Les leçons de l’histoire – Hofman : cannabis, LSD (La Recherche)
Dr Jean-Luc Saladin
En furetant dans ma bibliothèque, je suis tombé sur le numéro de «La Recherche» de juillet 1970 dans lequel il y avait un article d’Albert Hofman, sur les hallucinogènes, (faut-il rappeler qu’Albert Hofman est le découvreur du LSD ?), et voici ce qui est dit, entre autres choses, à propos du hachisch :
En 1845 Moreau de Tours présente à l’académie des Sciences, son ouvrage « Du haschisch et de l’aliénation mentale », accompagné d’une lettre où il écrit :
. « J’avais appris à connaître les effets de l’extrait du chanvre indien (haschisch) durant un voyage que je fis en avril 1837. Je vis dans l’action que cette substance exerce sur les facultés morales, un moyen puissant, unique, d’exploration en matière de pathogénie mentale ; je me persuadai que, par elle, on devait pouvoir être initié au mystère de l’aliénation mentale, remonter à la source cachée de ces désordres, si nombreux, si variés, si étranges, qu’on désigne sous le nom collectif de folie. »
. « Les risques de la consommation extra médicales, des hallucinogènes.
Si la consommation des hallucinogènes n’entraîne pas de dépendance physique, en revanche l’utilisation du haschisch engendre une dépendance psychique, plus rarement observée dans les cas du LSD et des hallucinogènes mexicains. Toutes ces substances font courir aux consommateurs de graves, risques psychiatriques.
Il est d’ailleurs surprenant d’observer que l’utilisation du LSD très répandue il y a quelques années dans les universités et les « collèges » américains est en régression tandis que celle du haschisch s’y accroît, constamment, tout comme en Europe, d’ailleurs.
Aujourd’hui, alors que la limitation de l’emploi des psychodysleptiques mexicains par des mesures de contrôle sévère de la part des autorités, rencontre une approbation quasi unanime, la discussion relative à un emploi plus libre du haschisch bat à nouveau son plein.
Que se passerait-t-il dans l’hypothèse où la consommation du haschisch se généraliserait en Occident ?
Il n’est pas possible de répondre avec certitude à cette question, qui soulève d’ailleurs des problèmes éthiques et sociologiques, très complexes.
À mon avis il s’agit là moins d’un problème médical que d’un problème culturel. Les effets du haschisch cadrent bien avec la philosophie introvertie des pays d’origine de cette drogue. Il semble en contradiction avec la conception occidentale du monde, qui, façonnée par l’Antiquité et la chrétienté est surtout fondée sur le contrat actif avec le monde extérieur et autrui. La continuité de la civilisation occidentale serait-elle maintenue si l’usage oriental du haschisch venait à s’y implanter de manière généralisée ? »
Tout était dit, il y a 55 ans, oui le haschisch rend fou et la folie n’est une bonne affaire pour personne, ni pour la victime, ni pour sa famille, ni pour ses amis, ni pour la société.
Que de temps perdu par des « décideurs », dénués de toute culture scientifique, et bien souvent dotés de cerveaux abîmés au moins par l’alcool. Ils n’ont même pas pris le temps d’écouter ceux qui allient science et pratique au plus près du réel.
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