Ces jeunes abstinents saoulés par les soirées alcoolisées

En 2017, 14 % des jeunes disaient n'avoir jamais consommé d'alcool.

En 2017, 14 % des jeunes disaient n’avoir jamais consommé d’alcool.

Ils ont 15, 20 ou 25 ans et ne boivent pas une goutte d’alcool. Une tendance à contre-courant qui bouscule les codes des rendez-vous estudiantins.

C’est une fête de jeunes comme les autres. Ou presque. Pour marquer la fin du premier semestre, Tom (1) a invité ses amis : Clément, Jules, Martin et Zacharie. Et aussi Pauline, Sarah et Aloïse. Moyenne d’âge : 19 ans et des brouettes. Tous étudiants en prépa, en école d’ingénieur ou de commerce. Il est 21 heures. Les « vieux » – comprenez, les parents de Tom – ont gentiment été priés de débarrasser le plancher dans l’après-midi. La playlist Spotify est lancée. Sur la table du salon, une kyrielle de bols de chips au vinaigre et de bonbecs acidulés. La fête vient de commencer. Et alors ? Rien. Sauf qu’au lieu de trinquer au mojito ou de décapsuler des bières, la petite bande va siroter du Perrier menthe. Et rien d’autre.

Tom et ses camarades seraient-ils des extraterrestres ? Tant s’en faut. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’abstinence est la dernière tendance chez les millennials. Les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) l’attestent : en 2017, 14 % des jeunes de 17 ans affirmaient n’avoir jamais touché à l’alcool, contre seulement 6 % en 2000 (2). « Il est certes trop tôt pour parler d’épidémie de la sobriété, mais on voit chaque jour de nouveaux convertis, confirme Stanislas Spilka, responsable du pôle Enquêtes et analyses statistiques de l’organisme. Une chose est sûre : les Français, tous âges et tous milieux sociaux confondus, boivent moins qu’autrefois. » Même si l’Académie de médecine s’alarme d’une stagnation de la consommation depuis sept ans, celle-ci est passée de 26 litres d’alcool pur par habitant en 1961 à 11,7 litres en 2017, selon les chiffres de l’OFDT.

Boire ou conduire il faut choisir

Conséquence : les parents n’inciteraient plus autant leurs rejetons à tremper leurs lèvres dans une coupe de champagne lors des réunions de famille. Le premier verre se prend de plus en plus tard. En 2010, 6 enfants sur 10 déclaraient avoir goûté de l’alcool en classe de 6e. Ils n’étaient plus que 1 sur 2 en 2014. A 17 ans, certains ne sont donc pas encore initiés à la chose.

Du côté des non-abstinents, les chiffres sont aussi encourageants. Les alcoolisations ponctuelles importantes (API) – autrement dit, les cuites – régressent : en 2017 toujours, 44 % des jeunes de 17 ans disaient avoir absorbé plus de cinq verres en une occasion au cours du mois écoulé, contre 48,8 % en 2014. Voilà pour les chiffres.

Les campagnes de sensibilisation – « Tu t’es vu quand t’as bu ? », « Celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas »… – auraient-elles un impact sur le comportement de nos ados ? Si la plupart des lycéens estiment avoir été peu ou prou sensibilisés aux dangers de la boisson, ils sont les premiers à regretter qu’on ne leur apprenne pas mieux à résister à la pression du groupe. « L’alcool est quand même au coeur de beaucoup de soirées étudiantes, confirme le psychiatre Olivier Phan. Lorsqu’un jeune quitte le domicile familial pour aller étudier dans une autre ville, il se lâche et se met souvent à boire pour se conformer à la norme. » Pour ne pas être celui ou celle qui ne sait pas s’intégrer.

Des ados plus réfléchis

Boire serait-il alors devenu ringard ? Un peu. « Dans beaucoup de pays où l’alcool a la réputation de couler à flots, les ados ont aussi réduit leur consommation, confirme Maria Melchior, spécialiste des conduites addictives. On observe désormais trois groupes d’abstinents : les premiers s’y refusent pour des raisons culturelles ou religieuses (c’est le cas de près d’un jeune sur deux en Seine-Saint-Denis), les deuxièmes parce qu’ils n’ont pas vraiment d’amis, et les derniers, matures et de plus en plus nombreux, juste par choix. Parmi cette troisième catégorie, les raisons de délaisser la bouteille sont variées. Certains, par exemple, avancent avoir été confrontés à l’alcoolisme d’un proche.

 

Raconter un moment précis d’ivresse de sa mère, Andrea en est incapable. « Il y en a eu tellement, soupire cet étudiant en double cursus droit et histoire de l’art, à Paris-Assas. D’aussi loin que je me souvienne, je l’ai toujours vue alcoolisée ». A 47 ans, cette ex-secrétaire, aujourd’hui en invalidité, est détruite par l’alcool. À traîner avec des gens peu recommandables, elle a même eu maille à partir avec la justice. Alors pour Andrea, le vin et tout le reste, c’est définitivement non.

La peur d’être un autre

Autre raison d’adopter le « sans alcool, la fête est plus folle » : la peur de perdre le contrôle de soi. « Pas question de me réveiller sans savoir qui j’ai embrassé la veille, assène Ambrine, étudiante en master de gestion à Dauphine. C’est non seulement dangereux – on peut avoir des relations non consenties -, mais aussi terriblement dégradant pour soi. »

Dans une autre vie, Roxane, 26 ans, a bu. Beaucoup même. Et certains souvenirs lui donnent encore la nausée. « J’ai chopé des mecs improbables et envoyé des textos torrides à mon ex. Je me suis trémoussée à moitié nue sur une table en croyant que j’avais le déhanché de Beyoncé. J’ai même volé des boîtes de Canigou au supermarché du coin », raconte-t-elle, un brin dépitée. Après dix ans de beuveries, cette Parisienne a tourné la page. « Je suis peut-être moins drôle, mais je ne grimace plus jamais de honte le matin. »

« La façon de boire est devenue plus violente, confirme Victor Le Grand, journaliste et coauteur de Tournée générale (Ed. Flammarion), un document sur la France et l’alcool, sorti en février. Le binge drinking (ou « biture express ») – une pratique qui consiste à avaler cul sec plusieurs shots d’alcool fort pour atteindre rapidement l’ivresse – et les comportements débridés qui lui sont imputables peuvent en effrayer plus d’un. »

Une quête de bien-être

Autre raison d’opter pour une vie sobre : l’envie de prendre soin de son corps. A 20 ans, Nicolas pratique l’escalade, à raison de quatre fois par semaine. Il ne fume pas, mange équilibré et dort huit heures par nuit. Et, bien sûr, il ne boit pas. « Tout le monde sait que l’alcool est nocif, avance ce passionné de culture japonaise. A quoi bon me bousiller la santé, alors que je n’aime pas ça ? » Même son de cloche pour Guillaume. Étudiant en école d’agronomie, le jeune homme préfère dépenser son argent dans des livres plutôt que de picoler et de risquer la cirrhose à 40 ans. « Dire non est juste une question de volonté », assure cet ascète.

Nicolas et Guillaume ont raison d’être prudents. Les spécialistes sont unanimes : à partir d’une certaine dose, l’alcool peut non seulement occasionner des problèmes hépatiques, mais il peut aussi provoquer des dégâts irréversibles sur le cerveau.

L’alcool, une drogue socialement valorisée

Il n’empêche : dire qu’on ne boit pas, quand on a 18 ans, ça fait un peu désordre. L’alcool est tellement associé au plaisir convivial qu’on peut vite être taxé d’ennuyeux, de rabat-joie, d’asocial.

Pour arrondir ses fins de mois, Léa, étudiante en communication, travaille dans un bar du quartier de la Bastille. « L’autre soir, un type a voulu m’offrir un verre, raconte la jeune fille. Je lui ai dit ‘OK, va pour un jus d’ananas.’ Il a pouffé de rire. Puis il a insisté, sa pinte à la main : ‘Allez, juste une p’tite !’, ‘t’es pas drôle’, ‘puisque j’te dis que je paie…' » J’aurais dû lui dire que j’étais musulmane pratiquante ou allergique aux sulfites. Ça lui aurait cloué le bec. »

Clémentine, elle, en est arrivée à faire place nette dans son entourage. « Quand je sais qu’à 22 heures tout le monde sera torché, je décline l’invitation, glisse cette rousse au teint clair. A quoi bon me forcer si c’est pour ne rien comprendre à leur délire ? Autant rester chez moi. »

Entre les sober parties (soirées sobres) et les brumes éthyliques, certains ne veulent pas trancher. « Je suis parfois le seul à ne pas picoler, raconte Arthur, 21 ans. Ça ne m’empêche pas de m’éclater. » Comme les autres abstinents, il admet pourtant préférer se retrouver en vase clos. Les avantages avancés : « La possibilité d’arriver en scooter et de repartir tranquille, la perspective de ne pas comater le reste du week-end devant Netflix et, surtout, la satisfaction de rire parce que c’est vraiment drôle, et non parce qu’on est beurré. » Mieux : rester sobre permettrait parfois de booster son sex-appeal. Du haut de ses 15 ans, Annabelle le confirme : « Un mec qui déguste un mocktail[un cocktail de fruits] est cent fois plus craquant qu’un type défoncé qui te postillonne à la figure en baragouinant des trucs incompréhensibles ! »

Prôner l’abstinence pour mieux faire tomber les filles (ou les garçons) ? Pas sûr que nos ados mordent tous à l’hameçon. En attendant, il incombe à chacun – et encore plus aux parents – de ne pas banaliser la consommation d’alcool. Pour que le plaisir gustatif reste toujours plus important que l’effet psychotrope. Le jeune étant versatile, la tendance du zéro alcool pourrait en effet encore faire pschitt.

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« l’alcool industriel est toxique pour « les neurones, pour les nerfs périphériques, le foie, la peau »

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Le Dr. Christian Recchia est revenu ce samedi sur les dangers de l’alcool et les chiffres inquiétants publiés cette semaine concernant la consommation des Français. Il recommande de boire moins, mais mieux, et pendant un repas.

Alcool, problème majeur de santé publique, cause de 41 000 décès en France

L’Académie nationale de médecine appelle les pouvoirs publics à prendre des mesures plus fortes.

Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la consommation d’alcool ne baisse plus en France. C’est une défaite majeure pour la santé publique car l’alcool en est un déterminant fondamental [1]. Pourtant, dès 2012, l’Académie mettait en garde contre le ralentissement de la baisse de consommation d’alcool en France et l’affaiblissement continu de la loi Evin sous la pression du lobby alcoolier, jusqu’à autoriser la publicité sur l’internet, support médiatique particulièrement affectionné des jeunes [2]. C’est en février 2019 que Santé Publique France [3] annonce que la consommation française d’alcool est la même en 2017 qu’en 2013 et que 30000 Français et 11000 Françaises en meurent chaque année.

L’alcool :

  • 1ère cause évitable de mortalité des 15-30 ans
  • 2ème cause évitable de décès de toutes causes et par cancers

L’alcool est la deuxième cause évitable de décès de toutes causes et par cancers, la première cause évitable de mortalité des 15-30 ans, de retard mental de l’enfant et de démence précoce, la deuxième cause d’hospitalisation médicale. Il est impliqué dans 40% des violences faites aux femmes et aux enfants et un tiers des décès par accidents de la route. Des effets coronariens (et non pas cardiovasculaires) favorables de l’alcool (et non pas du seul vin) ont permis au lobby alcoolier d’instiller le doute sur les ravages de l’alcool. Ce sera plus difficile après la revue approfondie du Lancet [4] sur les conséquences sanitaires de l’alcool. Santé Publique France [5] a lancé en mars 2019 une campagne avec un slogan « Pour votre santé, l’alcool c’est maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours » fondé sur de nouveaux repères de consommation (maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, des jours dans la semaine sans consommation). Près d’un Français sur 4 de 18 à 75 ans dépasse au moins l’un de ces trois repères, plus les hommes (1/3) que les femmes (1/7) et 3,5% dépassent même les trois repères.

Une action efficace contre l’alcoolisation demandée par l’ensemble des experts et sociétés savantes.

Les analyses convergentes de l’Académie, l’OMS, l’INCA, la Cour des Comptes, la Haute Autorité de Santé, nombre d’associations et de spécialistes ont contribué à attirer l’attention de façon répétée sur la nécessité d’une action efficace contre l’alcoolisation dans un pays qui reste un des plus forts consommateurs d’alcool au monde. Nombre de modalités efficaces ont ainsi été proposées dont :

Bannir la publicité pour l’alcool suivant les principes initiaux de la loi Evin [2],

– Des indications claires, lisibles et contrastées sur les contenants :

  1. . de la quantité d’alcool en grammes,
  2. . du nombre de calories (les boissons alcooliques en sont exemptées alors que l’alcool d’un verre apporte à lui seul environ 70 calories),
  3. . que « l’alcool est dangereux pour la santé » (et non le seul excès),
  4. . pour dissuader, grâce à un pictogramme, de toute consommation la femme enceinte ou qui désire l’être,
  5. – Taxer les boissons alcooliques au gramme d’alcool,
  6. – Établir un prix minimum de vente par gramme d’alcool (comme en Écosse)

S’opposer au lobby alcoolier pour permettre la mise en œuvre d’une politique de santé efficace

Le lobby de l’alcool parvient à retarder les mesures nécessaires avec le résultat sans précédent d’une stagnation de la consommation d’alcool en France à un niveau inacceptable. A titre d’exemple, à l’instigation de l’Académie [6], l’avertissement sanitaire destiné aux femmes enceintes est obligatoire sur les étiquettes des boissons alcooliques depuis 2006.  Cependant, trop petit, difficile à trouver et à comprendre sans explications préalables, il ne remplit guère la fonction qui lui était destinée. Malgré l’enjeu de prévenir la première cause de retard mental évitable du nouveau-né et de l’enfant, les discussions pour l’agrandir et le contraster s’enlisent depuis des années face à l’opposition farouche du lobby alcoolier.

De plus, que dire de la reconnaissance de la filière viticole comme un acteur crédible de la prévention ? De la diffusion de dépliants scolaires pour les 3-6 ans sur la vigne sans parler d’alcool ni de ses effets ? De l’acharnement à favoriser la consommation de vin des femmes (So Femmes & Vin qui expliquent même la vigne aux enfants) ? D’interventions ministérielles répétées donnant au vin un rôle particulier alors qu’il représente la moitié de l’alcool consommé ? De l’extension du fonds tabac abondé par une taxe sur le tabac à l’ensemble des addictions sans la moindre participation de la filière alcool ? De la proposition parlementaire de rétablir la consommation d’alcool dans les stades ?

La majorité des Français favorables aux actions contre l’alcool

On comprend alors que plus de 3/4 des Français considèrent que les décideurs sont sous l’influence du lobby alcoolier et que 2/3 considèrent que les producteurs empêchent la mise en œuvre d’une politique de santé efficace [7]. Pourtant l’opinion des Français est très favorable aux actions courageuses (70% pour l’interdiction totale de la publicité, 58% en faveur de la taxation de l’alcool, 81% pour un étiquetage spécifique sur les risques de l’alcool et 90% trouvent insuffisante la prévention du risque alcool chez les jeunes) [7].

L’action publique est entravée par le lobby de l’alcool qui obtient régulièrement un affaiblissement des mesures existantes, et faute de mesures efficaces, la consommation d’alcool ne baisse plus en France. Malgré une analyse correcte de la situation et des mesures potentiellement efficaces, ni le Plan National de Mobilisation contre les Addictions, ni le Plan National de Santé Publique ne proposent en ce domaine les mesures à la dimension du problème. On ne peut ainsi négliger 41000 décès chaque année, que 50% des élèves de 6ème ont déjà expérimenté l’alcool, que 20% des élèves de terminale sont des consommateurs réguliers et un coût social évalué à 120 milliards d’euros par an.

Même si Joseph Reinach, député, déclarait déjà en 1911 : « L’alcoolisme est l’un des problèmes qui mettent aux prises contre l’intérêt général le plus grand nombre d’intérêts particuliers », négliger ainsi l’alcool, second déterminant de santé, est contraire aux engagements de la France dans le programme ONU/OMS contre les maladies chroniques. On ne peut en ce domaine se contenter de mesures insuffisantes.

L’Académie recommande donc de revenir à une politique basée sur les preuves et de mettre en œuvre les mesures qui ont une efficacité démontrée et reconnue. 

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Alcool et tabac : les Français davantage au fait des dommages sanitaires

  • alcool tabac
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Selon la dernière enquête de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) sur les perceptions des produits, des politiques publiques et des usagers, près d’un Français sur deux (49 %) considère que l’expérimentation ou la consommation occasionnelle de tabac constitue un usage nocif pour la santé. Ce taux, calculé à partir d’un échantillon de 2 001 adultes de 18 à 75 ans, a plus que doublé depuis la première édition de cette enquête en 1999, où il s’établissait à 22 %.

En ce qui concerne l’alcool, une évolution similaire mais plus lente est également observée, puisque 10 % des personnes interrogées en 2018 estiment que sa consommation est nocive dès l’expérimentation, contre 6 % en 1999, lors de la première édition de l’enquête de l’OFDT.

Cette modification de la perception s’accompagne d’un « renforcement de l’approbation de l’objectif de réduction de l’accessibilité du tabac et de l’alcool, ainsi que de la visibilité des produits alcoolisés », précisent les auteurs.

Il reste toutefois une marge de progression en matière de représentation sociale de l’alcool et du tabac. Ces deux substances sont considérées comme des drogues par respectivement 24 et 22 % des personnes interrogées. Des taux qui n’ont que peu varié depuis 1999.

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Une étude universitaire juge nécessaire d’interdire toute publicité pour l’alcool

Une interdiction totale de la publicité pour l’alcool est nécessaire d’un point de vue de santé publique, selon une étude menée à l’université de Gand pour le compte de la politique scientifique fédérale (Belspo) et relayée mercredi par le journal De Morgen.

Les chercheurs ont comparé les conséquences de la publicité pour l’alcool dans différents pays européens. Dans un second volet, l’étude a sondé aussi bien l’industrie des boissons alcoolisées que le secteur de la santé sur le type de régulation qu’ils percevaient comme la meilleure. « La France est plus sévère que la Belgique. Malgré la crainte d’un bain de sang économique, elle avait déjà choisi en 1991 de ne plus autoriser des marques d’alcool à sponsoriser des évènements sportifs », rappelle le chercheur Ruben Kramer.

« La Coupe du monde de football 1998 en France a montré que les places vacantes avaient immédiatement été occupées par d’autres entreprises. » En Belgique, il existe une convention en matière de publicité et de commercialisation des boissons contenant de l’alcool signée par les différentes parties prenantes. Le Jury d’Ethique publicitaire (JEP) veille au respect de ce code de bonne conduite et peut, le cas échéant, imposer des amendes en cas d’infractions. Mais, selon les chercheurs, cela ne fonctionne pas car l’aspect santé publique serait à peine pris en compte.

« Le JEP est un organe d’auto-régulation de l’industrie. Ce n’est pas dans son intérêt de protéger la santé publique », estime Ruben Kramer. Du côté de l’Union belge des annonceurs (UBA), on juge toutefois une interdiction totale naïve: « si on veut vraiment interdire quelque chose, alors interdisons le produit ». La ministre de la Santé publique, Maggie De Block (Open Vld), n’est pas non plus très enthousiaste à l’idée d’une interdiction totale.

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Alcool : une association démonte les méthodes des lobbies

Désinformation, contournement de la loi, publicités déguisées, campagnes sur les réseaux sociaux… Dans un rapport au vitriol, l’Association nationale de prévention en alcoologie démonte, pièce par pièce, la stratégie des lobbies des vins et spiritueux.

Alcool : une association démonte les méthodes des lobbies

L’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) a publié, le 18 avril 2019, le deuxième rapport de son Observatoire sur les pratiques des lobbies de l’alcool.

Une par une, ce texte dévoile les stratégies déployées au cours de l’année 2018 par les producteurs de vin et d’alcools forts. Des stratégies « payantes » selon l’Anpaa puisqu’elles ont abouti à ce que les alcooliers soient associés à l’élaboration de la politique gouvernementale de prévention en matière de consommation d’alcool.

Ces lobbies alcooliers, qui se présentent comme « des acteurs de prévention », sont pourtant dans une situation de conflit d’intérêts évidente. « Confier une politique de réduction du risque alcool à des acteurs dont l’intérêt économique est de vendre le plus possible est nécessairement antinomique », souligne l’Anpaa.

Son rapport détaille les multiples manœuvres mises en œuvre pour minimiser les risques de l’alcool et du vin, en particulier « données statistiques incomplètes, vision biaisée de la réalité des dommages liés à la consommation d’alcool en France, mesures non contraignantes reposant uniquement sur la bonne volonté des acteurs… ». Alors que l’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable dans notre pays.

L’Anpaa revient également sur les publicités en faveur de l’alcool largement diffusées pendant la Coupe du monde de football 2018, photos à l’appui. Des publicités qui contournent la loi Evin.

L’association dénonce aussi le recours à des influenceurs sur des réseaux sociaux comme Instagram, des jeunes pris en photo un verre à la main. Pour l’Anpaa, il s’agit tout simplement de publicités indirectes qui « ne sont pas en conformité avec la loi Evin, non seulement du fait de la présence de consommateurs mineurs, mais aussi de l’absence du message sanitaire obligatoire. »

Ce lobbying intense influe également les décisions politiques au niveau européen, puisqu’une tentative d’amélioration de l’étiquetage des bouteilles d’alcool (par exemple sur la teneur en sucre) a récemment échoué.

Au final, l’Anpaa conclut son rapport en espérant « que la campagne de prévention lancée en mars 2019 par Santé publique France permettra de déconstruire les idées reçues, malheureusement encore très présentes, et aidera les Français à réduire les risques liés à une consommation parmi les plus élevées au monde ». 

Pour rappel, le message des autorités sanitaires sur l’alcool : « Maximum 2 verres par jour, pas tous les jours ».

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Même modérée, la consommation d’alcool ne protège pas contre l’AVC

Accident vasculaire cérébral

Une nouvelle étude, publiée dans The Lancet, contredit l’idée selon laquelle boire un à deux verres d’alcool par jour pouvait protéger contre les accidents vasculaires cérébraux.

Même modérée, la consommation d’alcool ne protège pas contre l'AVCMAXIMFESENKO / ISTOCK

« Pour votre santé, l’alcool c’est maximum deux verres par jour, et pas tous les jours ». Cette phrase vous dit peut-être quelque chose. Il s’agit de la nouvelle formule, élaborée par Santé publique France et l’Institut national du cancer (INCa), pour résumer les nouveaux repères de consommation d’alcool en France. Après un travail d’expertise, les deux agences ont conclu que ces repères désignaient une consommation d’alcool à moindre risque pour la santé.

Des recherches précédentes avaient même démontré que les consommateurs d’alcool modérés (un à deux verres par jour) présentaient un risque légèrement inférieur d’accident vasculaire cérébral et de crise cardiaque que les non-buveurs. Or, une nouvelle étude, publiée dans The Lancet, met à mal l’hypothèse d’un « effet protecteur » de l’alcool modéré.

Utiliser la génétique pour analyser les effets de l’alcool

Dans les populations d’Asie de l’Est, il existe des variantes génétiques réduisant considérablement la tolérance à l’alcool. Les personnes qui en sont dotées réduisent donc leur consommation d’alcool car elles ont une sensation très désagréable chaque fois qu’elles boivent. Ces facteurs génétiques, qui influent sur les habitudes de consommation d’alcool, sont attribués de manière aléatoire à la conception et persistent toute la vie. Les scientifiques se sont appuyés sur ce facteur pour mener leurs travaux.

Les chercheurs de l’université d’Oxford (Royaume-Uni), de l’université de Pékin et de l’Académie chinoise des sciences médicales ont mené une vaste étude sur plus de 500 000 hommes et femmes en Chine. Chaque participant était interrogé sur sa consommation d’alcool et suivi pendant dix ans. Chez plus de 160 000 de ces adultes, les chercheurs ont mesuré deux variantes génétiques (rs671 et rs1229984) qui effectivement réduisent la consommation d’alcool.

Un verre en plus, des risques en plus

Chez les hommes, ces variations génétiques entrainaient des différences de consommation, allant d’environ zéro à quatre verres d’alcool par jour. Les chercheurs ont observé que les variations génétiques diminuaient aussi la pression artérielle et le risque d’accident vasculaire cérébral. Ainsi, d’après leurs conclusions, l’alcool augmente le risque de subir un AVC d’environ 35% pour quatre verres supplémentaires par jour. Il n’ont observé aucun effet protecteur lors d’une consommation modérée.

Les femmes chinoises, elles, consomment généralement très peu d’alcool. Moins de 2% des femmes de l’étude buvaient lors des semaines de suivi, et lorsqu’elles le faisaient, c’était beaucoup moins que les hommes. Ainsi, les variantes génétiques responsables de l’intolérance à l’alcool avaient peu d’effet dans les résultats. Ce qui démontre que les femmes, dans cette étude, forment un groupe de contrôle utile. Cela confirme que les effets de ces variantes génétiques sur le risque d’AVC chez les hommes ont été causés par la consommation d’alcool, et non par un autre mécanisme.

L’alcool, responsable de 8% des AVC en Chine

Une telle étude ne pourrait être menée dans les pays occidentaux car les populations sont très peu dotées de ces variations génétiques. Cependant, les chercheurs estiment que les conclusions tirées sur les effets de l’alcool sont applicables partout dans le monde.

En Chine, les AVC font diminuer l’espérance de vie. D’après l’étude, l’alcool est la cause de 8% des AVC dus à un caillot sanguin dans le cerveau chez les hommes chinois. Et de 16% de tous les accidents vasculaires cérébraux dus à un saignement. « Les AVC sont une cause majeure de décès et d’invalidité. Cette vaste étude collaborative a montré que les taux d’accidents vasculaires cérébraux sont augmentés par l’alcool. Cela devrait aider à éclairer les choix personnels et les stratégies de santé publique », déclare le professeur Liming Li, co-auteur de l’étude.

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