Recherche

Date

14 avril 2018

Les professionnels de santé au défi des nouvelles substances psycho-actives

Paris, le vendredi 13 avril 2018 – Comme le suggèrent les derniers rapports de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) la consommation de nouvelles substances psycho-actives (NSP) explose.

Face à cette recrudescence, les professionnels de santé se sentent parfois impuissants. Pour les aider à combattre efficacement ce fléau, l’Académie de pharmacie a consacré sa dernière séance plénière à cette problématique.

Rappelons en préambule que ces NSP regroupent principalement des cannabinoides, opioïdes, cathinones et phényléthylamines de synthèse.

Des substances hautement toxiques

Présentant des teneurs en substances psycho-actives plus élevées que leurs ancêtres « naturels », ces drogues peuvent parfois menacer le pronostic vital : plusieurs centaines de décès ont ainsi été dénombrés au niveau européen. Néanmoins, comme le souligne le Pr Bruno Mégarbane* « il est difficile aujourd’hui d’établir si les NSP sont plus dangereuses que les drogues conventionnelles; tout au moins, on peut affirmer qu’elles sont toxiques et à l’origine d’une létalité prévisible marquée ».

Le Pr Mégarbane a également présenté le tableau d’une intoxication aigue.

Elle associe des signes adrénergiques (tachycardie, hypertension, agitation, mydriase), des symptômes d’encéphalopathie (confusion, hallucinations), des signes sérotoninergiques (myoclonies, fièvre) et/ou des défaillances d’organe. Le risque de complication neurologique (coma, convulsions, accident vasculaire) est majeur. Il existe aussi un risque de défaillance cardiovasculaire, respiratoire et rénal, hépatique et/ou hématologique (coagulation intravasculaire disséminée).

A ce sombre tableau, on pourra également ajouter les cas, biens documentés, d’automutilations et de suicides suivant immédiatement l’utilisation de ces produits.

Une consommation très répandue chez les toxicomanes

Dans le cadre de ces discussions, le Pr Jean-Claude Alvarez** a dressé un état des lieux de la prévalence de l’utilisation de ces produits.

Mais, immédiatement, un premier écueil s’impose : si ces molécules sont des dérivées de substances pour lesquelles il existe des tests de dépistage rapides, leur « modification structurale » les rend indétectables par ces tests et « la mise en évidence et la confirmation de ces nouvelles molécules reposent donc essentiellement sur la chromatographie couplée à la spectrométrie de masse ».

Cependant, « un des moyens d’évaluation de la prévalence de drogues dans une population donnée est l’analyse capillaire, qui permet d’objectiver, mois après mois, l’évolution des consommations » a rappelé le Pr Alvarez.

Recourant à cette méthode, son équipe a réalisé deux études, l’une menée sur une population de patients suivis en addictologie ou hospitalisés en réanimation suite à une overdose, l’autre auprès d’un groupe d’homosexuels masculins ayant participé à l’essai Ipergay (dont l’objectif est l’évaluation de l’efficacité de la prophylaxie pré-exposition au VIH).

Sur 328 patients inclus dans la première étude, 96 (29 %) avaient déjà consommé des NSP. Dix-huit NSP différentes ont été identifiées, les cathinones étant la classe la plus représentée (36 %). La 4-methylethcathinone (4-MEC) est la molécule la plus répandue (17 cas), suivie par la méphrédrone (15). La prévalence de consommation d’autres drogues était de 36 % pour la cocaïne, 25 % pour les amphétamines, 33 % pour les opiacés et 22 % pour la kétamine. Les NSP sont retrouvées seules dans 9 % des cas, et sont le plus souvent associées à la cocaïne (64 %), aux amphétamines (55 %) ou aux opiacés (28 %). Il est également apparu que la fréquence de détection des NSP a progressé au cours de l’étude effectuée entre 2012 et 2016.

Dans les seconds travaux, parmi les 69 patients inclus, 37 étaient positifs aux NPS. Quinze NSP différentes ont été identifiées. La méphédrone est la molécule la plus répandue (14 cas), suivie par la 4-MEC (12). La prévalence de consommation d’autres drogues était de 68 % pour la cocaïne, 45 % pour la MDMA et 38 % pour la kétamine et aucun opiacé n’a été retrouvé. Aucun cas de NSP seule n’a été identifié.

Quelle prise en charge ? 

Selon plusieurs études, environ 15 % des consultations aux urgences suite à la consommation d’une drogue sont liées à une NPS, d’où l’importance de la communication du professeur Bruno Mégarbane sur la prise en charge des intoxications aigues à ces substances.

Elle suppose une « réhydratation, sédation par benzodiazépines ou neuroleptiques en cas d’agitation, traitements anticonvulsivants en cas d’épilepsie, intubation trachéale si trouble de conscience ou défaillance vitale, oxygénation au masque ou ventilation mécanique si insuffisance respiratoire, remplissage et catécholamines si insuffisance circulatoire. L’épuration extrarénale (hémodialyse ou hémoperfusion) permet de traiter les troubles hydro-électrolytiques menaçants mais non d’accélérer l’élimination du toxique. L’hyperthermie maligne et la toxicité sérotoninergique grave peuvent requérir un refroidissement par voie externe, une curarisation après sédation et ventilation mécanique et l’administration de cyproheptadine (antagoniste sérotoninergique des récepteurs 5HT-2A et 5HT-2C). La place du dantrolène n’est pas établie. La dépression neuro-respiratoire induite par les NPS opioïdes semble réversible par la naloxone, même si des doses plus élevées ont pu être nécessaires pour éviter l’intubation trachéale».

Concernant la prise en charge de la dépendance, comme le fait remarquer le Dr Alain Dervaux***, aucune étude randomisée contrôlée n’a été menée pour évaluer l’efficacité des traitements pharmacologiques et psychothérapiques dans des populations de sujets présentant une addiction aux NSP.

La prise en charge de ces patients est donc aujourd’hui calquée sur celle de l’addiction au cannabis pour les cannabinoïdes de synthèse, sur celle des addictions aux amphétamines pour les cathinones et autres stimulants de synthèse et sur celle de l’addiction aux opiacés dans les addictions au fentanyl et aux fentanyloïdes.

Frédéric Haroche

Source

Boire plus d’un verre d’alcool par jour réduit votre espérance de vie

Une nouvelle étude internationale conduite sur plus de 600 000 buveurs souligne les dangers de l’alcool, avec une réduction de l’espérance de vie au-delà de 7-8 verres de vin par semaine. Cet effet délétère augmente avec la consommation. 

alcool santé

Boire plus d’un verre d’alcool par jour réduit votre espérance de vie

Les chercheurs ont suivi 600 000 buveurs dans 19 pays du monde entier tout en prenant en compte leur âge, leur tabagisme, leurs antécédents de diabète, leur niveau d’éducation et leur profession. Selon leurs résultats, la limite supérieure de consommation sécuritaire était de 100 g d’alcool pur par semaine (un peu plus de 5 pintes de bière ou 8 verres ballon de vin). Boire au-delà de cette limite réduisait l’espérance de vie :

  • 100 à 200 g d’alcool ou plus par semaine étaient associées à une réduction de l’espérance de vie de 1 à 2 ans.
  • plus de 350 g d’alcool par semaine étaient liées à 4-5 ans d’espérance de vie en moins.

David Spiegelhalter, professeur à Cambridge qui n’a pas participé à l’étude, a calculé que chaque verre, au-delà des 10 par semaine, raccourcissait la vie de 15 minutes. « Bien sûr il appartient à chacun de voir s’il pense que ça vaut le coup« , a-t-il dit à Science Media Centre.

Boire moins d’alcool peut vous aider à vivre plus longtemps

Les chercheurs ont également examiné l’association entre la consommation d’alcool et différents types de maladies cardiovasculaires. Elle est associée à un risque accru d’accident vasculaire cérébral, d’insuffisance cardiaque, d’anévrisme aortique mortel, de maladie hypertensive mortelle et d’insuffisance cardiaque sans qu’il n’existe de seuil clair. En revanche, la consommation d’alcool était associée à un risque légèrement inférieur de crises cardiaques non fatales.

Selon les auteurs, les liens entre la consommation d’alcool et ces maladies cardiovasculaires peuvent être liées à ses effets sur la pression artérielle et sur le mauvais cholestérol (HDL-C).

Pour le principal auteur de l’étude, Dr Angela Wood de l’Université de Cambridge, « Le message clé de cette recherche est que, si vous buvez déjà de l’alcool, boire moins peut vous aider à vivre plus longtemps et à réduire votre risque de plusieurs maladies cardiovasculaires. La consommation d’alcool est associée à un risque légèrement plus faible de crises cardiaques non fatales, mais cela doit être contrebalancé par le risque plus élevé associé à d’autres maladies cardiovasculaires graves – et potentiellement fatales ».

Beaucoup de pays trop laxistes avec l’alcool

Cette étude mondiale a des implications pour les pays, où les directives sur l’alcool varient considérablement.  Beaucoup de pays sont trop laxistes avec l’alcool, émettant des recommandations de santé publique qui exposent les consommateurs à un risque important. Parmi les pays qui devraient abaisser leurs recommandations, les auteurs citent l’Italie, le Portugal et l’Espagne, et à un moindre degré les États-Unis, le Canada ou la Suède. Mais ils en omettent d’autres qui ont des recommandations proches, comme la Belgique (21 verres par semaine pour les hommes, 14 pour les femmes) ou la Suisse (10 à 15 verres par semaine pour les hommes). La France est aujourd’hui plus sévère : Santé publique France avait rendu publique en mai 2017 une recommandation d’experts indépendants à 10 verres par semaine maximum.

Selon la base de données de l’Alliance internationale pour la consommation d’alcool responsable (IARD), organisation d’alcooliers, certains pays fixent la limite bien plus haut, à 40 g d’alcool pur par jour: la Corée du Sud, l’Espagne, l’Estonie, le Japon, la Roumanie ou encore l’Uruguay. Les conseils de modération semblent de toute façon mal suivis. Parmi les personnes étudiées, « environ 50% ont dit boire plus de 100 g d’alcool par semaine, et 8,4 plus de 350 g par semaine« , notent les auteurs.

Pendant ce temps, la ministre de la Santé déclare que « le vin fait partie du patrimoine gastronomique français« 

Le même jour que la publication de cette étude, le 12 avril, les ministres de la Santé Agnès Buzyn et le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert annoncent dans un communiqué avoir tenu une « première séance commune d’échanges avec les représentants de la profession viticole« . Le communiqué précise ainsi que « Accueillant favorablement la volonté des professions viticoles de s’associer aux politiques publiques de prévention, les ministres entendent conduire ces discussions dans un esprit constructif et d’ouverture » avant de conclure « Les ministres ont rappelé leur attachement à un discours public de responsabilité et de sensibilisation de la population dès lors qu’il est aussi reconnu que la consommation de vin fait partie du patrimoine gastronomique français et du rayonnement des produits des territoires français à l’international« . Erreur de timing, négation d’une évidence médicale…

Après avoir déclaré lors de la soirée débat « Alcool : un tabou français » que le vin était un alcool comme les autres, la ministre de la Santé achève son rétropédalage, très certainement obligée en coulisses d’avaler des couleuvres. La question aujourd’hui posée est de savoir si la politique de prévention est plus sensible aux intérêts de l’alcool qu’à l’intérêt général, comme le dénonçait en mars dernier la tribune de nombreux médecins intitulée « Vu du foie, le vin est bien de l’alcool« .

Près de 49 000 personnes meurent chaque année en France à cause de l’alcool. C’est la deuxième cause évitable de mortalité après le tabac. Son coût annuel a été estimé à 17,6 milliards d’euros. Toutes les études réalisées en France ou dans d’autres pays européens montrent le coût élevé des problèmes liés à l’alcool, dont un quart environ est attribuable aux dépenses de santé. Même si la consommation d’alcool a baissé depuis les années 60, nous consommons environ 12 litres d’alcool pur par habitant et par an, soit 30 % de plus que la moyenne européenne.

Ecrit par: David Bême

SOURCE

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :