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Date

29 décembre 2016

Cannabis: la rétine serait moins réactive chez les fumeurs réguliers

La rétine des consommateurs de cannabis réagirait moins vite à la lumière, conclut une étude du CHU de Nancy.

Il faudrait en moyenne 10 millisecondes supplémentaires à la rétine d’un usager régulier de cannabis pour réagir à un signal lumineux. C’est la conclusion d’une première étude pilote publiée par le JAMA Ophtalmology sur les conséquences de la consommation régulière de cannabis. «Cela correspond à un temps de réaction 10% plus important, ce qui est un retard significatif», souligne le Dr Vincent Laprévote, praticien hospitalier au Centre Psychothérapique de Nancy, et coordinateur de l’étude.

Cette étude fait partie d’un programme de recherche, «Causa Map», dirigé par l’équipe du CHRU de Nancy, financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les conduites addictives (MILDECA). Son objectif est d’évaluer «l’impact de l’usage de cannabis sur le cerveau humain au travers de la vision, une fonction impliquée dans la conduite automobile et les accidents de la voie publique.»

10 millisecondes supplémentaires

Dans le cadre de cette étude pilote, 52 individus (28 fumeurs de cannabis réguliers et 24 ne fumant ni cannabis, ni tabac) avaient été recrutés pour passer un électrorétinogramme, examen qui permet de mesurer les réactions de la rétine à des signaux lumineux. Au préalable, ils avaient répondu à un questionnaire sur leurs habitudes de consommation et effectué un test urinaire pour vérifier qu’ils n’étaient pas positifs à d’autres drogues. En moyenne, les consommateurs fumaient depuis six ans, environ 20 joints par semaine. Aucun n’était sous l’effet du cannabis lors du passage du test.

«Chez les consommateurs réguliers, nous avons mesuré un retard de traitement de l’information par leur rétine», affirme Vincent Laprévote. «En revanche, il n’y avait pas de baisse d’amplitude de ce signal.» En d’autres termes, les personnes qui fument régulièrement du cannabis reçoivent le même signal que les individus non-fumeurs. Mais elles le captent au bout de 98.6 millisecondes, contre 88.4 millisecondes pour les personnes abstinentes.

Si les chercheurs ont analysé la vision, c’est qu’ils estiment que «le système visuel peut nous donner des indications sur le fonctionnement du cerveau chez les usagers de cannabis». En effet, la rétine est une extension du système nerveux central, autrement dit, une extension du cerveau.

La question du tabac

«Il reste à définir si ce ralentissement a des conséquences sur le comportement des usagers, et si ces derniers ressentent qu’ils sont plus lents», nuance le Dr Vincent Laprévote. Un enjeu important: 10 millisecondes de retard à réagir, cela correspondrait à près de 3 mètres parcourus par une voiture lancée à 100 km/h. «Par ailleurs, il faut déterminer si les conséquences du cannabis sur la rétine sont réversibles lorsqu’un individu arrête sa consommation.»

« Le système visuel peut nous donner des indications sur le fonctionnement du cerveau chez les usagers de cannabis. »

Dr Vincent Laprévote

Le Dr Vincent Laprévote assure également qu’il faut encore être «extrêmement prudent notamment à propos des effets du tabac sur la rétine». En effet, chez les sujets tests, 21 des 28 consommateurs de cannabis étaient également consommateurs de tabac. Pour le chercheur, il semble malgré tout «peu vraisemblable d’affirmer que le facteur tabac puisse faire varier le temps de réaction de la rétine à la lumière.» Il n’y a en effet pas «d’études qui viennent démontrer l’impact du tabac sur la vitesse de traitement de l’information de la rétine.» Les effets du cannabis avaient, eux, déjà été démontrés sur des rétines de souris.

Causa Map

De nouvelles études, d’ampleur plus importante, vont donc être menées dans le cadre de Causa Map. Ainsi, les chercheurs prévoient notamment une étude sur la persistance des effets chez 30 individus qui sont en passe d’arrêter le cannabis. L’accompagnement est d’ailleurs au cœur du programme Causa Map qui «propose d’aider les consommateurs à diminuer ou à arrêter», assure Vincent Laprévote.

En 2014, 42% des adultes de 18 à 64 ans avaient expérimenté le cannabis et 3 % en étaient des fumeurs réguliers, selon les données de l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies). Chez les jeunes de 17 ans, 48% l’avaient expérimenté et 9% fumaient régulièrement.

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Les AVC en hausse chez les moins de 55 ans

L’hypertension avant 50 ans, qui multiplie par six le risque d’AVC, doit absolument être prise en charge.

Étude après étude, la tendance se confirme: les moins de 55 ans sont de plus en plus exposés au risque d’attaque cérébrale. Alors qu’au cours des dernières décennies le nombre d’accidents vasculaires cérébraux n’a cessé de diminuer, il augmente régulièrement chez les plus jeunes, comme l’a encore démontré une étude publiée fin novembre sur le site du journal de l’American Heart Association.

Les chercheurs américains ont analysé les dossiers médicaux ouverts dans le New-Jersey en raison d’un AVC entre 1995 et 2014. Soit 225.000 cas, qu’ils ont répartis par décennies de naissances. Résultat:  sur la période observée, seuls les baby-boomers, nés entre 1945 et 1954, voient leur taux d’AVC diminuer. À l’inverse, sur la même période, chez les 35-39 ans, il a doublé!

Ce résultat conforte les données récoltées par l’équipe du registre des AVC de la ville de Dijon, publiées en mars dernier dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire. Elles confirment la hausse des AVC avant 55 ans aussi bien chez l’homme que chez la femme. «Cette hausse concerne surtout les accidents ischémiques», précise le professeur Yannick Béjot, neurologue au CHU de Dijon et directeur scientifique du registre des AVC. C’est-à-dire les AVC liés à l’obstruction d’une artère. La fréquence des AVC par hémorragie est, elle, restée relativement stable.

Dépression et fatigue

Comment expliquer cette tendance? Un mode de vie plus sédentaire, une augmentation du diabète, de l’obésité et de l’hypertension sont des causes pointées du doigt par les chercheurs américains et l’équipe du Pr Béjot. «À Dijon, 70% des personnes qui font un AVC sont hypertendues. Il faut le répéter, une hypertension avant 50 ans, se prend en charge car elle multiplie par 6 le risque d’AVC», insiste le neurologue.

Autre hypothèse: la consommation de cocaïne ou de cannabis. «Le cannabis pourrait agir selon deux mécanismes d’action: il provoquerait des spasmes des artères et favoriserait la formation de caillots sanguins.»

Les moins de 55 ans représentent aujourd’hui environ 10% des personnes terrassées par une attaque cérébrale. Ce n’est donc pas un événement rare. «Ils doivent se rendre compte que l’accident vasculaire cérébral ne touche pas uniquement les plus vieux, et les conséquences sont souvent plus débilitantes que celles d’une crise cardiaque – vous laissant vivre pour 30 à 50 ans avec un handicap physique», met en garde Joel N. Swerdel, l’auteur principal de l’étude américaine

Entre 10 et 20% des victimes conservent un handicap modéré et 10% un handicap sévère entraînant une dépendance

Car, même si la prise en charge s’est nettement améliorée faisant chuter la mortalité, entre 10 et 20% des victimes conservent un handicap modéré et 10% un handicap sévère entraînant une dépendance. De plus, seules 50 à 70% d’entre elles pourront reprendre le travail dans les huit mois et un quart nécessiteront un aménagement de poste. Autre conséquence de l’AVC chez les plus jeunes: la dépression et la fatigue qui frappent la moitié d’entre eux.

La seule arme efficace pour enrayer cette tendance reste la prévention. Le professeur Yannick Béjot prépare une application, calquée sur un modèle américain, qui permet de calculer son niveau de risque et ainsi d’adapter son mode de vie.

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