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Coronavirus : Le confinement va-t-il nous rendre tous alcooliques ?

BOISSON De nombreux internautes ont augmenté leur consommation d’alcool depuis le début de la crise du coronavirus

Illustration de l'alcoolisme.
Illustration de l’alcoolisme. — Jaromoluk/Pixabay
  • Le confinement a tendance à augmenter la consommation d’alcool des personnes qui ont déjà cette habitude.
  • Et les whatsapéro, skypéros ou apéro-Facetime n’arrangent rien à la situation.
  • De nombreux internautes ont répondu à notre appel à témoignage et ont raconté le lien entre confinement et alcool.

Les Français semblent un peu trop portés sur la bouteille ces derniers temps. A l’heure où les whatsapéro, skypéros ou apéro-Facetime (comprendre apéritifs en visioconférence) remplacent les regroupements dans les bars, désormais interdits, une question se pose : va-t-on tous tomber dans l’alcool à cause du confinement ?

Alors que de plus en plus de messages s’amusent de la consommation un peu problématique des confinés depuis le début de la crise du coronavirus, faut-il s’inquiéter du foie de nos concitoyens ?

D’autant que la période d’isolement de la population pour éviter la propagation du virus n’est pas près de prendre fin : le gouvernement, après avoir donné un tour de vis aux mesures de confinement, a demandé l’avis de son conseil scientifique sur la suite à donner à cette mesure drastique.

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Alcool : connaissez-vous bien les risques ?

Pour quelles raisons a-t-on une gueule de bois après l’ingestion excessive d’alcool ?

Que ce soit durant les fêtes, au cours de la vie étudiante ou pendant certaines soirées entre amis, nombreux ont déjà expérimenté l’effet désagréable de la gueule de bois (GDB) en se réveillant le matin. Maux de tête, nausées, vomissements, maux d’estomac, fatigue… Ces symptômes se présentent avec une sévérité variable lorsque l’organisme se remet de l’ingestion d’une grande quantité d’alcool ; un processus appelé intoxication à l’alcool. Mais quelles sont les raisons exactes de l’apparition de ces symptômes ?

Consommer des quantités excessives d’alcool n’épargne pas notre organisme. De nombreux processus physiologiques s’activent pour traiter et réguler le flux d’alcool sanguin, du foie aux reins en passant par le cerveau, tous ces organes participent à l’élimination de l’alcool. Cependant, cette élimination ne se fait pas sans effets désagréables.

Tout d’abord, certaines études ont suggéré que cela pourrait être dû à l’âge, mais d’autres recherches ont produit des résultats contradictoires. Certaines ont constaté que les adolescents pouvaient mieux tolérer la gueule de bois que les adultes, ce qui a été confirmé par de nombreuses études sur les animaux, mais une vaste étude danoise a également constaté le contraire : la GDB semble en fait diminuer avec l’âge. Il n’existe donc toujours pas de consensus sur ce point.

Déshydratation : elle est la responsable directe des maux de tête

Pendant de nombreuses années, la déshydratation a été considérée comme la principale cause de la gueule de bois. L’alcool est un diurétique, ce qui signifie qu’il entraîne une miction plus importante et fait donc perdre de l’eau. Il le fait en inhibant l’hormone antidiurétique, la vasopressine, qui empêche d’uriner excessivement en temps normal.

Les scientifiques ont constaté que, en général, les niveaux d’électrolytes ne sont pas significativement différents entre les personnes sobres et les personnes souffrant de gueule de bois, et même s’ils ont repéré des différences, elles ne semblent pas être en corrélation avec la sévérité de la GDB. De plus, d’autres études n’ont trouvé aucun lien entre les hormones associées à la déshydratation et la sévérité de la gueule de bois.

structure vasopressine

La vasopressine est une hormone antidiurétique, elle régule la quantité d’eau circulant dans l’organisme et la quantité d’urine excrétée. L’alcool étant un diurétique, il inhibe l’action de la vasopressine et provoque une miction excessive. Cette perte d’eau entraîne une déshydratation générale. Crédits : ChemPedia

Ainsi, la déshydratation n’est probablement pas responsable de la majorité des symptômes, mais elle donne des maux de tête sévères. Ils sont une conséquences de la tentative du corps de restaurer les niveaux de liquide. Les vaisseaux sanguins se rétrécissent, limitant le flux de sang et d’oxygène vers le cerveau, qui tente ensuite de compenser en dilatant ses vaisseaux sanguins, ce qui peut provoquer une inflammation. Bien que le cerveau lui-même ne puisse pas ressentir de douleur, les céphalées proviennent des récepteurs de la douleur présents dans les méninges.

Maux d’estomac et vomissements : l’inflammation de la muqueuse stomacale en cause

Concernant les maux d’estomac, il s’agit d’une autre affaire. L’alcool irrite réellement l’estomac et l’intestin, provoquant une inflammation de la muqueuse de l’estomac et retardant la vidange de son contenu. Cela amène également à produire plus d’acide gastrique et augmente les niveaux de sécrétions pancréatiques et intestinales. Ces deux facteurs peuvent entraîner des nausées, voire des vomissements.

Un facteur à l’origine de la GDB est un composé toxique appelé acétaldéhyde, qui s’accumule comme sous-produit lorsque notre corps traite l’alcool. On pense qu’il est jusqu’à 30 fois plus toxique que l’alcool lui-même, et plusieurs études ont montré qu’il provoque plusieurs des symptômes de la GDB.

Le potentiel rôle du système immunitaire dans la gueule de bois

Une dernière hypothèse est que la gueule de bois serait aussi le résultat de l’activité du système immunitaire. Une étude coréenne a révélé que les personnes souffrant de GDB avaient également des niveaux élevés de cytokines, qui sont des substances sécrétées par les cellules immunitaires impliquées dans l’inflammation et la communication cellulaire.

Source

 

action cytokines

Selon des chercheurs coréens, l’intoxication à l’alcool entraînerait un taux de cytokines élevé. Une telle concentration de cytokines provoquerait à son tour une action endocrine inflammatoire à l’origine de certains effets de la GDB. Crédits : K. Kerboua

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Normalement, celles-ci nous aident à combattre les infections, mais si elles sont présentes en fortes concentrations, elles provoquent des symptômes de gueule de bois comme des nausées, des maux de tête et de la fatigue. De plus, certains indices ont laissé entendre que des niveaux anormalement élevés de cytokines pourraient perturber la formation de la mémoire dans le cerveau, ce qui pourrait expliquer pourquoi certaines personnes expérimentent des troubles mémoriels (des oublis) en se réveillant.

Une gueule de bois liée à la quantité de congénères présents dans l’alcool

Un autre facteur contributif est le choix des alcools. Différentes boissons alcoolisées contiennent des quantités variables de composés appelés congénères, qui sont parfois produits au cours du processus de fermentation ou ajoutés par la suite. Ces congénères peuvent être du méthanol et d’autres alcools de Fusel (acétone, éthanal, esters, aldéhydes, etc.).

Certaines études ont montré que les boissons riches en congénères, comme le cognac et le vin rouge, sont beaucoup plus susceptibles d’entraîner une GDB que les boissons avec peu ou pas de congénères, comme le gin et la vodka. Cependant, une étude plus récente a révélé que le contenu du congénère n’avait en fait pas d’effets différents sur le sommeil, le temps de réaction ou la mémoire le lendemain, malgré le fait que les participants ont déclaré se sentir moins bien avec des boissons riches en congénères.

Consommation d’alcool en France : où en sont les Français ?

Santé publique France publie des données inédites avec une analyse régionale de la consommation d’alcool ainsi que des indicateurs régionaux et départementaux de morbi-mortalité associée à l’alcool.

Alcool Info Service propose aux consommateurs d’alcool et leur entourage de l’aide, des informations, du soutien, une orientation et des conseils par internet ou par téléphone…

Les Français et l’alcool

Bien que le volume global d’alcool pur consommé en France (11,7 litres par habitant de 15 ans et plus en 20171) soit en diminution depuis les années 1960, essentiellement en raison de la baisse de la consommation quotidienne de vin, la France reste parmi les pays les plus consommateurs d’alcool au monde, se situant au sixième rang parmi les 34 pays de l’OCDE2.

Chiffres clés sur la consommation d’alcool en France métropolitaine

  • 23,6% des personnes de 18-75 ans dépassaient les repères de consommation en 2017
  • 11,7 litres par an et par personne de 15 ans et plus
  • 41 000 décès attribuables à l’alcool par an, dont 30 000 chez les hommes et 11 000 chez les femmes
  • 16 000 décès par cancer et 9 900 décès par maladie cardiovasculaire chaque année
  • 87% des 18-75 ans consomment de l’alcool au moins une fois par an
  • 26% des 65-75 ans déclarent une consommation quotidienne d’alcool
  • 13,4% des 18-24 ans déclarent au moins 10 ivresses par an
  • 10% des 18-75 ans consomment à eux seuls 58% de l’alcool consommé

Cartographie de la consommation d’alcool par région

7,1% à 12,6% des adultes consomment quotidiennement de l’alcool selon les régions (moyenne nationale : 10,0%)

La consommation d’alcool est significativement moins fréquente en Ile-de-France (7,1 %), Normandie (7,9 %) et Pays de la Loire (8,1 %), ainsi que dans l’ensemble des DROM. La Guadeloupe (6,9 %), la Guyane (5,2 %), la Martinique (7,0 %) et La Réunion (5,8 %) affichent des prévalences comparables entre elles, et significativement moins élevées que la moyenne de la France métropolitaine (source : baromètre santé DOM 2014). Les régions Hauts-de-France (11,5 %), Nouvelle-Aquitaine (12,3 %) et Occitanie (12,6 %) se distinguent par une consommation quotidienne d’alcool plus fréquente.

Prévalences régionales standardisées* de la consommation quotidienne d’alcool chez les adultes de 18 à 75 ans en France métropolitaine en 2017 et dans les départements et régions d’outre-mer en 2014
Prévalences régionales standardisées* de la consommation quotidienne d’alcool chez les adultes de 18 à 75 ans en France métropolitaine en 2017 et dans les départements et régions d’outre-mer en 2014
* Prévalence standardisée sur le sexe croisé par l’âge pour 100 habitants, population de référence : Insee, enquête emploi 2016. ** Différence significative entre la prévalence observée dans une région comparée à celle de l’ensemble des autres régions. Le test utilisé est un chi deux de Pearson avec correction d’ordre deux de Rao-Scott, et le seuil de significativité est fixé à 5 %. Champ : France métropolitaine et DROM (hors Mayotte), population des 18-75 ans vivant en ménage ordinaire. Sources : Baromètre de Santé publique France 2017, Baromètre santé DOM 2014 (Santé publique France).

Les plus fortes baisses de consommation quotidienne d’alcool

Entre 2000 et 2017, les plus fortes baisses de la consommation quotidienne d’alcool ont été observées en Occitanie (-15,6 points, 13,4 % en 2017 contre 29,0 % en 2000), en Nouvelle Aquitaine (-14,6 points, 12,9 % contre 27,5 %), en Ile-de-France (-13,8 points, 6,1 % contre 19,9 %), Pays de la Loire (-13 points, 8,2 % contre 21,2 %).

La consommation hebdomadaire d’alcool chez les 18-30 ans

La consommation hebdomadaire d’alcool chez les 18-30 ans s’élève à 32,5 % pour la France métropolitaine et varie entre 23,2 % et 43,5 % suivant la région. Elle est significativement moindre dans les Hauts de France (23,2%) et plus élevée dans 4 régions : Bretagne (43,5 %), Pays de Loire (40,7 %), Martinique (47,7 %) et Guyane (43,4%).

Les alcoolisations ponctuelles importantes mensuelles (API)

Les API (6 verres ou plus en une seule occasion) mensuelles varient selon les régions de France métropolitaine de 13,9 % en Île-de-France à 20,5 % en Bretagne et la moyenne de la France métropolitaine était de 16,2 %. Seule l’Île-de-France (13,9 %) affichait une prévalence significativement plus faible par rapport à la moyenne des autres régions, tandis que la Bretagne présentait une prévalence significativement plus élevée (20,5 %). Les prévalences en Guadeloupe (10,5 %), à La Réunion (11,9 %) et en Guyane (13,0 %) étaient significativement plus faibles que la moyenne de France métropolitaine.

Les régions métropolitaines ayant connu les plus fortes augmentations concernant les API mensuelles sont la Bretagne (+3,4 points, passage de 16,9 % en 2005 à 20,3 % en 2017), Auvergne-Rhône-Alpes (+2,4 points, passage de 14,9% en 2005 à 17,3 % en 2017), la Normandie (+2,1 pts, passage de 13,9 % en 2005 à 16 % en 2017), l’Ile-de-France (+1,7 points, passage de 12,7 % en 2005 à 14,4 % en 2017) et PACA (+1 point, passage de 14,2 % en 2005 à 15,8 % en 2017).

Ces données confirment les tendances observées en Europe. Même si les pays européens conservent des caractéristiques culturelles spécifiques, en termes de préférences de consommation comme de pratiques d’alcoolisation (un modèle latin d’usage régulier d’alcool opposé à un modèle nordique et anglo-saxon de consommations moins fréquentes mais plus importantes), les comportements tendent à s’uniformiser depuis quelques décennies en population générale comme parmi les adolescents. Ainsi, en France, on note une consommation régulière plus faible et une augmentation des consommations ponctuelles importantes.

Vin, bière ou alcools forts : quelles sont les préférences régionales ?

La consommation hebdomadaire varie considérablement suivant les régions en fonction du type d’alcool (vin, bière, alcools forts, autres types d’alcool). Le nord et l’est de la métropole sont davantage concernés par la consommation de bière, le sud par la consommation de vin, l’ouest par les alcools forts et les autres types d’alcool.

Passages aux urgences directement liés à l’alcool : l’effet à court terme de l’alcool mesuré pour la première fois 

En moyenne quotidienne, et suivant les régions, le nombre de passages aux urgences en lien direct avec l’alcool sont :

  • pour les hommes : entre 1,2% et 3,1% (sauf Mayotte : 0,2% et La Réunion : 7,3%).
  • pour les femmes : entre 0,3% et 1,4% (à l’exception de Mayotte).

Tous sexes confondus, les personnes âgées de 45-60 ans sont davantage concernées par ces passages aux urgences liés à l’alcool. Il s’agit en majorité d’intoxications éthyliques aiguës.

Lutter contre les dommages de l’alcool : l’action de Santé publique France

La consommation d’alcool est un fort enjeu de santé publique et fait partie des trois premières causes de mortalité évitable avec 41 000 décès en 2015. L’alcool constitue donc l’un des axes forts de notre programme.

Santé publique France produit à la fois des données d’observation et de surveillance, et des actions nationales de prévention adaptées aux différents publics. Son programme Alcool répond à l’objectif de réduire la morbi-mortalité associée à la consommation d’alcool en France.

L’alcool c’est maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours

En 2017, le travail d’expertise scientifique mené par Santé publique France et l’Institut National du Cancer a permis d’élaborer de nouveaux repères de consommation à moindre risque : si l’on consomme de l’alcool, maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, et des jours dans la semaine sans consommation.

Ces repères permettent désormais aux Français de faire le choix éclairé d’une consommation à moindre risque pour leur santé, sachant que les risques pour la santé d’une consommation d’alcool existent dès le premier verre.

Une importante campagne d’information a été diffusée en mars et en avril dernier pour faire connaître ces repères aux Français et expliquer leur raison : « Pour votre santé, l’alcool c’est maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours ». Cette campagne sera rediffusée en 2020.

Des actions spécifiques auprès de publics différents

Santé publique France mène par ailleurs des actions spécifiques auprès des femmes enceintes et des jeunes :

Depuis 2015, Santé publique France se mobilise chaque année en septembre autour de la consommation d’alcool pendant la grossesse afin de faire comprendre et intégrer par les femmes et leur entourage le message de santé publique « Par précaution : zéro alcool pendant la grossesse ».

Des campagnes de sensibilisation notamment sur les réseaux sociaux sont menées vers les jeunes, particulièrement touchés par le « phénomène du binge-drinking ». La dernière campagne « Amis aussi la nuit », menée en septembre 2019, visait à renforcer les comportements protecteurs entre pairs.

Pour tous, un dispositif d’aide à distance : alcool info service

Ce dispositif d’aide à distance offre aux personnes concernées comme à leur entourage un espace d’écoute confidentiel à travers une ligne téléphonique 0 980 980 930 et un chat animé par des professionnels qualifiés. Le site met à la disposition du public de nombreuses informations, des outils, comme l’alcoomètre permettant d’évaluer sa consommation d’alcool et un annuaire national des structures spécialisées en addictologie. Le site dispose également d’un espace réservé aux jeunes et un autre destiné aux professionnels de santé.

SOURCE

Et l’alcool vu par Henri Salvador ???

« Pour une offre plus responsable d’alcool » :

Une nouvelle signalétique pour rappeler l’interdit de vente aux mineurs

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La charte d’engagements « Pour une offre plus responsable d’alcool » a été signée à la MILDECA en 2019 par l’ensemble des acteurs de la distribution : la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD, fédérant 50 enseignes) ainsi que le Groupement Les Mousquetaires et le Mouvement E. Leclerc et Epiciers de France).

Avec cet engagement ce sont au total près de 20 000 points de vente accueillant environ 10 millions de clients par jour, qui se sont engagés aux côtés de la MILDECA pour mettre en œuvre l’une des priorités du Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 : « Mieux encadrer la vente des boissons alcooliques ».

Les travaux menés depuis plusieurs mois dans le cadre de la mise en œuvre de ces engagements prévoient notamment l’apposition en magasin et sur les supports commerciaux d’une signalétique visant à rappeler l’interdit de vente d’alcool aux mineurs ainsi qu’à mieux informer le grand public sur les nouveaux repères de consommation d’alcool à moindre risque.

Cette signalétique rénovée prend la forme d’une charte graphique (élaborée par Santé publique France et validée par l’ensemble des représentants des enseignes) associée à différents formats réunis au sein d’un kit complet de communication, jalonnant le parcours client tant en magasin que sur le web.

L’utilisation de ces éléments graphiques est le résultat d’un engagement volontaire des enseignes intégré dans leur démarche de responsabilité sociale d’entreprise (RSE) et ne revêt donc pas de caractère obligatoire ou réglementaire. Par ailleurs, afin d’assurer le suivi conjoint des engagements pris dans le cadre de la charte d’avril 2019, les pouvoirs publics ont demandé aux enseignes signataires d’organiser en interne une remontée d’information afin de pouvoir évaluer la diffusion effective de la signalétique.

Source

« Les politiques n’ont pas pris la mesure du Défi de janvier sans alcool »

TRIBUNE

A l’issue de la première édition française du Défi de janvier, portée par des associations, trois personnalités du monde de l’addictologie s’interrogent sur le décalage entre la prise de conscience générale sur le sujet de l’alcool et celle des politiques.

Tribune. Pendant des décennies, les acteurs de santé publique ont semblé prêcher dans le désert lorsqu’ils détaillaient les conséquences, pourtant spectaculaires, de la consommation d’alcool dans notre pays.

Ni les dizaines de milliers de morts, ni les malades (bien plus nombreux encore), ni les handicaps, ni les violences ne semblaient en mesure de contrebalancer un discours sur l’alcool qui serait l’unique déclencheur de la fête, ou sur les traditions et l’art de vivre, dont seul le lobby alcoolier serait le détenteur et le gardien.

La mobilisation exceptionnelle, et inattendue à ce niveau, qui s’est produite autour du Défi de Janvier (Dry January à la française), est à cet égard révélatrice d’une bascule progressive de l’opinion. La consommation d’alcool, jusqu’alors naturelle, sinon obligatoire lors des rencontres amicales, amoureuses professionnelles ou autres, est désormais soumise à interrogation.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  « Dry January », malgré le veto de l’Elysée

La prise de position du président de la République, dont l’opposition au Défi de janvier a été annoncée sur le site internet Vitisphere.com, a certainement attiré l’attention sur l’événement, mais ne saurait expliquer son retentissement.

Les médias, tous les médias, se sont d’ailleurs davantage intéressés à l’opération de mobilisation sociale qu’à sa péripétie politicienne. Les débats ont porté, à juste titre, sur l’intérêt pour chacun de faire le point sur sa consommation, sur la place que l’alcool prend dans sa vie, sur la capacité à maîtriser cette consommation et sur les bénéfices qu’on peut attendre d’une pause.

C’est d’ailleurs ici qu’est la révolution dans cette campagne de prévention : il s’agit d’expérimenter soi-même les bénéfices d’une pause et non simplement se voir rappeler les risques à consommer.

Source  Le Monde

LA GUERRE DU LOBBY DU VIN CONTRE LE « MOIS SANS ALCOOL »

 

Vin, Verre, Boire, Dégustation, Main

Le mois de janvier 2020 devait coïncider avec le lancement de la toute première édition du « Mois sans alcool » français, organisé par l’agence nationale « Santé publique France », sous l’égide du Ministère des Solidarités et de la Santé et de sa ministre, Agnès Buzyn. L’organisme, déjà à l’origine de la promotion du “mois sans tabac” en novembre, comptait élargir cette initiative à l’alcool, responsable, selon l’agence, de 41.000 décès en France chaque année. Inspirée du « Dry January » britannique, cette campagne de sensibilisation visait à faire « réfléchir les Français sur leur consommation d’alcool » en les incitant à moins boire en janvier pour faire une pause après les fêtes.

Début novembre 2019, la campagne « Janvier sans alcool », préparée depuis 6 mois, est prête. Le 10 novembre, la page Facebook de l’événement est publiée. Le 11 novembre, le compte Twitter émet son premier tweet. Enfin, le 14 novembre, une date à retenir, l’opération doit être officiellement dévoilée à la presse par la Ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui sera cependant contrainte de reporter l’annonce de quelques jours en raison d’une grève du personnel hospitalier. Or, au grand dam des associations de prévention contre les addictions, cette annonce n’aura finalement jamais lieu. En effet, Madame Buzyn a décidé de faire marche arrière, affirmant qu’elle n’avait pas validé le format de la campagne et que le plan de prévention contre l’alcool ne serait défini qu’en février 2020. Alors, pourquoi un tel revirement ? Ne serait-ce pas un nouveau fait d’arme du lobby de l’alcool visiblement rompu à ce type de manœuvre ?

 

« Janvier Sobre » versus « Janvier sans Alcool », la guerre des opérations de prévention

Tout semble commencer au mois de juin 2019. Lors du discours d’ouverture du congrès 2019 de la Fédération Addiction, Nicolas Prisse, le président de la MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), laisse entendre qu’une opération de « mois sans alcool » soutenue par les pouvoirs publics pourrait avoir lieu en janvier 2020. Cette information sera confirmée quelques jours plus tard par François Bourdillon, arrivé à la fin de son mandat à la tête de Santé Publique France.

Or, cette perspective n’enchante pas la filière vitivinicole, qui envisage la prévention contre l’alcoolisme d’un tout autre œil. En effet, les termes de « mois sans alcool » ou « janvier sec », à l’instar du « Dry January » et du « mois sans tabac », brandiraient le spectre de l’abstinence totale d’alcool, à laquelle elle est, sans surprise, farouchement opposée. Elle lui préfère de loin les notions de sobriété et de modération, en accord avec les recommandations du Ministère de la Santé, qui prônent « Maximum 2 verres par jour et pas tous les jours », soit 10 verres et 2 jours d’abstinence par semaine, toute l’année. Et justement, une autre opération œuvrant pour une consommation responsable selon ces recommandations, baptisée « Janvier Sobre », déjà lancée début 2019, est en préparation pour janvier 2020. Présentée comme une initiative citoyenne franco-française, elle est portée par Laurence Cottet, présidente de l’association de lutte contre l’alcoolisme « Méthode H3D » et ex-alcoolique devenue « Patiente experte » au CHU de Grenoble. Personnalité très médiatisée dès lors qu’un sujet porte sur l’addiction à l’alcool, elle ne fait pourtant pas l’unanimité parmi les addictologues. En effet, beaucoup la soupçonnent de pactiser avec l’ennemi, et en particulier avec Vin&Société, association représentant l’ensemble de la filière vitivinicole, créée en 1995 pour combattre la loi Evin. De fait, Laurence Cottet, à titre personnel ou via Janvier Sobre, ne manque pas de relayer tous les messages du lobby sur les réseaux sociaux. Elle va jusqu’à apparaître dans une vidéo tournée par Vin&Société à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de la Femme, sous couvert de marteler son slogan de prévention « Maximum 2 verres jour et pas tous les jours », un bon moyen pour le lobby de détourner les repères de consommation à son avantage.

Le 1er juillet 2019, Laurence Cottet publie le communiqué officiel de lancement de l’opération « Janvier Sobre », en collaboration avec Pascal Mélin, le président de SOS Hépatites Champagne-Ardenne. Pour financer sa campagne, elle fait une demande de subvention auprès du Fonds de lutte contre les Addictions géré par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie dans le cadre d’un appel à projet « Mobilisation de la société civile pour les addictions ». Le 5 novembre 2019, Laurence Cottet reçoit une réponse négative à cette demande, au motif que « le Fonds de lutte contre les addictions finance déjà, dans le cadre de son plan d’action 2019, l’agence nationale de santé publique pour une opération nationale de marketing social sur l’alcool qui se déroulera en janvier 2020 ».

La réplique du secteur vitivinicole et de son réseau d’élus de la vigne et du vin ne se fait pas attendre. Dès le 6 novembre 2019, une tribune de Louis Aliot, député Rassemblement National des Pyrénées-Orientales, paraît dans Causeur, exhortant à « rester Français » en refusant l’abstinence totale d’alcool pendant un mois. Le 7 novembre, l’Association Nationale des Elus du Vin (ANEV) publie un communiqué signé par ses coprésidents Nathalie Delattre, sénatrice de la Gironde et Philippe Huppé, député de l’Hérault, dans lequel l’association appelle le gouvernement à renoncer au projet de « Janvier Sec », l’accusant de « privilégier la promotion d’une abstinence totale en matière de consommation d’alcool et donc de vin » au détriment de la « modération, l’éducation à l’art de vivre à la française et à la culture du vin ». D’autres actions sont menées, comme celle de Daniel Laurent, sénateur de la Charente-Maritime et président du groupe d’études Vigne et Vin du Sénat ou celle de Bernard Perrut, député du Rhône et membre du groupe d’études Vin, vigne et œnologie de l’Assemblée Nationale. Quant au porte-parole du Comité interprofessionnel du vin de Bordeaux, Christophe Château, il n’hésite pas à dénoncer « une position extrémiste » consistant à prôner l’abstinence, un « coup de com’ » de la part de Santé publique France, qui pourtant, pour rappel, n’a pas encore officialisé l’événement.

 

Une diabolisation du « Mois sans alcool » guidée par l’inquiétude du secteur viticole

Cette intention de diaboliser l’opération « Janvier sans alcool », dont l’objectif n’a pourtant jamais été d’imposer l’abstinence totale pendant un mois, répondrait à une forte inquiétude du secteur viticole. Il estime faire face à de « graves difficultés commerciales » liées à la conjoncture internationale : ralentissement de l’économie chinoise engendrant une baisse en valeur des exportations de 6 %, surtaxation américaine des importations de vins français depuis le 17 octobre 2019 et incertitude entourant le Brexit. En incitant les Français à ne plus acheter de vin pendant un mois, l’opération « Janvier sans alcool » viendrait encore fragiliser la filière, sur le plan national cette fois, alors qu’elle est déjà mise en difficulté par la loi Evin, qui aurait engendré une baisse de consommation d’alcool de 30 %. Or, 80 % de l’alcool vendu en France serait bu par des gros consommateurs. Avec une telle opération, la filière aurait donc peur de perdre ses clients captifs par leurs addictions. Pour ne rien arranger, le Sénat s’apprête à adopter la taxe sur les prémix, les boissons à base de vin de type rosé-pamplemousse, sangria ou kir. Ce sera fait le 14 novembre, décidément une date à retenir.

Selon l’Insee, l’année 2019 n’a en effet pas profité au secteur viticole, du fait de conditions climatiques défavorables. Par rapport à 2018, année ayant connu un volume exceptionnel de production de vin (+28,7 %), la production viticole recule fortement en volume en 2019
(-13,7 %), tandis que les prix sont restés stables en raison de réserves importantes. Or la bonne santé du secteur est primordiale pour l’économie française. En effet, selon Vin&Société, la filière vitivinicole, qui représente pas moins de 558.000 emplois en France, est le premier secteur agricole français en termes de valeur. En 2018, selon le Comité National des Interprofessions des Vins (CNIV), la France a produit 4,6 milliards de litres de vin soit 17 % de la production mondiale, la plaçant au 2e rang des producteurs mondiaux de vin derrière l’Italie. Il s’agit du deuxième secteur excédentaire à l’exportation après l’aéronautique, ce qui représente 12,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’export sur l’année.

Par ailleurs, du point de vue de la filière, le mois de janvier et sa cohorte de festivités à l’occasion des vœux, de l’épiphanie ou de la Paris Cocktail Week, est particulièrement mal choisi pour imposer la diète. Comble de l’ironie, c’est également le mois de la Saint-Vincent, fête des vignerons, qui a lieu le 22 janvier. Le choix du mois de février, le plus court de l’année, aurait semblé préférable, à l’instar de la Tournée Minérale Belge.

 

Emmanuel Macron, un soutien de choix pour le lobby vitivinicole

Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron est régulièrement accusé de complaisance envers la filière vinicole. Se revendiquant épicurien et grand amateur de vin, le Président, qui n’hésite pas, en marge du salon de l’agriculture de 2018, à bafouer les recommandations de Santé Publique France en déclarant « Moi, je bois du vin le midi et le soir », veille du mieux qu’il peut au développement du secteur vinicole. En 2017, il va jusqu’à recruter comme conseillère agricole à l’Elysée Audrey Bourolleau, l’ex-déléguée générale de Vin&Société, ce qui suscitera la vive inquiétude de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA). Soupçonnée de défendre sa filière au mépris de la santé des Français, elle restera en poste jusqu’au printemps 2019, invoquant une mésentente avec Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture, pour justifier son départ.

Connaissant la sensibilité du Président pour leur cause, dix responsables du vignoble français adressent le 29 octobre une lettre à Emmanuel Macron pour l’interpeller sur la situation de la filière vitivinicole française et lui demander de les recevoir, dans le but de « construire ensemble une véritable politique vinicole ». Cet entretien aurait été dans un premier temps refusé mais le 14 novembre 2019, Emmanuel Macron rencontre les coprésidents du Comité Champagne, Maxime Toubart du Syndicat Général des Vignerons et Jean-Marie Barillère de l’Union des Maisons de Champagne, à Epernay, lors d’un déjeuner de deux heures au restaurant étoilé Les Berceaux. A cette occasion, Maxime Toubart offre à Emmanuel Macron un magnum de champagne De Saint Gall de 1977, l’année de naissance du Président. Un bon retour sur investissement puisque c’est au cours de ce déjeuner qu’Emmanuel Macron leur aurait promis de faire annuler l’opération « Mois sans alcool ». « Vous pouvez faire savoir qu’il n’y aura pas de Janvier sec » leur aurait-il intimé. Une déclaration que va s’empresser de publier Vitisphère, avant même que les associations impliquées dans l’organisation de l’événement ne soient informées de la décision présidentielle. Dans la foulée, l’ANEV tweete  « Face à l’inquiétude des professionnels et des élus du vin, Emmanuel Macron annonce qu’il n’y aura pas de Janvier sec ». Son coprésident, Philippe Huppé, se dit «ravi que le Président ait mis fin à cette opération ; pour moi, il était inefficace de dire qu’il ne faut pas boire, on ne va pas faire le carême. Il me semble plus important de prôner la modération.»

Interrogés par l’Agence France-Presse, les services de l’Élysée restent évasifs sur les propos prêtés au Président de la République. : «Comme tout déjeuner où il n’y avait pas la presse, l’interprétation des paroles du Président reste à la discrétion des gens présents». Ils reconnaissent toutefois que le Président ne souhaite pas interdire la consommation d’alcool de façon formelle « ce qui était a priori la démarche proposée ». Un représentant du Ministère explique : « On veut d’abord sensibiliser au concept récent des nouveaux repères de consommation, c’est-à-dire pas plus de deux verres par jour et pas plus de dix par semaine, avec deux jours d’abstinence », un message parfaitement en phase avec … le « Janvier Sobre ».

 

« Le Défi de Janvier », substitut des addictologues au « Mois sans Alcool »

Cette décision et la façon dont elle a été prise par Emmanuel Macron ne surprend pas les associations de lutte contre les addictions. L’addictologue Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions (FAA), estime qu’elle est motivée par « la pression, la proximité et le besoin de soutenir la viticulture ». D’après lui, le Président arbitrerait toujours en faveur des intérêts de la filière viticole au détriment de toute action de prévention de santé publique contre l’alcool. Le 18 novembre, en complément d’un communiqué interassociatif publié le 15 novembre, il cosigne avec 4 de ses collègues de la Fédération Française d’Addictologie, une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour lui « rappeler que la prévention sur l’un des problèmes de santé publique les plus importants, celui de la consommation d’alcool, ne peut rester indéfiniment sans réponse, sous prétexte qu’un des lobbies économiques les plus puissants s’oppose à toute mesure efficace » et s’insurge d’une « remise en cause du fait de la pression du lobby alcoolier ». L’ANPAA lui écrit également pour lui faire part de son incompréhension quant à l’annulation de la campagne « un mois sans alcool » et souhaiter qu’il ne s’agisse que d’un « affreux malentendu ». Les lettres rappellent aussi que l’objectif de l’opération de « mois sans alcool » « n’est évidemment pas de conduire à une abstinence totale, mais de s’interroger sur sa consommation et de prendre conscience du rapport qu’entretient la société avec l’alcool ». Elles annoncent enfin l’intention des associations concernées de maintenir la campagne avec ou sans soutien des pouvoirs publics.

Le 22 novembre, la Fédération Française d’Addictologie publie un communiqué annonçant le lancement d’une campagne « Dry January » à la française, nommé le « Défi de Janvier », précisant que le « revirement des pouvoirs publics sous la pression d’un lobby a entraîné un sursaut immédiat de l’ensemble du milieu professionnel et associatif. La décision a donc été prise de réussir cette mobilisation citoyenne et de la société civile pour intervenir sur la deuxième cause de mortalité évitable à l’échelle nationale. ».

 

Les Français, 3e plus gros consommateurs d’alcool selon l’OCDE

En effet, selon les données publiées par l’OCDE, la France reste l’un des pays les plus consommateurs d’alcool au monde, se situant au troisième rang des pays de l’organisation. Or, l’alcool est la 1ère cause évitable de mortalité des 15-30 ans et la 2ème cause évitable de décès toutes causes confondues et par cancers. Il est également impliqué dans 40 % des violences faites aux femmes et aux enfants et dans un tiers des décès par accidents de la route. Les Français consomment ainsi 11,7 litres d’alcool par an et par personne de 15 ans et plus et 10 % des 18-75 ans consomment à eux seuls 58 % de l’alcool vendu. 10,6 millions de personnes dépasseraient les seuils de consommation à moindre risque pour 2 millions de personnes dépendantes.

Le professeur Mickaël Naassila, directeur du groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances à l’Inserm et président de la Société Française d’Alcoologieconfirme  qu’il faut en finir avec « le mythe » du verre quotidien qui serait bon pour la santé. « Aucune étude scientifique sérieuse n’a permis de démontrer cela. ». Au contraire, une vaste étude publiée par The Lancet en août 2018, impliquant 1800 chercheurs de 127 pays, et menée sur 28 millions de personnes entre 1990 et 2016, démontre que l’alcool est dangereux, même à faible dose, et que ses bienfaits supposés contre certaines pathologies relèvent du fantasme. D’où la nécessité de lancer des campagnes de prévention comme le Dry January, dont l’efficacité a été démontrée par une étude de l’Université de Sussex menée en janvier 2018 par le Docteur Richard de Visser auprès de 800 participants au challenge. D’après les résultats, 80 % des participants se seraient sentis plus en contrôle de leur consommation d’alcool, 71 % auraient vu la qualité de leur sommeil s’améliorer, 58 % auraient perdu du poids, 67 % auraient gagné en énergie et 57 % en concentration. « Ces campagnes sont positives : elles lancent un défi, permettent de parler autrement de l’alcool, sans le diaboliser, et ont des effets sur la régulation des usages plusieurs mois après », plaide Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction.

 

Un lancement du « Défi de Janvier » mouvementé

Le 3 décembre paraît le communiqué officiel de lancement du Défi de janvier, annoncé comme une opération menée en partenariat avec l’association Alcool Change UK à l’origine du « Dry January » britannique, importée et adaptée en France par un collectif de 21 associations.

La filière vitivinicole ne l’entend pas de cette oreille. Après avoir appelé à l’aide Didier Guillaume, le Ministre de l’Agriculture, pour qu’il affirme haut et fort son opposition au Dry january, elle réplique violemment, en recourant à un autre levier stratégique après son réseau politique : les médias. Outre les magazines spécialisés comme Vitisphère ou la Revue du vin français, le lobby a ses entrées au Point. Un numéro spécial « Qui veut la peau des bons vivants ? » dénonçant « l’hygiénisme moralisateur » qui menacerait les hédonistes et l’art de vivre à la française, paraît le 5 décembre. Le même jour, une tribune de l’écrivain et réalisateur Philippe Claudel, co-signée par 38 personnalités françaises dont des chefs cuisiniers, des artistes ou des sportifs, est publiée dans Le Figaro, intitulée « Arrêtez de culpabiliser les amateurs de vin ». Elle condamne une nouvelle fois l’opération « Mois sans alcool » pour ce qu’elle n’est toujours pas : « Commencer à interdire, c’est interdire tout court, et à jamais. On commence par un mois, mais un mois, c’est le début de l’éternité. » prévient-elle.

Cela ne suffit pas à décourager les « associations prohibitionnistes ». Elles répondent à l’attaque par un communiqué, publié le 12 décembre sous l’égide de l’ANPAA, qui lance officiellement l’opération Dry January. Le 13 décembre, le site web de l’opération est mis en ligne, tandis que les comptes TwitterInstagram et Facebook sont actifs depuis quelques jours. Le 16 décembre, les professeurs Amine Benyamina, Mickaël Naassila et Bernard Basset signent leur propre tribune dans Le Figaro, réaffirmant le caractère original et ludique, sans interdiction, culpabilisation ou moralisme, de l’opération : « le Défi de Janvier n’est pas l’injonction prohibitionniste qu’évoque étrangement cette tribune ». Pour le démontrer, la campagne mise principalement sur la pédagogie et l’humour, n’hésitant pas à tacler ouvertement la filière vitivinicole ou le gouvernement, à l’instar du premier tweet de l’année 2020, soit le premier jour du #LeDéfideJanvier. Le compte twitter @DryJanuary #LeDéfideJanvier sera également épaulé par le compte @aletcoline, créé notamment par Laurent Karila, psychiatre, addictologue et porte-parole de l’association SOS Addictions.

Le « paradoxe français », le meilleur allié de la filière vitivinicole

Nous avons vu que le lobby du vin bénéficie d’un encerclement cognitif efficace constitué d’associations professionnelles fortunées, de soutiens politiques au plus haut niveau de l’Etat, ainsi que de relais médiatiques de poids. Pourtant son plus grand défenseur reste … le peuple français. En effet, les vives réactions suscitées par le lancement du Dry January en France prouvent que l’alcool est un sujet délicat à aborder dans un pays à la forte culture œnologique.

Selon un sondage IFOP d’août 2019, commandité par Vin&Société et mené auprès de 1004 Français représentatifs de la population française, 96 % des répondants reconnaissent que le vin fait partie de l’identité culturelle de la France et 86 % considèrent qu’il est une composante de l’art de vivre à la française. 93 % de l’échantillon perçoit les vignerons comme détenteurs d’un savoir-faire particulier qu’il convient de protéger. Si le vin fait indubitablement partie du patrimoine français, un autre sondage de la Ligue contre le Cancer, mené par l’institut OpinionWay en mai 2018 auprès de 1004 personnes, révèle que 58 % des Français regrettent que les pouvoirs publics n’en fassent pas assez pour prévenir les risques liés à la consommation d’alcool. 92 % souhaiteraient notamment une meilleure prévention auprès des jeunes. Si 89 % de l’échantillon juge que l’industrie de l’alcool est importante pour l’économie du pays, 77 % pensent néanmoins que les décideurs publics sont influencés par les producteurs d’alcool.

Ainsi, comme l’ont expliqué les journalistes Victor Legrand et Thomas Pitrel dans leur ouvrage « Tournée générale – La France et l’alcool » publié chez Flammarion, les Français entretiennent un rapport paradoxal avec le vin. « Nous pouvons dire que le vin n’est pas un alcool comme les autres en France d’un point de vue culturel, historique et économique, mais qu’au niveau de la santé, cela est clairement le cas. ». D’après leur enquête, les « puissants » lobbies du vin ne seraient en fait que quatre sociétés salariant peu de personnes. En revanche, les Français sont leurs propres lobbyistes, tant le vin est ancré dans leur culture.

Champagne ! Pari réussi pour le Dry January à la française

Pour la filière vitivinicole, l’année 2020, qui lui promettait pourtant le meilleur avec ses « 2000 vins ou « Vin-Vin », semble bien mal commencer, en témoigne la violence des propos tenus par Denis Saverot, rédacteur en chef de la Revue des Vins de France, contre le Dry January #LeDéfiDeJanvier dans l’édito du 2 janvier 2020 : « Il est grand temps d’ajouter l’Anpaa, l’OFDT, le Fonds Actions Addictions et quelques autres à la liste des comités Théodule à supprimer » n’hésite-t-il pas à écrire. « Les instances de la Santé publique agissent comme des ligues de vertu : elles pensent à la française que l’interdit sauvera la population. Il faut faire peur et on fait peur par la mort et par le cancer ».

Pourtant, les 35 associations de santé publique visées ont gagné leur pari : la polémique, qui se poursuivra tout au long du mois de janvier 2020, leur a été plus que profitable en termes de visibilité et de compréhension des messages de santé publique véhiculés. Un sondage de l’institut YouGov, mené du 14 au 15 janvier 2020 auprès d’un échantillon représentatif de la population française, révèle ainsi que 61 % des Français ont entendu parler de l’opération et qu’elle aurait été suivie par près d’un quart de la population (24 %). Les organisateurs de la campagne confirment que cette première édition du Dry January français est un succès. Près de 9000 participants se sont inscrits sur le site, contre 4000 pour la première édition du Dry January anglais en 2013. L’objectif que s’était fixé Nathalie Latour d’égaler cette première édition britannique est donc largement dépassé. D’ailleurs, les autres acteurs du marché de la boisson ne s’y sont pas trompés : ils se sont emparé de l’opération, à l’instar de Coca-Cola le plus gros producteur de sodas au monde, qui lancera le Surviving January, ou des alcooliers qui ont su s’adapter à la tendance en proposant des boissons « Zéro Alcool », comme Heineken et son calendrier de l’avent spécial Dry January rempli de bières sans alcool pour patienter jusqu’au mois de février.

En attendant, Emmanuel Macron a réussi le tour de force de soutenir publiquement les lobbies du vin, tout en n’entravant finalement pas la campagne de prévention contre l’alcool Dry January #LeDéfiDeJanvier. Ainsi, l’initiative citoyenne de départ qu’était Janvier Sobre, sera officiellement soutenue par François-Xavier Lauch, le chef de cabinet du Président de la République, tandis que #LeDéfiDeJanvier, devenue l’initiative citoyenne par défaut d’appui des pouvoirs publics, sera in fine encouragée par Santé Publique France. L’agence se permettra même d’évaluer officiellement l’opération. Serait-ce une stratégie à deux bandes de la part de l’Elysée ?

Anne-Lucile Jamet

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Dry January: premier succès du mois français sans alcool

Par Le Figaro avec AFP
Le Défi de janvier, version française du Dry January lancée par le milieu associatif et des spécialistes de l’addiction, a suscité l’approbation de la majorité des Français, selon un sondage. «Cette première édition est un succès», souligne le Pr Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions, l’une des associations qui ont participé au maintien de cette opération, en l’absence de soutien officiel des pouvoirs publics. Cette campagne incitait à la pause ou au moins à réduire sa consommation d’alcool.

68% des personnes de plus de 18 ans interrogées pour un sondage réalisé par l’institut YouGov pensent que le Dry January (littéralement Janvier sec) est une bonne chose. 24% d’entre elles l’ont fait, d’après cette étude réalisée du 14 au 15 janvier auprès d’un échantillon représentatif de 1.007 adultes (18 ans et plus) de la population. Il relève «9000 inscrits sur le site dédié (contre 4000 pour la 1ère édition anglaise en 2013) et 47.000 visiteurs uniques» ainsi que 3500 abonnés Facebook et 3091 sur Twitter. «Le succès du Défi de Janvier montre une vraie tendance des Français à vouloir faire une pause et donc à s’interroger sur leur consommation», estime Actions Addictions.

Le Pr Reynaud et son collègue le Dr Jean-Pierre Thierry, conseiller médical de France Assos Santé et du Fonds Actions Addictions, notent que le Canada, l’Australie et les Russes ont réussi à réduire leur consommation d’alcool. La France devrait en faire autant, souhaitent-ils en substance. Selon eux, «la considérable diminution de la consommation d’alcool en Russie (-43% entre 2003 et 2016)» est due «en particulier à la fixation d’un prix minimum de l’unité d’alcool, promue par l’OMS».

Cette mesure fait mathématiquement augmenter le prix de l’alcool. Sur 35 pays, la France est le 3e pour sa consommation d’alcool (avec 11,7 litres d’alcool pur par an chez les plus de 15 ans), devant la Russie, assurent-ils sur la base des données de l’OCDE. Les retardataires, désireux de tester la maîtrise de leur consommation, peuvent profiter de l’opération belge «la tournée minérale» qui se déroule en février.

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