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Mai 2019

«Quand le marketing du cannabis vise à faire oublier ses ravages chez nos adolescents»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors qu’a eu lieu la «journée internationale du Cannabis» le 20 avril dernier, le professeur Jean Costentin s’interroge sur l’image marketing que nombre d’intérêts privés donnent à cette drogue, et rappelle combien elle est nocive, notamment chez les adolescents.


Le professeur Jean Costentin est membre des Académies Nationales de Médecine et de Pharmacie, contributeur du CERU, le labo d’idées universitaire, et président du centre national de prévention d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT). Il est l’auteur de «Le désastre des toxicomanies en France» (Éditions Docis, 2018).


La journée internationale du Cannabis du 20 avril dernier a tout de l’opération marketing réussie: depuis le nombre de prises de position favorables à la légalisation s’est envolé (députés, associations, journalistes…) et les entreprises qui ont misé sur le commerce légal du cannabis voient le cours de leurs actions s’envoler sur les marchés boursiers.

La pression médiatique, alimentée par d’énormes intérêts financiers n’a jamais été aussi forte pour prôner la légalisation du cannabis dans notre pays.

Parmi les arguments qui épaulent cette revendication de consommateurs et des «idiots utiles» qu’ils ont subverti, certains doivent être réfutés en priorité.

Le tabac et l’alcool, licites, seraient, selon eux, plus dangereux que le cannabis, qui est illicite ; «ne pouvant plus interdire ces premiers, il faut légaliser ce dernier». Ce statut licite du tabac et de l’alcool, a permis de recruter 13 millions de fumeurs, 4 à 5 millions de sujets alcoolo-dépendants et quelques centaines de milliers d’alcooliques. Pour le cannabis, on en est déjà à 1. 300.000 usagers réguliers. S’agissant d’une drogue prohibée, cela atteste de son fort pouvoir d’accrochage. Chaque année meurent en France 79.000 victimes du tabac ; il faut y ajouter de multiples handicapés ; l’alcool, lui, tue 49.000 des nôtres. Comparativement, la route, objet de grandes attentions, ne fait que 3.600 morts. Impuissants à arracher les sujets dépendants du tabac et de l’alcool, la folle idée serait d’y ajouter les drames prévisibles de la légalisation du cannabis.

Il vient d’être établi que les personnes en âge de procréer consommant du THC confèrent à leur progéniture une vive appétence pour les drogues qui s’exprimera dès leur adolescence.

Rappelons que le cannabis est plus dangereux que l’alcool ou le tabac, auxquels, en plus, il est souvent associé.

Il est toxique pour le corps. Comparé au tabac, sa combustion génère 5 à 7 fois plus d’oxyde de carbone (CO), qui restreint le transport de l’oxygène des poumons aux muscles, dont le cœur. Le cannabis est à l’origine d’artérites, d’accidents vasculaires cérébraux, il est la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde. Sa combustion engendre 5 fois plus de goudrons cancérigènes (pour la sphère O.R.L. et broncho-pulmonaire).

Par son tétrahydro-cannabinol (THC), il diminue les défenses immunitaires. Il perturbe le déroulement de la grossesse et l’enfant qui en naîtra. Il vient d’être établi que les personnes en âge de procréer consommant du THC confèrent à leur progéniture, par un mécanisme épigénétique, une vive appétence pour les drogues qui s’exprimera dès leur adolescence.

La toxicité psychique du cannabis est considérable. Le THC induit une ivresse ; il incite à la consommation d’alcool ; leur association, par une potentialisation mutuelle, s’exprime sur la route et dans diverses activités professionnelles.

Perçu dans ses premiers usages comme anxiolytique et/ou antidépresseur, il incite à un abus qui induit une tolérance à ces effets ; alors anxiété et dépression réapparaissent plus intensément qu’à l’origine, avec de fortes tendances suicidaires.

Perturbant l’éveil, l’attention, le traitement des informations, la mémoire de travail sans laquelle ne peut se constituer une mémoire à long terme (une culture), suscitant un syndrome amotivationnel, c’est la drogue de la crétinisation: «la fumette ça rend bête» ; «pétard du matin, poil dans la main ; pétard du soir, trou de mémoire». Au long cours, le cannabis fait perdre irréversiblement 9 points de Quotient Intellectuel (Q.I.). Dans la compétition qu’est la mondialisation, à l’inverse du dopage, le cannabis sera un très lourd handicap.

Au long cours, le cannabis fait perdre irréversiblement 9 points de Quotient Intellectuel (Q.I.).

Le THC a des liens irréfragables avec la schizophrénie/la folie (au sens commun de ce terme). Ce risque est d’autant plus marqué que sa consommation est plus précoce (dès le collège, 300.000 de nos adolescents s’en sont déjà approchés). Plus tôt l’essayer, c’est plus vite l’adopter et plus intensément se détériorer. Ce risque s’accroît d’autant plus que les doses sont plus élevées (or le taux de THC dans les produits en circulation a augmenté d’un facteur 6,5 au cours de ces 30 dernières années).

Dans une étude Néo-Zélandaise, sur 1000 adolescents qui avaient débuté sa consommation au collège, 100 d’entre eux (10%) étaient schizophrènes à 18 ans! Une étude récente montre que 20% des schizophrénies seraient liées à la consommation de cannabis.

Tous les États ayant légalisé le cannabis sont passés par la «manip’» du cannabis dit thérapeutique. En l’état présent des connaissances, le rapport bénéfices/risques qui sert à adouber un médicament est très nettement en défaveur du cannabis.

Compte tenu de la gravité et du nombre importants de ses méfaits ; qui pourrait, en conscience, se déclarer favorable à sa légalisation?

Source

 

Thierry Ardisson : Faut il enfin légaliser le cannabis ?

Jean Costentin participe à l’émission de Thierry Ardisson sur le cannabis

Pour voir la vidéo de l’émission (les 20 premières minutes après les publicités)

cliquez ICI

Autopsie d’un « débat » télévisé sur la légalisation du cannabis

Professeur Jean Costentin

               Il n’est pas plaisant de revenir sur ce qu’on a ingéré sans plaisir, mais conscient des leçons à en tirer, je me suis livré à cette régurgitation.

Samedi 27 avril, 19h30, sur la chaine C 8 de la télévision, l’émission « Salut les terriens » de T. Ardisson, était intitulée « Va-t-on enfin légaliser le cannabis ». Ce titre, par son « enfin » exprimait déjà la conclusion à laquelle elle voulait aboutir.

Les participants :

– Thierry Ardisson, animateur de l’émission qui, hors antenne, déclara être, de longue date, consommateur de cannabis ;

– William Lowenstein, médecin addictologue qui, peut-être, par mimétisme de ses patients, consommateurs de cannabis, a adopté leur mimique ainsi qu’une élocution un peu traînante ; il dissimule certains jours son militantisme pour la légalisation de toutes les drogues, en se présentant comme le président d’une association intitulée, tenez-vous bien  « S.O.S. addictions » ;

– un « humoriste », ou en tout cas présenté comme tel, procannabique en diable, dont j’ai oublié le nom ;

– Laurent Baffie, auteur, acteur multimédia, qui, au moins dans l’enregistrement initial, fit l’apologie du cannabis, qui l’aurait aidé pour sa création artistique… ;

– Yann Moix, un écrivain, qui estimera que la légalisation était de fait.

Devant ces cinq procannabis se trouvaient deux anticannabis :

– Gérald Kierzek, un médecin urgentiste, jeune, sympathique, familier des médias,  convaincu des méfaits de cette drogue ;

– et moi, le papy grognon, l’empêcheur de consommer du « chichon ».

Ces deux derniers n’étaient dopés que par l’absence, depuis toujours, de toute consommation de cannabis.  Il s’agissait donc d’un match à 5 contre 2.

Ce n’était pas du direct, l’enregistrement dura près d’une heure ; il devait comporter des amputations, pour couvrir au final quelques 25 minutes d’émission. Ces coupures me créaient quelques inquiétudes qui s’avérèrent justifiées. Néanmoins, au sortir de l’enregistrement, en dépit de ce que j’avais entendu, je n’étais pas accablé.

Mon camp avait été très épaulé par le talent de communicateur de G. Kierzek et j’avais pu exprimer nombre de points qu’il me paraissait très important de porter à la connaissance du public.

Dix jours plus tard, le samedi 27 avril, à 19h30, je ne pus me libérer pour regarder l’émission, mais dès le lendemain la plus jeune de mes sœurs m’envoya le lien me permettant de la voir. Ma déconvenue fut vive !

Plusieurs de mes formules condensées avaient été reprises (« la fumette ça rend bête ; le chichon ça rend con » ; « pétard du matin-poil dans la main ; pétard du soir-trou de mémoire » ; «la  drogue de la crétinisation » ; mais pour être percutantes il aurait fallu y adjoindre la sauce d’une démonstration, or elle avait disparue.

Mais, surtout, cinq points au moins, que je tiens pour extrêmement importants, n’ont pas survécu à la coupe. Il s’agissait de :

– l’accroissement, au cours des 25 dernières années, du taux de THC dans les produits en circulation, d’un facteur 6,5 :

– l’extraordinaire persistance du THC dans l’organisme, et en particulier dans  le cerveau, près d’une semaine après un joint et environ deux mois après de nombreux joints ; « ce n’est pas une drogue douce, c’est une drogue très lente » ;

-les relations, devenues irréfragables, entre la consommation du cannabis et le développement de la schizophrénie ; ce risque étant majoré par la précocité des premiers usages, la durée de la consommation et les doses utilisées ; auxquels s’ajoutent des facteurs de vulnérabilité individuels ; une étude récente établit que 20% des schizophrénies sont imputables au cannabis ;

– les relations avec les troubles anxieux et dépressifs qui comportent, en embuscade, des risques suicidaires ;

– et encore, je dirais et surtout, car cette observation majeure n’arrive pas à franchir la barrière des médias : les effets épigénétiques du THC. En bref, la consommation de cannabis / THC par des individus (hommes et femmes) en âge de procréer,  leur fait transmettre à leurs enfants une vive appétence pour les drogues, qui s’exprime dès l’adolescence. J’avais illustré ce grave effet par une formule (inspirée d’ une phrase du livre d’Ezéchiel : «Les parents ont fumé le cannabis vert et leurs enfants en ont eu les neurones agacés ».

Si ces cinq éléments vous paraissent superfétatoires, les « caviardeurs » ont bien fait de les faire disparaître du « débat ». Si par contre ils vous paraissent, comme à moi, très importants, il y a alors incompétence ou, pire, malversation.

Un débat à cinq contre deux , qui occulte des données majeures, loin d’éclairer le citoyen électeur, prompt à juger très vite et de tout, est un mode commun de manipulation de l’opinion et, disons même, de désinformation.

A l’opposé du « castigat ridendo mores » (de l’utilisation du rire pour corriger les mœurs), il a été fait appel au rire grasseyant, au rire bête, en un mot au rire cannabique, pour banaliser davantage cette sale drogue et dissimuler le drame qu’elle représente pour une génération et pour notre société.

Ajoutons à cela quelques frustrations mineures :

A l’issue de la séquence filmée de « l’humoriste », qui avait suscité des rires polis j’avais déclaré « sitôt qu’on vient de se forcer à rire, on devrait en pleurer » (passé à la trappe)

Quand W. Lowenstein a laissé espérer que « la légalisation du cannabis en France créerait 200.000 emplois » ; j’avais ajouté « sans doute dans les hôpitaux psychiatriques » ; (ce fut coupé ou inaudible).

Il y a certes beaucoup plus à tailler chez les gros que chez les maigres. L’embonpoint de mon propos a payé un lourd tribut aux facilités que se sont accordés mes censeurs.

La combinaison cannabis-tabac pourrait être liée à des troubles du comportement chez les jeunes adultes

  • Plus de 80 % des jeunes adultes qui ont déclaré avoir consommé de la marijuana en 2018 ont également déclaré avoir consommé du tabac au cours des 12 derniers mois.
    Plus de 80 % des jeunes adultes qui ont déclaré avoir consommé de la marijuana en 2018 ont également déclaré avoir consommé du tabac au cours des 12 derniers mois.ESOLLA / ISTOCK
Consommer du cannabis et du tabac en même temps pourrait aggraver la santé mentale et le comportement des jeunes adultes, dévoile un récent sondage américain. 

Publiée en ligne dans la revue Psychology of Addictive Behaviors, l’étude repose sur une enquête menée entre 2017 et 2018 auprès d’un groupe de 2400 jeunes adultes originaires de Californie, qui ont répondu à des questions portant sur leur usage de cannabis, de tabac ou de nicotine (e-cigarette) et sur leurs tendances à consommer ces deux substances en même temps.

« Nous craignons de plus en plus que la légalisation de la marijuana par un plus grand nombre d’États aux USA n’entraîne une augmentation de l’usage du tabac car les deux substances peuvent être utilisées ensemble. La double-consommation de cannabis et de tabac pourrait inverser certains des progrès réalisés dans la réduction des taux de tabagisme », explique Joan Tucker, autrice principale de l’étude et spécialiste du comportement au RAND, une institution de recherche à but non lucratif.

Près de la moitié des volontaires qui ont pris part à l’enquête a déclaré avoir consommé du cannabis en 2018, et 43% a consommé du tabac (ou de la nicotine) la même année. Environ 37 % d’entre eux ont déclaré avoir fait une double utilisation de ces substances à un moment donné au cours des 12 derniers mois.

Plus de 80 % des sondés qui ont déclaré avoir fait usage de la marijuana ont également consommé du tabac en 2018. Parmi eux, 17% ont pris ces substances l’une après l’autre et 14 % les ont pris ensemble en les mélangeant dans le même contenant. 

Des risques accrus quand les deux substances sont mélangées

Le sondage a révèlé que la consommation concomitante de cannabis et de tabac était liée à une mauvaise santé mentale et physique chez ces jeunes, ainsi qu’à des comportements problématiques tels que se battre, sécher les cours, être renvoyé ou avoir des démêlés avec la police.

L’étude précise que ceux qui fumaient du tabac et de la marijuana au cours de la même période, mais séparément, ne présentaient pas un risque plus élevé que ceux qui n’ont consommé qu’une seule de ces substances.

« Le fait de prendre ces produits en même temps est important en termes de conséquences potentielles sur la santé et la performance des 18-20 ans. Nos résultats suggèrent que nous ne pouvons plus penser séparement aux conséquences de l’usage du tabac ou de la marijuana, mais que nous devons les associer », conclut Joan Tucker.

Aux États-Unis, les données nationales montrent que les jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans sont plus susceptibles de consommer du cannabis, du tabac ou des produits à base de nicotine que tout autre groupe d’âge.

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