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Date

25 octobre 2012

Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, Monsieur V. Peillon

du Professeur Jean Costentin, Président du CNPERT
le 24 octobre 2012
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Engagé depuis près de 15 ans dans d’éreintantes actions de prévention contre l’usage du cannabis (et d’autres drogues) auprès de nos adolescents, de leurs parents, de leurs éducateurs, des personnels de santé (conférences, articles, livres, émissions radio et T.V., animation du CNPERT), je suis atterré par vos déclarations entrouvrant la porte à la dépénalisation / légalisation du cannabis.
J’entends déjà dans les dîners familiaux des « tu vois papa, c’est rien le cannabis, notre ministre vient de le dire, et plein d’autres personnes disent comme lui »….
Dans notre pays, qui consacre tant de moyens pour l’enseignement (plus que l’éducation) de ses jeunes, laisser filer la consommation du cannabis en se privant du caractère dissuasif de l’interdit serait une erreur historiquement grave. Cette interdiction doit bien sûr, spécialement auprès de la génération « why » (Y), être justifiée, explicitée ; ce que les programmes scolaires omettent de faire ou font de façon très insuffisante.
La bastille la plus hermétique que j’ai rencontrée pour expliciter les dangers de cette drogue fut celle des I.U.F.M. C’est une des explications des chiffres record de la consommation de cette drogue, faisant de nos jeunes, parmi les 27 états membres de l’Union Européenne, ses plus gros consommateurs. Cela n’est peut être pas sans relation avec le dévissage de notre classement européen en matière de performance éducative. La Suède qui, de la maternelle à l’université, dispense près de 40 h d’enseignements sur les toxicomanies peut s’enorgueillir d’avoir une proportion de toxicomanes 10 fois moindre que celle de la moyenne européenne.
Nombre d’enseignants, confrontés au cannabis, vous diront que sous l’empire de cette drogue leurs élèves sont incapables de tirer profit de l’enseignement qu’ils leur prodiguent.
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Comme il m’arrive de l’exprimer trivialement : « Pétard du matin, poil dans la main ; pétard du soir, trou de mémoire ». Beaucoup plus doctement, une très récente publication des P.N.A.S. a relaté une perte de près de 8 points de Q.I. chez ses usagers.
Le cannabis est la drogue de la sédation, de la défocalisation de l’attention, du renoncement, de la résignation, du syndrome amotivationnel, de l’échec, du décrochage scolaire, de la marginalisation. Il est la porte d’entrée dans d’autres toxicomanies ; il induit délire (rêve éveillé), hallucinations, perturbations mnésiques, anxiété, dépression, quand il ne provoque pas d’accès psychotiques ou, pire, ne décompense une vulnérabilité à la schizophrénie (dont 10% d’entre nous pourraient être porteurs).
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Dans la compétition mondiale à laquelle nous sommes affrontés, le cannabis est le psychotrope de nature à nous la faire perdre. « Il n’est de richesse que d’Hommes », en bonne santé physique (or le cannabis est toxique pour de nombreux organes) et psychique (j’ai évoqué plusieurs de ses méfaits).
Il ne saurait être un outil de la « refondation scolaire » annoncée. Son association avec l’alcool, déjà si présent chez nos jeunes, est extraordinairement détériorante, en particulier sur la route. Associé au tabac il rend encore plus difficile le fait de s’en affranchir. Ce tabac, présent si précocement chez nos jeunes, constitue la première cause de morts évitables ; or le cannabis y ajoute son importante toxicité intrinsèque, générant davantage d’oxyde de carbone et produisant 7 fois plus de goudrons cancérigènes…
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Je me tiens, Monsieur le Ministre, à votre disposition pour détailler auprès de vous et de vos conseillers ces points majeurs de santé publique, dans l’espoir de vous faire regretter cette déclaration, propre à annihiler les maigres résultats de nos efforts de prévention ; cette déclaration que nous sommes un certain nombre à trouver totalement déplacée.
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Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, mes plus respectueux sentiments.
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Docteur Jean Costentin
Professeur émérite
Directeur de l’unité de Neuropsychopharmacologie CNRS (1984-2008)
Membre titulaire des Académies Nationales de Médecine et de Pharmacie

L’OICS engage les gouvernements à faire fermer les salles de shoot

Extrait du rapport : Les toxicomanies (Tome I : Rapport)

Lire tout le rapportSENAT et Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS) oct 2012

Par M. Gilbert BARBIER, sénateur et Mme Françoise BRANGET, député au nom de la Mission d’information sur les toxicomanies

Rappelons que l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants est une instance indépendante, chargée de surveiller l’application des traités internationaux relatifs au contrôle des drogues. Il doit en particulier veiller à ce que soient disponibles en quantités suffisantes les stupéfiants requis à des fins médicales et scientifiques et empêcher leur détournement vers des circuits illicites. Pour ce faire, il identifie les lacunes susceptibles d’exister dans les systèmes de contrôle national et international et peut émettre des recommandations à l’égard des États parties aux traités internationaux sur les stupéfiants.

Son rapport pour l’année 2009 a été particulièrement explicite à l’égard des États sur le territoire desquels existaient des salles de consommation de drogues. Ainsi, s’agissant de l’Australie, il a demandé au Gouvernement « de fermer la «salle d’injection de drogues» de Sydney » (264(*)). Concernant le Luxembourg, il a rappelé avoir adressé une lettre au Gouvernement pour lui recommander de faire « immédiatement le nécessaire pour fermer » la salle de consommation de drogues qu’il avait visitée en 2006.

D’une manière plus générale, l’organe international a jugé que la création et le fonctionnement de salles d’injection de drogues étaient « contraire[s] aux traités internationaux relatifs au contrôle des drogues ». En effet, en application de l’article 4 de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 telle que modifiée par le protocole de 1972, les États parties doivent prendre « les mesures législatives et réglementaires qui pourront être nécessaires […] pour limiter exclusivement aux fins médicales et scientifiques la production, la fabrication, l’exportation, l’importation, la distribution, le commerce, l’emploi et la détention des stupéfiants ».

L’organe international en a tiré les conséquences dans sa recommandation n° 32, qui constitue une condamnation très explicite des centres d’injections supervisés : « L’Organe note avec préoccupation que, dans un petit nombre de pays, des «salles de consommation de drogues» et des «salles d’injection» où l’on peut consommer impunément des drogues acquises sur le marché illicite fonctionnent encore. L’Organe engage les gouvernements à faire fermer ces salles et autres lieux similaires et à faire en sorte que les toxicomanes puissent accéder à des services sanitaires et sociaux, y compris aux services de traitement de la toxicomanie, conformément aux dispositions des traités internationaux relatifs au contrôle des drogues » (265(*)).

Certains pourraient certes être tentés d’engager un débat sur le caractère contraignant ou pas des recommandations de l’Organe international de contrôle des stupéfiants. Cela ne relèverait que de la posture : la doctrine internationale actuelle ne considère à l’évidence pas les centres d’injection supervisés comme poursuivant des fins médicales et scientifiques. La bonne foi qui doit guider la France dans l’exécution de ses obligations internationales commande de s’en tenir à cette interprétation.

Cliquez pour télécharger Le rapport 2009 de l’OICS

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