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Alcool : trop d’adolescents en consomment en dépit des risques et des interdictions

Les mineurs achètent facilement de l’alcool en France, et y sont souvent initiés par leurs propres parents. Les associations poussent un cri d’alerte.

Par Lou Roméo Publié le 18/12/2023

55 % des Français jugent acceptable que des mineurs consomment de l’alcool à partir de 15 ans et 70 % d’entre eux estiment possible de les laisser boire lors des fêtes de fin d’année.
55 % des Français jugent acceptable que des mineurs consomment de l’alcool à partir de 15 ans et 70 % d’entre eux estiment possible de les laisser boire lors des fêtes de fin d’année. © Sergei Malgavko/TASS/Sipa USA/SIPA / SIPA / Sergei Malgavko/TASS/Sipa USA/SI

Un « appel à l’occasion des fêtes », et une « demande récurrente ». Alors que les Français boivent en moyenne leur premier verre à l’âge de 14 ans, Addictions France et la Ligue contre le cancer alertent ce lundi sur les dangers de la consommation d’alcool chez les adolescents.

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Les deux associations ont chacune mené leur enquête, et les chiffres sont éloquents. Quatre parents sur dix déclarent par exemple avoir déjà fait goûter une boisson alcoolisée à leur adolescent, 55 % des Français jugent acceptable que des mineurs consomment de l’alcool à partir de 15 ans et 70 % d’entre eux estiment possible de les laisser boire lors des fêtes de fin d’année.

« C’est un danger, rappelle Bernard Basset, président d’Addictions France et médecin spécialiste en santé publique. On banalise la consommation d’alcool chez les jeunes, alors que ce n’est pas du tout anodin. Les enfants sont habitués dès l’âge de 14 ans à cette norme sociale qui veut que l’on consomme de l’alcool dès que c’est la fête. »

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Un « problème de santé publique »

Une banalisation qui se double d’une grande facilité d’accès, malgré l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs. Addictions France a ainsi envoyé des clients mystères mineurs tester 42 commerces en Loire-Atlantique. Seul un établissement a refusé de leur fournir de l’alcool.

« Les adolescents peuvent se procurer de l’alcool sans problème et la consommation d’alcool en milieu familial est fortement répandue, pointe à son tour Yana Dimitrova, de la Ligue contre le cancer. Elle est à la fois acceptée et banalisée auprès des mineurs… 30 % des jeunes de 17 ans en consomment avec leurs parents. C’est un problème de santé publique. »

La consommation précoce d’alcool entraîne en effet différentes conséquences néfastes, à court comme à long terme. En plus de favoriser les comportements à risque aboutissant à des accidents de la route, des violences sexuelles ou des comas, elle accroît les risques de dépendance.

« Le cerveau achève son développement vers 24-25 ans, explique Bernard Basset. La consommation précoce laisse des empreintes réactivables sur leur cerveau dans le circuit de la récompense. Avec l’alcool, comme le reste des psychoactifs, plus on commence tôt, plus on a de chances d’avoir des problèmes de consommation à l’âge adulte, d’être dans l’excès ou l’addiction. »

Inaction des pouvoirs publics

Le tabac agit de la même façon sur le cerveau des ados, dont on sait l’addiction bien plus profonde lorsqu’elle commence tôt. Mais si le gouvernement déploie des moyens massifs pour lutter contre ce fléau – interdiction des puffsaugmentation des prix, campagnes de communication –, les associations déplorent qu’il n’en soit pas de même pour l’alcool.

« En France, la campagne pour le « défi de janvier » n’est portée que par des associations, sans soutien du gouvernement, fustige Yana Dimitrova. Ce n’est pas normal. Il y a une ingérence très forte des industriels de l’alcool qui parviennent à repousser les mesures publiques. Nous avons pourtant besoin d’un véritable plan national. Le gouvernement doit se saisir de cette problématique. »

49 000 décès par an

Car si la consommation d’alcool a baissé depuis 2005, les chiffres stagnent depuis plusieurs années. Un quart de la population française dépasse ainsi les recommandations de Santé publique France – ne pas consommer plus de deux verres d’alcool par jour, pas tous les jours et sans dépasser dix par semaine. Les adolescents ne sont pas épargnés : selon la Ligue contre le cancer, près de la moitié des jeunes de 17 ans ont expérimenté un épisode d’alcoolisation massive le mois dernier.

Or, rappelle Yana Dimitrova, « l’alcool est loin d’être sans danger pour la santé ». En plus de faciliter l’apparition de huit cancers, dont celui du foie et de l’appareil digestif, il aurait un rôle dans le développement du cancer du sein.

Noël et fêtes de fin d’année

Publié le 18/12/2023 – Article rédigé par France 2 – 

Pourtant, le premier verre d’alcool peut conduire à une consommation plus régulière aux effets très dangereux.

Les fêtes de fin d’année, c’est souvent l’occasion du tout premier verre d’alcool pour les adolescents, avec la bénédiction des parents. Selon un sondage réalisé par la Ligue contre le cancer, 70% des Français n’y voient pas de problème.

En France, il a fallu attendre 1956 et l’interdiction du vin à la cantine pour voir arriver les premières campagnes de prévention sur les méfaits de l’alcool. Elles étaient à l’époque destinées au moins de 14 ans.

« Le risque de l’alcool est d’abord sur le cerveau »

Le danger du premier verre d’alcool, c’est qu’il normalise sa consommation chez les jeunes, et peut conduire à une consommation plus régulière aux effets dévastateurs. « Le risque de l’alcool est d’abord sur le cerveau. On sait que le cerveau va être désinhibé, c’est-à-dire que l’enfant ou le jeune adolescent risque de prendre des risques démesurés pour sa santé. Et puis d’autre part, on sait aussi que ça perturbe la croissance des neurones« , explique le médecin et journaliste de France Télévisions Damien Mascret. 

Comment éradiquer le narco trafic

Cannabis et psychosehumeur

Les nostalgiques du « summer of love » ont banalisé le haschich jusqu’à lui donner l’image de drogue douce. On connaissait alors les ravages de l’alcool et pas encore ceux du cannabis. Pourtant dès 1845, Moreau de Tours avait alerté sur le risque de psychose, dans son ouvrage Du haschich et de l’aliénation mentale.

On avait suggéré qu’une prédisposition génétique à la schizophrénie provoquait une attirance vers le cannabis comme automédication, de la même façon qu’un grand généticien avait osé affirmer qu’un seul gène prédisposait à la fois au cancer du poumon et au tabagisme.

Si la génétique de la schizophrénie est largement méconnue, on sait que les vécus douloureux, traumatismes de l’enfance et certains profils psychiques en multiplient le risque. Le haschich, ajouté à ces risques vient encore les multiplier par 2 ou 3. L’IRM constate la diminution du volume cérébral et la perte de substance grise ; ces pertes sont 2 fois plus importantes en cas de consommation de marijuana.

Cependant, aucune de ces prédispositions environnementales ou neurophysiologiques n’est prédictive d’une prise ultérieure de cannabis, contredisant l’hypothèse de l’automédication. En revanche, cette idée a la vie dure, augmentant la consommation chez les personnalités schizotypiques et aggravant le cercle vicieux des crises psychotiques et de la dépendance.

Le lien avec les symptômes psychotiques est dose-dépendant. Certains estiment un risque multiplié par 6 après seulement 50 prises de cannabis. Ceux qui ont fumé au moins 3 fois avant l’âge de 15 ans ont un risque 4 fois supérieur dc présenter une schizophrénie à l’âge de 26 ans.

La consommation avant 15 ans diminue aussi nettement les performances cognitives, l’attention et le contrôle de l’impulsivité. Evidemment, le risque augmente avec la concentration en THC qui est de 15% dans la skunk contre 5 % dans le hasch.

Toute la sphère mentale est concernée. Le suivi de plus de mille personnes de l’âge de 5 à 38 ans a montré que la consommation de cannabis à l’adolescence est associée à une baisse de QI pouvant aller jusqu’à huit points.

Les méta-analyses montrent également l’augmentation notable des troubles anxio-dépressifs, autres psychoses, idées délirantes, hallucinations, déficits cognitifs, agitation psychomotrice, anhédonie, comportements antisociaux.

Sachant que 1,2 millions de français en font un usage régulier et que la consommation chez les 12-18 ans a été multiplié par trois entre 1993 et 2003.

Sachant enfin que l’adolescence est une période de vulnérabilité et d’apprentissages, et que le cannabis thérapeutique est annoncé à grands renforts de publicité, voilà un sujet digne du réchauffement climatique.

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Addiction : de nombreux adolescents accros aux opioïdes

Publié le 17/12/2023

Durée de la vidéo : 3 min – Article rédigé par franceinfo – F. Prabonnaud, S. Giaume, N. Murviedro

Cliquez sur VOIR LA VIDEO

Stéphane, 18 ans, est déscolarisé. Pour la première fois, accompagné de sa mère, il ose consulter dans ce service d’addictologie. Le jeune homme a commencé à prendre du Tramadol, un médicament opioïde prescrit contre la douleur, après une année de harcèlement scolaire. Pour se sentir mieux, il ne cesse d’augmenter les doses. Il lui est facile d’en acheter sur Internet. Ses parents, eux, se sentent impuissants.

Facile d’accès

Aujourd’hui, Stéphane a décidé d’arrêter, mais seul, le sevrage est trop difficile pour lui. La psychiatre lui propose plusieurs types de prise en charge, dont celle en hôpital de jour avec une équipe pluri-professionnelle, et de nombreuses activités.

Le danger de nos jours est que les opioïdes sont consommés avec d’autres drogues ou alors, régulièrement, en soirée dans des cocktails que l’on peut voir sur les réseaux sociaux.

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Drogue, alcool et tabac coûtent 265 milliards d’euros par an aux finances publiques

Une étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) évalue à 265 milliards d’euros le coût social de l’usage des drogues licites et illicites, l’alcool et le tabac générant l’essentiel de la charge.

Si les drogues illicites coûtent chaque année 7,7 milliards d’euros à la société, le « coût social » de l’alcool et du tabac serait bien plus important : respectivement 102 et 156 milliards d’euros, selon une étude publiée lundi 31 juillet par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).

Ces sommes, calculées pour l’année 2019, prennent en compte la valeur économique des 115 499 vies humaines perdues (1), la perte de qualité de vie des malades liés à l’usage des drogues, les pertes de production pour les entreprises mais aussi le coût pour les finances publiques (dépenses de prévention, de répression ou de soins).

« JANVIER SANS ALCOOL »: ROUSSEAU PAS CONVAINCU PAR UNE CAMPAGNE GOUVERNEMENTALE, MAIS SERA « SOBRE »

Le ministre de la Santé Aurélien Rousseau le 27 septembre 2023
Le ministre de la Santé Aurélien Rousseau le 27 septembre 2023 – JULIEN DE ROSA / AFP

Le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, s’est montré jeudi pas convaincu par une campagne où le gouvernement dirait « comment vivre pendant un mois », mais a assuré qu’il serait lui-même « sobre » lors du « Défi de janvier », porté par des associations.

À l’approche de la cinquième édition française du « Dry January« , 48 scientifiques et médecins ont appelé le gouvernement à soutenir cette « opération positive qui consiste pour chacun (…) à s’interroger sur la place que prend l’alcool dans sa vie et à relever le défi de ne pas en consommer pendant cette période, sur une base volontaire qui n’est ni normative ni moralisatrice », dans un courrier du 21 novembre dévoilé lundi par le quotidien Le Parisien.

SENSIBILISER PLUS EFFICACEMENT AUX DANGERS DE L’ALCOOL

À la question de savoir s’il apportait son soutien à cette opération, le ministre de la Santé et de la Prévention a répondu sur BFMTV:

« À titre personnel, je suis toujours très méfiant ou prudent quand on dit : ‘Le gouvernement lance une campagne pour savoir comment vivre pendant un mois’ ».

Mais « si je prends mon exemple – je suis très sédentaire, un peu stressé par moments -, je vais essayer de profiter de ce mouvement collectif pour ne pas consommer d’alcool », « je serai sobre, j’ai d’ailleurs commencé maintenant », a-t-il affirmé.

Depuis son lancement en France, le « Défi de janvier » (équivalent français du « Dry January » anglo-saxon) a gagné en popularité, mais les associations qui le portent regrettent le manque de soutien de l’Etat, qui permettrait selon elles de sensibiliser plus efficacement aux dangers de l’alcool.

LA QUESTION DU LOBBY DE L’ALCOOL

Interrogé sur une influence du lobby de l’alcool, Aurélien Rousseau a rétorqué:

« Je n’ai jamais croisé de lobby de l’alcool personnellement. Le ministère de la Santé est engagé depuis des dizaines d’années sur des campagnes de lutte contre l’alcool ».

« On passe les messages de prévention: l’alcool, c’est 45.000 décès évitables par an », s’est-il défendu.

« J’assume de dire que j’ai deux priorités: la jeunesse, c’était la campagne lancée en septembre, et l’alcoolisation foetale –le premier verre pour une femme enceinte, ce sont des risques graves pour le bébé-« , a ajouté celui qui mènera sur ce sujet « un combat en 2024 ».

Source

Dry January : le ministère de la santé botte en touche sur le mois sans alcool

Interpellé par des addictologues qui soulignent le poids du « lobby alcoolier » dans les politiques publiques, Aurélien Rousseau défend l’action engagée par ailleurs en direction des jeunes et des femmes enceintes.

Par Mattea Battaglia  et Camille Stromboni 

Sur les berges de la Seine, à Paris, en février 2021.
Sur les berges de la Seine, à Paris, en février 2021. BERTRAND GUAY / AFP

Ce n’est pas encore cette année, semble-t-il, que le gouvernement apportera son soutien officiel au « défi de janvier », ce mois « sans alcool » porté par les associations de prévention. Le débat a rebondi avec l’interpellation du ministre de la santé, Aurélien Rousseau, par une cinquantaine d’universitaires et d’enseignants en addictologie.

Dans un courrier en date du 21 novembre, dont Le Parisien s’est fait l’écho mardi 12 décembre, ce collectif de scientifiques et de médecins a appelé l’Etat à soutenir cette « opération positive qui consiste pour chacun (…) à s’interroger sur la place que prend l’alcool dans sa vie et à relever le défi de ne pas en consommer pendant cette période, sur une base volontaire qui n’est ni normative ni moralisatrice ». Ils attendent toujours une réponse.

Popularisée au Royaume-Uni sous le nom de « Dry January », cette campagne, qui a trouvé un certain écho dans la société, reste un sujet sensible pour les autorités de santé depuis un « rétropédalage » dénoncé par les associations.

Fin 2019, alors que l’agence nationale Santé publique France avait préparé une première déclinaison de cette opération, le gouvernement avait fait marche arrière, laissant les acteurs associatifs porter seuls le dispositif. « On l’a appris au dernier moment, de la bouche du président du syndicat des vignerons, qui a dit qu’il n’y aurait pas de “janvier sec”, en sortant d’un rendez-vous avec le président de la République, Emmanuel Macron », rappelle Bernard Basset, président de l’association Addictions France. Une illustration, pour les addictologues, de l’influence du « lobby alcoolier ».

Source

Des enfants goûtent de l’alcool à 14 ans !

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