Les AVC en hausse chez les moins de 55 ans

L’hypertension avant 50 ans, qui multiplie par six le risque d’AVC, doit absolument être prise en charge.

Étude après étude, la tendance se confirme: les moins de 55 ans sont de plus en plus exposés au risque d’attaque cérébrale. Alors qu’au cours des dernières décennies le nombre d’accidents vasculaires cérébraux n’a cessé de diminuer, il augmente régulièrement chez les plus jeunes, comme l’a encore démontré une étude publiée fin novembre sur le site du journal de l’American Heart Association.

Les chercheurs américains ont analysé les dossiers médicaux ouverts dans le New-Jersey en raison d’un AVC entre 1995 et 2014. Soit 225.000 cas, qu’ils ont répartis par décennies de naissances. Résultat:  sur la période observée, seuls les baby-boomers, nés entre 1945 et 1954, voient leur taux d’AVC diminuer. À l’inverse, sur la même période, chez les 35-39 ans, il a doublé!

Ce résultat conforte les données récoltées par l’équipe du registre des AVC de la ville de Dijon, publiées en mars dernier dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire. Elles confirment la hausse des AVC avant 55 ans aussi bien chez l’homme que chez la femme. «Cette hausse concerne surtout les accidents ischémiques», précise le professeur Yannick Béjot, neurologue au CHU de Dijon et directeur scientifique du registre des AVC. C’est-à-dire les AVC liés à l’obstruction d’une artère. La fréquence des AVC par hémorragie est, elle, restée relativement stable.

Dépression et fatigue

Comment expliquer cette tendance? Un mode de vie plus sédentaire, une augmentation du diabète, de l’obésité et de l’hypertension sont des causes pointées du doigt par les chercheurs américains et l’équipe du Pr Béjot. «À Dijon, 70% des personnes qui font un AVC sont hypertendues. Il faut le répéter, une hypertension avant 50 ans, se prend en charge car elle multiplie par 6 le risque d’AVC», insiste le neurologue.

Autre hypothèse: la consommation de cocaïne ou de cannabis. «Le cannabis pourrait agir selon deux mécanismes d’action: il provoquerait des spasmes des artères et favoriserait la formation de caillots sanguins.»

Les moins de 55 ans représentent aujourd’hui environ 10% des personnes terrassées par une attaque cérébrale. Ce n’est donc pas un événement rare. «Ils doivent se rendre compte que l’accident vasculaire cérébral ne touche pas uniquement les plus vieux, et les conséquences sont souvent plus débilitantes que celles d’une crise cardiaque – vous laissant vivre pour 30 à 50 ans avec un handicap physique», met en garde Joel N. Swerdel, l’auteur principal de l’étude américaine

Entre 10 et 20% des victimes conservent un handicap modéré et 10% un handicap sévère entraînant une dépendance

Car, même si la prise en charge s’est nettement améliorée faisant chuter la mortalité, entre 10 et 20% des victimes conservent un handicap modéré et 10% un handicap sévère entraînant une dépendance. De plus, seules 50 à 70% d’entre elles pourront reprendre le travail dans les huit mois et un quart nécessiteront un aménagement de poste. Autre conséquence de l’AVC chez les plus jeunes: la dépression et la fatigue qui frappent la moitié d’entre eux.

La seule arme efficace pour enrayer cette tendance reste la prévention. Le professeur Yannick Béjot prépare une application, calquée sur un modèle américain, qui permet de calculer son niveau de risque et ainsi d’adapter son mode de vie.

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