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Un marché criminel florissant

Avec un chiffre d’affaires estimé à près de 4,8 milliards d’euros par an, le trafic de cannabis représente une source majeure de revenus pour le crime organisé.

Plus de 200 000 personnes seraient impliquées dans ce commerce illégal, révélant l’ampleur économique du phénomène. Le développement de pratiques commerciales aujourd’hui médiatisées mais déjà anciennes (livraison rapide, promotions, systèmes de fidélisation) montre que les réseaux criminels adaptent leurs stratégies pour conserver leurs clients, comme toute bonne entreprise.

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Vapotage de cannabis de synthèse : des pratiques “plus risquées qu’on ne le pense »

Deux adolescents vapotent

Publié le 07 févr. 2025 par Hélène Bour

Suite à de nouveaux signalements, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) alerte quant à la dangerosité de la consommation de substances psychoactives via la cigarette électronique.À lire plus tardPartager

Buddha blues, PTC pour “Pète ton crâne”. La presse évoque régulièrement ces produits à base de cannabis de synthèse, et dont la consommation augmente chez les jeunes.

Ce jeudi 6 février, c’est l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui a tenu à tirer la sonnette d’alarme. Indiquant avoir reçu de nouveaux signalements de cas d’effets indésirables graves après consommation de substances psychoactives par vapotage (e-cigarette ou cigarette électronique), l’agence assure qu’il s’agit de pratiques “plus risquées qu’on ne le pense”.

Le mode de consommation par vapotage ne réduit pas les risques liés à l’usage de ces produits illicites. Il peut au contraire les augmenter, l’action des produits étant plus rapide”, avertit l’agence dans son point d’actualité (Source 1), ajoutant que les adolescents sont particulièrement concernés par ces pratiques.

Et l’agence de lister les risques graves pour la santé que présentent ces cannabinoïdes de synthèse (PTC ou Buddha Blue) : “troubles psychiatriques (épisodes délirants, hallucinations, idées suicidaires, attaque de panique), troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales), troubles cardiovasculaires (tachycardie, douleur thoracique), problèmes rénaux, addiction sévère avec syndrome de sevrage mais aussi malaises, amnésies, pertes de connaissance, voire convulsions”.

Une enquête qui se poursuit

L’ANSM indique avoir mobilisé les centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP-A) dès 2019, pour mener une enquête sur le vapotage de substances psychoactives (hors nicotine), enquête qui est toujours en cours.

“Sur les années 2021-2022, les résultats montrent une augmentation des signalements d’effets indésirables consécutifs à la consommation de substances psychoactives par cigarette électronique, notamment chez des mineurs. En 2024, de nouveaux cas d’intoxications au PTC ont été signalés chez des adolescents qui ont dû être hospitalisés après avoir vapé du PTC”, précise encore l’ANSM.

Mélanges et produits “fait maison” encore plus délétère

L’Agence avertit également quant à la dangerosité des mélanges, car les cannabinoïdes de synthèse, déjà dangereux en soi, sont parfois associés à d’autres substances, telles que des benzodiazépines de synthèse, ce qui augmente les risques d’intoxications et d’effets indésirables graves. “Attention aussi aux mélanges DIY (do-it-yourself). Il s’agit de la fabrication de compositions « maison » à partir du mélange d’e-liquides et composants. Ces mélanges sont dangereux car ils entraînent un risque plus élevé de surdosage de cannabinoïdes et d’interaction entre les substances”, prévient l’instance.

Les consommateurs d’e-liquides sont invités à la vigilance lors de l’achat de ces produits, et à éviter les mélanges “fait maison”. En cas de symptômes de type nausées, vomissements, malaise, amnésie, perte de connaissance, épisode délirant ou encore hallucinations après avoir vapoté, il faut contacter immédiatement les secours (15, 18 ou 112).

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Mon ado consomme du cannabis : comment réagir ? Les conseils d’un psychiatre

Louis Tardy

Avec le Dr Jean-Luc Martinez, psychiatre à Marseille, à la Clinique des 3 Cyprès.

Publié le 07/02/2025

Mon ado consomme du cannabis : comment réagir ? Les conseils d'un psychiatre ISTOCKPHOTO / Valeriy_G

Le cannabis est la drogue illégale la plus consommée en France. Les jeunes pouvant y être particulièrement exposés, comment réagir si son adolescent en consomme ? Un psychiatre livre ses conseils.

En France, le cannabis est la drogue illégale la plus consommée en France, avec 900.000 usagers quotidiens, d’après les chiffres de l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances Addictives (OFDT), paru le 15 janvier dernier. Ce rapport, publié chaque année, se concentre principalement sur la population française âgée de 11 à 75 ans. Outre le risque d’addiction, la consommation de cannabis augmente également, à court terme, le risque de troubles anxieux et dépressifs. À long terme, elle augmente le risque de maladies neuro-cardiovasculaires et de cancers.

Alors, que faire face à un adolescent qui consomme du cannabis ? On fait le point avec le Dr Jean-Luc Martinez, psychiatre à Marseille, à la Clinique des 3 Cyprès.

Consommation de cannabis chez l’adolescent : quand faut-il s’inquiéter ?

“Le principal facteur qui pousse un adolescent à expérimenter le cannabis est le comportement social”, présente le Dr Jean-Luc Martinez. En d’autres termes, c’est sous l’impulsion de son entourage que le jeune peut consommer pour la première fois ce type de produit. En ce qui concerne la dépendance, elle dépend de nombreux facteurs. Le spécialiste énumère le contexte familial, le niveau d’anxiété et de mal-être ou encore la situation de vie au moment de la rencontre avec le produit.

Alors, à quel moment faut-il s’inquiéter ? Le Dr Jean-Luc Martine évoque la régularité de la consommation“Au-delà du ponctuel, si la consommation est régulière, même une fois par semaine”. Les changements au niveau du comportement de l’adolescent sont aussi des signes d’une potentielle addiction. “Des changements dans le comportement de l’enfant (violence, retrait de la vie sociale), un repli sur lui ou encore le fait qu’il s’écarte de la vie de famille sont autant de signes que le parent peut repérer”.

Comment aider un adolescent qui consomme du cannabis ?

Le Dr Jean-Luc Martinez conseille dans un premier temps aux parents de s’informer sur le sujet, afin, éventuellement, de pouvoir répondre aux questions du jeune. Des ressources sont notamment disponibles sur le site Drogues-Info-Service.

Le psychiatre insiste également sur l’importance de la relation entre le parent et l’adolescent. “Le principal atout d’un parent, c’est la qualité relationnelle”. Ainsi, il est important d’être présent, mais sans être dans le jugement. Il convient donc d’éviter de dire des phrases culpabilisantes, mais au contraire d’être un soutien pour le jeune. Lorsque la communication est possible, le psychiatre conseille également aux parents d’être disponibles et “d’écouter ce que l’adolescent a à dire”. De plus, cela peut aussi permettre de mesurer son envie d’arrêter.

Parmi les actions qu’il est possible de faire face à un adolescent qui consomme du cannabis, le psychiatre recommande de se “concentrer sur les solutions”. Il est possible de chercher avec le jeune d’autres possibilités que la consommation de cannabis pour qu’il se sente bien. Cela peut se faire également avec des activités positives, comme la pratique d’un sport ou d’une activité extérieure. Il faut également l’inclure autant que possible dans la vie de famille s’il s’en est retiré. Cela peut se manifester par le fait de prendre tous les repas ensemble.

Enfin, une aide extérieure peut être une bénéfique. Pour cela, il est possible de se tourner vers les Centres spécialisés d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), qui proposent un accueil gratuit et confidentiel. Il est possible de demande de l’aide à la Maison des adolescents (MDA) ou encore de contacter des lignes d’écoute gratuites, comme le 0.800.23.13.13.

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Drogues : sortir de l’addiction et de la répression

Malgré des politiques toujours plus sévères contre le trafic et l’usage de stupéfiants, la consommation est en constante augmentation en France, avec son lot de violences. Une proposition de loi portée par la sénatrice écologiste Anne Souyris propose d’en finir avec la prohibition pour mettre l’accent sur la prévention et l’accompagnement des usagers.

Un jeune racisé descend de son scooter immatriculé en banlieue et sort son portable. Il passe un bref coup de fil et retient le code de l’immeuble de centre-ville situé de l’autre côté de la rue, assez cossue. Il monte au deuxième étage. L’échange se fait sur le palier et il redescend par l’escalier en comptant une petite liasse de billets. Il s’éloigne vite sur son scooter, après avoir envoyé un SMS sur un réseau crypté : « C’est bon ! Je rentre. » La scène n’a duré qu’une poignée de minutes.

Le client n’est pas sorti sur le trottoir et inspecte le contenu du sachet dans son salon. Voici aujourd’hui le scénario classique d’une livraison « de détail » de stupéfiants. Le risque pour le client est quasi nul ; celui du livreur est très élevé, d’abord pour les infractions de détention, transport, offre, cession, etc. En espérant qu’il ne soit pas, en route, fouillé lors d’un contrôle d’identité.

Car il a, du fait de son origine présumée, selon les études du Défenseur des droits ou de l’Institut national d’études démographiques (Ined), « une probabilité 20 fois plus élevée d’être contrôlé que les autres personnes dans l’espace public ». Sachant qu’en cas d’interpellation il sera mis en garde à vue, déféré, poursuivi, souvent incarcéré en détention préventive, quand le client sortira en général quelques heures plus tard du fait de sa bonne intégration professionnelle et sociale, avec en général un simple rappel à la loi. La répression reflète donc souvent les discriminations sociales et raciales.

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Les décès et les hospitalisations liés à l’alcool ont augmenté de manière significative pendant la pandémie

par Ma Clinique

Une nouvelle étude met en valeur l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les visites aux services d’urgence en Colombie-Britannique

Les décès liés à l’alcool ont augmenté de 18% pendant la pandémie, tout comme les hospitalisations liées à la consommation d’alcool, selon de nouvelles recherches dans CMAJ (Journal de l’association médicale canadiennehttps://www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.241146.

Dans la première partie de la pandémie, le volume des ventes au détail au Canada a augmenté de 2% (2020/21 v. 2019), la plus élevée en 10 ans, malgré peu de visiteurs internationaux. Plus de 1 personnes sur 4 (26%) ont déclaré avoir bu plus et 18% ont déclaré une consommation élevée d’alcool (définie comme ≥ 5 boissons pour les hommes, ≥ 4 pour les femmes en une seule séance).

Pour comprendre l’effet de l’évolution des modèles de consommation d’alcool pendant la pandémie, les chercheurs ont examiné les décès et les hospitalisations entre 2016 et 2022, en comparant une période prépondémique et une période pandémique. Ils ont constaté que les décès dus à la consommation d’alcool augmentaient d’environ 18% sur la période de 3 ans, avec des augmentations plus élevées en 2020 et 2021 (environ 24%), entraînant 1600 décès de plus que prévu. Les hospitalisations liées à l’alcool ont également augmenté de 8% au cours de la période pandémique étudiée, avec des augmentations plus élevées (environ 14%) en 2020/21.

« Les 1596 décès en excès et 7142 hospitalisations excessives entièrement attribuables à l’alcool que nous avons observé au Canada pendant la période pandémique que nous avons étudiée, témoignent des dommages substantiels de la consommation accrue d’alcool qui peut se produire compte tenu des circonstances et de la disponibilité, et parle de la nécessité d’interventions robustes,«Écrit le Dr Yipu Shi, Center for Surveillance and Applied Research, Agence de santé publique du Canada, Ottawa, Ontario, avec des coauteurs.

Il y avait des variations régionales, avec la plus élevée des décès dans les provinces des prairies (28%) et en Colombie-Britannique (24%), des taux excédentaires 3 fois plus élevés qu’en Ontario et dans les provinces de l’Atlantique, et 6 à 7 fois plus élevé qu’au Québecc . Les hospitalisations étaient également plus élevées dans les prairies et surtout dans les territoires. Les adultes plus jeunes ont eu les augmentations les plus élevées des décès en excès (âgés de 25 à 44 ans) et des hospitalisations (âgés de 15 à 44 ans).

Les décès et les hospitalisations étaient en grande partie dus à une maladie du foie alcoolique (ALD) et à un trouble de la consommation d’alcool (AUD). Étant donné que les augmentations des hospitalisations étaient 3 fois plus élevées chez les femmes, les auteurs suggèrent que cela pourrait être un avertissement précoce de la future maladie liée au foie dans ce groupe.

Ces résultats font écho à ceux d’autres pays, dont les États-Unis, qui ont connu une augmentation de 29% des décès liés à l’alcool (2020/21) et en Europe (18%).

Une consommation accrue d’alcool peut avoir été motivée par le stress, l’ennui, la détérioration de la santé mentale et d’autres facteurs, y compris un accès plus facile à l’alcool.

« Nos résultats soulignent l’importance des interventions opportunes pour empêcher la consommation à haut risque de se développer en AUD ou ALD. Une approche complète pour prévenir et gérer la consommation à haut risque, AUD et ALD à la suite de la pandémie devraient comprendre à la fois les interventions de santé publique et de gestion clinique,« Les auteurs concluent.

Quand un chat mange du cannabis…..

…..Regardez le résultat !!

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Soyons abstèmes, c’est à dire néphalistes

Pr. Jean Costentin

Professeur en pharmacologie à la faculté de Rouen, il dirige une unité de recherche de neuropsychopharmacologie associée au CNRS

Le « dry january » veut inciter à une mise à sec durant ce mois de janvier ; à sec d’alcool faut-il le préciser.». Dire en français «En Janvier-abstinence alcoolique »  sera compris de tous et précisera que cette abstinence vise les boissons alcooliques de tous types et de tous degrés.

Les termes néphaliste (du grec ancien qui signifie sobre) et abstème (du latin abstemius, qui signifie également sobre), moins familiers qu’abstinent, pourraient opportunément enrichir notre vocabulaire.
Cette « abstinence alcoolique de janvier » peut paraître rigoureuse au pays qui compte 4 à 5 millions d’alcoolodépendants, dont quelques centaines de milliers d’alcooliques ; rigueur qui se mesure au faible degré d’adhésion de nos concitoyens (l’auteur de ce billet avoue qu’il ne s’y est pas résolu, alors que
le mois touche à sa fin) Une ambition encore plus sévère serait de vouloir éradiquer en permanence la consommation excessive d’alcool ; c’est par réalisme qu’on a précisé « excessive ».

La communication est un élément majeur au service de cette quasi révolution. Elle évolue progressivement. Elle a remplacé l’assertion «l’abus d’alcool est dangereux» par « l’alcool est dangereux ». Elle a revu à la baisse les niveaux jugés raisonnables de la consommation de vin, la faisant passer de « 3
verres de vin par jour chez l’homme et deux verres chez la femme », à « deux verres par jour chez l’homme et à un verre chez la femme », et ajouté « pas tous les jours » !

Cette ambition est justifiée par les multiples méfaits de l’alcool, source d’énormes dépenses. Les taxes prélevées sur son négoce loin de compenser les dépenses induites par sa consommation, créent un déficit budgétaire annuel de 102 milliards d’euros !

Quarante-deux mille décès sont imputés annuellement à l’alcool, qui est la deuxième cause de mort évitable, après le tabac, auquel il est communément associé. Avant d’arriver au décès, ou même sans en arriver là, il faut déplorer maints accidents : routiers (1/3 des accidents mortels lui sont imputables) ; professionnels ; des agressions, des violences diverses ; des maladies hépatiques, des cancers, des altérations nerveuses et/ou cérébrales ; des ruptures sentimentales, familiales, professionnelles ; des marginalisations, incuries, clochardisations…

Mais la mise en œuvre de ces ambitions se brise sur des réalités économiques : 500.000 de nos concitoyens tirent leurs revenus des boissons alcooliques  (vignerons ; cultivateurs de céréales pour le malt et de houblon pour l’industrie de la bière ; industries de transformation en bières, cidres,
poirés, vins, champagnes et crémants, apéritifs et spiritueux ; leur transport ; leur commerce, ainsi le chiffre d’affaire des boissons alcooliques de grandes surfaces avoisine 10% dans certains quartiers, ce qui signifie que 10% de leur personnel est rémunéré par ces boissons ; les fonctionnaires du ministère de
l’agriculture préposés à la filière des productions alcooliques….).

Que faire dans un tel contexte ?
Éduquer !
Faire connaître tous ces chiffres à tous
Repenser le stéréotype liant la notion de fête à celle d’alcoolisation, inculqué dès l’âge du Champomy.
Rappeler que l’alcool est un des moyens les plus communs de soumission chimique.
Faire une prévention des alcoolisations aigües /« binge drinking »/ « biture expresse », aussi fréquentes qu’étrangères à la fête ; puisque s’échapper dans un coma alcoolique revient assurément à la fuir.

Celui qui y recourt s’empêche de concrétiser le projet qu’il avait pu concevoir avec la mignonette qu’il avait amené danser… Ces bitures expresses peuvent conduire à une inhalation du liquide gastrique dans les voies respiratoires (le syndrome de Mendelson, létal dans près de 50% des cas).La répétition de ces alcoolisations aigües peut avoir des effets cérébro-toxiques et faire, au long cours, le lit de l’alcoolisme.
Outre ces intoxications aigues, l’abus chronique d’alcool, allant habituellement crescendo, conduit à la dépendance puis à l’alcoolisme.
L’alcool est une « drogue dure », un sevrage brutal chez l’alcoolique peut mettre ses jours en danger (delirium tremens a potu suspenso) ; relisez la mort de Coupeaux (le mari de Gervaise) dans le roman de Zola.
Excepté chez ceux qui « ont le vin triste », l’alcool fait rire quand on en consomme et même seulement quand on en parle.

«Quelle mâle gaieté si triste et si profonde, que lorsque qu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer!» Alfred de Musset.

Pr. Jean Costentin

« La coke c’est vicieux parce que j’en veux toujours plus » : l’addiction à la cocaïne, un fléau qui n’épargne aucune génération

lignes cocaine coke drogue
. • ©Getty

Plus d’un million de personnes déclarent avoir consommé de la cocaïne au moins une fois en 2023 en France.

Presque 40 % des 14-19 ans ont déjà testé le cannabis en 2021 à Saint-Pierre et Miquelon. Cocaïne ou cannabis, nous avons recueilli des témoignages de consommateurs et de proches pour l’émission À la une consacrée aux drogues.

Marie Paturel • Publié le 31 janvier 2025

« Je prends de la cocaïne parce que je suis accro. Quand je la consomme j’ai l’impression d’être complet(e)… mais ça dure 10 minutes et j’en veux d’autre, j’en veux plus.«  C’est toute la difficulté exprimée par une personne consommatrice de cocaïne. 

Obtenir ces témoignages à Saint-Pierre et Miquelon n’est pas toujours simple. Encore moins en tant que journaliste, encore moins quand on ne sait pas forcément à qui s’adresser, encore moins sur un sujet comme les drogues. Après avoir garanti l’anonymat et gagné leur confiance, quelques personnes ont accepté de se livrer. 

On boit un verre et là quelqu’un va en sortir [de la cocaïne]. Tout le monde attend ce petit moment et ça finit toujours par « bon okay juste 2 traces ». En réalité, on en prend 4, voire plus.Personne consommatrice de cocaïne

Contrairement à certains consommateurs avec qui nous avons parlé, cette personne n’est pas dans le déni face à son addiction. Un déni évoqué dans cet autre échange, avec quelqu’un qui n’a jamais consommé de drogues : « Moi on m’a déjà dit : ça va j’ai juste pris de la coke hier soir c’était tranquille… et là si tu dis quelque chose t’es une personne chiante, surtout si t’en as jamais pris. »

Bon courage pour trouver des amis qui ne consomment pas de drogue, en tout cas dans les gens qui font souvent la fête.Personne non-consommatrice de drogues illicites

La cocaïne, une drogue à 150 euros le gramme devenue banale

Si cette banalisation de la cocaïne existe à Saint-Pierre et Miquelon, sa consommation a explosé partout. En France, plus d’un million de personnes déclarent en avoir consommée au moins une fois en 2023. Un chiffre qui a presque doublé en seulement deux ans. Dans l’archipel, 42 % des 14-19 ans en ont déjà testée, selon une enquête de 2021 menée par le CSAPA (Centre de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie). 

« J’ai vu des gens de 20 à 50 ans environ prendre de la coke ». Alors, est-ce que c’est facile de se procurer de la cocaïne sur le territoire ? « Visiblement tout le monde en a, donc c’est que ça doit être facile. Quand il n’y en a pas c’est qu’il y a eu des descentes de flics ou que tout a été consommé », nous a-t-on confié. 

La drogue ça devient une dépense normale. Personne consommatrice de cocaïne

Pourtant, cette consommation coûte cher, très cher. 150 euros le gramme à Saint-Pierre et Miquelon. « Pour sortir je prévois des clopes, de l’alcool et souvent 1 gramme de coke. »

La santé mentale, une préoccupation pour consommateurs et proches

En France, le nombre de 18-24 ans ayant eu des pensées suicidaires a été multiplié par plus de 2 depuis 2014. Un public également touché au niveau local, comme le démontrent ces chiffres de l’étude Santé Publique France de 2020 :

  • 25,6 % ont vécu au moins un épisode dépressif caractérisé 
  • 19,2 % ont eu des pensées suicidaires
  • 11,8 % ont fait au moins une tentative de suicide 

À noter que les personnes interrogées dans cette enquête ne sont pas forcément consommatrices de drogues.

Pour moi le problème arrive quand l’addiction prend le contrôle de sa vie et ça m’inquiète !Proche d’une personne consommatrice de cannabis

Mais la santé mentale et l’usage de stupéfiants vont souvent de pair, comme le démontre ce témoignage d’un proche d’une personne consommatrice de cannabis : « J’ai conscience que sa consommation n’est pas forcément le vrai problème, ça cache sûrement un mal-être plus profond. Si les effets du cannabis peuvent procurer un certain confort psychologique, peut-être moins nocifs que des antidépresseurs, alors pourquoi pas, la question se pose. Je ne sais jamais dans quel état je vais retrouver cette personne. Normale ? Agressive ? Elle ne contrôle pas ses émotions. »

À noter que dans l’archipel 39,9% des adolescents de 14 à 19 ans ont déjà expérimenté au moins une fois le cannabis, selon une enquête du CSAPA de 2021. Cet usage du cannabis s’inscrit majoritairement dans un cadre festif. 

Pour une personne consommatrice de cocaïne, la santé mentale fait aussi partie de ses inquiétudes. « Mon premier frein pour arrêter c’est ma santé physique et mentale. Des fois j’ai des angoisses… et puis tu ajoutes la clope et l’alcool, je suis parfois dans un état pitoyable. »

L’ambiguïté entre arrêter et continuer

Mais ces personnes consommatrices ne souhaitent pas arrêter la drogue. Les addictions l’emportent. Le cannabis est souvent perçu comme le seul remède pour apaiser, pour rassurer. Pour d’autres : « Arrêter la coke c’est aussi difficile que d’arrêter la clope ou l’alcool, mais pour des raisons complètement différentes. » 

Je me sens complètement démuni(e) et affecté(e).Proche d’une personne consommatrice de cannabis

Face à cette addiction, les proches se sentent impuissants : « Je me renseigne pour l’aider mais tant qu’elle n’est pas prête à faire les démarches, rien n’est possible ». S’ajoute à cela le manque d’anonymat à Saint-Pierre et Miquelon. « Ça joue sur ses angoisses et cette personne a peur d’être dénoncée aux gendarmes en tant que consommateur ». 

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