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juillet 2023

Hausse de la consommation de cocaïne en France

la Fédération Addiction travaille à des réponses adaptées

Le rapport de l’OFDT sur la cocaïne, publié le 27 mars 2023, fait état d’un « marché en plein essor ». Malgré la politique de prohibition, la France est aujourd’hui parmi les pays les plus consommateurs de cocaïne en Europe. La Fédération Addiction travaille à développer une offre de réduction des risques et de soins adaptée à cette hausse de la consommation de cocaïne.

Une hausse de la consommation de cocaïne qui place la France parmi les pays les plus consommateurs d’Europe

Le théma La cocaïne, un marché en plein essor publié par l’Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT) fait état d’une hausse de la consommation de cocaïne parmi les Français qui s’inscrit dans un contexte européen et mondial où cette drogue circule de plus en plus, et ce depuis 20 ans.

Si la consommation de cocaïne ne concerne toujours qu’une partie marginale de la population (1,6 % de la population adulte en 2017), la France fait aujourd’hui partie du club des pays de l’Union européenne où la cocaïne est la plus diffusée. Ainsi, 600 000 Français ont consommé de la cocaïne dans l’année écoulée : il s’agit ainsi de la drogue illicite la plus consommée en France derrière le cannabis et devant l’ecstasy.

Le rapport de l’OFDT met cependant en exergue un recul des niveaux d’expérimentation de la cocaïne chez les adolescents et chez les 18-25 ans. La progression de la consommation s’observe en effet chez les adultes,mais seulement dans certaines tranches d’âges, en particulier les trentenaires et quarantenaires. L’OFDT formule l’hypothèse que « cette hausse de la proportion d’usagers dans l’année traduit probablement, un changement de comportement parmi les initiés à la cocaïne, plus qu’une progression généralisée de la consommation : parmi les adultes qui ont essayé la cocaïne, ceux qui consomment ensuite de façon occasionnelle voire régulière sont plus nombreux que dans les générations précédentes ».

Conformément à ce qui s’observe dans les autres pays européens, la majorité des usagers de cocaïne en France n’en consomment qu’en de rares occasions, à titre expérimental.

L’OFDT note également une diversification des modes d’usages de la cocaïne ainsi qu’une diversification sociale des usagers : l’expérimentation de la cocaïne touche aujourd’hui des personnes travaillant dans tous les secteurs professionnels, de plus en plus de femmes et de plus en plus de territoires ruraux et périurbains.

La progression de la consommation s’observe chez les adultes, mais seulement dans certaines tranches d’âges : en particulier les trentenaires et quarantenaires.

La consommation de cocaïne sous forme de crack reste — malgré le focus médiatique sur cette question — résiduelle : elle concerne selon l’OFDT « certains segments de population et certains territoires » et « s’explique par divers facteurs ».

Une consommation qui entraine de plus en plus de complications

Cette diffusion accrue de la cocaïne — qui est par ailleurs de plus en plus pure et qui continue de bénéficier de perceptions sociales minorant sa dangerosité— a des conséquences sanitaires importantes. Ainsi, 130 décès directement liés à l’usage de cocaïne ont été enregistrés en 2020 en France. En 2022, le taux de recours aux urgences pour un usage de cocaïne était de 21,2 pour 100 000 contre 8,6 en 2010, soit un triplement. Autre indicateur : l’augmentation des demandes de traitement liées à la cocaïne. Les CSAPA, qui enregistraient 2 613 demandes de traitement liées à la cocaïne en 2010, en enregistrent 5 907 dix ans plus tard.

Dans ce contexte, la Fédération Addiction travaille à mieux outiller les professionnels du secteur de l’addictologie à l’accompagnement des usagers de cocaïne

Outiller les professionnels

Le projet AIPAUC (« Améliorer l’information, la prévention et l’accompagnement des usagers de cocaïne »), soutenu par le Fonds de lutte contre les addictions, s’intéresse à l’ensemble des personnes consommatrices de cocaïne : aussi bien celles qui consomment de la cocaïne en poudre, en contexte festif et qui ne rapportent pas nécessairement des troubles de l’usage, que celles plus marginalisées faisant plus souvent usage de crack ou de cocaïne injectée. Il s’agit de toucher ces différents publics sans avoir de message unique.

Concrètement, le projet permettra la création dès 2023 de plusieurs supports destinés aux professionnels du champ de l’addictologie : une synthèse et un support vidéo sur les outils de réduction des risques, une synthèse sur la prévention, une vidéo sur les complications liées aux consommations et une synthèse sur les thérapeutiques. L’ensemble de ces livrables seront présentés dans le cadre de cinq journées régionales.

Par ailleurs, la hausse de la concentration de la cocaïne argumente en faveur du renforcement des dispositifs d’analyse de drogues. La Fédération Addiction anime à ce titre le réseau Analyse ton prod’ qui a analysé 400 échantillons de cocaïne en Île-de-France en 2022.

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«Lpoufa», une drogue qui bouffe les neurones des jeunes

Depuis quelques jours, le nom d’une drogue enflamme la toile. «Lpoufa», composée de résidus de cocaïnes et de quelques produits chimiques, envahit le marché marocain et détruit la vie de plusieurs jeunes consommateurs.

Il y a quelques jours, les opérations de lutte contre le trafic de drogues menées par les services de la wilaya de la sûreté de Casablanca ont permis l’interpellation de 15 individus.

Dans le cadre de ces interpellations, les autorités ont saisi plusieurs doses de la drogue « Lpoufa » et de cocaïne, outre la saisie de boites de bicarbonate de sodium et de bouteilles en plastique utilisés dans la préparation et la consommation de « lpoufa ».

Qu’est-ce que «Lpoufa» ?

Largement utilisée chez les jeunes casablancais et plus particulièrement dans la région de Deroua, le mode d’emploi de «lpoufa», connue également sous le nom «la cocaïne des pauvres» rappelle celui de la chicha puisqu’il suffit d’une petite bouteille, d’une paille, d’un papier aluminium et de la fameuse préparation pour fumer cette drogue extrêmement dangereuse comme l’explique Dr Hachem Tyal, psychiatre; « Lpoufa est composée du résidu de cocaïne et de produits chimiques très dangereux sur la santé. Cette drogue va directement interagir avec le cerveau pour procurer un effet très agréable de détente et d’apaisement chez le consommateur ». 

Et d’ajouter « à part son prix très abordable, lpoufa a un effet immédiat. Quelques minutes après avoir fumé cette drogue, la personne se sent très bien. Mais comme son effet est immédiat, la descente est également très rapide ce qui pousse les consommateurs à en demander plus ».

Comme toute drogue, les répercussions de «lpoufa» sont très dangereuses comme l’explique notre psychiatre; « cette drogue a des conséquences lourdes sur le corps mais aussi sur la psychologie du consommateur. Lpoufa peut causer des accidents vasculaires cérébraux, des crises cardiaques.

Sur le niveau psychiatrique, elle peut entrainer la décompensation de certaines structures de personnalités fragiles qui se retrouvent avec des maladies mentales graves. Elle peut également modifier l’équilibre de l’individu puisque le consommateur devient rapidement coléreux, irritable et peut même souffrir de troubles émotionnelles ».

A part ses conséquences sur la santé, « lpoufa » détruit la vie du consommateur; « La vie d’un addict se fait au rythme de la prise, et c’est pour ça qu’on se retrouve avec des personnes qui ne s’intéressent à rien, (travail, vie familiale…) sauf ce qui touche à leur addiction. Ils sont tellement pris dans leurs addictions qu’ils ne se rendent pas compte de ce qui les entoure et sont pris dans le tourbillon de cette drogue », avant d’ajouter «ce qui est encore grave c’est quand nous avons des consommateurs adolescents.

Cette drogue les pousse à désinvestir la scolarité et perturbe leurs capacités cognitifs puisqu’’ils n’arrivent plus à utiliser leurs compétences intellectuels dans de bonnes conditions. Avec les mauvais résultats scolaires qui s’ajoutent ; les jeunes sont dans une vraie spirale infernale ».

Pour faire face à cette drogue dévastatrice, les parents et les spécialistes poussent la sonnette d’alarme et appellent les autorités à intervenir rapidement pour arrêter la propagation de cette substance qui menace la vie des jeunes.

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Trafic de stupéfiants : comment l’économie légale se rend co-responsable

Publié: 17 juillet 2023, par  Clotilde Champeyrache Associate Professor in Economics, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Et si l’économie légale endossait une responsabilité non négligeable dans l’explosion actuelle du trafic de stupéfiants et en particulier de la cocaïne ? On a souvent tendance à penser la réalité de façon manichéenne avec, d’un côté, le monde de l’illégal recourant communément à la violence et, de l’autre, une sphère légale, par essence saine et pacifique, prospérant indépendamment du crime.
La réalité est bien moins binaire.

Le comprendre devient un impératif afin de mieux combattre la banalisation de la consommation de stupéfiants en France et ailleurs. Cette consommation affecte nos économies, nos systèmes de santé et même nos démocraties avec les sommes d’argent dont dispose le commerce illégal à des fins de corruption, comme l’expliquait récemment au Point le directeur du Centre opérationnel d’analyse du renseignement maritime pour les stupéfiants regroupant six pays européens.

Trois exemples de détournement d’outils légaux au profit des narcotrafiquants illustrent comment l’économie légale fournit – parfois sciemment – des instruments de développement des activités criminelles, dont le trafic de stupéfiants. Il s’agit des trust and company service providers, des fournisseurs de messagerie cryptée et des infrastructures portuaires.

Déclarer légalement une entreprise de couverture
Le terme de « sociétés-écrans » revient régulièrement lorsqu’il s’agit de trafic de stupéfiants, qu’elles servent de façade légale pour l’activité illégale ou d’outil de blanchiment de l’argent sale.

Des prestataires légaux, les trust and company service providers (TCSP) (« prestataires de services aux sociétés et fiducies »), offrent en toute légalité des services d’enregistrement et de domiciliation des sociétés et fiducies permettant de garantir l’opacité sur la propriété réelle des entités.

En quelques clics sur Internet, il est possible d’immatriculer une société dans une place offshore pour une somme modique et sans même forcément se déplacer.Ces prestataires agissent en toute liberté malgré des rapports du Groupe d’action financière (Gafi) pointant la responsabilité de ces sociétés dans le blanchiment d’argent.

Le Gafi est l’organisme mondial de surveillance du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme.En particulier, ces TCSP peuvent proposer, moyennant finance, des « directeurs désignés » (nominee directors), c’est-à-dire des personnes dont le nom apparaitra dans les registres en lieu et place du nom du véritable propriétaire (beneficial owner).

Ils ne disposent d’aucun pouvoir opérationnel et décisionnel dans la société, n’ont pas non plus de droit d’accès ou de regard sur les comptes bancaires de la société : dit autrement, ce sont des hommes de paille. Cette option est évidemment fort appréciée des narcotrafiquants.L’approvisionnement de la France se fait via des organisations internationalisées pour l’import de gros. Ce sont ces organisations qui ont des sociétés-écrans.

La lutte est compliquée car elle suppose de s’immiscer dans la souveraineté des places offshore. Le traçage des flux financiers est aussi difficile du fait de la multiplication des juridictions dans lesquelles les sociétés et les comptes bancaires associés sont créés.Des « WhatsApp » pour gangstersLes fournisseurs de messagerie cryptés ne peuvent pas non plus se dédouaner de certaines responsabilités.

L’opération d’infiltration d’EncroChat menée en 2020 sous l’égide d’Europol et d’Eurojust l’a bien mis en évidence. Elle a permis aux forces de l’ordre de divers pays associés d’accéder à plus de 120 millions de messages cryptés largement émis par des acteurs du narcobanditisme. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs jugé que les éléments collectés ainsi par des moyens classés secret défense pouvaient être utilisés dans un procès sans porter atteinte aux droits de la défense.

C’est grâce à une société légale, EncroChat, vite surnommée « le WhatsApp des gangsters », qu’ils ont été envoyés. Les activités de cette entreprise de télécommunications des Pays-Bas ont cessé en juin 2020 juste après la révélation de l’infiltration du système par les forces de l’ordre.Aujourd’hui placée sous enquête, l’entreprise proposait des téléphones modifiés aux fonctionnalités propres à attirer spécifiquement des organisations criminelles.

Sans micro, ni caméra, ni GPS, ces téléphones n’étaient pas traçables. Ils étaient également reliés à un système de messagerie chiffrée.Via ce canal, les criminels géraient divers points du trafic : organisation logistique de l’acheminement des stupéfiants, règlements des factures, approvisionnement en armes, location de services illégaux tels que des tueurs à gages… Toutes ces opérations pouvaient être réalisées en des temps record.

Outre le cryptage des messages, le système offrait un ensemble d’options utiles aux activités criminelles. On retrouvait notamment la possibilité d’utiliser un code PIN spécifique pour effacer toutes les données du téléphone et pour afficher de fausses interfaces de nature à dérouter les enquêteurs qui se saisiraient de l’objet.

Assurant que l’offre de tels services n’était pas problématique, les dirigeants d’EncroChat ont toujours prétendu que le cryptage, le non-traçage et l’effacement des données répondaient à des besoins typiques des journalistes ou bien des activistes, donc de personnes craignant que leurs actions soient espionnées sans pour autant s’inscrire dans l’illégalité.

L’analyse par les forces de l’ordre des messages interceptés montre cependant que la quasi-totalité d’entre eux conduit à des membres d’organisations criminelles comme la Mocro-Maffia néerlandaise ou le cartel de Sinaloa. Sans boutiques, ni revendeurs officiels, il était d’ailleurs quasi nécessaire d’être coopté par le membre d’une organisation criminelle pour acquérir un « Encro ».

Des ports qui ne s’estiment pas responsablesNombre de messages décryptés par les autorités concernaient l’organisation du transport des stupéfiants, notamment de la cocaïne. Or le mode principal d’acheminement des drogues reste la voie maritime. Cela pose la question stratégique des zones portuaires et de l’utilisation en ces endroits d’infrastructures légales par des organisations criminelles.

Récemment, l’actualité a braqué les projecteurs sur les ports d’Anvers et de Rotterdam, principaux ports européens et portes d’entrée de la cocaïne en Europe. Des saisies ont toutefois montré que d’autres ports européens sont concernés, en particulier, pour ce qui est de la France, Le HavreBrest et Montoire-de-Bretagne.Le commerce mondial ne cesse de croître et passe à 90 % par les voies maritimes.

D’après la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) ce sont plus de 11 milliards de tonnes de marchandises qui circulent annuellement dans le monde sur des porte-conteneurs et des vraquiers. Loin de se répartir harmonieusement entre les différents ports, l’activité commerciale maritime est extrêmement polarisée avec de grands ports se livrant une concurrence sans merci pour capter toujours plus de flux.

Avec seulement 2 % de containers inspectés à Rotterdam, la porte est ouverte pour faire circuler en quantité importante des marchandises illégales. 

Cela se traduit par une course au gigantisme des infrastructures – en réponse aussi au développement des capacités de charge des nouvelles générations de super porte-conteneurs – et à la rapidité de traitement du dépotage des cargaisons. Le port de Rotterdam se targue ainsi de fonctionner 24h/24, 365 jours/365 et de prendre en charge un conteneur toutes les six secondes.Naturellement, la quête d’une extrême fluidité dans la circulation des marchandises s’accommode mal du ralentissement induit par d’éventuels contrôles sur la nature – légale ou non – des marchandises.

Au nom de l’efficience économique, le choix a clairement été fait de peu contrôler : environ 2 % des marchandises seulement sont inspectés, totalement ou partiellement, à Anvers et Rotterdam, au détriment de la sécurité.Cela ouvre des possibilités majeures de dissimulation de marchandises illégales au milieu des chargements légaux avec un risque de détection faible.

À cela s’ajoutent des stratégies pour dévier d’éventuels contrôles, là aussi en exploitant les failles de l’économie légale. Les organisations criminelles vont exploiter leur capacité de corruption pour obtenir la complicité de professions clefs comme les dockers, les douaniers, les transporteurs. Cette corruption passe par des pots-de-vin mais aussi par des pressions (menaces, éventuelles violences) sur les personnes.

Si le rôle des ports dans l’entrée de stupéfiants sur nos territoires est avéré, la route semble pourtant encore longue pour que les autorités portuaires en endossent pleinement la responsabilité si l’on en croit cet extrait du rapport annuel d’activité 2021 du port de Rotterdam :« Le crime lié aux stupéfiants au port a régulièrement été dans l’actualité l’année dernière.

S’attaquer à la criminalité subversive est un défi posé à la société dans son ensemble qui, à strictement parler, n’est pas de la responsabilité de l’Autorité du Port de Rotterdam. »Pourtant, une lutte efficace contre le trafic de stupéfiants doit intégrer le fait que l’économie légale fournit des « facilitateurs » auxquels il convient également de s’attaquer dans une logique d’entrave aux trafics.

Lettre du CNPERT Juillet 2023

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SOMMAIRE

In memoriam : Eloge du Professeur Jean-Pierre Olié

La réalité du cannabis se compose des dénis successifs de ceux qui veulent encore le légaliser HHC : Vide ou bide juridique ?

Association entre les troubles liés au cannabis et la schizophrénie, particulièrement chez les hommes jeunes : un constat au Danemark

Alerte sur un opioïde l’oxycodone – 0xycontin®

Le cannabis ne rend pas plus créatif

Et l’on reparle d’un traitement très novateur de l’addiction au cannabis/THC

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Voici la lettre N° 85 de notre CNPERT. C’est par un bel éloge de notre ami, Jean-Pierre Olié par Claude Pierre Giudicelli qui nous rappelle la brillante carrière de notre collègue et son implication dans l’activité du CNPERT. Il nous manque déjà. Nous nous associons au chagrin de ses proches.

Malgré les constantes et nouvelles observations des méfaits du cannabis, la dernière étant l’association de sa consommation à l’émergence de troubles schizophréniques, les partisans de sa légalisation n’en démordent pas au mépris de toute logique. Non le cannabis n’est pas une drogue douce, non il ne favorise pas la créativité, non il n’est pas analgésique. Mais oui, il est addictogène, peu réversible et son marché est des plus rentables. C’est pour cela qu’on l’exploite.

Faute de pouvoir l’innocenter (!) ou l’imposer, on tente de le contourner en mettant à profit des substances apparentées chimiquement et toxicologiquement au THC et présentes dans la plante. Après le CBD, moins addictogène semble t-il, voici le HHC qui l’est nettement plus et qui en dérive. La preuve est faite que cette «  recherche  » vise des effets psychogènes et non thérapeutiques. On le savait déjà, mais elle s’affirme au grand jour avec des prix promotionnels.

Nos objectifs restent entiers avec l’espoir que l’antidote du THC verra le jour : imaginé à Bordeaux, il est étudié actuellement aux USA !

Professeur Tillement

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Ces seniors qui se défoncent de plus en plus

La consommation de substances psychoactives est en hausse chez les personnes âgées, selon le New York Times.

Jean Costentin

Jean Costentin est membre des Académies Nationales de Médecine et de Pharmacie. Professeur en pharmacologie à la faculté de Rouen, il dirige une unité de recherche de neuropsychopharmacologie associée au CNRS.
Président du Centre National de prévention, d’études et de recherches en toxicomanie, il a publié en 2006 Halte au cannabis !, destiné au grand public.


Atlantico : Selon le New York Times, l’abus de substances psychoactives est en hausse chez les personnes âgées. Que sait-on à ce sujet (nombre d’individus concernés, type de stupéfiants, qu’il soit légal ou non…) ? Comment expliquer cette augmentation de la consommation des drogues à tous les âges ?

Jean Costentin : La société évolue beaucoup et très vite ; l’exemplarité dont se sentaient investis les adultes et plus encore les personnes du troisième âge, part en quenouille. Les parents qui n’ont pas su ou pas voulu protéger leurs enfants des méfaits des drogues, fondent avec délice dans l’abus des drogues dont ils ont fait la connaissance dans les années 1970 et suivantes.

Quand ils ont accédé à des professions incompatibles avec la poursuite de ces consommations, soit ils les ont interrompues,  ou  bien très diminuées, pour mener des carrières subnormales (assez moyennes relativement à ce qu’elles auraient pu être, s’ils n’avaient jamais consommé), soit ils se sont vu barrer l’accès à ces professions et leur croisière professionnelle s’est déroulée à de plus basses altitudes.

Quand leur parcours de vie a été émaillé de bleus à l’âme, de ruptures professionnelles, sentimentales,  familiales, amicales, d’épisodes dépressifs, de crises existentielles, leur incitation a été vive de se réfugier dans la consommation de drogues, dans ces « paradis artificiels ; elle fut d’autant plus forte qu’ils les avaient fréquenté antérieurement.

Leurs enfants et leurs petits enfants, sont devenus de plus en plus nombreux et de façon de plus en plus précoce consommateurs d’alcool (avec la déplorable pratique de la « biture expresse »), de tabac (véhicule du haschisch, pour la confection de joints), du cannabis, avec le détournement  des morphiniques (buprénorphine/Subutex®en particulier).

La permissivité ambiante a permis que les jeunes français deviennent les tout premiers consommateurs Européens de cette drogue qui a piégé plus de 20% de ceux qui l’ont expérimenté. En dépit de son caractère illicite, du fait de l’absence de toute prévention éducative et  en raison de la contamination exceptionnelle de nos quartiers (où on a cru acheter la paix sociale  en le laissant librement circuler),  notre Nation compte un million cinq cent mille usagers réguliers de cette drogue ; avec phénomène nouveau la cocaïne et sa forme à fumer, le crack, qui lui font  la poussette.

Loin d’une prévention, l’anti prévention consiste en ce que périodiquement des politiques appellent à la légalisation de cette drogue, qui n’a pourtant rien de banale ni d’anodine. Les jeunes consommateurs, comme tout un chacun, vieillissent d’un an tous les 365 jours ; ils arrivent à l’âge adulte, poursuivent leur consommation, en y ajoutant souvent d’autres drogues pour pallier la tolérance au cannabis qui s’installe, dont les effets s’amenuisent malgré l’accroissement des doses et de la fréquence des consommations.

Leur poids politique s’accroit, ils accèdent même à des responsabilités publiques et se laissent subvertir par des lobbies puissants qui attendent de cette légalisation du cannabis de juteuses royalties. Intérêts capitalistes, idéologie, démagogie politique,  transformation d’indignés en résignés, apaisement des enthousiasmes à créer, à produire, recherché par les tenants de la régression économique…

Dans quelle mesure le fait de consommer des substances psychoactives telles que le cannabis ou l’alcool – entre autres – est-il préjudiciable pour les individus les plus âgés ? S’exposent-ils à des risques auxquels ne sont pas confrontés des sujets plus jeunes ? 

Les méfaits individuels des drogues sont bien moindres chez l’adulte et plus encore chez le sujet âgé que chez l’adolescent. Chez ces derniers elles affectent la maturation cérébrale qui se déroule entre 12 et 24 ans, à la période des apprentissages, de la culture, qui font mauvais ménage avec la drogue de la crétinisation, qui gomme les affects, érode les ambitions, crée une démotivation, perturbe la cognition.

Drogue rendant les sujets tout puissants dans leur tête, sur place, qui remettent à plus tard ce qu’ils ne feront jamais, avec des troubles délirants et hallucinatoires, apprentissage à la schizophrénie ; dont on estime que 15% des nouveaux cas sont dus à sa consommation.

Alors que le cannabis est la drogue illégale la plus consommée en France, et que les habitudes de consommation se conservent tout au long de la vie, existe-t-il un risque de transmission de pratiques à risques de l’adulte à l’enfant ? Quelles peuvent en être les conséquences ? 

Chez l’adulte, au delà de 24 ans,  les troubles individuels sont significativement moindres, même si c’est l’âge des accidents mortels de la route et du travail. C’est le moment d’insister sur les effets épigénétiques du cannabis/THC (qui consistent en une modification du niveau d’expression de certains gènes, donc de certains caractères)  qui peuvent affecter les capacités cognitives, la vulnérabilité à des troubles anxieux et/ou dépressifs, l’appétence pour certaines drogues.

Cela a été montré chez le Rat, son exposition au cannabis/THC produit, très longtemps après l’élimination de la drogue de l’organisme, une appétence redoublée pour les morphiniques ou pour la cocaïne ; le plaisir qu’il éprouve alors est si marqué que l’ancien consommateur de cannabis se fait piéger rapidement et intensément par ces dernières drogues.

Plus grave encore est le fait que ces modifications épigénétiques des spermatozoïdes ou des ovules exposés au THC sont transmissibles, au moins en première génération aux enfants de ces parents intoxiqués, avec des conséquences multiples : malformations congénitales, déficits cognitifs,  troubles du spectre de l’autisme, troubles anxieux, dépressifs, vulnérabilité aux toxicomanies…

Paraphrasant Ezéchiel : « les parents ont fumé le cannabis vert et leurs enfants en ont eu les neurones perturbés ».

Comment reconnaître les pratiques à risques chez les personnes âgées ? Une fois cette pratique identifiée, les traitements sont-ils identiques à ceux des sujets plus jeunes ?

Les sujets âgés sont très fréquemment déprimés et le recours à des drogues est une tentation vive. L’alcool est le plus souvent utilisé, mais aussi d’autres drogues chez les sujets qui en ont consommé antérieurement. Leur métabolisme hépatique est diminué, leur élimination rénale aussi, et ce sur le fond d’une fragilité accrue (équilibre postural précaire, perturbations cognitives, troubles cardio-vasculaires, hypertrophie prostatique, constipation..) qui majore la toxicité de ces drogues.

S’il faut viser l’abstinence complète des drogues chez les sujets jeunes, dans une vision moins rigoureuse on pourra s’appliquer à faire diminuer les doses et fréquences d’administration chez les sujets âgés.

Source Atlantico

En Bretagne, quand la drogue se vend sur les réseaux sociaux et se livre à domicile

La Bretagne n’échappe pas à ce phénomène : la livraison de drogues directement à domicile en utilisant notamment les réseaux sociaux. Une activité très lucrative et plus difficile à combattre que les deals de r

« La livraison de drogue à domicile en Bretagne ne cesse de se développer », assure Anne-Cécile Doucet, substitut du procureur de la République de Rennes (Ille-et-Vilaine). « Un phénomène qui s’amplifie depuis la crise sanitaire de 2020 avec l’utilisation des réseaux sociaux et des messageries comme Telegram ou  Signal. » Les annonces de vente de kétamine, MDMA, herbe, résine, ecstasy et autres produits pullulent en effet sur les réseaux.

Lundi 10 juillet 2023, lors d’une audience au tribunal correctionnel de Rennes, trois hommes ont écopé de trois à quatre ans de prison avec placement en détention. Depuis 2020, ils se livraient justement à cette vente de stupéfiants à domicile.

Ubérisation du trafic de drogue

« Les vendeurs comme les acheteurs sont séduits par cette possibilité d’accès aux drogues, poursuit Anne-Cécile Doucet. Cette vente via les réseaux favorise finalement l’accès à la diversité et à la variété des produits stupéfiants, à des tarifs dégressifs, ainsi qu’à une mise en concurrence discrète. C’est également un gain de temps, une sécurité dans les transactions et un risque d’interpellation moindre que le deal de rue. » Une ubérisation du trafic de drogues qui gagne du terrain.

Cannabis, cocaïne, héroïne, MDMA mais aussi la kétamine. Une drogue venue majoritairement des Pays-Bas,  aux effets brefs et non détectables aux contrôles salivaires qui séduit les jeunes ».

Lire aussi : La drogue était livrée à domicile : prison ferme pour les dealers 2.0

La substitut du procureur met aussi en avant « des réseaux de distribution et de livraison qui ont un rayonnement tentaculaire et qui ne se limitent pas aux grandes agglomérations ».

Clients et vendeurs investissent les périphéries des villes et les petites communes. Autre fait marquant : « L’observatoire des drogues indique que parmi les individus qui ont fait l’objet d’interpellations, ils ont en général peu d’antécédents judiciaires. Il s’agit de personnes qui vont avoir un profil de type « autoentrepreneur ». Ils n’ont pas les contraintes de gestion d’une main-d’œuvre et de devoir surveiller un terrain. »

« La réponse pénale doit être ferme »

Mais pour la représentante du Parquet, « la réponse pénale doit être aussi ferme. Aucun trafic de stupéfiants, quel qu’en soit le produit, ne doit être banalisé. Aucun trafiquant ne doit se sentir légitimé. Quelle que soit la raison pour laquelle il s’est inscrit dans un trafic de stupéfiants ».

Des nouveaux modes de trafic qui entraînent aussi une augmentation de la délinquance : « Des faits de violence sont également observés. Augmentation des règlements de compte, utilisation d’armes à feu… »

Source

Principaux arguments contre la légalisation du cannabis

Pr. Jean Costentin

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Légaliser le cannabis serait euthanasier notre société. Alors que ça craque / crack de partout, requérant de multiples corrections majeures, y ajouter la légalisation du cannabis asphyxierait notre société à bout de souffle

Maroc : Salle de sport dédiée à la lutte contre la consommation de drogues

L’Association Espace Al Hayat a lancé un projet social en ouvrant une salle de sport à Hay Nahda à Rabat, dédiée aux jeunes. L’objectif, selon Hicham Maarouf, président et fondateur de l’Association, est d’encourager les jeunes à pratiquer le sport comme moyen de prévention contre la prolifération, la consommation et l’addiction à la drogue.

Hypertension artérielle et consommation d’alcool

Résumé

Il existe un lien positif entre alcool et hypertension, cependant, la forme de la relation reste discutée ; elle serait soit linéaire, soit en forme de J ou de U. Les mécanismes physiopathologiques sont multiples : action directe de l’alcool sur les cellules musculaires lisses, action indirecte par stimulation des hormones impliquées dans la régulation hydro-sodée et la vasoconstriction artérielle de l’organisme.

La quantité d’alcool occasionnant une hypertension n’est pas clairement définie, elle se situe aux alentours de deux à trois boissons standards. Par ailleurs, consommer de l’alcool en dehors des repas augmente le risque d’hypertension.

Ainsi l’hypertension liée à l’alcool est une hypertension secondaire qui justifie comme premier traitement la diminution, voire l’arrêt total de la consommation alcoolique.

INTRODUCTION

Les problèmes de santé liés à la consommation excessive d’alcool ont été largement étudiés en raison de leurs répercussions sévères sur la santé publique.1 En effet, on estime que dans les pays occidentaux, environ 10% de la population âgée de plus de 14 ans ont une consommation à risque (tableaux 1 et 2) ou une dépendance à l’alcool (tableau 3) qui seraient responsables d’environ 4% des maladies en général, autant que le tabac (4,1%) et l’hypertension (4,4%).2,3 

En Suisse, on estime la mortalité annuelle due à l’alcool à 3000morts avec un coût social annuel de 6,5milliards de francs à la collectivité.4 Parmi les problèmes de santé liés à l’alcool, l’hypertension est souvent citée.5 Les premières études sur le lien entre l’alcool et l’hypertension ont été publiées en 1915 par Lian, un médecin militaire français, chez des soldats buvant plus de deux litres de vin par jour.6 

Puis pendant plus d’un demi-siècle, aucune recherche sur ce sujet n’a été effectuée et c’est seulement depuis 1967 que de nombreuses études sont parues et ont démontré d’une part la prévalence de l’hypertension artérielle chez les patients alcooliques et d’autre part la relation très nette entre consommation alcoolique et niveau tensionnel parmi des populations non sélectionnées selon leur consommation alcoolique.5,7

L’hypertension est souvent aussi sous-évaluée dans les différentes études. En effet, l’alcool est connu pour être un vasodilatateur (Heberden recommandait l’utilisation de l’alcool pour le traitement de l’angine de poitrine en 1786),8 et il paraissait à l’époque invraisemblable que l’alcool soit responsable d’hypertension ; mais cet effet est complètement contrebalancé par l’activation du système nerveux sympathique se produisant lors d’une consommation excessive d’alcool.5,9

Après un bref rappel sur les mécanismes physiopathologiques des effets de l’alcool sur la pression artérielle, nous aborderons l’épidémiologie et la clinique et pour terminer, nous décrirons les interventions possibles en cas d’hypertension artérielle associée à une alcoolisation excessive.

Tableau 1.

Définition de la consommation à risque (recommandations de l’OMS)

Tableau 2.

Définition d’un verre standard d’alcool

Tableau 3.

Définition de la dépendance à l’alcool

MÉCANISMES PHYSIOPATHOLOGIQUES

Le principal facteur responsable d’hypertension chez les patients grands consommateurs d’alcool est l’activation du système nerveux sympathique qui supprime complètement l’effet vasodilatateur de l’alcool. Cette activation est due à l’augmentation de la production de la corticolibérine hypothalamique (CRF, coticotropin-releasing factor).

Cette hypothèse est confirmée par la suppression de l’hypertension induite par l’alcool lors de l’administration simultanée de dexaméthasone qui exerce une rétro-inhibition sur la sécrétion de CRF par l’hypothalamus.9,10 

Il en résulte une hypersécrétion des catécholamines (au niveau du système nerveux central ainsi que des reins et des surrénales), du cortisol, de l’angiotensine plasmatique et de l’aldostérone par augmentation de l’activité rénine plasmatique.7

Par ailleurs, l’alcool aurait un effet direct sur les cellules musculaires lisses. En effet, il y aurait une accoutumance à l’effet aigu vasodilatateur de l’alcool avec une sensibilisation exagérée aux effets vasoconstricteurs des amines vasomotrices entraînant ainsi une augmentation des résistances vasculaires périphériques et une hypertension artérielle.11 

Enfin, sur un plan expérimental, les mouvements ioniques au niveau des cellules musculaires lisses sont modifiés sousl’effet de l’alcool avec notamment une élévation de l’entrée calcique dans les cellules musculaires et une diminution de la quantité de magnésium au sein de ces cellules, le calcium ayant un rôle constricteur extrêmement important.7,12 

Chez les personnes grandes consommatrices d’alcool, on constate une augmentation de la résistance à l’insuline qui induit une rétention d’eau et de sodium, une hypertrophie de la paroi du muscle lisse vasculaire et une augmentation des taux cytoplasmiques de calcium qui comme on l’a vu plus haut est responsable d’une vasoconstriction et donc d’une augmentation de la pression artérielle.12

Peu de choses sont connues sur le lien entre l’hypertension et le sevrage alcoolique qui est un phénomène fréquent chez les patients alcoolo-dépendants et qui peut induire des changements brutaux des fonctions vitales dont la pression artérielle et la fréquence cardiaque. Lors du sevrage alcoolique, les canaux ioniques s’ouvrent brutalement sous l’effet de certains neurotransmetteurs dont l’aspartate ce qui induit une dépolarisation neuronale et donc une excitation neuronale.

Le système nerveux cérébral adrénergique est ainsi activé entraînant une augmentation des taux de catécholamines et de cortisol.5,10 Ainsi, lors du sevrage alcoolique il y a une augmentation transitoire de la pression artérielle qui doit être prise en charge chez les patients initialement hypertendus afin d’instaurer un traitement provisoire.

ÉPIDÉMIOLOGIE

Depuis 1967, plus de 500 études croisées ou prospectives, concernant un nombre de patients variant de 500 à 90 000 selon les études, ont été effectuées7 confirmant toutes, à quelques rares exceptions près,13 l’existence d’une relation positive entre niveau tensionnel et consommation alcoolique.14 

La prévalence d’une consommation alcoolique élevée dans une population atteinte d’hypertension artérielle essentielle varie de 5 à 7%, ainsi l’incidence de l’hypertension liée à l’alcool serait plus élevée que les autres causes remédiables d’hypertension artérielle secondaire. En revanche, la prévalence de l’hypertension artérielle dans une population de patients alcooliques est beaucoup plus élevée entre 15 et 30% selon les études.7,16 

Le lien positif entre alcool et hypertension semble présent dans les deux sexes, chez toutes les races et semble être indépendant des autres facteurs de risque incluant les habitudes nutritionnelles.15,17 Les études ont principalement été effectuées chez des consommateurs d’alcool buvant plus de 1,9 boisson par jourmais les mêmes observations pour des consommations plus basses ont été retrouvées dans d’autres études soulevant un problème de santé publique important.18 

La plupart des études utilisent la quantité moyenne d’alcool consommé dans une journée commemesure avec une possible sous-estimation chez les grands consommateurs d’alcool ce qui rend très difficile la définition d’une valeur seuil.

Pour compliquer les choses quelques études ontmis en évidence des pressions artérielles plus basses chez les consommateurs de faible quantité d’alcool que chez les abstinents, spécialement chez les femmes.15

Tableau 4.

dds ratios (OR) de l’incidence de l’hypertension durant six ans pour les trois catégories de consommation alcoolique selon la race et le sexe19

Tableau 5.

Odds ratios (OR) de la prévalence de l’hypertensiona

Quelques études évaluent l’incidence de l’hypertension chez les consommateurs d’alcool selon leurs habitudes de consommation. L’étude ARIC (The Atherosclerosis Risk in Communities) est une cohorte américaine de 15792 individus âgés de 45 à 64 ans de race blanche ou noire évalués à trois reprises sur les six ans de suivi (entre 1987-1989 et 1993-1995).

L’incidence de l’hypertension est la même chez les sujets consommant entre 0 et 209 g d’alcool par semaine et ce n’est qu’à partir de 210 g (soit trois boissons standard d’alcool par jour) qu’une incidence plus élevée est retrouvée (tableau 4).19 Les mêmes chiffres étaient déjà retrouvés dans l’étude KaiserPermanente en 1977.20 Cette constatation est indépendante de la race, du sexe, de l’âge et des autres facteurs de risque cardiovasculaires.

Cependant, chez les personnes de peau noire, le risque d’hypertension apparaît déjà pour des doses faibles à modérées d’alcool.19 L’étude Western New York Health Study, réalisée entre 1995 et 2001 chez 2609 individus de race blanche habitant à l’ouest de New York, âgés de 35 à 80 ans et sans maladie cardiovasculaire retrouve des prévalences un peu plus basses, soit à partir de plus de deux boissons par jour (180 gpar semaine),21 et ceci quel que soit le type de boissons (vin, bière ou spiritueux).

Par ailleurs dans la même étude, le risque d’hypertension est augmenté chez les patients buvant en dehors des repasmême pour les individus ayant une consommation faible à modérée (tableau 5). Les études italiennes de Trevisan et coll. qui regroupent neuf études sur les maladies cardiovasculaires effectuées entre 1978 et 1987 dont quatre s’intéressaient à la consommation et à la façon de boire, ont montré que les buveurs de vin pendant et en dehors des repas avaientuneprévalenced’hypertension plus élevée et ceci dans les deux sexes.22 

Une étude plus récente du suivi de cettemême cohorte italiennemontre que boire en dehors des repas est associé à un risque plus élevé de décès toutes causes confondues.23 Le suivi encore plus récent de cette cohorte montre que le risque d’infarctus du myocardeestplusélevé chez les hommes rapportant consommer la plupart de leurs boissons en dehors des repas comparés aux hommes consommant pendant les repas.24 

Ainsi, l’étude Western New York Health Study conduite aux Etats-Unis confirme les études italiennes où pourtant la culture en ce qui concerne l’alcool est différente. Aussi, il semble que l’effet protecteur de la consommation d’alcool pendant les repas existe en dehors de facteurs géographiques, culturels et indépendamment de la quantité d’alcool consommée et du sexe.

Il existe clairement une relation positive entre la quantité d’alcool absorbée quotidiennement et le niveau de la pression artérielle, mais celle-ci reste différente selon les auteurs et discutée. Une étude réalisée en 2000 par Okudo et coll. chez des hommes japonais, âgés de plus de 45 ans n’étant pas hypertendus, montre une relation linéaire entre la pression artérielle et les habitudes de consommation (fréquence et quantité consommée sur un mois), alors que chez les hommes âgés de 40 à 44 ans, cette relation n’est pas linéaire pour la fréquence et la quantité consommée sur le mois.25 

Une autre étude menée par Rosito et coll. chez des hommes âgés de 19 à 30 ans consommant de l’alcool de manière sociale, montre qu’après une consommation aiguë d’alcool (60 g), cette relation est biphasique avec une phase initiale de vasodilatation induisant une diminution de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque puis plus tardivement (12 à 18 heures) une hypertension.26 Une autre étude effectuée chez des hommes hypertendus montre une courbe en forme de J avec une élévation de la pression artérielle à partir de trois unités standard d’alcool par jour.

Cette courbe en forme de J a été plus souvent retrouvée chez les femmes que chez les hommes comme le montre l’étude de Thadhani effectuée chez des femmes de 25 à 42 ans suivies pendant huit ans mettant en évidence une diminution du risque d’hypertension de 14% chez les femmes consommant 0,5 boisson par jour comparativement à celles qui ne consomment pas d’alcool.28 

Dans ce travail, le risque de développer une hypertension commence à partir de 1,5 boisson par jour. Un effet dose pourrait donc exister avec un possible plateau à sept boissons ou plus par jour.29

Dans cette liste de travaux, nous terminerons par le «French paradox». En effet, en France, la prévalence de la maladie coronarienne est plus basse bien que les habitudes alimentaires et notamment la consommation de lipides soient les mêmes que dans les autres pays de l’Europe de l’Ouest. Ces constatations seraient dues à la tradition de boire du vin rouge.30 En fait, les travaux plus récents ne permettent pas de retenir un type particulier d’alcool pour expliquer le «French paradox».31

HYPERTENSION ET SEVRAGE ALCOOLIQUE

En pratique clinique, le sevrage prolongé d’alcool permet d’apporter des arguments supplémentaires pour confirmer l’existence d’une relation de cause à effet entre l’alcool et l’hypertension. Ceccanti et coll.10 ont observé 147 personnes alcoolo-dépendantes, ayant une consommation active jusqu’à la veille de leur admission et indemnes d’autre maladie (y compris d’autres addictions) admises volontairement en hôpital de jour pour trois semaines pour un sevrage.

Les résultats montrent une diminution brutale du nombre de patients hypertendus de J0 (56,5%) à J3 (36,5%) puis progressive de J5 (23,8 %) à J10 (23,8%) et J18 (21,8%). La majorité des patients ont une hypertension légère à modérée et seulement 6,3% ont une hypertension sévère à J0 contre 0,7% à J18. Une faible corrélation entre la pression artérielle diastolique et la sévérité de la dépendance alcoolique est notée. Dans cette étude, trois facteurs majeurs sont susceptibles d’expliquer l’augmentation de la pression artérielle: le facteur de risque alcool, le syndrome de sevrage et l’âge.

Les pressions artérielles habituelles des patients quand ils consomment de l’alcool sont mal documentées, aussi l’effet hypertensif de l’alcool ne peut donc pas être fermement établi, mais cette hypothèse est soutenue par la diminution rapide de la pression artérielle après le sevrage d’alcool. Les pressions artérielles sont corrélées à l’âge, mais l’augmentation n’est pas entièrement expliquée par celui-ci.

Les variabilités de la pression artérielle sont également expliquées par des facteurs directement liés à l’alcool comme expliqué plus haut: la détérioration de l’endothélium vasculaire, la persistance d’un trouble de la régulation de la pression artérielle tout au long du sevrage et la sensibilité plus marquée au sodium de la pression artérielle.

Par ailleurs, 20% des patients sont encore hypertendus à J18, l’hypothèse est que l’alcool induirait des perturbations durables dans le temps, raison pour laquelle ces patients doivent être suivis au long cours pour dépister des complications liées à l’hypertension, initier un traitement pharmacologique ou encore proposer une modification de l’hygiène de vie (alimentation, activité sportive, etc.).

INTERVENTIONS POSSIBLES

Le lien entre l’alcool et l’hypertension existe, de plus il est clairement démontré que l’alcool augmente la fréquence des accidents vasculaires cérébraux, en particulier hémorragiques, ainsi que celle des symptômes d’insuffisance cardiaque congestive.32 L’hypertension artérielle seule représente une importante cause de mortalité et morbidité et liée à l’alcool, elle favoriserait les événements cérébraux en accentuant les effets directs de l’alcool sur la morbidité par accident vasculaire cérébral mais aussi par myocardiopathie alcoolique.33 

Il nous paraît donc essentiel de recommander aux consommateurs d’alcool une réduction de leur consommation en dessous de trois unités standard par jour. Pour les personnes alcoolo-dépendantes, l’abstinence sera plutôt proposée. En dehors des traitements pharmacologiques, de nombreuses études ont été menées pour encourager les patients hypertendus à améliorer leur style de vie en leur proposant de réduire leurs apports salés, lipidiques ou encore leur consommation d’alcool, en les encourageant à faire de l’activité physique ou à perdre du poids.34 

Les quatre essais contrôlés randomisés qui s’intéressaient à la réduction de la consommation d’alcool comme moyen de diminuer l’HTA sont tous en faveur de cette réduction. L’effet moyen de la réduction de la consommation d’alcool est de 4 mmHg pour la pression systolique et de 3 mmHg pour la diastolique.34 Aucun essai ne combinait la réduction d’alcool à une autre intervention.

CONCLUSION

Il existe clairement un lien entre alcool et hypertension artérielle. Les patients hypertendus doivent bénéficier d’une anamnèse alcoologique détaillée pour leur suggérer de réduire leur consommation d’alcool si celle-ci s’avère excessive.

En cas d’HTA qui résiste à un traitement bien conduit, le clinicien aura à cœur de rechercher une consommation d’alcool excessive comme possible cause de cette résistance thérapeutique. Même une diminution modeste de la consommation d’alcool est susceptible de réduire l’HTA et ses conséquences.

SOURCE

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