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septembre 2026

Les leçons de l’histoire – Hofman :  cannabis, LSD (La Recherche)

Dr Jean-Luc Saladin

En furetant dans ma bibliothèque, je suis tombé sur le numéro de «La Recherche» de juillet 1970 dans lequel il y avait un article d’Albert Hofman, sur les hallucinogènes, (faut-il rappeler qu’Albert Hofman est le découvreur du LSD ?), et voici ce qui est dit, entre autres choses, à propos du hachisch :

En 1845 Moreau de Tours présente à l’académie des Sciences, son ouvrage « Du haschisch et de l’aliénation mentale », accompagné d’une lettre où il écrit :

. « J’avais appris à connaître les effets de l’extrait du chanvre indien (haschisch) durant un voyage que je fis en avril 1837. Je vis dans l’action que cette substance exerce sur les facultés morales, un moyen puissant, unique, d’exploration en matière de pathogénie mentale ; je me persuadai que, par elle, on devait pouvoir être initié au mystère de l’aliénation mentale, remonter à la source cachée de ces désordres, si nombreux, si variés, si étranges, qu’on désigne sous le nom collectif de folie. »

. « Les risques de la consommation extra médicales, des hallucinogènes.

Si la consommation des hallucinogènes n’entraîne pas de dépendance physique, en revanche l’utilisation du haschisch engendre une dépendance psychique, plus rarement observée dans les cas du LSD et des hallucinogènes mexicains. Toutes ces substances font courir aux consommateurs de graves, risques psychiatriques.

Il est d’ailleurs surprenant d’observer que l’utilisation du LSD très répandue il y a quelques années dans les universités et les « collèges » américains est en régression tandis que celle du haschisch s’y accroît, constamment, tout comme en Europe, d’ailleurs.

Aujourd’hui, alors que la limitation de l’emploi des psychodysleptiques mexicains par des mesures de contrôle sévère de la part des autorités, rencontre une approbation quasi unanime, la discussion relative à un emploi plus libre du haschisch bat à nouveau son plein.

Que se passerait-t-il dans l’hypothèse où la consommation du haschisch se généraliserait en Occident ?

Il n’est pas possible de répondre avec certitude à cette question, qui soulève d’ailleurs des problèmes éthiques et sociologiques, très complexes.

À mon avis il s’agit là moins d’un problème médical que d’un problème culturel. Les effets du haschisch cadrent bien avec la philosophie introvertie des pays d’origine de cette drogue. Il semble en contradiction avec la conception occidentale du monde, qui, façonnée par l’Antiquité et la chrétienté est surtout fondée sur le contrat actif avec le monde extérieur et autrui. La continuité de la civilisation occidentale serait-elle maintenue si l’usage oriental du haschisch venait à s’y implanter de manière généralisée ? » 

Tout était dit, il y a 55 ans, oui le haschisch rend fou et la folie n’est une bonne affaire pour personne, ni pour la victime, ni pour sa famille, ni pour ses amis, ni pour la société.

Que de temps perdu par des « décideurs », dénués de toute culture scientifique, et bien souvent dotés de cerveaux abîmés au moins par l’alcool. Ils n’ont même pas pris le temps d’écouter ceux qui allient science et pratique au plus près du réel.

Lu pour vous : « La guerre de l’ombre »

Pr. Jean Costentin

Ce livre, très documenté, de Claire Andrieux (Ed.  Denoël) est paru en 2020. Il lui aura fallu sans doute au moins trois ans pour enquêter et pour l’écrire. Ainsi, depuis près de dix ans la situation dramatique que l’on constate aujourd’hui était prévisible. La fébrilité soudaine de ceux qui l’ont laissé évoluer ne peut les absoudre de leur attentisme.

 Cannabis et cocaïne font la course en tête. C’est seulement maintenant qu’on découvre que sans leurs consommateurs cet énorme marché n’existerait pas. Depuis la loi de décembre1970, jamais appliquée, le « pouvoir » politique a sans cesse minimisé les peines infligées à ces consommateurs. Elles sont devenues une simple amende de 200 €, inscrite nulle part, souvent non payée et même contestées par des addictologues et des associations subventionnées par des fonds publics. L’Éducation nationale s’est inscrite aux abonnés absents pour les actions de prévention.

Ce trafic rapporte des milliards d’euros. Il rétribue grassement les barons de ces drogues, leurs nombreux comparses. Il corrompt une large variété d’acteurs : transporteurs, stockeurs, douaniers, gardiens de prison, dockers, policiers, avocats, magistrats, … « Tout le monde a un seuil de corruption » dit un expert de la lutte antidrogue.

Pour tenter de faire pièce à cette agression majeure de notre société, l’État mobilise une kyrielle d’institutions et d’organisations : douanes, gendarmerie, police nationale, magistrature…mais alors qu’il  est question de « guerre contre le narcotrafic », l’armée n’est pas mobilisée, pourtant il s’agit aussi de reconquérir « des territoires perdus par la République » où la drogue fait la loi. Les services sont nombreux, avec des sigles qui égarent, et parfois des concurrences malencontreuses qui n’excluent pas les coups bas : DCPJ, DEASRI, DNRED, OCRGDF, OCRTIS, OFAST, TRACFIN, MILDECA, OFDT, JIRS…. « Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie ». Certains de leurs membres se laissent parfois corrompre ou outrepassent certaines règles qui les font suspecter.

Ce livre nous apprend la multitude de modes de livraison des drogues : canots pneumatiques, bateaux de plaisance, bateaux de pêche, paquebots, sous-marins de poche (conçus par un français, Yan Tassin, pour le compte de Pablo Escobar), drones, avions, voitures rapides, « mules » (individus transportant la drogue enfermée dans des préservatifs (avalés, ou intra rectaux, ou intra vaginaux). Pour neutraliser les chiens renifleurs du cannabis, les paquets sont enveloppés dans un tissu imbibé d’urines de tigre, (obtenues dans des ménageries).

On fait la connaissance de truands notoires (Tintin, Hadil, Hambli, Fargette, Hassan, Crevette, Walid, El-Maleh , Mourad de Poissy, Bouch de Dreux, Ben de Trappes, Mouf … beaucoup de bi nationaux, leur mode d’organisation, leur résidence souvent loin des lieux du trafic, s’inscrivent dans la mondialisation. Non moins glauque est le monde des informateurs de police / des indics : « les tontons, poucaves, balances, cousins, taupes qui, pour les services qu’ils rendent, peuvent se voir allouer des sommes importantes (50.000, 100.000 €) et des remises de peine pour prix de leurs dénonciations.

Ce livre de plus de 400 pages est d’une grande densité. Ses nombreuses informations n’ont hélas pas empêché l’évolution vers la situation calamiteuse présente.   En le refermant on se demande si le David de la « puissance publique » peut encore l’emporter contre le Goliath du narcotrafic, épaulé par la corruption, l’appétence non combattue des consommateurs, la démagogie des politiques, la dépression qui, gagnant les esprits, alimente la démission ambiante.

Andrieu C,  La guerre de l’ombre (Denoël, Paris 2020).

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