Ces jeunes abstinents saoulés par les soirées alcoolisées

En 2017, 14 % des jeunes disaient n'avoir jamais consommé d'alcool.

En 2017, 14 % des jeunes disaient n’avoir jamais consommé d’alcool.

Ils ont 15, 20 ou 25 ans et ne boivent pas une goutte d’alcool. Une tendance à contre-courant qui bouscule les codes des rendez-vous estudiantins.

C’est une fête de jeunes comme les autres. Ou presque. Pour marquer la fin du premier semestre, Tom (1) a invité ses amis : Clément, Jules, Martin et Zacharie. Et aussi Pauline, Sarah et Aloïse. Moyenne d’âge : 19 ans et des brouettes. Tous étudiants en prépa, en école d’ingénieur ou de commerce. Il est 21 heures. Les « vieux » – comprenez, les parents de Tom – ont gentiment été priés de débarrasser le plancher dans l’après-midi. La playlist Spotify est lancée. Sur la table du salon, une kyrielle de bols de chips au vinaigre et de bonbecs acidulés. La fête vient de commencer. Et alors ? Rien. Sauf qu’au lieu de trinquer au mojito ou de décapsuler des bières, la petite bande va siroter du Perrier menthe. Et rien d’autre.

Tom et ses camarades seraient-ils des extraterrestres ? Tant s’en faut. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’abstinence est la dernière tendance chez les millennials. Les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) l’attestent : en 2017, 14 % des jeunes de 17 ans affirmaient n’avoir jamais touché à l’alcool, contre seulement 6 % en 2000 (2). « Il est certes trop tôt pour parler d’épidémie de la sobriété, mais on voit chaque jour de nouveaux convertis, confirme Stanislas Spilka, responsable du pôle Enquêtes et analyses statistiques de l’organisme. Une chose est sûre : les Français, tous âges et tous milieux sociaux confondus, boivent moins qu’autrefois. » Même si l’Académie de médecine s’alarme d’une stagnation de la consommation depuis sept ans, celle-ci est passée de 26 litres d’alcool pur par habitant en 1961 à 11,7 litres en 2017, selon les chiffres de l’OFDT.

Boire ou conduire il faut choisir

Conséquence : les parents n’inciteraient plus autant leurs rejetons à tremper leurs lèvres dans une coupe de champagne lors des réunions de famille. Le premier verre se prend de plus en plus tard. En 2010, 6 enfants sur 10 déclaraient avoir goûté de l’alcool en classe de 6e. Ils n’étaient plus que 1 sur 2 en 2014. A 17 ans, certains ne sont donc pas encore initiés à la chose.

Du côté des non-abstinents, les chiffres sont aussi encourageants. Les alcoolisations ponctuelles importantes (API) – autrement dit, les cuites – régressent : en 2017 toujours, 44 % des jeunes de 17 ans disaient avoir absorbé plus de cinq verres en une occasion au cours du mois écoulé, contre 48,8 % en 2014. Voilà pour les chiffres.

Les campagnes de sensibilisation – « Tu t’es vu quand t’as bu ? », « Celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas »… – auraient-elles un impact sur le comportement de nos ados ? Si la plupart des lycéens estiment avoir été peu ou prou sensibilisés aux dangers de la boisson, ils sont les premiers à regretter qu’on ne leur apprenne pas mieux à résister à la pression du groupe. « L’alcool est quand même au coeur de beaucoup de soirées étudiantes, confirme le psychiatre Olivier Phan. Lorsqu’un jeune quitte le domicile familial pour aller étudier dans une autre ville, il se lâche et se met souvent à boire pour se conformer à la norme. » Pour ne pas être celui ou celle qui ne sait pas s’intégrer.

Des ados plus réfléchis

Boire serait-il alors devenu ringard ? Un peu. « Dans beaucoup de pays où l’alcool a la réputation de couler à flots, les ados ont aussi réduit leur consommation, confirme Maria Melchior, spécialiste des conduites addictives. On observe désormais trois groupes d’abstinents : les premiers s’y refusent pour des raisons culturelles ou religieuses (c’est le cas de près d’un jeune sur deux en Seine-Saint-Denis), les deuxièmes parce qu’ils n’ont pas vraiment d’amis, et les derniers, matures et de plus en plus nombreux, juste par choix. Parmi cette troisième catégorie, les raisons de délaisser la bouteille sont variées. Certains, par exemple, avancent avoir été confrontés à l’alcoolisme d’un proche.

 

Raconter un moment précis d’ivresse de sa mère, Andrea en est incapable. « Il y en a eu tellement, soupire cet étudiant en double cursus droit et histoire de l’art, à Paris-Assas. D’aussi loin que je me souvienne, je l’ai toujours vue alcoolisée ». A 47 ans, cette ex-secrétaire, aujourd’hui en invalidité, est détruite par l’alcool. À traîner avec des gens peu recommandables, elle a même eu maille à partir avec la justice. Alors pour Andrea, le vin et tout le reste, c’est définitivement non.

La peur d’être un autre

Autre raison d’adopter le « sans alcool, la fête est plus folle » : la peur de perdre le contrôle de soi. « Pas question de me réveiller sans savoir qui j’ai embrassé la veille, assène Ambrine, étudiante en master de gestion à Dauphine. C’est non seulement dangereux – on peut avoir des relations non consenties -, mais aussi terriblement dégradant pour soi. »

Dans une autre vie, Roxane, 26 ans, a bu. Beaucoup même. Et certains souvenirs lui donnent encore la nausée. « J’ai chopé des mecs improbables et envoyé des textos torrides à mon ex. Je me suis trémoussée à moitié nue sur une table en croyant que j’avais le déhanché de Beyoncé. J’ai même volé des boîtes de Canigou au supermarché du coin », raconte-t-elle, un brin dépitée. Après dix ans de beuveries, cette Parisienne a tourné la page. « Je suis peut-être moins drôle, mais je ne grimace plus jamais de honte le matin. »

« La façon de boire est devenue plus violente, confirme Victor Le Grand, journaliste et coauteur de Tournée générale (Ed. Flammarion), un document sur la France et l’alcool, sorti en février. Le binge drinking (ou « biture express ») – une pratique qui consiste à avaler cul sec plusieurs shots d’alcool fort pour atteindre rapidement l’ivresse – et les comportements débridés qui lui sont imputables peuvent en effrayer plus d’un. »

Une quête de bien-être

Autre raison d’opter pour une vie sobre : l’envie de prendre soin de son corps. A 20 ans, Nicolas pratique l’escalade, à raison de quatre fois par semaine. Il ne fume pas, mange équilibré et dort huit heures par nuit. Et, bien sûr, il ne boit pas. « Tout le monde sait que l’alcool est nocif, avance ce passionné de culture japonaise. A quoi bon me bousiller la santé, alors que je n’aime pas ça ? » Même son de cloche pour Guillaume. Étudiant en école d’agronomie, le jeune homme préfère dépenser son argent dans des livres plutôt que de picoler et de risquer la cirrhose à 40 ans. « Dire non est juste une question de volonté », assure cet ascète.

Nicolas et Guillaume ont raison d’être prudents. Les spécialistes sont unanimes : à partir d’une certaine dose, l’alcool peut non seulement occasionner des problèmes hépatiques, mais il peut aussi provoquer des dégâts irréversibles sur le cerveau.

L’alcool, une drogue socialement valorisée

Il n’empêche : dire qu’on ne boit pas, quand on a 18 ans, ça fait un peu désordre. L’alcool est tellement associé au plaisir convivial qu’on peut vite être taxé d’ennuyeux, de rabat-joie, d’asocial.

Pour arrondir ses fins de mois, Léa, étudiante en communication, travaille dans un bar du quartier de la Bastille. « L’autre soir, un type a voulu m’offrir un verre, raconte la jeune fille. Je lui ai dit ‘OK, va pour un jus d’ananas.’ Il a pouffé de rire. Puis il a insisté, sa pinte à la main : ‘Allez, juste une p’tite !’, ‘t’es pas drôle’, ‘puisque j’te dis que je paie…' » J’aurais dû lui dire que j’étais musulmane pratiquante ou allergique aux sulfites. Ça lui aurait cloué le bec. »

Clémentine, elle, en est arrivée à faire place nette dans son entourage. « Quand je sais qu’à 22 heures tout le monde sera torché, je décline l’invitation, glisse cette rousse au teint clair. A quoi bon me forcer si c’est pour ne rien comprendre à leur délire ? Autant rester chez moi. »

Entre les sober parties (soirées sobres) et les brumes éthyliques, certains ne veulent pas trancher. « Je suis parfois le seul à ne pas picoler, raconte Arthur, 21 ans. Ça ne m’empêche pas de m’éclater. » Comme les autres abstinents, il admet pourtant préférer se retrouver en vase clos. Les avantages avancés : « La possibilité d’arriver en scooter et de repartir tranquille, la perspective de ne pas comater le reste du week-end devant Netflix et, surtout, la satisfaction de rire parce que c’est vraiment drôle, et non parce qu’on est beurré. » Mieux : rester sobre permettrait parfois de booster son sex-appeal. Du haut de ses 15 ans, Annabelle le confirme : « Un mec qui déguste un mocktail[un cocktail de fruits] est cent fois plus craquant qu’un type défoncé qui te postillonne à la figure en baragouinant des trucs incompréhensibles ! »

Prôner l’abstinence pour mieux faire tomber les filles (ou les garçons) ? Pas sûr que nos ados mordent tous à l’hameçon. En attendant, il incombe à chacun – et encore plus aux parents – de ne pas banaliser la consommation d’alcool. Pour que le plaisir gustatif reste toujours plus important que l’effet psychotrope. Le jeune étant versatile, la tendance du zéro alcool pourrait en effet encore faire pschitt.

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Débat sur LCP : La légalisation du cannabis

Dimanche 5 Mai 2019, 10h sur Public Sénat,
La légalisation du cannabis
Pr. Jean Costentin

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Un débat sur le cannabis dit « thérapeutique » et sur la légalisation de cette
drogue, réunissait sur la chaîne parlementaire (LCP), outre un modérateur peu directif,
quatre débatteurs.

Dans le camp des tenants de la légalisation du cannabis : Esther Ben Bassa (sénatrice-Europe écologie les verts, franco-turco-israélienne) et Amine Ben Yamina (Algéro-Français, psychiatre, addictologue, récemment promu professeur, président de la Fédération Française des Addictions).

Face à eux madame Saintoyant qui représentait la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives (MILDECA) et le professeur Jean-Claude Alvarez, pharmacologue, toxicologue, chef du laboratoire de toxicologie du CHU de Garches spécialiste des drogues et des produits dopants.
Madame Ben Bassa n’a manifestement rien appris depuis que son projet de loi de
légalisation du cannabis a été retoqué en 2014 par le Sénat. Ce rejet a économisé à notre pays un fort contingent de drogués et de malades psychiatriques supplémentaires.

Les aspects sanitaires ne la concernaient pas.
Cette omission était plus grave s’agissant de A. Benyamina, puisqu’il devait
représenter la valence médicale du débat ; or il a tout au plus admis quelques uns des
risques psychiques que fait encourir cette drogue.

A distance d’une culture pharmacologique et toxicologique, qui lui est manifestement étrangère, il s’est aventuré dans le domaine de la thérapeutique. Dans ce droit fil il avait déclaré il y a quelques mois (le Figaro) : « il faut laisser sa chance au cannabis thérapeutique ». Désolé, cher confrère, mais en médecine, ce n’est pas à un médicament qu’on doit laisser sa chance, mais au patient à qui l’on pourrait le prescrire, et à lui seul ! Sa récente promotion au titre de Professeur des Universités devrait le rendre plus prudent et circonspecte.

Usant d’une manip’ éprouvée, au service de la légalisation du cannabis, il le déguise en médicament pour, tel le cheval de Troie, le faire entrer dans la cité, sous les ovations d’une foule abusée et reconnaissante. Alors qu’il préside la Fédération Française des Addictions, on mesure le degré de contamination du monde de l’addictologie, et l’urgence, pour la puissance publique, de donner un coup de pied dans ce nid de frelons.

Face donc à ces deux idéologues, la représentante de la MILDECA, posément, avec
élégance, charme, rigueur, n’a rien exclu pour le futur thérapeutique de tel ou tel
constituant du cannabis, mais affirmé qu’en l’état des connaissances rien, hormis des
intérêts économiques qui ne prennent même plus la précaution de se dissimuler, ne
justifiait ces emballements médiatiques ; et de rappeler plusieurs des méfaits
psychiatriques du THC.
Dans la même tonalité que la représentante de la MILDECA, sans avoir eu un
temps suffisant pour s’exprimer, ni sans avoir bénéficié du silence de ses contradicteurs
qui voulaient étouffer son propos, le professeur Alvarez s’est appliqué à poser ce qui
aurait pu permettre un débat constructif. Il eut fallu d’abord distinguer une éventuelle
utilisation thérapeutique du cannabis de sa légalisation à des fins récréatives ; ensuite, si l’on voulait parler d’utilisation thérapeutique potentielle, il fallait de ne pas faire du
cannabis une entité pharmacologique, eu égard à la presque centaine de substances
cannabinoïdes qu’il recèle ; mais préciser de quelle molécule on parlait, afin d’en
préciser le rapport bénéfices / risques. Mais hélas la rigueur scientifique qu’il appelait
de ces vœux n’était pas au rendez-vous de cette émission. Les téléspectateurs n’ont donc rien appris, si ce ne sont les manips’ de ceux qui veulent légaliser cette drogue
dangereuse quoi que l’on veuille en dire.