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11 avril 2023

L’alcool est-il mauvais pour la planète?

Ernest Ginot 

Une bonne gueule de bois environnementale est à prévoir après avoir bu ces lignes.

Tout ou presque a un coût environnemental et l'alcool n'y échappe (malheureusement) pas. | Wil Stewart via Unsplash
Tout ou presque a un coût environnemental et l’alcool n’y échappe (malheureusement) pas. | Wil Stewart via Unsplash

Pourquoi envions-nous l’orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d’une balade, sous la douche ou au cours d’une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L’Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à explication@slate.fr.

L’alcool est un véritable danger pour la santé. Jusqu’ici, rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Ce que l’on sait moins, c’est que les boissons alcoolisées sont aussi dangereuses pour notre planète.

Pas d’ivresse, de chanson paillarde avec la Lune ou de coma éthylique en perspective pour la Terre, mais plutôt une dégradation de l’environnement importante, causée par la production de ces breuvages.

Certes, la question écologique n’est pas forcément la première chose à laquelle on pense quand on boit sa bière, tranquille, à la terrasse d’un troquet. Pourtant, le problème pourrait bien s’inviter à table un jour, vu l’impact sur la planète que peut avoir la production d’alcool en tous genres (vin compris, hélas). Attention: la gueule de bois risque d’être rude après la lecture, pour toutes celles et ceux qui se soucient de l’environnement, mais qui ne refusent jamais un petit godet.

L’alcool, c’est de l’eau (beaucoup d’eau)

Ce n’est pas l’alcool en soi qui a une empreinte écologique importante. L’alcool ne dégage pas directement de gaz à effet de serre et ne roule pas au diesel. Non, c’est plutôt sa production et sa distribution qui posent problème.

La forte pollution liée aux boissons alcoolisées est d’abord due à leur transport. D’une bouteille de tequila partant du Mexique à un shooter dans un bar parisien, il y a une trotte. Les divers emballages du produit sont aussi pointés du doigt. Bouteilles en verre ou en plastique, canettes: tout a un coût environnemental, et pas des moindres.

La forte consommation d’eau nécessaire à la production des ingrédients pour fabriquer ces liquides, sans oublier l’utilisation à outrance des pesticides, est aussi à prendre en compte. Cette même production d’alcool rejette également souvent des déchets toxiques, qui ravagent les sols. Prenons notre fameuse tequila du Mexique. Pour chaque litre produit, cinq kilos de pulpe et onze litres de déchets acides sont déversés dans les sols et l’eau environnante du pays de production, rapporte The Independent. Sacrée gueule de bois environnementale.

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Un chiffre particulièrement marquant montre bien l’ampleur de ce phénomène: au total, on estime que 0,7% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde seraient dues à l’alcool. Soit presque autant que la part de… la France: 0,9% des émissions mondiales de CO2 (un chiffre qui ne concerne que les émissions territoriales).

Vin, bière, alcools forts…

Alcools: tous coupables? Pas vraiment. Face à ce problème, toutes les boissons n’ont pas le même bilan.

Le vin, par exemple, pose un vrai problème: sa production nécessite beaucoup (beaucoup) d’eau. Un simple verre de vin de 125 ml requiert l’utilisation de 109 litres d’eau! Une quantité conséquente, alors que la France –et une grande partie du monde– fait face à une pénurie d’eau de plus en plus menaçante.

Si l’on ne souhaite pas lâcher la bibine, mieux vaudrait notamment se tourner vers du vin en cubi. Au moins, son emballage en carton n’est pas aussi polluant que son cousin commercialisé en bouteilles en verre.

Et la bière dans tout ça? Elle n’y échappe malheureusement pas non plus. La production d’une bouteille de bière de 500 ml consommerait jusqu’à 148 litres d’eau. C’est légèrement mieux, mais loin d’être satisfaisant. Sans compter qu’une bouteille de bière importée et achetée dans le commerce, que l’on sirote tranquillement chez soi, serait responsable de la libération de 900 grammes de CO2.

Ce chiffre tombe drastiquement à 300 grammes de CO2 si on boit une mousse brassée localement, transportée en fûts et directement dans un pub, ajoute le Guardian.

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La taille du verre a-t-elle une influence sur le goût du vin?

Ouf, vous dites-vous, les alcools forts sont sauvés! Pas de culpabilité à avoir en engloutissant un verre de whisky, voire de pastis bien corsé… Malheureusement, le bilan n’est pas plus reluisant pour ces derniers. Plus la teneur en alcool d’une boisson est élevée, plus son empreinte carbone est conséquente.

À y regarder de plus près, seul le cidre biologique local aurait les faveurs de la planète. Bien souvent produit à partir de fruits qui n’auraient pas été vendus autrement, il permet de réduire le gaspillage, tout en présentant un mode de production relativement facile.

Si la sobriété éternelle vous déprime déjà, n’allez pas pour autant noyer votre chagrin dans certaines boissons sans alcool. Thé, café, sodas: ce trio-là, c’est la cata. La production de café participe fortement à la déforestation, sans parler de l’empreinte carbone due à son importation.

Un problème qu’on retrouve pour le thé, qui, hormis les versions bio, est en plus aspergé de pesticides à tout-va. Quant aux sodas, les quantités astronomiques d’eau employées pour leur fabrication en font de véritables bombes environnementales.

SOURCE

Cocaïne, cannabis, alcool, héroïne, tabac, ecstasy… Que font ces drogues sur le cerveau ?

Ce week-end, en lisant une interview de l’écrivain Frédéric Beigbeder dans Le Figaro, où il affirmait, je le cite, que lui, l’« homme blanc hétéro de plus de 50 ans » était victime du racisme quatre fois, je me suis dit que le cerveau de l’ex-gandin des lettres françaises était encore perturbé par les nombreuses drogues qu’il avait consommées au cours de sa vie de noceur…

Quoi qu’il en soit, la drogue est une substance psychotrope ou psychoactive qui perturbe le fonctionnement du système nerveux central ou qui modifie les états de conscience.

Nous verrons précisément comment les drogues agissent sur le cerveau, qu’il s’agisse de l’alcool, du cannabis, de la cocaïne, de l’héroïne, de l’ecstasy et de toutes les nouvelles drogues de synthèses comme la 3-MMC.

Comment toutes ces drogues fonctionnent-elles sur le corps ? Quels sont les dégâts qu’elles procurent, à court, moyen ou long terme ? Pourquoi est-il criminel de prendre de la drogue au volant ?

Et puis nous verrons pourquoi les jeunes sont particulièrement vulnérables aux effets de la drogue.

Des drogues licites et illicites, dangereuses

Philippe Batel, psychiatre addictologue, explique ce qu’est une drogue : c’est un produit qui va modifier non seulement l’état de conscience, mais qui va aussi avoir par son action psychotrope un impact sur les émotions, sur la mémoire, sur les cognitions et sur le sentiment d’être soi. La plupart des usagers de drogues vont les utiliser pour augmenter, booster ou modifier ces aspects.

Dans de nombreuses cultures à travers le monde, depuis la plus haute antiquité et peut-être avant, l’être humain a recherché la perte de contrôle de ses pensées, de ses actions, en prenant des substances psychoactives qui déconnectent du réel et laissent parfois des souvenirs sensoriels extraordinaires. C’est le cas avec les substances hallucinogènes qui existent depuis des millénaires.

Philippe Batel s’étonne de la fracture actuellement entre drogue licite et drogue illicite, qui n’a aucun sens pour les médecins et pour les soignants et devrait n’en avoir aucun pour les usagers également. En effet, il explique que quand on demande aux experts de classer les drogues – dont l’alcool, le tabac, la cocaïne, l’héroïne, le cannabis, le LSD, les champignons hallucinogènes –, les plus dangereuses sont les drogues licites, à savoir l’alcool en premier, et le tabac également dans le haut du classement.

Les médecins ne font pas la distinction entre drogues dures et drogues douces. L’alcool, par les dégâts qu’il cause, pourrait par exemple être qualifié de drogue dure.

Comment les drogues agissent ?

Le plaisir est au cœur de la prise de drogue. Le docteur Julien Azuar, addictologue, explique pourquoi on peut tomber dans cet engrenage destructeur : « Au fur et à mesure, ça se transforme, c’est ce qu’on appelle le renforcement positif. Donc on prend la drogue pour un certain effet. Et puis quand on la prend, en effet, ça fait cet effet, mais au fur et à mesure, ça disparaît au profit d’un renforcement qu’on appelle négatif. On est plutôt mal quand on ne prend pas la substance et donc moins mal quand on la prend. Donc, on bascule d’un mécanisme vers l’autre qui entraîne la maladie parce que la consommation n’est pas une maladie, c’est l’addiction qui est le trouble de l’usage, qui est une maladie. »

Philippe Batel explique comment on tombe dans l’héroïne et pourquoi on y reste : « Les héroïnomanes vous le racontent parfaitement. Il y a l’extase de la première prise avec la défonce absolue et puis le parcours terrible de courir derrière ce souvenir extraordinaire, logé dans une partie particulière du cerveau. Il y a une course effrénée vers quelque chose qui ne vient pas et c’est en cela que les addictions, c’est une maladie qui est déraisonnable et qui, très rapidement, est absurde. Car, pourquoi continuer à pourrir son existence et très souvent celle des autres alors que le bénéfice attendu, l’effet, n’est plus là. »

Julien Azuar précise les différents types de risques : « Quand on parle de dangerosité physique, on parle de dangerosité aiguë ou chronique. Un champion toutes catégories en pathologies chroniques, c’est vraiment l’alcool qui va notamment détruire les neurones au fur et à mesure. La cocaïne, les risques aigus sont importants. Comme ça crée une vasoconstriction par exemple, on peut avoir un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral. »

Pourquoi devient-on addict ?

Selon le docteur Batel, « L’idée globale qui a longtemps prévalu dans la psychiatrie et l’abord psychiatrique des addictions, c’est qu’il fallait une souffrance originelle pour pouvoir s’engager sur cette route glissante et pentue de l’addiction. En fait pas du tout. Initialement, pourquoi prendre de la cocaïne ? Pour avoir le sentiment d’être beaucoup plus performant, ce qui, en règle générale, n’est pas du tout le cas. Pourquoi on prend des drogues en pathogène comme l’ecstasy ou la 3-MMC ? C’est avec l’idée d’être plus proche des autres. Il n’y a pas, en regard de chaque recherche de plaisir, une souffrance. Et ça, c’est juste essentiel. »

Certains sont d’emblée attirés vers les drogues, quand d’autres pas du tout. Il y a des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux, mais aussi des facteurs sociétaux. Et tous ces facteurs vont faire qu’on va être plus ou moins à risque de développer une dépendance aussi.

On ne le rappelle jamais assez : zéro drogue et zéro alcool quand on prend le volant. Un numéro utile pour vous ou vos proches Drogues Info Service au 0 800 23 13 13 ou sur le site drogueinfoservice.fr

Invités

Dr Julien Azuar, docteur en médecine généraliste et addictologue spécialiste dans les troubles liés à l’usage d’alcool et de substances. Il est également praticien hospitalier dans le service de Médecine Addictologique de l’hôpital Fernand Widal (Groupe Hospitalier Lariboisière – Fernand Widal, Saint Louis, Paris).

Pr Bernard Sablonnière, médecin biologiste, chercheur en neurobiologie et Professeur de Biochimie et de Biologie moléculaire à la Faculté de Médecine de Lille. Responsable d’un laboratoire de Neurobiologie au Centre de Biologie et Pathologie du Centre Hospitalier Régional et Universitaire de Lille, il coordonne une équipe de chercheurs généticiens, sur le thème des Maladies neurodégénératives et la mort neuronale à l’INSERM.
Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages, dont La Chimie des sentiments (Odile Jacob, 2015), Le Cerveau : Les clés de son développement et de sa longévité (Odile Jacob, 2015) et Les nouveaux territoires du cerveau (Odile Jacob, 2016). Il mène également une activité de vulgarisateur pour le grand public auprès des médias. Le 15 mars dernier est paru La Chimie des odeurs, des saveurs et du plaisir (Odile Jacob, 2023).

Philippe Batel, psychiatre addictologue. Il a dirigé le service d’alcoologie de l’hôpital Beaujon (Clichy) et a été en charge de la coordination et de la direction médicale de l’Institut Médical Spécialisé Montévidéo (anciennement Clinique Montévidéo, première clinique privée spécialisée dans le traitement des addictions en France). Il est désormais praticien hospitalier au Centre d’addictologie de la Charente, au sein du Centre Hospitalier Camille Claudel. Il préside l’ARMA (Association pour la recherche des maladies alcooliques).

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