Drogue : ce qu’une étude mondiale nous apprend de la consommation des Français

La cocaïne, produite en Amérique du Sud, est vendue en Europe autour de 70 euros le gramme (illustration). LP/Olivier Arandel
Plus de 120 000 personnes, dans 35 pays, ont participé à l’unique enquête internationale sur les drogues. Cannabis, MDMA et cocaïne sont en tête des produits consommés.
En matière de drogues, les possibilités semblent infinies. L’organisation « Global drug survey » vient de publier une grande enquête sur leur consommation. Depuis 2011, GDS, en s’appuyant sur des référents scientifiques de différents pays, réalise l’unique sondage international sur les drogues et l’attitude des consommateurs.

Les résultats 2019 ont été obtenus en recueillant les déclarations de 123 814 personnes, vivant dans 35 pays dont la France, pendant tout le mois de décembre 2018 via des questionnaires en ligne.

Les auteurs de l’étude précisent bien qu’ils ne travaillent pas selon un échantillonnage représentatif de la population des consommateurs de drogues pays par pays. Ce qui explique que 35 000 personnes aient répondu en Allemagne, trois fois plus qu’aux Etats-Unis qui arrivent pourtant deuxième. En France, 3 185 personnes ont complété le questionnaire relayé par des associations comme la Fédération addiction.

70 euros le gramme en France

Après le cannabis et la MDMA, la cocaïne est la substance illicite la plus consommée dans le monde. En Colombie, pays producteur, un gramme coûte 3,80 euros. La France est le dixième pays le plus cher, à 70 euros le gramme, un prix stable depuis plusieurs années. La marchandise produite en Amérique du Sud arrive sur les marchés occidentaux de plus en plus pure, ce qui peut, notent les auteurs de l’étude, accroître les risques pour la santé ainsi que le niveau de dépendance.

Sur les 123 814 personnes interrogées, seules 0,3 % consomme presque chaque jour (plus de 301 jours par an). Ce sont les Écossais qui en prennent le plus souvent : douze fois dans l’année, deux fois plus que la moyenne. Viennent ensuite le Canada, le Brésil, l’Italie, le Portugal et le Danemark (10 fois dans l’année). Les consommateurs français sont, avec huit prises de cocaïne dans l’année, dans une pratique dite « festive » de la drogue.

Une récente enquête de notre journal montrait que, soumis à l’action des douanes et de la police, et face à la concurrence d’internet, les dealers avaient modifié leurs habitudes de travail. Le « four » à l’ancienne, point de deal en banlieue où les clients viennent se fournir le plus discrètement possible, est de moins en moins la norme. L’étude GDS le montre : l’an dernier, plus des deux tiers des Français consommateurs ont été livrés dans la journée. Et pour 30 % d’entre eux, c’était même dans la demi-heure, preuve qu’un service de livraisons « à la demande » se normalise.

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L’étude estime qu’en dehors de leur penchant pour une drogue interdite, les consommateurs sont des citoyens respectueux des lois. Ils ont pourtant bien conscience de soutenir des organisations mafieuses.

Pour cette raison, ou pour éviter des pépins de santé, seuls 42 % des consommateurs français ont envie de prendre moins de cocaïne cette année. Un résultat dans la moyenne (41,5 %), quoique bien loin de l’Italie où 64,6 % des habitués veulent lever le pied. Mais un monde comparé aux 80 % de Finlandais qui n’ont pas du tout envie de prendre moins.

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Canada : Multiplication des intoxications au cannabis chez les enfants

Les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain.

Le nombre de mineurs se retrouvant à l’hôpital après avoir fait une intoxication au cannabis a considérablement augmenté depuis la légalisation de cette drogue au Canada l’automne dernier.

Le centre de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME) a traité 26 cas pour intoxication ou usage du cannabis depuis l’entrée en vigueur de la loi légalisant la marijuana au pays, le 17 octobre dernier.

Parmi eux, neuf étaient âgés de moins de sept ans. À titre de comparaison, l’hôpital traitait un enfant de ce groupe d’âge pour intoxication au cannabis tout au plus tous les trois ans avant la légalisation.

« Dans [le cas des plus jeunes], c’est souvent accidentel. Les parents font des brownies ou des biscuits au pot et laissent ça traîner sur le comptoir de cuisine ou dans le frigo. Mais un enfant qui passe par là, son réflexe, ça va être d’en prendre sans se poser de questions », explique l’urgentologue et toxicologue au HME Dominic Chalut.

Même constat au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal. Les intoxications au cannabis, qui s’élevaient à deux par année entre 2013 et 2016, sont passées à cinq en 2017-2018, pour finalement grimper jusqu’à 11 en 2018-2019.

Du côté de la capitale nationale, le centre antipoison de Québec a également enregistré un nombre d’appels plus élevé concernant des intoxications au cannabis depuis sa légalisation. « Il est difficile de déterminer s’il y a plus d’expositions ou si les gens se sentent plus à l’aise de nous appeler, mais nous avons répertorié 15 cas chez des enfants âgés de moins de cinq ans depuis le 6 février 2019 », précise Maude St-Onge, directrice médicale du centre.

Appel à la prudence

Elle estime nécessaire de rappeler aux consommateurs que le cannabis est « une substance psychoactive qui doit être placée hors de la portée des enfants, et ce, même lorsque le cannabis est dans son contenant original. »

« On ne laisse pas traîner des médicaments sur le comptoir, ça devrait être pareil avec le cannabis », renchérit le Dr Dominic Chalut, du HME, appelant les parents — et l’ensemble de la population — à faire preuve « d’extrême prudence ».

Le médecin fait remarquer que les effets du cannabis sont « considérables » sur les enfants. En raison de leur petite taille et de leur poids léger, ils sont plus vulnérables et ressentent d’autant plus les effets de cette drogue.

Étourdissements, perte d’équilibre, vomissements, anxiété sont les symptômes les plus courants. « Certains ont même du mal à respirer assez rapidement, ou à l’inverse ils sont très agités », raconte-t-il.

Dans des cas plus graves, les enfants ont subi des convulsions et ont dû être hospitalisés à l’unité de soins intensifs pédiatriques.

Inquiétudes

La situation est d’autant plus inquiétante, selon le Dr Chalut, que les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain. « Il faut protéger nos enfants de ce type de produits. Mais surtout, comme société, on devrait se demander : voulons-nous vraiment que des drogues psychoactives se retrouvent dans des aliments inoffensifs et attirants comme des bonbons ou des biscuits ? » laisse-t-il tomber.

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