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Les choix de lutte contre les drogues sont-ils les bons ?

                            

Un de nos fidèles lecteurs, le Professeur Pierre Brousset que nous remercions, nous pose cette question :

« Je lis depuis plusieurs années vos lettres concernant ce fléau. Je trouve vos arguments particulièrement convaincants. Cependant, je souhaiterais avoir votre point de vue sur les questions suivantes :

1) La prohibition aux USA dans les années 20-30 s’est soldée par une extrême violence sans résultat tangible, conduisant le gouvernement fédéral à la lever. N’est-ce pas en contradiction avec vos arguments ?

2) A l’opposé, on a un pays comme l’Iran où la répression anti-drogue est féroce mais on estime que malgré tout il y aurait 20M de toxicomanes, notamment en lien avec la proximité de l’Afghanistan et de son offre en opioïdes. CF Film « La loi de Téhéran » de Saeed Roustayi. »

Il a l’élégance de juger nos arguments convaincants sans être toutefois convaincu. Est-ce l’avis de nos lecteurs ? N’est-il pas un peu pessimiste mais surtout existe-t-il d’autres moyens à notre portée qui pourraient rendre le CNPERT plus efficace ? 

J’ai souligné dans la dernière lettre l’intérêt qu’il y aurait à mener des campagnes nationales contre les nouvelles drogues de synthèse comme celles qui sont développées contre l’alcool et le tabac et pour cela ouvrir le CNPERT à accepter des dons.

La sanction éducative et progressivement aggravée avec dossier de suivi que nous préconisons n’a jamais été appliquée. Les tentatives de légalisation aux USA ont été des catastrophes, le retour en arrière s’avérant impossible.

Qu’en pensent nos lecteurs ?

Jean-Paul Tillement

Lettre CNPERT n° 101

Consommer du cannabis à l’adolescence multiplierait par deux le risque de subir ce grave trouble mental

Chez plus de 460 000 ados américains, un simple joint change nettement les statistiques de santé mentale. Cette étude publiée dans JAMA Health Forum interroge nos certitudes sur le cannabis et ses effets à long terme.

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Les jeunes se détournent du tabac et du cannabis, mais pas de la cigarette électronique

Aleksandr Yu/shutterstockcom
Aleksandr Yu/shutterstockcom © Crédit photo : destinationsante.com

Par destinationsante.com

Publié le 26/02/2026 à 12h00.

En 2024, d’après le 3e volet de l’enquête EnCLASS 2024, menée auprès de 11 000 élèves par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), la consommation d’alcool, de tabac et de cannabis continue de reculer chez les collégiens et lycéens.

La baisse continue de l’expérimentation et de l’usage concerne l’ensemble de ces substances depuis dix ans, à l’exception de l’alcool pour lequel se dessine un petit rebond de consommation régulière chez les lycéens, uniquement.

Ce que l’alcool change dans la connectivité cérébrale avant même les symptômes

Publié le 28 Fév 2026

Une dose correspondant au seuil légal de conduite suffit à modifier l’organisation des réseaux du cerveau. Bien avant les troubles visibles, l’imagerie montre un système moins intégré et plus fragmenté, qui pourrait expliquer pourquoi l’ivresse est ressentie différemment d’une personne à l’autre.

Pas de temps à perdre ?
Retrouvez un résumé de cet article en bas de la page

L’alcool agit vite, mais ses effets ne se limitent pas aux sensations d’euphorie ou de ralentissement que chacun peut percevoir. Avant même que les signes d’ivresse deviennent évidents, des transformations plus discrètes touchent l’organisation du cerveau. Grâce à l’IRM fonctionnelle, les chercheurs observent désormais comment les régions cérébrales modifient leurs échanges en temps réel. Ces travaux éclairent d’un jour nouveau la connectivité cérébrale, en montrant qu’elle se réorganise dès les premières doses, à un niveau souvent invisible pour la personne elle-même.

30 minutes après la boisson, le cerveau devient plus local

Pour mesurer ces effets, des chercheurs ont recruté 107 adultes âgés de 21 à 45 ans et les ont soumis à deux sessions, l’une avec alcool et l’autre avec placebo, dans un protocole en double aveugle. La dose administrée visait un taux d’alcool expiré de 0,08 g/dL, soit la limite légale de conduite dans plusieurs pays. Environ 30 minutes après l’ingestion, les participants ont passé une IRM fonctionnelle au repos.

L’analyse a porté sur 106 régions cérébrales afin d’évaluer l’organisation globale du réseau. Les résultats montrent une diminution de l’efficacité globale, c’est-à-dire une circulation moins fluide de l’information à l’échelle du cerveau. En parallèle, certaines zones présentent une augmentation de l’efficacité locale, comme si les régions communiquaient davantage avec leurs voisines immédiates mais moins avec l’ensemble du système.

Cette réorganisation traduit un basculement vers un fonctionnement plus fragmenté. Le cerveau reste actif, mais ses échanges deviennent moins coordonnés à grande échelle. Ce type de configuration est généralement associé à une baisse de la flexibilité cognitive et à un traitement de l’information moins efficace.

Occipital, frontal, temporal, les régions ne bougent pas toutes pareil

Les modifications ne touchent pas toutes les zones de manière uniforme. Plusieurs régions du cortex occipital, impliquées dans le traitement visuel, montrent une baisse marquée de leur efficacité globale. Des changements apparaissent également dans des réseaux associés à l’attention et au contrôle exécutif.

Ces résultats, publiés dans la revue Drug and Alcohol Dependence, suggèrent que certaines fonctions deviennent plus vulnérables dès les premières doses. Les altérations de la perception visuelle, du temps de réaction ou de la coordination pourraient ainsi s’expliquer par une communication moins efficace entre les régions spécialisées.

Un autre résultat important concerne le ressenti des participants. Les indicateurs de connectivité cérébrale prédisent en partie l’intensité subjective de l’intoxication. Autrement dit, deux personnes ayant le même taux d’alcool peuvent se sentir plus ou moins affectées selon la manière dont leurs réseaux cérébraux se réorganisent.

SOURCE

Drogues en France : qui sont vraiment les consommateurs ?

Contrairement aux préjugés, l’usage de drogue concerne toutes les couches de la société, riches comme pauvres, à la ville comme à la campagne. Témoignages.

Par Arnaud Aubry

Publié le 25/02/2026

Le trafic de drogues s’est installé dans notre quotidien insidieusement, comme en témoignent les consommateurs • ISTOCK

« C’est parfois les bourgeois des centres-villes qui financent les trafiquants », affirmait le 19 novembre 2025 Emmanuel Macron, quelques jours après l’assassinat de Mehdi Kessaci, le frère d’un militant antidrogue. Cette déclaration à l’emporte-pièce traduit mal la complexité de la consommation de drogue. Car, en France, elle est partout. Chez les riches comme chez les pauvres, dans la France des tours et dans celle des bourgs.

« Les consommateurs de substances illicites n’appartiennent pas à un groupe clairement identifié : ils peuvent être des usagers socialement insérés tout comme des usagers précarisés, marginalisés », expliquait l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) dans son rapport publié en 2025.

« Ça gonfle ma confiance en moi »

« J’ai commencé à prendre de la cocaïne à 25 ans. Avant, il n’y en avait pas en soirée », explique Estelle (les prénoms ont été modifiés), cheffe d’entreprise et journaliste de 42 ans. Elle a vu la drogue se généraliser, d’abord à Paris, où elle a emménagé pour ses études, avant d’atteindre son Sud natal il y a quelques années seulement.

De fait, toutes les études le montrent : la cocaïne s’est démocratisée. Entre 1992 et aujourd’hui, la proportion d’usagers de cocaïne (c’est-à-dire une prise au moins une fois par an) en France a ainsi été décuplée.

Binge drinking : des effets mesurables sur l’intestin dès les premières heures

Une consommation excessive d’alcool, même ponctuelle, pourrait réduire la surface d’absorption de l’intestin grêle et déclencher une inflammation susceptible de s’étendre jusqu’au cerveau.

De Rae Witte

Publication 26 févr. 2026, 14:03 CET

Une nouvelle étude menée sur des souris suggère que dans les heures qui suivent une consommation ...

Une nouvelle étude menée sur des souris suggère que dans les heures qui suivent une consommation excessive ponctuelle d’alcool, la couche protectrice de l’intestin grêle commence à changer, réduisant sa villosité qui participe à l’absorption des nutriments et déclenchant une réaction inflammatoire. 

PHOTOGRAPHIE DE David SawyerGetty Images

Boire quelques verres après le travail peut sembler anodin. Néanmoins, une nouvelle étude menée sur des souris indique que dans les heures qui suivent une consommation excessive d’alcool (environ six verres standards en deux heures), même ponctuelle, la structure de l’intestin grêle commence à changer. 

Dans l’étude, publiée en novembre 2025, les chercheurs ont observé une réduction des villosités, structures en forme de doigts qui permettent une meilleure absorption des nutriments en augmentant la surface intestinale, ainsi qu’une augmentation du nombre de cellules inflammatoires. Même vingt-quatre heures plus tard, les marqueurs inflammatoires restaient considérablement élevés, indiquant que l’intestin ne s’était pas complètement rétabli. 

Les scientifiques associent depuis longtemps l’alcoolisme au syndrome de l’intestin poreux, qui rend la barrière intestinale plus perméable. Bien que les observations aient été faites sur des souris, des études préalables menées chez l’humain ont associé la consommation excessive d’alcool à une augmentation de la perméabilité et de l’inflammation systémique de l’intestin. Les chercheurs soulignent que les nouvelles données donnent un aperçu supplémentaire de la rapidité avec laquelle ces dommages commencent. 

Les résultats suggèrent également que l’intestin pourrait faire partie des premiers organes à réagir à l’alcool, potentiellement en provoquant des modifications inflammatoires bien avant que les dommages à long terme n’apparaissent. 

LA BARRIÈRE PROTECTIVE DE L’INTESTIN PEUT AGIR COMME LA PEAU

Diego Bohórquez, professeur de médecine et en neurobiologie à la Duke University, aux États-Unis, qui étudie la connexion entre l’intestin et le cerveau, compare l’intestin à un organe extérieur. « L’épithélium est la peau de l’intestin » explique-t-il. « Quand vous y mettez quelque chose de fort et corrosif comme l’alcool, vous exposez en fait l’intérieur de votre corps. »

Dans l’étude, les chercheurs ont observé cette perturbation à l’échelle microscopique. Les cellules épithéliales se situent sur des structures en forme de doigts à l’intérieur de l’intestin grêle nommées villosités qui permettent d’augmenter la surface intestinale. « Ce qu’ils observent à l’échelle globale, c’est la diminution de la longueur des villosités trois heures après la consommation excessive ponctuelle d’alcool » explique Laura Rupprecht, qui dirige le Gut-Brain Biology Lab à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (UNC Chapel Hill). Étant donné que les villosités augmentent la surface de l’intestin, les raccourcir pourrait réduire la capacité de l’intestin à absorber les nutriments et fragiliser la barrière qui retient les bactéries et toxines. 

Les chercheurs ont examiné les souris trois heures puis vingt-quatre heures après une consommation excessive ponctuelle d’alcool. « Vingt-quatre heures après [cette] consommation, on observe toujours une réduction considérable des villosités mais elles semblent avoir retrouvé leur structure globale. Quelques-uns des marqueurs inflammatoires restent très élevés » ajoute Laura Rupprecht. 

En plus des changements structurels, les chercheurs notent un afflux de neutrophiles, des cellules immunitaires habituellement destinées à combattre les infections. Toutefois, quand elles sont activées sans agent pathogène à combattre, elles peuvent endommager les tissus environnants. 

« Ces bactéries peuvent ensuite quitter l’intestin et entraîner une inflammation dans d’autres parties du corps, en particulier dans le cerveau » explique-t-elle. C’est un processus qui a été constaté lors d’études antérieures sur la consommation excessive d’alcool. « On pense que cette inflammation dans le cerveau provenant de l’intestin perpétue cette consommation excessive d’alcool. »

L’inflammation elle-même n’est pas fondamentalement nocive. C’est la réaction naturelle du corps aux infections, blessures ou toxines. « Cela signifie que votre corps et votre système immunitaire sont activés » explique Shauna McQueen, diététicienne et fondatrice de Food School, une plateforme d’éducation culinaire destinée aux diététiciens et aux professionnels de la nutrition. « Cela pourrait faire partie d’une réaction totalement normale jusqu’à ce que nous arrivions au stade où l’inflammation est chronique et commence à avoir des conséquences sur la façon dont tout fonctionne. »

Ce problème survient quand cette réaction devient chronique. Avec le temps, une inflammation continue peut modifier le métabolisme, augmenter le stress oxydatif et contribuer à des maladies cardiovasculaires, neurodégénératives et à des cancers. « Votre corps donnera constamment la priorité à cette inflammation. La charge devient conséquente et d’autres choses finiront par en souffrir » indique-t-elle.

L’INTESTIN PEUT-IL S’EN REMETTRE ? 

Dans l’étude, les villosités semblaient partiellement revenues à la normale en vingt-quatre heures. Cela indique que l’intestin peut commencer à se rétablir même si l’inflammation reste élevée. 

Bien qu’il n’existe pas de moyen bien défini de parer instantanément à un épithélium endommagé, Shauna McQueen affirme que l’intestin s’adapte mieux qu’on ne pourrait le penser. « Ce qui est intéressant à propos de l’intestin, c’est que sa composition peut changer assez rapidement. En quelques jours après un changement de votre alimentation, son profil bactérien peut commencer à changer » explique-t-elle. 

Shauna McQueen indique que pour favoriser ce changement, il faut privilégier les aliments bruts riches en fibres qui agissent comme des prébiotiques, le carburant des bactéries intestinales bénéfiques, par exemple les fruits, les légumes, les céréales complètes et l’avoine. Les aliments fermentés, notamment le yaourt, le kéfir, le kimchi et le kombucha peuvent introduire des probiotiques, des microbes vivants qui peuvent aider à la diversification de l’écosystème intestinal. « Il existe aussi de grandes études sur le mouvement et la façon dont être actif peut avoir un impact sur votre intestin et votre profil bactérien. C’est une autre pièce du puzzle » précise Shauna McQueen. 

Finalement, le moyen le plus efficace de protéger votre intestin des dommages causés par l’alcool, c’est d’en limiter la consommation. Bien que s’abstenir de toute consommation soit la solution la plus bénéfique, les experts expliquent que la modération (deux verres par jour et dix verres par semaine selon les recommandations officielles) est une mesure pratique et importante pour ceux qui choisissent de consommer de l’alcool. 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

Le marché français des stupéfiants largement dominé par l’ecstasy, dont la consommation a bondi

Par Lou Bourdy ⸱ Publié le lundi 23 février 2026 à 07:47

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Provenant du podcast L’info de France Inter

Une étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), consultée par France Inter, confirme que le marché des stupéfiants en France est largement dominé par la consommation d’ecstasy ou la MDMA, deux drogues de synthèse similaires dans leur composition.

Sur le marché des stupéfiants, la consommation d’ecstasy, drogue de synthèse appelée MDMA quand elle est sous forme de poudre, a bondi en France ces dernières années, selon l’étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), consultée ce lundi par France Inter. « Le marché français des stimulants de type amphétamine (STA) est largement dominé par la MDMA/ecstasy », précise l’étude qui ajoute que selon les dernières estimations, « les quantités consommées de MDMA/ecstasy atteignent 65,6 millions de comprimés en 2023 en France », soit une hausse de 480% entre 2010 et 2023, « principalement impulsée entre 2010 et 2017 ».

Si la cocaïne reste la drogue dont les volumes interceptés ont le plus fortement augmenté (+76% entre 2019 et 2023), l’Observatoire souligne qu’en 2024, les volumes de MDMA interceptés en France ont par ailleurs atteint un niveau historique : plus de 9 millions de comprimés, soit une augmentation de 123% par rapport à 2023. Cependant, précise l’étude, 75% de ces produits, dont la destination a été identifiée, étaient en acheminement vers l’étranger.

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Trafic de cocaïne : Europol alerte sur les moyens de transport « toujours plus inventifs » des criminels

L’info de France InterÉcouter plus tardLecture

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L’ecstasy principalement fabriquée en Europe

L’Europe se positionne comme un fournisseur mondial majeur de MDMA, tant pour le trafic international que pour le trafic intra-européen. Ce que confirme Ivana Obradovic, directrice adjointe de l’OFDT contacté par France Inter : « La plupart des expéditions de MDMA vers différentes régions du monde partent d’un pays d’Europe ». Au niveau européen, les Pays-Bas et la Belgique sont les principaux pôles de production de MDMA, avec la détection régulière de laboratoires clandestins de tailles variées.

Le chiffre d’affaires de la MDMA est estimé à 312,5 millions d’euros en 2023, soit la plus forte progression parmi l’ensemble des drogues illicites depuis 2010 (+ 637% entre 2010 et 2023).

Hausse globale de la production

Plus largement, l’étude nous apprend que le contexte international est marqué par une dynamique de hausse de la production mondiale, que ce soit pour les drogues de synthèses – comme la MDMA ou encore les amphétamines – ou pour la cocaïne (plus de 3 700 tonnes produits en 2023). En 2024, les saisies de cocaïne en France ont atteint un record de 53,5 tonnes, soit une augmentation de 130% par rapport à 2023. 47 tonnes de cocaïne ont été consommées en France en 2023. Le chiffre d’affaire est estimé quant à lui à 3,1 milliards d’euros (soit presque le double par rapport à la valeur estimée pour 2017). A noter que « c’est la première fois que l’estimation en valeur du chiffre d’affaires de la cocaïne excède celui du cannabis (2,7 milliards d’euros en 2023) ».

Concernant les saisies de cannabis en France, elles s’élèvent en 2024 à 101 tonnes, en baisse de 19% par rapport à 2023. Il s’agit de la deuxième année consécutive de baisse. Quant à l’héroïne, après une augmentation continue des saisies en France entre 2018 et 2022 – culminant à 1,4 tonne en 2022 – les volumes interceptés ont diminué au cours des deux années suivantes, atteignant 1,1 tonne en 2023, puis une tonne en 2024.

Cannabis : à l’adolescence, un risque multiplié par deux de troubles psychotiques et bipolaires

AddictionPsychiatrie Par Elodie Vaz| Publié le: 24 février 2026|

Une étude révèle que la consommation de cannabis chez les adolescents est associée à un risque deux fois plus élevé de troubles psychotiques et bipolaires à l’âge adulte. Décryptage.

Cannabis et adolescent

C’est une alerte qui tombe au moment où le cannabis n’a jamais été aussi présent dans le débat public. Selon une étude publiée le 20 février dans la revue scientifique JAMA Health Forum, les adolescents qui déclarent avoir consommé du cannabis au cours de l’année écoulée présentent, quelques années plus tard, un risque deux fois plus élevé de développer des troubles psychotiques ou bipolaires.

Derrière ces chiffres, un travail de grande ampleur : 463 396 jeunes âgés de 13 à 17 ans ont été suivis jusqu’à leurs 26 ans. Les chercheurs ont analysé les données issues de consultations pédiatriques de routine réalisées entre 2016 et 2023, en s’appuyant sur les dossiers médicaux électroniques. Un suivi dans le temps, qui permet d’observer l’enchaînement des événements.

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Et la continuité est frappante. Dans la majorité des cas, la consommation de cannabis précède les diagnostics psychiatriques de 1,7 à 2,3 ans. Autrement dit, l’usage du produit intervient avant l’apparition des troubles.

Des troubles graves concernés

Les résultats sont sans ambiguïté. Les adolescents ayant déclaré une consommation de cannabis dans l’année présentent :

  • un risque doublé de troubles psychotiques ;
  • un risque doublé de troubles bipolaires ;
  • un risque accru de dépression ;
  • un risque accru d’anxiété.

Ces pathologies sont lourdes, et peuvent bouleverser durablement une vie. « Alors que le cannabis devient plus puissant et fait l’objet d’un marketing plus agressif, cette étude indique que sa consommation chez les adolescents est associée à un risque deux fois plus élevé de développer des troubles psychotiques et bipolaires, deux des affections mentales les plus graves », souligne dans un communiqué de presse, Lynn Silver, MD, directrice du programme « Bien démarrer » de l’Institut de santé publique et co-auteure de l’étude.

« Les données probantes soulignent de plus en plus la nécessité d’une réponse urgente en matière de santé publique : réduire la puissance des produits, privilégier la prévention, limiter l’exposition des jeunes et le marketing, et considérer la consommation de cannabis chez les adolescents comme un problème de santé publique majeur, et non comme un comportement anodin », ajoute-t-elle.

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Pas seulement les “gros consommateurs”

L’un des points forts de cette recherche tient à sa méthode. Contrairement à de nombreuses études précédentes, elle ne s’est pas limitée aux jeunes les plus dépendants ou à ceux déjà diagnostiqués avec un trouble lié à l’usage de cannabis. Elle a pris en compte toute consommation autodéclarée au cours de l’année précédente, dans le cadre d’un dépistage systématique lors des soins pédiatriques classiques.

Même en tenant compte des antécédents psychiatriques et de la consommation d’autres substances, le lien persiste. « Les adolescents ayant déclaré consommer du cannabis présentaient un risque considérablement plus élevé de développer des troubles psychiatriques, notamment des troubles psychotiques et bipolaires », précise Kelly Young-Wolff, docteure en psychologie, auteure principale de l’étude et chercheuse principale à la Division de la recherche de Kaiser Permanente.

Elle ajoute que « cette étude vient s’ajouter aux preuves de plus en plus nombreuses que la consommation de cannabis à l’adolescence pourrait avoir des effets néfastes à long terme sur la santé. Il est essentiel que les parents et leurs enfants disposent d’informations exactes, fiables et fondées sur des données probantes concernant les risques liés à la consommation de cannabis chez les adolescents. »

Une consommation qui progresse avec l’âge

Le cannabis reste aujourd’hui la drogue illicite la plus consommée chez les adolescents américains. L’étude « Monitoring the Future » montre que l’usage grimpe au fil de la scolarité : environ 8 % des élèves en quatrième déclarent en consommer, contre 26 % en terminale. Selon l’Enquête nationale de 2024 sur la consommation de drogues et la santé, plus de 10 % des 12-17 ans disent en avoir consommé au cours de l’année précédente.

Dans le même temps, les produits ont gagné en puissance. En Californie, le taux moyen de THC – la principale substance psychoactive du cannabis – dans les fleurs dépasse désormais 20 %, bien au-dessus des niveaux observés il y a quelques décennies. Les concentrés peuvent, eux, franchir la barre des 95 %.

Un enjeu social aussi

L’étude met également en lumière un autre facteur préoccupant : la consommation est plus fréquente chez les adolescents inscrits à Medicaid et chez ceux vivant dans des quartiers socio-économiquement défavorisés. Pour les auteurs, l’expansion de la commercialisation du cannabis pourrait ainsi accentuer des inégalités déjà présentes en matière de santé mentale. Les jeunes les plus fragiles socialement seraient aussi les plus exposés aux risques.

Financée par l’Institut national américain sur l’abus de drogues, cette étude apporte un éclairage supplémentaire dans un contexte de banalisation croissante du cannabis.

Sources

– Adolescent Cannabis Use and Risk of Psychotic, Bipolar, Depressive, and Anxiety Disorders. jamanetwork.com. Consulté le 23 février 2026.
– Adolescent cannabis use linked to doubling risk of psychotic and bipolar disorders. www.eurekalert.org. Consulté le .

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