Nous devons la communication de ces trois nouveaux cas à nos collègues de l’Hôpital d’instruction des armées BEGIN qui viennent de créer un nouveau journal  Research auquel nous sommes heureux d’ouvrir nos colonnes. Ces nouvelles observations s’ajoutent aux précédentes et confirment s’il en était besoin, la toxicité de l’usage répété du cannabis chez des sujets jeunes. L’article décrit en outre l’histoire de ces maladies et montre à l’aide de clichés, l’importance des lésions .

« Roulette russe dont le coup ne part que longtemps après avoir appuyé sur la gâchette (la queue de détente pour les spécialistes) » (JP Goullé dixit), les dégâts, tardifs, n’en sont pas moins importants et irréversibles. JP Tillement


 

L’artérite au cannabis est un sujet d’actualité en raison de l’augmentation régulière du nombre de consommateurs. Nous rapportons trois nouvelles observations chez des adultes jeunes. Nous avons la singularité de rapporter un cas d’artérite au cannabis chez une femme, une localisation aux membres supérieurs dans deux cas et une association au phénomène de Raynaud dans un cas. Une intoxication chronique au cannabis doit être recherchée devant toute artériopathie inhabituelle chez le sujet jeune.

Introduction

Décrit pour la première fois dans les années 1960, par Sterne et Ducastaing, à propos d’une série de 29 hommes d’origine marocaine, âgés de 25 à 35 ans, fumeurs de kif et qui présentaient des tableaux d’artériopathie distale sévère [1]. Le terme de cannabis arteritis a été utilisé pour décrire les conséquences vasculaires périphériques induites par les fortes doses de cannabis [2]. Disdier et al. [3] ont revisité ce vieux concept tout en rapportant une série de 10 patients qui ont développé une ischémie subaiguë et progressive des extrémités distales supérieures et inférieures conduisant à une nécrose des tissus et la gangrène. Les auteurs distinguaient ces artérites au cannabis de celles de la maladie de Buerger.

Artérites au cannabis : trois nouveaux cas Figure 1

Figure 1. Nécrose pulpaire du pouce droit.
Observations

Nous rapportons une série de trois observations d’artérites au cannabis chez des adultes jeunes. Cette série est singulière. Elle rapporte des cas rarement décrits : un cas d’artérite au cannabis chez une femme, une localisation aux membres supérieurs dans deux cas et une association au phénomène de Raynaud dans un cas. Ces malades avaient en commun une forte consommation de cannabis et un tabagisme modéré.

Observation n°1 : Une femme, âgée de 44 ans, présentait une nécrose pulpaire hyperalgique du pouce droit (figure 1). Elle n’avait pas d’hypertension artérielle. Elle avait un syndrome de Raynaud des deux mains. Les pouls radial et cubital droits étaient abolis. Le reste de l’examen clinique était sans anomalie. L’hémogramme, les examens lipidique et glucidique étaient normaux. La recherche de thrombophilie était négative. L’écho-Doppler artériel des membres supérieurs montrait un ralentissement du flux au niveau des artères digitales. L’artériographie montre une atteinte occlusive et segmentaire des artères digitales: artères hélicines (figure 2). L’échographie cardiaque, l’écho-Doppler pulsé des troncs supra-aortiques et des membres inférieurs et le holter électrocardiographique étaient normaux. La chirurgie était impossible du fait de la localisation distale de l’atteinte artérielle. L’arrêt du cannabis et du tabac, un traitement anticoagulant et des soins locaux ont permis une cicatrisation en 6 semaines de la nécrose pulpaire. Continuer à lire « Artérites au cannabis : trois nouveaux cas »