Le cannabis en forte hausse chez les ados

Tous les indicateurs sont au rouge. Après une décennie de baisse, la consommation de cannabis chez les adolescents de 17 ans est repartie nettement à la hausse. C’est ce que montrent les premiers chiffres issus des questionnaires anonymes remplis par plus de 22 000 jeunes lors des journées Défense et citoyenneté de mars 2014, publiés mardi 21 avril par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). De mauvais résultats qui s’accompagnent d’une hausse de l’usage régulier d’alcool et de tabac.

L’étude a été réalisée dans le cadre de l’enquête Escapad, menée régulièrement depuis 2000. Entre 2011 et 2014, l’OFDT observe « une recrudescence importante » de l’expérimentation de cannabis chez les adolescents de 17 ans : 47,8 % y ont goûté au moins une fois, contre 41,5 % trois ans plus tôt, soit près d’un jeune sur deux. Une hausse de plus de 6 points, mais un niveau en deçà, cependant, des 50,3 % observés en 2003. Depuis, il n’avait cessé de baisser.

En trois ans, la proportion de ceux qui ont expérimenté cette substance illicite est passée de 44 % à 49,8 % pour les garçons, et de 38,9 % à 45,8 % pour les filles. En 2000, les garçons étaient autant qu’en 2014 à l’avoir testée, mais les filles étaient « seulement » 40,9 %.

Le marché est mature : il y a des promotions, et des dealers préviennent de leurs arrivages par SMS

Bien plus que l’expérimentation, c’est le niveau de consommation qui interpelle. En trois ans, le pourcentage de jeunes de 17 ans déclarant avoir fumé un joint au moins une fois dans l’année est passé de 34,6 % à 38,2 %, et celui de ceux qui l’ont fait dans le mois de 22,4 % à 25,5 % (soit plus d’un jeune sur quatre). Près d’un sur dix (9,2 %) dit consommer du « shit » au moins dix fois par mois, contre 6,5 % en 2011. Sur ce point aussi, le chiffre de 2014 met fin à la baisse observée depuis 2003. Enfin, l’usage quotidien évolue de 3 % à 4 %.

La note de l’OFDT insiste en outre sur le fait, important, que parmi les jeunes ayant fumé du « shit » dans l’année 25,7 % des garçons et 17,3 % des filles présentent un risque élevé d’usage dit problématique ou de dépendance. Soit 8 % de l’ensemble des adolescents de 17 ans, contre 5,3 % en 2011. On sait notamment que le cannabis induit des troubles de l’apprentissage et de la mémoire et qu’il peut précipiter la survenue de troubles psychiatriques. Etude après étude, les dangers d’un début de consommation précoce, qui accroît en outre le risque de dépendance, sont soulignés. Sans compter la qualité parfois médiocre des produits achetés.

« Anxiolytique »

Ces dernières années, d’autres enquêtes auprès des jeunes montraient plutôt une stabilisation de l’usage. Tous les regards vont donc se porter sur les futurs chiffres, pour savoir si la hausse redevient la tendance. Il faut dire qu’alors que le cannabis est de loin le produit illicite le plus consommé – 17 millions de Français l’ont expérimenté – ces mauvais chiffres s’inscrivent dans un ensemble inquiétant. Début avril, un baromètre de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé a montré que la consommation repart à la hausse chez les 18-64 ans. Après des années de forte augmentation, une stabilisation à un niveau élevé s’était opérée dans les années 2000. Ce n’est plus le cas : entre 2010 et 2014, l’usage dans l’année est passé de 8 % à 11 %, l’usage régulier de 2 % à 3 %.

Le cannabis « répond à des attentes assez variées », remarque François Beck, le directeur de l’OFDT : « Certains l’utilisent comme anxiolytique ou pour trouver le sommeil, d’autres dans un contexte festif. C’est un produit transversal : on le trouve sur l’ensemble du territoire et dans beaucoup de milieux socioculturels. » Pour comprendre les motivations spécifiques des jeunes, des études plus qualitatives ont été lancées, précise-t-il.

La hausse globale actuelle s’inscrit dans un contexte de net accroissement de l’offre, notamment de la culture locale. Ces dernières années, la France est devenue un pays non seulement de consommation de cannabis, mais aussi de production. En 2013, 140 000 pieds ont été saisis, contre 55 000 en 2010. Parallèlement, la vente de résine est demeurée très dynamique. Les économistes parlent d’un marché « mature », où l’offre s’est diversifiée, rendant le produit encore plus attractif. Il y a désormais des promotions, et les dealers n’hésitent plus à prévenir par SMS de leurs arrivages.

« Il faut que les parents et les médias déconstruisent l’image du cannabis et débanalisent son usage »

On peut trouver du cannabis sans problème, et partout en France. Selon une autre enquête de l’OFDT, 50 % des lycéens jugent que la substance est assez ou très facile d’accès, et seulement 15 % estiment qu’il leur serait impossible de s’en procurer. Sans compter que le produit est bon marché : pour 10 euros, un adolescent peut en acheter. L’augmentation des taux de tétrahydrocannabinol (THC) – le principe actif – contribue aussi à la plus grande attractivité du produit : en 2013, le taux de concentration moyen était de 17 % pour la résine, et 12,5 % pour l’herbe, selon l’Institut national de la police scientifique. Contre 7 % à 8 % dix ans plus tôt.

En 2013, le plan gouvernemental de lutte contre les addictions, sans toucher au volet répressif promu par la droite précédemment, avait rééquilibré le volet sanitaire en mettant l’accent sur une prévention plus efficace. Il avait pour objectif de repérer plus précocement les consommateurs, avant leur arrivée dans les services d’addictologie, et de renforcer les consultations de jeunes consommateurs, lieux d’accueil des ados et de leurs familles. Ces mesures commencent à entrer en application.

Cela suffira-t-il ? « Faire la morale aux jeunes, ça ne marche pas, estime Danièle Jourdain Ménninger, la présidente de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). Il faut que les parents et les médias déconstruisent l’image du cannabis et débanalisent son usage. » Pour elle, « ces chiffres inquiétants sont le résultat d’une politique passée ». En 2014, date de récolte des données, cela faisait néanmoins déjà deux ans que la majorité avait changé.

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Salle d’injection encadrée : place au débat

L’ouverture possible d’une salle de consommation à moindre risque dans l’enceinte de l’hôpital civil de Strasbourg (DNA du 12 avril 2015) divise l’opinion et les élus. La question sera mise sur le tapis cet après-midi par Pascal Mangin (UMP), qui fustige la consommation encadrée de drogues à l’hôpital.

Certes, le principe de l’expérimentation d’une salle de consommation à moindre risque, communément appelée « salle de shoot », n’est pas inscrit à l’ordre du jour du conseil municipal de cet après-midi. La question sera pourtant abordée par Pascal Mangin , élu de l’opposition, à l’occasion d’une interpellation.

Adopté mardi en première lecture, le projet de loi Santé de Marisol Touraine prévoit l’expérimentation de salles de consommation de drogue à moindre risque à Paris, Bordeaux et Strasbourg. Ces espaces médicalisés, mis en place dans une dizaine d’autres pays (la plus ancienne a été créée il y a trente ans en Suisse), sont destinés aux toxicomanes majeurs les plus précaires, qui se piquent dans de mauvaises conditions d’hygiène, souvent dans la rue ou des halls d’immeubles. L’expérience est prévue sur six ans.

Roselyne Bachelot y était favorable dès 2010

« S’il appartient au Parlement de se prononcer sur la légalité de cette démarche, Strasbourg doit-elle absolument se positionner comme la première ville à lancer une salle de shoot en France, plutôt que d’attendre quelques mois pour disposer d’un retour d’expérience ? », avertit Pascal Mangin, membre du groupe municipal « Strasbourg à vos côtés », que préside Fabienne Keller.

« Dès 2010, une expérimentation était préconisée par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), qui avait remis un rapport sur la réduction des risques des usagers de drogues à la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot, a précisé le docteur Alexandre Feltz , adjoint au maire de Strasbourg en charge de la santé, jeudi au cours d’un point presse préparatoire au conseil municipal. Roselyne Bachelot s’était montrée favorable à une telle démarche. Aujourd’hui, il existe une soixantaine de salles de ce type en Europe. Mais pas en France… »

« Il ne s’agit évidemment pas d’inciter à la consommation, insiste Roland Ries. Mais on ne peut pas laisser à la dérive des personnes fondamentalement fragiles et malades de l’addiction. Même si elles sont hors la loi. » Le maire de Strasbourg les considère « comme des êtres exposés à un risque supplémentaire ». D’où la nécessité de « les secourir », car « c’est de la responsabilité d’un maire de s’intéresser à ses concitoyens qui ne peuvent pas s’en sortir ». D’autant que « la toxicomanie peut déboucher sur le VIH et les hépatites », ajoute-t-il.

Pour Roland Ries, l’objectif de « ces salles de consommation à moindre risque » – et « non pas salles de shoot », insiste-t-il – est « de les accompagner médicalement pour essayer de les faire sortir de la drogue ».

Dans le collimateur de l’opposition

« Cette sortie de la toxicomanie doit-elle nécessairement passer par l’autorisation de faire rentrer de la drogue dans l’enceinte de l’hôpital ?, rebondit Pascal Mangin. Et avec quelles garanties de résultats ? »

L’élu d’opposition demande si « accompagner la prise de substances relève réellement d’une thérapie efficace. En sachant que notre seul objectif commun à tous reste au final celui d’extraire les consommateurs de leur toxicomanie ».

Pascal Mangin revient aussi sur la localisation à l’hôpital civil de cette salle de consommation un peu particulière, puisque sa création avait été envisagée un temps dans le quartier gare. « Est-ce le fruit d’une démarche concertée, notamment avec le personnel médical et les acteurs des environs, ou s’agit-il simplement d’une solution de secours pour faire aboutir une implantation que vous saviez impossible à son emplacement initial ? »

Réponses cet après-midi.

le 21/4/2015, à partir de 15 h. Conseil municipal, salle des conseils, centre administratif, parc de l’Étoile. Débat à suivre sur dna.fr

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