Par : Clara Bauer-Babef | EURACTIV France×
16 juin 2023
Le cannabis reste la drogue illicite la plus consommée au sein de l’UE, selon le dernier rapport de l’Observatoire européen des drogues et de la toxicomanie (EMCDDA), publié vendredi 16 juin. [Media Lens King/Shutterstock]
Alors qu’un nouveau rapport européen pointe la nécessité de davantage communiquer sur les risques liés à la consommation de cannabis, la France préfère continuer à mener une politique de répression sévère.
Le cannabis reste la drogue illicite la plus consommée au sein de l’UE, selon le dernier rapport de l’Observatoire européen des drogues et de la toxicomanie (EMCDDA), publié vendredi 16 juin.
L’EMCDDA estime qu’en Europe, 8 % des 25-64 ans, soit 22,5 millions de personnes, ont consommé du cannabis en 2022. De plus, la disponibilité du cannabis semble s’accroître puisque les quantités de résine et d’herbe saisies dans l’UE en 2021 ont atteint leur niveau le plus élevé depuis une décennie.
Le rapport souligne la nécessité de mettre en place des stratégies de communication efficaces sur les risques afin d’informer les consommateurs « sur les effets indésirables sur la santé liés aux nouvelles substances, aux interactions entre drogues et aux produits à forte teneur en principe actif ».
Des recommandations dont la France semble faire fi, préférant mener une politique répressive sévère : la majorité des moyens de l’État sont utilisés pour la répression plutôt que pour la prévention, selon le maire écologiste de Bègles, en Gironde, Clément Rossignol-Puech.
Pourtant, la France est le deuxième pays européen en matière de consommation de cannabis.
44,8 % des Français entre 15 et 64 ans ont déjà consommé au moins une fois du cannabis dans leur vie, selon un rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) publié en septembre 2021.
À titre d’exemple, ce chiffre est de 37,5% pour l’Espagne et 38,4% pour le Danemark. Aux Pays-Bas, où le cannabis est en vente libre, le chiffre est de 27,7%.
Selon Caroline Janvier, députée Renaissance du Loiret, « la politique publique sur le cannabis en France est inefficace ».
La députée est également rapporteure de la mission d’information sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis et son constat est clair : « Il faut aller vers une légalisation encadrée où l’État contrôle la fabrication, la transformation du produit et le taux de THC », explique-t-elle à EURACTIV France.
Même son de cloche pour Clément Rossignol-Puech, qui souhaite expérimenter la légalisation du cannabis à l’échelle de sa ville.
« Les gens doivent savoir ce qu’ils consomment. Lorsqu’on encadre, la consommation est mieux gérée et elle diminue », déclare le maire dans un entretien accordé à EURACTIV France.
M. Rossignol-Puech dit avoir affaire à des familles désemparées à des jeunes qui consomment du cannabis très tôt, souvent dès le collège. Alors que le cannabis présente un risque accru pour les moins de 25 ans, car le cerveau n’est pas encore totalement développé, « il faut des messages dirigés vers les jeunes comme pour le tabac », martèle-t-il.
Alors que l’Allemagne s’engage sur la voie de la légalisation du cannabis récréatif dès 2024, le gouvernement français entend surveiller étroitement l’évolution du cadre législatif de son voisin européen.
Des pays européens sur la voie de la légalisation
Au sein de l’UE, un vent de progressisme semble souffler depuis plusieurs années sur les politiques publiques du cannabis. Le Portugal a dépénalisé toutes les drogues depuis 2001 et « la consommation de cannabis au Portugal est trois fois inférieure à celle de la France », constate Mme Janvier.
Malte fait aussi souvent office d’exemple puisque depuis 2021, l’île ayant totalement légalisé la consommation de cannabis pour toute personne âgée de 18 ans ou plus.
Plus récemment, l’Allemagne a annoncé vouloir ouvrir la voie à une légalisation totale du cannabis dès 2024. Selon le ministre allemand de la Santé Karl Lauterbach, la future loi permettrait d’ »assurer une meilleure protection des enfants et des jeunes, mais aussi une meilleure protection de la santé ».
Mais chaque pays européen mène sa propre politique sur le cannabis, l’UE n’ayant pas de compétences sur le sujet, rappelle à EURACTIV l’eurodéputé David Cormand (Les Verts/ALE).
Seule une résolution du Parlement européen adoptée en 2019 appelle à des règles européennes sur le cannabis thérapeutique et récréatif, mais la résolution n’est pas contraignante et exprime seulement un point de vue.
« Des règles juridiques aideraient à contrôler les points de vente et limiteraient le recours au marché noir. Elles aideraient également à prévenir l’abus de substances et l’addiction parmi les mineurs et les groupes vulnérables », peut-on lire dans la résolution.
« C’est une question de santé publique, il est difficile de traiter la dépendance et les conduites addictives liées au cannabis si sa consommation est illégale », note M. Cormand, alors qu’en Europe, 97 000 usagers sont entrés en soins pour des problèmes liés à un usage de cannabis en 2021.
« Les toxicomanes sont considérés comme des criminels avant d’être des malades », appuie Mme Janvier.
Mais en France, la législation ne semble pas prête d’avancer. Valérie Saintoyant, déléguée de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), avait estimé en janvier dernier que la légalisation du cannabis en Europe était loin d’être une « réussite ».
La dépénalisation du cannabis dans certains pays européens ne convainc pas la France. La déléguée ministérielle Valérie Saintoyant a réitéré la position, fermement contre, du gouvernement, lors d’une audition au Sénat mercredi.
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