Recherche

Date

3 septembre 2022

Alcool et grossesse. « C’est une bombe à retardement pour le cerveau de l’enfant »

. La prévention, un enjeu vital

Selon une étude menée par l'association SAF France, 40 % des Bretons disent ne pas connaître les troubles causés par l'alcoolisation foetale
Selon une étude menée par l’association SAF France, 40 % des Bretons disent ne pas connaître les troubles causés par l’alcoolisation foetale • © PHOTOPQR/LE COURRIER DE L’OUEST/MAXPPP

En Bretagne, 621 bébés naissent, chaque année, avec un trouble causé par l’alcoolisation fœtale. L’association SAF France alerte, informe et sensibilise à cette problématique de santé publique. Ce 3 septembre, elle organise un un Safthon, à Brest, pour rappeler qu’un seul verre d’alcool pendant une grossesse peut avoir des conséquences graves sur le cerveau des bébés.

« Alcool et grossesse ne font pas bon ménage ». Hervé Gouedard ne lâche pas cette phrase au hasard. Cet ancien chef du service pédiatrique de l’hôpital de Morlaix a croisé, lors de ses consultations, des enfants atteints du syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF).

Il s’agit de la forme la plus sévère des conséquences de la consommation d’alcool pendant une grossesse. Elle peut provoquer un retard de croissance, un retard psychomoteur, des malformations du coeur, des yeux, des os, la surdité, des troubles de l’attention, de l’auto-contrôle, etc. « Pour établir le diagnostic, il faut remonter le fil de l’histoire de l’enfant, observe le médecin finistérien. Ce qui implique de demander clairement à la mère si elle a bu quand elle était enceinte. C’est délicat, compliqué, mais cette question doit être posée. Elle devrait même l’être pendant la grossesse et c’est rarement le cas ».

621 naissances en Bretagne

Il n’est pas seulement question ici de dépendance à l’alcool. Un verre de vin, de temps en temps, pendant la grossesse, suffit à créer des lésions permanentes au cerveau du bébé. « Pourquoi prendre ce risque pendant 9 mois alors que l’on a toute la vie avant et après pour le faire ? » interroge Hervé Gouedard. 

Il faut inciter le plus grand nombre à faire de la prévention Hervé Gouedard Délégué de SAF France en Bretagne

Chaque année, en Bretagne, 621 enfants naissent avec un trouble causé par l’alcoolisation fœtale (TCAF). En France, cela concerne 15.000 naissances. Prévenir, sensibiliser, informer, telle est la mission que l’association SAF France se donne depuis sa création en 2008.

Elle a même mis sur pied un Safthon il y a 6 ans, sorte de tour de France des régions qui intervient, chaque année, d’août à septembre. « On s’est aperçu que l’information n’existait pas ou peu sur cette problématique, relate l’ancien chef du service pédiatrique, également délégué breton de SAF France. Alors, on a décidé d’aller à la rencontre du public, des collectivités ». Un travail de terrain « pour inciter le plus grand nombre à faire de la prévention ».

« Tous responsables »

C’est à Brest, ce samedi 3 septembre, que le Safthon débutera en Bretagne. Dans cette ville qui, en 1984, lançait le défi brestois, à savoir trois jours sans boire une goutte d’alcool, et qui, depuis 2018, s’est dotée d’un plan alcool. SAF France est en discussion avec la mairie pour un partenariat sur le long terme. L’association a rencontré les élus locaux et leur a présenté sa charte sur la prévention des troubles liés à l’alcoolisation fœtale.

Le texte a déjà été signé par le Département des Côtes-d’Armor. Le paraphe du Conseil départemental du Finistère est en bonne voie. « Je suis ravi que la Bretagne adhère à la démarche, se réjouit le docteur Denis Lamblin, président de SAF France. Car nous sommes tous responsables. L’opinion répandue que ces troubles sont dus aux choix personnels de la femme est un obstacle majeur à l’efficacité de la prévention. Dire ‘c’est de sa faute’, ce n’est pas acceptable »

Ce pédiatre, qui exerce à la Réunion, déroule sur un sujet qu’il connaît bien et depuis longtemps. L’île, particulièrement touchée par l’alcoolisation fœtale, est un département pilote dans la prise en charge du SAF. « En matière de prévention, on a 15 ans d’avance sur les autres régions françaises. On a créé l’association pour que, justement, le problème soit mis sur la table ailleurs ».

La stigmatisation et la culpabilisation des femmes n’ont rien à faire dans le débat

Denis Lamblin Pédiatre et président de SAF France

La notion de co-responsabilité, Denis Lamblin la défend bec et ongles. « Les raisons sous-jacentes à la consommation d’alcool pendant une grossesse sont nombreuses, dit-il. Le manque d’information sur les risques en est une, mais il y aussi les incitations sociales à boire, le contexte de vie de chaque femme, je pense notamment à celles qui se réfugient dans l’alcool car victimes de violences conjugales. Voilà pourquoi la stigmatisation et la culpabilisation n’ont rien à faire dans le débat. La société entière est responsable de son incapacité à aider une femme enceinte à affronter la peur, l’angoisse, la violence par d’autres moyens que l’alcool ».

« Bombe à retardement »

Depuis 2007, grâce au combat mené par Denis Lamblin, un décret impose un pictogramme ‘zéro alcool pendant la grossesse’ sur chaque bouteille de vin, de bière et de spiritueux. A ce jour, seuls 12 pays dans le monde ont emboîté le pas de la France.

Le pictogramme interdisant la consommation d'alcool pendant la grossesse figure sur les bouteilles depuis 2007 en France
Le pictogramme interdisant la consommation d’alcool pendant la grossesse figure sur les bouteilles depuis 2007 en France • © C.C-A/France Télévisions

Pour faire bouger les lignes, SAF France s’est associée aux producteurs et distributeurs de boissons alcoolisées. Un paradoxe ? « Pas du tout, affirme le président de l’association. Ils nous aident à faire passer le message qu’il n’y a pas de consommation sans risque ».

Depuis trois ans, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) est, elle aussi, devenue une partenaire précieuse. Elle est d’ailleurs partie prenante du Safthon.

Les bars, les restaurants, les discothèques qui participent à l’événement distribuent, par exemple, des flyers à leur clientèle. « Il faut bien garder en tête que l’alcool prédispose le fœtus à 400 pathologies, prévient le docteur Lamblin. Le cerveau reste sensible tout au long de la grossesse et les lésions s’exprimeront comme une bombe à retardement dans la vie de l’enfant ».

« Un fléau évitable »

Mettre le paquet sur la prévention, « c’est la priorité des priorités, estime Hervé Gouedard. Osons en parler car c’est un fléau évitable ». Des interventions en milieu scolaire, notamment dans les classes de 4e et 3e au collège, sont au programme de SAF France dans les Côtes-d’Armor et le Finistère.

Ce 3 septembre, le syndrome d’alcoolisation fœtale s’invitera aussi en ouverture du match du Brest Bretagne Handball. Avant le coup d’envoi de cette première rencontre de la saison de Ligue féminine de handball, Denis Lamblin prendra le micro pour sensibiliser le public brestois. Chaque spectateur trouvera un dépliant d’information sur son siège, en plus du stand que l’association installera dans le hall de l’Arena.

La notion de dangerosité pour un seul verre n’est pas acquise Denis Lamblin

Pédiatre et président de SAF France

Nul doute que le pédiatre de l’Ile de la Réunion insistera sur l’idée qu’aucune femme n’est à l’abri du risque. « Un verre, c’est déjà de trop et la notion de dangerosité pour un seul verre n’est pas acquise, constate-t-il. Une femme prendrait-elle un médicament qui mettrait la vie de son bébé en danger ? Non ! Un verre de vin ou de bière, cela équivaut au quart d’un comprimé de ce médicament dangereux ».

Il fallait s’y attendre, 2ème édition !


Dans les messages du 28 Août, (cliquez ici) nous rapportions les premières conséquences de l’autorisation récente du cannabis récréatif dans 19 états américains :

Forte augmentation de la consommation de cannabis comparée à celle de 2012 (de 50% environ) mais hausse également du recours à d’autres drogues.

Pas étonnant constate le psychiatre Jeffrey Roth qui conclut « rendre le cannabis illégal n’aide pas…mais le rendre légal, ça envoie un message et tout le monde se précipite dessus…on pouvait s’y attendre »

En France où on s’accroche à la recherche d’un possible effet thérapeutique, le rapport d’étape de l’expérimentation nationale n’est guère flatteur : En 16 mois, 1790 volontaires ont été inclus dans l’étude, 540 l’ont abandonné, parmi eux 186 pour cause d’effets indésirables, 200 pour inefficacité.

Analysé par le comité de suivi, l’intérêt du cannabis en psychiatrie n’est pas prouvé à ce jour (après 16 mois d’observation). Ce résultat encore provisoire, est cohérent avec les observations précédentes de la Haute Autorité de Santé (HAS) qui juge le service médical rendu minime ou inexistant (Pour le cannabidiol, CBD seul, l’ASMR est mineure de niveau IV et pour l’association THC+CBD l’ASMRest inexistante de niveau V).

Dans une étude clinique classique d’un candidat médicament, un tel taux d’abandon (30%) aurait
conduit à son arrêt immédiat.
Attendons la fin de l’expérimentation mais d’ores et déjà, il fallait s’y attendre, l’intérêt thérapeutique du cannabis n’est pas prouvé.

Pr JP Tillement et JP Goullé

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :