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Date

15 avril 2023

Le HHC : ce dérivé du cannabis vendu légalement en France

Par Jeanne Sénéchal

ENQUÊTE – En consommant du HHC, plusieurs consommateurs expliquent avoir ressenti des effets similaires au cannabis. Pourtant, ce produit est vendu légalement en France. Que contient-il et pourquoi n’est-il pas classé comme stupéfiant ?

Lorsque Lucas s’est rendu dans son magasin habituel de CBD il y a deux mois, il s’est aperçu qu’un nouveau produit était en vente : le HHC. «Effet défonce garantie», lui lance alors le tenancier du shop. Curieux, Lucas achète un peu de ce produit et décide d’en fumer le soir venu. Et là, surprise : il ressent les effets qu’ils connaissaient lorsqu’il fumait du cannabis. Le lendemain, il retourne au magasin et demande au commerçant comment ce type de produit peut être légal : «Tout est légal avant d’être illégal», lui répond-il, un sourire en coin. Il n’a pas tort : ce produit, qui imite pourtant les effets de la principale molécule active du cannabis, le THC, n’est pas classé comme stupéfiant en France. Ce qui laisse place à de nombreuses interrogations.

Sur le papier, le HHC est l’acronyme de hydrocannabinol, une molécule fabriquée chimiquement proche du THC. Elle aussi existe dans le cannabis naturel, mais en toute petite quantité. Elle n’est pas répertoriée comme produit stupéfiant et est vendue dans les magasins de CBD, en toute légalité, pour un prix de 11 euros le gramme environ, contre 6 à 10 euros pour du CBD et 10 à 14 euros pour du THC vendu illégalement. Le HHC peut prendre la forme d’herbe, d’huile, de tisane, de gelée et autre. Mais à la différence du CBD, les effets sont bien plus importants.

Qu’est-ce que le HHC, ce dérivé du cannabis vendu légalement en France ?

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Des effets semblables au THC

Maxime consommait du cannabis depuis l’âge de ses 16 ans. En 2021, il décide de tout arrêter et tente de se mettre au CBD. «Mais les effets quasi-inexistants ne m’ont pas vraiment séduit», raconte-t-il. Comme Lucas, il tombe il y a peu de temps dans son magasin de CBD sur du HHC en résine, comme du shit. Et là, stupéfaction également : il ressent presque les mêmes effets que le THC : la défonce, mais sans être mal le lendemain matin ; la sédation, mais sans devenir paranoïaque. Depuis, il fume deux joints par soir en rentrant du travail et avant de se coucher. «C’est un entre-deux entre le CBD et le THC, mais ça se rapproche vraiment du THC», nous précise-t-il.

Bien que vendue depuis peu, cette molécule est déjà arrivée jusqu’au réseau français d’addictovigilance, dont les centres régionaux recensent les cas de complications liées à la consommation de substances psychoactives. «Nous avons reçu plusieurs alertes concernant cette molécule, notamment des personnes qui avaient acheté ce nouveau produit et qui avaient été étonnées des effets», explique Liselotte Pochard, du CEIP-Addictovigilance PACA Corse. Ils ont également retrouvé du HHC fortement dosé dans des échantillons prélevés en point de deal traditionnel. Et confirment : «Le HHC ressemble au THC, autant sur les effets psychoactifs que sur les effets indésirables, comme les céphalées, les vomissements ou encore les vertiges».

Maxime nous explique ressentir plus de sensations avec la résine de HHC qu’avec le format de l’herbe : «Lorsque je fume de l’herbe, les effets s’estompent très vite. Alors que lorsque c’est de la résine, je peux être défoncé pendant 1h30», indique-t-il. Selon lui, la résine est plus dosée que les autres formats. Mais dans les faits, comment se fait-il que les effets ressemblent à ceux du cannabis naturel ? «Comme la molécule du HHC est chimiquement proche de celle du THC, elle va agir de la même façon sur les récepteurs cérébraux au THC, les CB1. L’activation de ces récepteurs va alors provoquer des effets sédatifs, une distorsion de la réalité, comme le cannabis. À la différence, le CBD n’active pas ces récepteurs», explique le professeur Benjamin Rolland, psychiatre et addictologue, de la faculté de Médecine et Maïeutique Lyon-Sud.

Et des risques

Qui dit effets notables, dit également risques : comme le THC, «il y a donc un risque de pharmacodépendance, de sevrage à l’arrêt, on peut s’attendre à avoir les mêmes risques qu’avec le THC, notamment cardiovasculaire. Mais nous n’avons pas encore assez de recul là-dessus», prévient Liselotte Pochard, du CEIP-Addictovigilance PACA Corse. Outre les risques psychoactifs, il existe aussi des risques concrets, notamment lors de la conduite de véhicule. Ce qu’admet de son côté Maxime : «Bien que je sois moins défoncé qu’avec du THC, je sens que la conduite pourrait être dangereuse». Avec tous ces risques, pourrait-on la classifier comme drogue ? «Cela dépend de la définition. Mais effectivement, si on estime qu’une drogue est une substance qui peut donner des intoxications, des troubles de la vigilance avec un risque d’addiction, on pourrait dire que c’est une drogue», ajoute le professeur Rolland.

Mais comment cette molécule peut-elle être légale ? Les drogues de synthèse prolifèrent grâce à un vide juridique. Et le HHC en fait partie. «C’est quelque chose qui est assez classique, les fabricants de substance s’adaptent en permanence et bricolent des molécules qui chimiquement sont suffisamment proches des molécules interdites pour provoquer des effets similaires», explique le professeur Rolland. Il y a donc une course-poursuite constante entre ces créateurs et les pouvoirs publics qui les interdisent. «Le HHC sera sûrement interdit, mais il y aura très probablement un penta-hydrocannabinol ou un octocannabinol qui finiront par arriver.»

Pour pouvoir interdire ce type de substance, plusieurs axes doivent être identifiés : le produit doit être commercialisé, consommé et il faut des preuves d’une gravité des effets psychoactifs et dangereux. Une fois ces éléments cochés et la dangerosité prouvée, les autorités compétentes classent la molécule comme dangereuse ou pas. «C’est plus ou moins long, il suffit qu’il y ait un cas qui entraîne des complications ou un décès pour que cela accélère le processus», explique Liselotte Pochard. L’Autriche, quant à elle, vient d’en interdire la production et la distribution sur le territoire, la possession et la consommation restent impunies. Il est alors probable que la France et les autres pays européens suivent cette décision.

Vidéo Trafic de drogue : la France est-elle impuissante ?

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« Drogue du zombie » : c’est quoi la xylazine, ce produit vétérinaire utilisé par les toxicomanes ?

Aux Etats-Unis, la propagation de la xylazine, surnommée « drogue du zombie » ou « Tranq », inquiète les autorités sanitaires. Altération des fonctions cardiaques, corps nécrosé, perte de conscience… Le nombre de cas d’overdose se multiplie à cause de la frontière très mince entre la dose d’efficacité et la dose létale.

"Drogue du zombie" : c'est quoi la xylazine, ce produit vétérinaire utilisé par les toxicomanes ?
© La xylazine, surnommée « drogue du zombie », est responsable de plus en plus de morts aux Etats-Unis. (Photo d’illustration : Laurent Hamels / via AFP)

Publié le 14/04/2023 – Alexandre CHAUVEL

Aux Etats-Unis, l’Agence américaine des médicaments s’inquiète de l’émergence d’une drogue très dangereuse, appelée « drogue du zombie » ou « Tranq ». Aujourd’hui, selon Newsweekcité par Slate, on la trouverait dans 36 Etats du pays, mais elle se répand rapidement.

Si elle se propage aussi vite, c’est parce que son coût est très faible. Sur Internet, on peut en trouver pour six dollars le kilogramme, soit moins de six euros. Ce qui est acheté, c’est du xylazine, un médicament utilisé par les vétérinaires comme sédatif ou pré-anesthésique. 

La xylazine ne doit pas être consommée par l’homme

Utilisé pour les chats, chiens et chevaux, ce médicament ne doit surtout pas être consommé par l’homme, car il peut gravement altérer les fonctions cardiaques. Il inhibe les récepteurs adrénergiques. Ce sont ceux-ci qui permettent au corps de réguler le rythme cardiaque et la tension artérielle. 

Jean-Pol Tassin, directeur de recherche émérite à l’Inserm et spécialiste de l’addiction et du sevrage, explique à nos confrères de Sciences et avenir les effets de cette drogue : « Dès qu’on arrête de stimuler les récepteurs alpha1, on a une perte de conscience, d’attention, une extrême sédation et éventuellement des délires ou des hallucinations : c’est très certainement pour cela qu’on l’appelle la drogue du zombie, même si ce nom est plutôt erroné. »

Le corps nécrosé

Aux Etats-Unis, les consommateurs combinent généralement cette drogue avec d’autres substances comme les opioïdes ou l’alcool, ce qui est d’autant plus dangereux.

Si la xylazine est surnommée « drogue du zombie », c’est également parce qu’elle a des effets sur le corps. Sa consommation répétée fait augmenter la pression sanguine et réduit l’oxygénation de la peau. Des abcès se créent, et remontent à la surface, donnant d’importantes plaies à différents endroits du corps. Les abcès n’étant pas détectables de suite, lorsque les tissus sont nécrosés, il est déjà trop tard. Certains patients doivent alors être amputés.

Aucun remède contre cette drogue

Selon les témoignages des consommateurs, la xylazine donnerait l’impression de se trouver sur un nuage. Un nuage dont on ne redescend que très rarement, car contrairement aux autres drogues, aucun médicament ne permet de combattre la xylazine.

« Le problème avec cette drogue et ce qui la rend particulièrement dangereuse, c’est que l’intervalle entre la dose létale et la dose d’efficacité est faible », précise Jean-Pol Tassin. En 2020, la xylazine était impliquée dans 26 % des overdoses dans l’Etat de Pennsylvanie. L’année suivante, à Philadelphie, 90 % des échantillons de drogues saisis contenaient de la xylazine. 

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