prolongé,

Réduction significative de l’envie psychologique de consommer.

Cet exploit médical représente une avancée importante dans le traitement de l’alcoolisme, offrant une solution pratique aux patients pour qui les méthodes traditionnelles ont échoué.

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La lettre du CNPERT (Avril 2025)

 Lettre N°95   

Président : Pr. Jean-Pierre Goullé 
    

EDITORIAL du Président du CNPERT Jean-Pierre Goullé 

­L’opération « mois de janvier sobre » ou « dry january » se déroule dans l’hexagone depuis 2020 : c’est donc la sixième édition en 2025. Elle connaît chaque année un succès croissant, puisqu’en 2024, ce défi a été suivi par près de 4,5 millions de personnes selon une étude qui a été publiée en décembre 2024 et qui est résumée dans cette lettre N°95.  

Il est regrettable que l’opération « mois de janvier sobre » n’ait pas reçu de soutien officiel. Le retrait du gouvernement du lancement initial a privé la campagne du financement nécessaire à la publicité, notamment via un site Web dédié et une application pour smartphone, indispensables à la diffusion, afin d’améliorer la sensibilisation à la consommation de boissons alcooliques, mais aussi la participation du plus grand nombre à cette campagne.  

En France, le marché des boissons rafraîchissantes sans alcool, terme consacré, est très réglementé. Il est régi par le décret 92-307 en date du 31 mars 1992. Le titre alcoométrique doit être inférieur ou égal à 1,2% par volume, soit 12 g d’alcool pur pour un litre – pour celles qui atteignent ce chiffre, l’équivalent d’une « unité alcoolique » (10 g) – on devrait donc plutôt parler de teneur réduite en alcool.  

Le marché de ces boissons se développe considérablement, qu’il s’agisse de bières, de cocktails ou encore de vins. Davantage de produits sont proposés aux consommateurs, qui peuvent ainsi déguster une boisson dont le goût, les arômes et les sensations sont assez similaires à ceux d’une boisson alcoolique traditionnelle.  En France, le marché a augmenté de 13% en 2021 et il connaît chaque année une progression d’environ 10%. Au niveau mondial, le marché des boissons pauvres en alcool ou qui n’en contiennent pas, a connu une hausse de 7% entre 2021 et 2022.  

Le chiffre d’affaires s’établissait à 11 milliards de dollars en 2022, contre 8 milliards en 2018. Il est certain que les habitudes de consommation évoluent : aujourd’hui de plus en plus de personnes se tournent vers des boissons non alcooliques pour des raisons personnelles, professionnelles, religieuses, de santé, mais aussi de mode de vie. Dans ce numéro, deux résumés sont consacrés à l’alcool. Le premier, par le Dr Alexis Demas, fait la synthèse d’une étude française publiée récemment sur le « dry january ». Le second, par le Pr Jean-Paul Tillement, dresse le bilan de l’alcoolisme en France en 2023.

Jean-Pierre Goullé­Le « Dry January » en France : Un défi d’un mois pour un impact durable sur la consommation d’alcool

Depuis son lancement au Royaume-Uni en 2013, la campagne « Dry January » (ou Janvier sobre) a gagné du terrain dans de nombreux pays, dont la France. L’objectif ? Encourager les participants à s’abstenir de toute consommation d’alcool pendant un mois, dans l’espoir d’adopter une relation plus modérée et consciente avec cette substance.
Une récente étude française, publiée dans Frontiers in Public Health, a examiné la prévalence et les caractéristiques des participants à cette campagne en France.­Lire la suite 

­L’alcoolisme en France en 2023, le bilan de l’OFDT­Comme chaque année, l’OFDT présente le bilan analytique de l’alcoolisme en France en trois volets : l’offre d’alcool, ses usagers et les conséquences encourues.
Le volume d’alcool pur mis en vente en 2023 est d’environ 6 millions d’hectolitres, répartis en ….Lire la suite 

Le tabac : Combien ?
Le tabac tue. C’est entendu. Mais combien ? Les 75.000 morts annuelles en France (55.000 hommes et 20.000 femmes soit 3 décès par an et par bureau de tabac) ne sont guère parlants car ils sont dispersés, sous des diagnostics divers, et ne tiennent pas dans le champ de vision.

C’est un peu mieux si l’on dit que les 8.000.000 de décès annuels dans le monde équivalent à 44 Airbus A380 de 500 places qui s’écrasent chaque jour.

C’est plus impressionnant, mais ce qui l’est plus encore, c’est…..Lire l’article­

Drogues illicites en France : niveaux d’usage en 2023
Alors que l’usage de drogues illicites ne cesse de progresser dans notre pays, les niveaux de consommation sont préoccupants. En effet, l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) a dévoilé récemment les résultats de son enquête 2023 sur ces consommations.

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­­Le nourrisson, un utilisateur nouveau et insoupçonné des écransIl est courant d’observer que des enfants, parfois très jeunes, sont exposés à des écrans dans leur environnement quotidien. Des études ont révélé que les nourrissons et les enfants français âgés de 0 à 3 ans passent en moyenne 30 minutes par jour devant des écrans jusqu’à l’âge de 12 mois, puis 50 minutes de 24 à 29 mois et près d’une heure de 30 à 35 mois (Le Heuzey and Turberg- Romain, 2015)…­Lire l’article­

Résumé du rapport de l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et Tendances addictives) sur les traitements de substitution aux opiacés (12-2024)Ce rapport fait appel à de nombreuses études statistiques issues des services publics (dont la CNAM) et est illustré de figures claires qui montrent des évolutions sur la période 2012- 2023.

Rappelons que les traitements des personnes dépendantes des opiacés/opioïdes sont organisés en France depuis près de 30 ans, avec – entre autres – la mise à la disposition de l’ensemble du corps médical de la buprénorphine haut dosage (BHD), alternative recommandée face aux risques de surdose liés à l’autre médicament de substitution, la méthadone ; le double but initial était (i) de supprimer les risques de surdoses mortelles des injections IV d’héroïne et les risques infectieux (VIH et hépatites, liés aux échanges de seringues), et (ii) de permettre la réinsertion sociale des consommateurs.

Ces traitements de substitution des opiacés (TSO) devaient aussi, à terme, permettre des sevrages secondaires, éventualité qui a été malheureusement oubliée depuis…Lire le résumé­­
Une nouvelle piste dans le traitement des addictions ?­Les « incrétines », qui sont des substances libérées par le tube digestif (iléon, colon) à l’arrivée du bol alimentaire, font baisser la glycémie, en stimulant la sécrétion d’insuline par le pancréas. Parmi ces incrétines le GLP- 1 (glucagon-like peptide-1) et le GIP (glucose- dependent insulinotropic polypeptide).­Lire l’article 

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Cannabis et schizophrénie

 ­Une imagerie PET scan (tomographie par émission de positrons) a permis de constater une réduction des synapses (éléments spécialisés dans la communication entre les cellules nerveuses/neurones) dans certaines régions du cerveau.

Cette réduction a été observée à des stades très précoces de la schizophrénie chez des sujets jeunes … ­Lire l’article

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