Toujours plus puissant et imposant. Un nouveau modèle de « puff » proposant davantage de bouffées, la 9K, est apparu en France alors que l’interdiction de ces cigarettes jetables vient d’être votée.
Alors que les puffs vont être interdites, la 9K, un nouveau modèle de « super-puff » promettant jusqu’à 9 000 bouffées, se fait une place de plus en plus proéminente chez les jeunes. (Nicolas Créach/Le Télégramme)
Pour rappel, ces cigarettes électroniques jetables, particulièrement prisées des jeunes générations, contiennent, pour certaines, de la nicotine et disposent d’un nombre de bouffées prédéfini avant d’être rendues inutilisables.
À l’instar du « Dry January » qui se démocratise en France, la tendance du sans-alcool semble se confirmer chez des cavistes spécialisés.
Article rédigé par Guillaume Gaven – Radio France Publié le 07/01/2024 09:16
Elaboration de cocktails sans alcool par les étudiants du centre de formation d’apprentis Adrien Zeller à Illkirch (Bas-Rhin), le 2 mars 2023. (JEAN-MARC LOOS / MAXPPP)
C’est un caviste pas comme les autres. Le premier en France à ne vendre que du sans-alcool. En ce début janvier, la petite boutique du « Paon qui boit », implantée dans le nord de Paris, ne désemplit pas. « Dry January » oblige, mais pas seulement. Il y a Murielle : « Je me marie donc il faut que je reste sobre toute la soirée et une bonne partie de l’année aussi, confie-t-elle. Ce sera ma cuvée à moi : pétillant blanc et rouge. Mais peut-être qu’il y aura des invités qui ne boiront pas d’alcool ».
L’offre de boissons sans alcool se développe beaucoup, analyse Augustin Laborde, le fondateur de la cave du Paon qui boit. « En un an et demi d’existence, on a vu cette tendance se développer et surtout se confirmer très concrètement, relate le caviste. Lorsqu’on a ouvert, il y avait à peu près 250 références, maintenant il y en a plus de 500″.
C’est signe, pour Augustin Laborde, que les producteurs s’y mettent. « Il y a vraiment plein de propositions qui arrivent, qui n’existaient pas il y a encore un an », ajoute-t-il. Pareil du côté de la clientèle, s’il est conscient que le « Dry January » est un accélérateur pour janvier, « il y a quand même une tendance de fond », remarque-t-il.
Le marché du sans-alcool se développe vite. La Maison Chavin s’est fait une spécialité de vin sans alcool premium. Aujourd’hui, le sans-alcool représente la moitié de son chiffre d’affaires, toujours en hausse selon Mathilde Boulachin, la présidente de la maison.
« On vient de terminer l’année avec une envolée de 23% pour le sans-alcool, détaille-t-elle. Par contre, si on regarde la croissance dans le vin, on constate que le vin est en souffrance, comme ce qu’il se passe à l’échelle internationale. Donc chez nous, la croissance vient par le sans-alcool », confirme-t-elle.
Un plus gros marché en Allemagne et en Angleterre
Reste que le sans-alcool est encore une niche : 1 à 2% du marché, selon l’institut CGA, spécialiste de la consommation. « Aujourd’hui, c’est un petit marché en France, aussi bien en termes de pénétration consommateurs qu’en termes de consommation en valeur absolue, c’est carrément un marché qui a beaucoup progressé ces dernières années, notamment depuis le Covid », selon Julien Veyron, directeur des solutions clients. « On voit en tout cas que l’appétit des consommateurs pour ce souci de santé et de modération d’alcool est grandissant », ajoute-t-il.
Néanmoins, « ce que l’on constate à court terme, c’est que l’inflation a quand même ralenti la tendance. Ce sont des produits qui sont parfois assez valorisés sans dire que c’est cher », tempère-t-il.
En somme, un marché grandissant mais encore balbutiant en France, et en tout cas nettement inférieur à l’Allemagne ou l’Angleterre où le sans-alcool est quatre fois plus développé.
Le ministre de l’Intérieur s’est engagé à mener une guerre contre cette nouvelle forme de trafic de drogue, véritable casse-tête pour la police.
Une trentième visite à Marseille pour Gérald Darmanin. Le ministre de l’Intérieur était de retour mercredi 3 janvier pour parler de lutte contre le trafic de drogue dans la cité phocéenne. Après s’être réjoui du « pilonnage » réussi de nombreux points de deal par la police, il a bien dû reconnaître que le problème, loin d’avoir disparu, n’avait fait que se déplacer. Car si les points de vente disparaissent, la drogue, elle continue de circuler. Désormais, elle est simplement livrée au domicile du consommateur. C’est le « Uber shit ».
« Dans la lutte contre les livraisons à domicile, il faut que l’on change une partie de notre stratégie », a reconnu Gérald Darmanin auprès de France 3 Régions. Le ministre s’est engagé à « lancer un très gros travail sur les livraisons de drogue, les Uber shit ». « J’ai demandé à la préfète de préparer de très nombreuses opérations », a-t-il précisé, mentionnant « du contrôle systématique » et « des techniques d’enquêtes spécifiques pour les livreurs ».
La facilité pour le consommateur
« Uber shit », c’est quoi ? Le phénomène ne date pas d’hier mais « il s’est considérablement accéléré pendant le confinement », confie une source policière spécialiste de la lutte contre le trafic de drogue à France 3 Régions. La transaction commence sur une messagerie cryptée comme WhatsApp, Snapchat, Telegram ou Signal. Le consommateur indique le type de drogue souhaité, la quantité et l’adresse de livraison. « Un ‘secrétaire’ reçoit les commandes via les messageries cryptées, il dépêche ‘un vendeur’ à l’adresse indiquée, ce même vendeur est lui-même approvisionné par ‘un fournisseur’, car les vendeurs n’ont sur eux que la quantité à livrer », détaille le policier. Aucun de ces intermédiaires ne se connait.
Le vendeur livre la quantité souhaitée à vélo ou à scooter. « Certains ‘Uber Shit’ ont la double casquette, ils sont aussi livreurs de pizzas, Uber Eats, etc », affirme la source policière.
Cette nouvelle forme de trafic facilite l’accès à la drogue, au point de motiver de nouveaux clients. Ainsi , les profils de consommateurs se diversifient, le « Uber shit » donnant une impression de sécurité, loin des règlements de compte des points de vente en plein air.
Alors que la consommation d’alcool reste habituelle dans la société, des jeunes adultes font aujourd’hui le choix de la sobriété. Cinq d’entre eux nous racontent.
De plus en plus de jeunes ont décidé de boire moins d’alcool… voire plus du tout. | ORANA TRIKOVNA / OUEST-FRANCE
Décembre 2021, Antoine a 24 ans. Il vit à Paris et comme chaque soir où presque il retrouve ses amis sur une terrasse pour boire « une pinte ou deux ». Ce professeur de piano consomme de l’alcool depuis l’adolescence. D’abord pendant les repas de famille, puis lors de week-ends de fêtes où il se « retourne la tête ». « Je buvais parfois beaucoup, beaucoup, comme le font plein de jeunes. » Mais ce soir-là, Antoine est fatigué. « Je ne profitais pas autant que je l’aurais voulu. J’ai donc décidé d’arrêter l’alcool. Net. »
Et parmi ceux qui ont déjà commencé l’alcool, plusieurs figures ont, ces derniers mois, décidé d’annoncer publiquement leur retour à la sobriété. C’est notamment le cas la présentatrice de Mouv’et militante féministe Anna Toumazoff, 27 ans, ou de l’illustratrice de BD Salomé Lahoche, 25 ans.
Les nombreuses réactions que ces messages ont provoquées laissent penser qu’ils s’inscrivent dans un mouvement plus large. Nous avons donc interrogé quelques jeunes adultes qui ont choisi d’arrêter l’alcool pour qu’ils nous parlent de leur expérience.
Anxiété et déprime
Lauren a 31 ans, elle est anglaise, vit à Paris depuis neuf ans et travaille dans l’évènementiel. En septembre dernier au travail, un collègue lui fait part de son envie d’arrêter de boire jusqu’à Noël. Un déclic pour Lauren qui décide d’en faire de même. « Je ne dirais pas que je buvais beaucoup mais pendant la semaine, je faisais des afterwork avec des collègues. C’était souvent un Spritz et deux bières. »
Sauf que cette consommation commençait à lui peser. « C’est peut-être en raison de l’âge mais le lendemain, au travail, j’avais l’impression de ne pas être au niveau. » Elle explique ressentir de « l’anxiété », voire « un peu de déprime le week-end ».
C’est aussi pour cette raison que Laura, 25 ans, a arrêté l’alcool. Après avoir commencé à boire à l’adolescence, sa consommation devient plus importante pendant ses études. « C’était toutes les semaines et je buvais des grosses quantités. »
Mais Laura se rend compte que sa consommation est « excessive » et « nuit à (son) épanouissement ». « Ça me fatiguait énormément. » Elle ralentit « progressivement » sa consommation quand le Covid-19 touche toute la planète. « Plus de fête, plus de rassemblements », Laura en profite pour arrêter l’alcool.
« Pourquoi vivre comme ça ? »
Le confinement est également la période qui a poussé Leah, une Irlandaise de 27 ans, à stopper l’alcool. « Je pense que je buvais de manière normale, je pouvais ne pas boire pendant plusieurs semaines mais quand je commençais, ce n’était pas deux verres, j’allais jusqu’à être drunk (saoul). »
Êtes-vous pour ou contre l’abandon des traditionnels sapins naturels pour Noël ?
Elle se souvient des effets désagréables de l’alcool, notamment lors des gueules de bois. « Je n’avais pas seulement la nausée et mal à la tête mais je me sentais aussi déprimée, angoissée. Je me suis alors demandé : « Pourquoi vivre comme ça ? »»
Alexis, 29 ans, lui, n’a pas eu le choix. Fin 2019, alors qu’il boit depuis plusieurs années, « pas des quantités monstrueuses mais de temps en temps, je rentrais un peu torché chez moi », il est victime d’une sorte d’allergie à l’alcool qui peut aller jusqu’à provoquer « des grosses crises d’asthmes ». « À la fin, il n’y avait plus que le whisky et le Ricard® que je pouvais boire mais finalement, j’ai tout arrêté », poursuit-il.
Avec cet arrêt « un peu contraint et forcé », Alexis se rend compte qu’il peut « très bien s’en passer » mais découvre à quel point le fait de ne pas boire est perçu de manière étrange par la société. « On m’a fait des remarques comme : « Ah tu bois un Perrier® ? Tu ne bois pas d’alcool ? », sous-entendu « Tu n’es pas comme nous ». Le plus lassant, c’est de devoir se justifier. »
« On pense que tu es enceinte »
Antoine a aussi été confronté à ces remarques. « Je me suis retrouvé face à des gens qui me disaient mais pourquoi tu ne bois pas. Et moi je leur retournais la question et je me rendais compte qu’ils ne savaient même pas pourquoi ils buvaient. » Mais dans l’ensemble, il trouve que son choix a été plutôt bien accueilli par son entourage. « Cela a surtout soulevé de la curiosité. »
« Les gens ont été plutôt intéressés », constate aussi Lauren. « Même si certains ont été un peu surpris et quand tu es une femme de mon âge, on pense que tu es enceinte », poursuit-elle.
Leah constate une différence de génération : « Les jeunes de mon âge, ça ne les dérange pas mais j’ai eu quelques personnes plus âgées qui ne comprenaient pas, elles me disaient « Go on (allez), juste un verre »».
Pour Laura, cela a été plus compliqué. Au départ, lors de rendez-vous sur des applications de rencontre, elle buvait tout de même un verre « pour ne pas paraître pour la fille aigrie ». Elle explique aussi qu’autour d’elle « les gens ont eu du mal à l’accepter. Je suis passé rapidement de la fille fêtarde à celle qui ne buvait plus. Plein de gens n’ont pas compris et j’ai eu des relations sociales qui se sont arrêtées. »
D’ailleurs, Laura a fait évoluer son mode de vie. « Les soirées en appartement suivi d’une sortie en boîte de nuit, je n’en fais plus, je m’ennuie. D’une manière générale, je ne fais plus de soirée centrée autour de l’alcool et j’ai développé de nouveaux cercles sociaux. »
« Ce n’est pas comme avant »
Pour Leah aussi, la perception des soirées a évolué. « Au début, je pensais que cela pourrait être la même chose. Mais pour être honnête, retourner dans les bars ou en boîte, ce n’est pas comme avant. » Elle explique aussi avoir moins de patience pour les gens qui s’alcoolisent au fur et à mesure de la soirée. « Ils répètent tout le temps la même chose, peuvent se mettre à pleurer ou à vomir. »
« Quand on est sobre, on n’est pas vraiment sur la même planète. La plupart du temps, ça fait finir les soirées plus tôt, c’est un peu excluant », constate aussi Alexis. Pour compenser, il reconnaît fumer du cannabis.
Stratégie différente pour Lauren. « Je continue de faire la même chose, je vais au bar. Franchement, rien n’a changé, j’ai même l’impression d’avoir encore plus d’énergie pour sociabiliser. » Antoine a également choisi de continuer d’aller boire des verres en terrasse et de faire des soirées avec ses amis. « Je passe de très bons moments et je peux même rester plus tard que quand je buvais. »
Perrier ou bière sans alcool ?
D’ailleurs, que boire au bar lorsqu’on ne consomme plus d’alcool ? Laura et Alexis plébiscitent le Perrier®. « Même si parfois tu te fais un peu avoir parce qu’on te le facture au prix du Ricard® », peste Alexis. De son côté Antoine préfère les boissons chaudes mais regrette que certains bars arrêtent d’en servir, passée une certaine heure. Enfin, Lauren et Leah sont adeptes des bières sans alcool. « Comme ça mentalement, à la fin de ma journée, j’ai ma bière fraîche », explique Lauren. « Une Guinness® sans alcool a le même aspect, au moins avec ça, personne ne me pose de question », ajoute Leah.
Mais tous le disent, la vraie différence, « c’est le lendemain ». « Je me rappelle des soirées et je n’ai pas une énorme migraine », explique Antoine. Leah constate aussi ne plus être déprimée le week-end. « Je n’ai plus honte ou tout simplement de regrets sur ce que j’ai pu faire la veille. »
« Du temps pour moi »
« J’ai l’impression d’avoir retrouvé du temps pour moi », ajoute Lauren. « Avant si je sortais le vendredi soir après une longue semaine, je pouvais dormir jusqu’à 15 h le samedi. Maintenant, je me lève plus tôt et j’ai plus d’énergie pour faire des choses qui m’intéressent », poursuit celle qui dit avoir commencé des cours de céramique.
Leah s’est mise à apprendre des langues. « Je lis aussi beaucoup et je connecte avec les gens qui sont aussi sobres ou qui boivent peu. On peut découvrir d’autres façons de sociabiliser. » De son côté, Laura se réjouit d’avoir « retrouvé des relations plus saines ».
Tous ont également ressenti des effets positifs sur leur santé. « Je ressens une énergie de malade », affirme Laura. Antoine constate « moins de coups de fatigue » et Alexis dit avoir ressenti une amélioration sur son sommeil. Il a aussi perdu 7 kg. Laura, elle en a perdu 15. « J’ai fondu en très peu de temps », assure-t-elle. « D’une manière générale, je me sens beaucoup mieux mentalement et physiquement », résume Lauren.
« Le vin avec le fromage me manque »
S’ils tirent un bilan très positif de leur sobriété, les cinq personnes que nous avons interrogées notent tout de même quelques points négatifs. « Oui, il y a des choses qui me manquent, notamment sortir en boîte, maintenant je ne le fais que très rarement », reconnaît Leah. Pour Laura, « c’est le lâcher prise d’une bonne fête, passer une super soirée, rigoler et faire des trucs un peu hors du commun ».
« L’aspect ivresse ne me manque pas du tout, estime à l’inverse Antoine. Mais le goût me manque, le plaisir de boire un verre de vin à table. » Même sentiment pour Alexis. « Juste avant d’arrêter, je commençais à vraiment découvrir l’accord met-vin, je faisais aussi des dégustations de whisky, je commençais à kiffer. Mais vraiment le verre de vin avec le fromage, c’est ce qui me manque le plus, c’est la France qu’on aime. »
Voient-ils l’arrêt de l’alcool comme quelque chose de définitif ? Laura est ferme : « Pour moi c’est totalement terminé, il y a beaucoup plus d’inconvénients que de bénéfices. » De son côté, Antoine dit s’autoriser un verre dans des situations exceptionnelles. « Je bois une ou deux fois par an mais j’ai un peu développé une appréhension face à l’ivresse. Il y a six mois, j’étais au restaurant avec ma copine, j’ai pris un verre et je ne l’ai pas fini. » Leah ne s’autorise pas ce genre d’entorses. « Tout le monde est différent mais moi si je bois un verre, c’est la fin de la sobriété. »
« Les gens oublient que l’alcool est un poison »
Lauren, elle, pense arrêter « un ou deux ans » puis reprendre seulement « de temps en temps ». « J’aimerais penser que je peux prendre un ou deux gintonic le week-end sans reprendre mes habitudes d’avant ». Quoi qu’il en soit, elle se réjouit d’avoir pris cette décision et constate que plusieurs personnes autour d’elle se posent des questions : « Je pense que les comportements évoluent. »
« Quand je vais en soirée, je suis toujours hyperminoritaire à ne pas boire, mais je ne suis plus forcément le seul », constate aussi Antoine. « Mais c’est toujours tellement banalisé : les gens oublient que l’alcool est un poison. »
La dangereuse montée en puissance d’une drogue bon marché au Maroc
L’boufa gagne du terrain au Maroc. À 50 dirhams (4,5 €) le fix, cette drogue est abordable pour un grand nombre de personnes. En réponse, les autorités redoublent de vigilance pour démanteler les réseaux de trafiquants.
Pas chère et addictive, l’boufa gagne en popularité au Maroc. Vendue à 50 dirhams le fix, elle provoque une sensation de bonheur intense et une euphorie immédiate, séduisant ceux en quête d’une évasion de leur quotidien. Toutefois, cette sensation est de courte durée et dissimule un fort potentiel d’addiction.
Dans un récit pour Le360, un consommateur décrit son expérience avec l’boufa comme «une descente aux enfers». Cette drogue, initialement utilisée comme une échappatoire, est devenue un piège.
L’augmentation rapide de sa consommation a entraîné une emprise de plus en plus forte, le plongeant dans un cycle de dépression. Les effets sur sa santé mentale et physique étaient «désastreux».
Le journal britannique “The Guardian” se fait l’écho de la lettre d’une cinquantaine d’addictologues appelant le gouvernement à soutenir l’initiative “Dry January”. Une idée à laquelle la classe politique française ne s’est pas convertie, en particulier le président.
Publié aujourd’hui à 15h43
Le président français au Salon de l’Agriculture à Paris, en 2020. CHRISTOPHE PETIT TESSON / AFP
“Controverse en France où le gouvernement est réticent à soutenir le Dry January”, titre The Guardian. Le journal britannique cite la lettre adressée au ministère de la Santé par 48 addictologues, révélée le 11 décembre, demandant au gouvernement de promouvoir ce mois d’abstinence sans alcool, également baptisé “Défi de janvier” dans l’Hexagone.
Lancé outre-Manche il y a plus de dix ans, puis en 2020 en France à l’initiative d’associations, “il a gagné en popularité”, explique le journal britannique, “mais l’appareil d’État français ne l’a pas promu et les politiciens sont réticents à monter dans le wagon”.
À commencer par Emmanuel Macron, “vu en France comme le président le plus pro-alcool depuis la Seconde Guerre mondiale, qui déclare boire chaque jour, au déjeuner et le soir, et juge ‘un peu triste’ un repas sans vin”.
Inadapté à la culture française ?
Dans un pays qui est, après les États-Unis, “le second consommateur de vin au monde”, “le puissant lobby hexagonal de l’alcool fait valoir que la France est une nation qui boit traditionnellement avec modération, de sorte que le Dry January à la britannique serait en décalage avec sa culture et mieux adapté aux buveurs excessifs du nord de l’Europe”.
Interrogée par The Guardian, Krystel Lepresle, du lobby Vin et Société, rappelle que la consommation d’alcool en France a baissé de 60 % en 60 ans.
Il y aurait néanmoins 42 000 décès par an en France liés à l’alcool, souligne Amine Benyamina, chef du département de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Paul-Brousse et président de la Fédération française d’addictologie. “Nous ne voulons pas un pays sans alcool, nous voulons un pays qui énonce très nettement les risques”, lesquels “ne sont pas présentés en France”, affirme-t-il.
“Un bon et un mauvais alcool”
Dans un article de janvier 2023 sur le sujet, The Washington Post rappelait que “le gouvernement français a flirté brièvement avec l’idée de lancer une campagne Dry January en 2020, qui aurait été en ligne avec son soutien au Mois sans tabac de novembre. Cependant, les autorités ont abandonné ce projet sous la pression des viticulteurs.”
“Depuis peu ou prou deux siècles, il y a dans la culture française une croyance largement partagée mais fausse […] à savoir ‘qu’il y aurait un bon alcool et un mauvais alcool, et que le bon alcool se trouverait dans le vin’”,déclarait au journal l’historienne Kolleen Marie Guy.
Les perceptions seraient toutefois en train d’évoluer, poursuit le quotidien d’outre-Atlantique, notamment chez les jeunes, plus curieux des versions non alcoolisées du vin ou des cocktails. “Le Défi de janvier est perçu sous un jour de plus en plus positif, déclare au Guardian Bernard Basset, à la tête de l’Association Addictions France. La classe politique n’a pas compris que l’opinion publique voulait du changement.”
Difficile de dire non à une coupe de champagne lors des réveillons de Noël et du Nouvel An. Papi et mamie pourraient faire la moue car « c’est de tradition ».
Pourtant, l’alcool est un véritable fléau des temps modernes. L’une des drogues les plus insidieuses, qui plus est l’une des plus négligées lorsque l’on en évoque l’addiction. Pourtant, il est la deuxième cause de mortalité prématurée dans notre pays.
L’alcool attaque le corps dans son entièreté
Pourquoi l’alcool est dangereux ? Parce qu’il est profondément admis dans la sphère sociale. « La consommation de boissons alcoolisées est très liée aux pratiques culturelles », écrit-on sur le site Addict’Aide, destiné à tout ce qui concerne les addictions. « Environ un quart des adultes ont toujours une consommation qui dépasse les repères préconisés », note l’Inserm.
La société a parfois tendance à oblitérer les effets néfastes de l’alcool. Pourtant, sa consommation « entraîne des décès et des incapacités relativement tôt dans la vie. Chez les personnes âgées de 20 à 39 ans, environ 13,5 % du nombre total de décès sont attribuables à l’alcool », comme l’indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
L’Inserm évoque plus de 200 maladies dont l’alcool est responsable. Et cela, c’est parce que « contrairement aux autres drogues, qui ont des effets plus ciblés, l’alcool s’attaque à tout le corps », explique à actu.fr, Philippe Binder, médecin généraliste et professeur émérite à l’université de Poitiers, également pilote du groupe de travail addiction au Collège de médecine libérale.
Attention, il ne s’agit en aucun cas de dire que les autres drogues ne sont pas dangereuses. Ce serait faux. Mais si on parle d’alcool, il n’y a qu’à voir la peau d’un alcoolique chronique et la comparer à celle d’un cocaïnomane, par exemple. Celle de celui qui boit de l’alcool est fripée, cuivrée, altérée… C’est parce que l’alcool attaque toutes les cellules. Du foie au cœur, en passant par le cerveau, la peau, les reins…Philippe BinderMédecin généraliste et professeur émérite à l’université de Poitiers
Au niveau du cerveau aussi, les problèmes peuvent être graves : atteinte de la mémoire, perte de coordination et de la vision, perturbation de l’horloge biologique…
« L’alcool expose à des dysfonctionnements graves allant jusqu’à priver le concerné de ses capacités cognitives de base », résume l’institut Adios, sur son site internet. Vidéos : en ce moment sur Actu
On commence à comprendre, par ailleurs, que l’alcool est aussi responsable d’un grand nombre de cancers : bouche, gorge, œsophage, foie, sein, colon, rectum, pancréas… « Ce sont des découvertes très récentes, même si l’on s’y attendait un peu. Les complications peuvent commencer à partir d’un verre par jour. »
« Je meurs de l’alcool, mais je n’ai jamais été ivre de ma vie »
C’est aussi en ça que l’alcool est très dangereux. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas le fait de « prendre une cuite » de temps en temps qui est dangereux. Bien que cela ne soit pas recommandé, évidemment.
L’Inserm évoque plusieurs repères à ne pas dépasser pour limiter les risques :
ne pas consommer plus de 10 verres d’alcool par semaine
ne pas consommer plus de 2 verres par jour
ne pas boire d’alcool au moins 2 jours par semaine
À partir de quand est-on alcoolique ?
Difficile de quantifier une telle question. « L’alcoolisme, c’est l’addiction à l’alcool. L’addiction, c’est la maladie du cerveau, de la perte du contrôle du désir, envahi par le besoin. Lorsque vous êtes capable de dire “j’ai le désir de boire du champagne ce soir”, vous en avez le désir. Mais vous ne le faites pas parce que ce n’est pas le moment, vous n’avez pas envie d’être seul à boire, ou autre…. Là, on n’est pas sur de l’addiction. Ça reste du domaine du désir. Quand ça a glissé sur le besoin. Là, vous allez tout faire pour le faire. Une envie de faire pipi, c’est un besoin. On se retient un peu, mais pas longtemps. Car physiologiquement, ce n’est pas possible. C’est là que l’on rentre dans le domaine de l’alcoolisme », récite Philippe Binder.
Mais l’alcool au quotidien, même sans être ivre, attaque également l’organisme. Et ce, contrairement à ce qu’affirme le « french paradox ». Non : même si elle est faible, une consommation régulière entraîne bel et bien des problèmes.
Un de mes premiers patients alcooliques était en train de mourir d’une cirrhose importante, et il m’a dit “je meurs de l’alcool mais je n’ai jamais été ivre.” Je m’en rappellerai toute ma vie.Philippe BinderMédecin généraliste et professeur émérite à l’université de Poitiers, également pilote du groupe de travail addiction au Collège de médecine libérale.
« Un autre, a fait des varices œsophagiennes. Son foie a tellement gonflé qu’un engorgement a eu lieu proche de son œsophage. Ses veines ont lâché et il est mort d’une hémorragie interne. Sans jamais avoir été ivre, encore une fois », raconte Philippe Binder.
Du temps avant une amélioration
Et lorsque les complications se déclarent, cela peut prendre beaucoup de temps avant que le corps humain ne se régénère. Lorsque cela est possible.
« Certains récupèrent très vite, cela dépend des gens », tient tout de même à tempérer Philippe Binder.
C’est au bout de trois mois que l’on peut commencer à sentir des effets positifs. « L’amélioration est rapide au début, puis beaucoup plus lente. Un peu comme quand on commence la musculation », image-t-il.
Lorsque l’on arrête de boire de l’alcool, « le foie prend enfin le temps d’éliminer les toxines accumulées », note l’institut Adios. « L’influx nerveux est d’une meilleure qualité, ce qui optimise la coordination et l’équilibre. »
Des effets notables sur la peau et le poids
De plus, les troubles psychiques liés à l’alcool diminuent, et « les sentiments de sécurité, de confiance et d’estime de soi reprennent leur force ». Des effets au niveau de la peau et du poids sont également notables.
Cependant, certains ne récupèrent jamais vraiment l’ensemble de leurs capacités. C’est « dépendant de plusieurs facteurs tels que l’âge, l’alimentation, l’hygiène de vie et l’état de santé », ajoute l’institut Adios, qui recommande, comme tous les scientifiques à ce sujet, de ne « jamais reporter un sevrage ».
« On est toujours gagnant à interrompre sa consommation d’alcool ou à la modérer », conclut Philippe Binder.