Cannabis : les intoxications accidentelles chez les enfants sont en augmentation

Entre 2004 et 2014, en France, 235 enfants ont été admis aux Urgences à cause d’une intoxication accidentelle au cannabis. Un phénomène inquiétant, qui prend de l’ampleur.

On a du mal à y croire, et pourtant : d’après une récente enquête menée par la responsable des urgences pédiatriques du CHU de Toulouse, le nombre d’enfants qui s’intoxiquent au cannabis chaque année par accident ne cesse d’augmenter.

Publiés dans la revue spécialisée Pediatrics, ces travaux décrivent une situation alarmante : entre 2004 et 2014, les hôpitaux français ont recensé 235 admissions d’enfants de moins de 6 ans pour intoxication au cannabis, dont 46 sur la période 2004-2009 et 183 sur la période 2010-2014.

Depuis le mois de janvier 2017, l’hôpital des enfants de Purpan (à Toulouse) a, lui, enregistré une quinzaine de cas. Par ailleurs, l’auteure a noté une nette augmentation des cas d’intoxications sévères : de plus en plus d’enfants se trouvent dans le coma à leur arrivée aux Urgences.Le cannabis, une drogue trop populaire en France

Malheureusement, l’intoxication accidentelle au cannabis concerne surtout les tout-petits : ainsi, sur les 235 enfants de moins de 6 ans hospitalisés en l’espace de 10 ans, 26 % avaient entre 0 et 11 mois, 58 % avaient entre 12 et 23 mois et seuls 5 % avaient plus de 36 mois. Plus surprenant : ce phénomène inquiétant toucherait principalement le Sud de la France, plus exposé aux trafics de stupéfiants. En effet, sur les 235 cas enregistrés, 30 environ avaient lieu à Toulouse et… 50 à Marseille.

D’après les autorités sanitaires, le cannabis est, de loin, la drogue illicite la plus consommée dans l’Hexagone. 3,4 % des hommes âgés de 18 à 64 ans en consomment régulièrement ; chez les ados âgés de 17 ans, cette statistique monte à 6,5 %.

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Cannabis, alcool et accidents mortels de la circulation

L’objectif de ce travail sur les accidents mortels de la sécurité routière en France est double :

  • Estimer le facteur de risque relatif pour un conducteur sous l’influence du cannabis ou de l’alcool d’être responsable en 2011 d’un accident mortel de la circulation routière ;
  • Comparer les résultats de 2011 à ceux obtenus lors de l’étude stupéfiants et accidents mortels de la circulation menée sur le territoire national entre 2001 et 2003.

En 2011, les procès-verbaux établis au cours d’accidents mortels impliquant 4059 conducteurs ont fait l’objet d’une analyse détaillée. Les dosages d’alcool et des drogues illicites dont le cannabis ont été réalisés dans le sang de ces conducteurs. L’étude compare les résultats obtenus pour ces analyses, chez les conducteurs responsables d’un accident mortel et chez ceux qui sont impliqués dans un tel accident sans toutefois être responsables.

Dans cette cohorte, la proportion de conducteurs sous l’influence de l’alcool est de 2,1% et sous l’influence du cannabis de 3,4%. Les sujets conduisant sous l’influence de l’alcool présentent 18 fois plus de risque d’être responsables d’un accident mortel et ceux sous l’influence du cannabis un risque multiplié par 1,7. De plus, un conducteur sur deux sous l’influence du cannabis était également alcoolisé. La présence à la fois d’alcool et de cannabis augmente par un facteur 29 (18 x 1,7) le risque d’accident mortel.

Dix ans après l’étude stupéfiants et accidents mortels de la circulation, la proportion de conducteurs alcoolisés ou sous l’influence du cannabis responsables d’un accident mortel de la circulation est restée la même, ainsi que la proportion des accidents mortels qui pourraient être évités si les conducteurs n’avaient consommé pas d’alcool ou de stupéfiant. Compte tenu du fait que le nombre global d’accidents mortels a considérablement diminué au cours de cette période (3963 tués en 2011 contre 8.000 en 2002), le nombre de victimes attribuable à l’alcool et/ou au cannabis a diminué dans les mêmes proportions. Pour les auteurs de ce travail, l’alcool, responsable du tiers des accidents mortels demeure le problème majeur en matière de sécurité routière.

Pr Jean-Pierre Goullé

J.L. Martin et al. PLoS One, 2017, 12 (11) : e0187320.