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Voyager avec du cannabis, quels sont les risques ?

par Alexis Chenu

14 décembre 2021

Premier État à légaliser l’usage thérapeutique du cannabis en 1996, la Californie répliquait 20 ans plus tard en légalisant, cette-fois, son usage récréatif. Un marché lucratif, estimé à environ 7 milliards de dollars (pour le seul État de Californie), qui permet aujourd’hui aux habitants comme aux touristes d’acheter librement leur weed (sur présentation d’une pièce d’identité), et même de se faire livrer à domicile.

Devant l’engouement suscité par la libéralisation du marché, Sophie Cilpa, avocate internationale, spécialiste des questions juridiques franco-américaines, et Pierre Hourcade, avocat aux barreaux de Paris, New-York et Californie, tous deux associés au sein du cabinet Action Avocat, font le point sur les risques encourus par les Français qui souhaiteraient faire voyager joints, graines ou bonbons infusés au cannabis.

Ramener du cannabis en France

Le message est clair. « Voyager des États-Unis, et notamment de la Californie, vers la France avec du cannabis, quelle que soit sa forme – joint, bonbon, huile – signifie, plus ou moins, exporter des produits stupéfiants, expliquent les avocats, dans la mesure où le produit transporté est constitué effectivement en une forme ou une composition interdite par la législation en vigueur en France.

Dans cette hypothèse LIRE LA SUITE

Drogue en Corse : « la toxicomanie, c’est une maladie, ce n’est pas un vice »

Écrit par Axelle Bouschon
Au centre Addictologies France de Bastia, la prise en charge des patients se décline ainsi en trois volets : social, médical, et psychologique.
Au centre Addictologies France de Bastia, la prise en charge des patients se décline ainsi en trois volets : social, médical, et psychologique. • © Axelle Bouschon / FTV

C’est un fléau chaque année plus présent sur l’île. Mais dont on parle peu. Nous vous proposons toute cette semaine une série d’enquêtes, à la rencontre de ceux qui luttent contre ce phénomène, de ceux qui consomment, mais aussi de ceux qui en vivent. 2ème épisode, aux côtés d’une association.

Il est 8h30, passants et voitures affluent à un rythme régulier, le long de la rue royale, à Bastia. Au rond-point de la résidence A Tramunta, en face du chemin menant à l’hôpital de Falconaja, le centre d’Addictions France ouvre ses portes, et se remplit au gré des arrivées des employés. Ce lundi 25, ils sont cinq et une stagiaire à travailler.

Une pile de documents sous le bras, Déborah Baron se…. CLIQUEZ POUR LIRE LA SUITE

La recrudescence de la criminalité à San Francisco incite la ville à suspendre la taxe sur le cannabis pour aider les dispensaires contre les trafiquants de drogue

Les superviseurs de la ville de San Francisco ont approuvé à l’unanimité une ordonnance suspendant la taxe professionnelle de la ville sur les détaillants de cannabis la semaine dernière.

Le superviseur de San Francisco, Rafael Mandelman, qui a rédigé l’ordonnance, a déclaré dans une déclaration au San Francisco Examiner que la suspension est destinée à aider les détaillants légaux de cannabis qui tentent de rivaliser avec les trafiquants de drogue illégaux et une augmentation des vols.

La taxe, qui impose une taxe de 1 à 5 % à l’échelle de la ville sur les recettes brutes des entreprises de cannabis, a été approuvée par les électeurs en novembre 2018 et devait entrer en vigueur le 1er janvier 2022. L’ordonnance, qui a été adoptée mardi, suspend la d’impôt jusqu’au 31 décembre 2022.

« Les entreprises de cannabis créent de bons emplois pour les San Franciscains et fournissent des produits sûrs et réglementés à leurs clients », a déclaré Mandelman dans une déclaration au San Francisco Examiner.

SAN FRANCISCO DONNE DES DROGUES, DE L’ALCOOL AUX SANS-ABRI DANS LES HTELS PENDANT LE CORONAVIRUS, QUI A DÉBATS

« Malheureusement, le marché illégal est florissant en faisant baisser les prix des entreprises légales, ce qui est mauvais pour notre économie car les entreprises illégales ne paient pas d’impôts tout en soumettant les travailleurs à des conditions dangereuses et les consommateurs à des produits dangereux. Ce n’est pas le moment d’imposer une nouvelle taxe sur les petites entreprises qui viennent juste de s’établir et qui tentent de concurrencer les opérateurs illicites », a ajouté Mandelman.

LE RESTAURANT SAN FRANCISCO DÉFEND LE REFUS DE SERVICE À DES OFFICIERS DE POLICE ARMÉS : « NOUS N’ÉTAIT PAS À L’aise »

Mandelman a également suggéré que l’ordonnance est destinée à aider à compenser les pertes que les détaillants de cannabis ont subies du fait de vols généralisés à San Francisco, qui a connu une augmentation vertigineuse de la criminalité au cours de l’année écoulée.

Vue aérienne du pont de la baie de San Francisco-Oakland avec paysage urbain moderne en arrière-plan, San Francisco, Californie, USA.

« Les entreprises de cannabis, ainsi que de nombreux autres détaillants à San Francisco, luttent sous le poids de vols de détail incontrôlables », a déclaré Mandelman. « San Francisco doit faire plus pour protéger ces entreprises, leurs employés et leurs clients avant de les frapper avec une nouvelle taxe. »

Source

Argumentaire pour la légalisation du cannabis

Journal International de Médecine
J.I.M. 11 décembre 2021

Dans les prochains mois, l’Allemagne, pourtant considérée comme un modèle de rigueur dans
l’inconscient collectif des Européens, devrait légaliser l’usage du cannabis récréatif. Après plusieurs pays
européens et certains états Américains. Cette décision venue d’Outre Rhin aura, on peut l’imaginer, une
grande influence dans le débat qui devrait reprendre en France à l’occasion des campagnes présidentielle et législative. Dans cette Tribune libre, le Pr Costentin, membre des Académies de Médecine et de Pharmacie, analyse un à un les arguments des partisans de la légalisation et expose les raisons sanitaires et sociétales, qui, selon lui, devraient conduire à ne pas y adhérer. A n’en pas douter son propos à la fois médical et politique (au sens étymologique) suscitera des réactions d’approbation ou d’improbation parmi nos lecteurs.
Nous leur ouvrons nos colonnes (dans les limites de la confraternité) pour enrichir le débat…

Par le Professeur Jean Costentin*

Des pressions convergentes, dont l’intensité redouble, s’exercent sur les médias, le monde politique et
ainsi sur nos concitoyens, pour obtenir la légalisation du cannabis. Elles utilisent de façon récurrente différents arguments que nous allons nous appliquer à réfuter.
Le diable s’exprime déjà dans le choix des mots, qui ne sont pas des détails Réprouvons l’expression « cannabis thérapeutique » qu’utilise d’emblée la mission parlementaire ayant pour objectif affiché de déterminer si la thérapeutique trouve au cannabis des intérêts pouvant justifier son élévation à la dignité d’un médicament ; ce disant elle exprime a priori ses conclusions. L’étude qu’elle initie est en rupture avec les règles élémentaires qui présidaient à l’étude d’un médicament potentiel ; bien loin de la discrétion qui prévalait en cette matière. Cette étude, sans placebo, ni médicament de référence, avec un nombre
fixe et restreint de patients, sur une durée limitée, pour tester 4 indications potentielles, délivre au public, en temps réel, des fractions d’information…

Aussi, avant même que ses résultats soient obtenus, ils sont d’emblée invalidés. Mais cela ne changera rien, les conclusions semblant déjà écrites. Ce cannabis dit « thérapeutique » est le faux nez de la légalisation du cannabis, à des fins toxicomaniaques.

Tous les Etats qui l’ont légalisé, telle une figure obligée pour apaiser le chaland, l’ont préalablement adoubé comme « médicament ».
Réprouvons aussi l’expression cannabis « récréatif » ; cet euphémisme se réfère à la récréation qui dans
nos souvenirs d’enfants s’apparente à de bons moments d’interruption des contraintes scolaires ; ce faisant il occulte délibérément que la « récré » cannabique peut se terminer mal, voire même dramatiquement.

La loi de 1970 décrétant la prohibition du cannabis n’est pas obsolète

« Le temps ne fait rien à l’affaire », cette loi reste d’actualité. Elle interdit le commerce, la possession,
l’usage du cannabis. Sa sévérité, résolument dissuasive, permettait l’infliction aux contrevenants d’une peine (maximale) d’un an de prison ou de 3.500 euros d’amende, avec inscription au casier judiciaire. Elle était justifiée par l’accroissement important de la consommation de cannabis qui survenait au décours de la pseudo- révolution de Mai 1968, avec son « jouir sans limite » et son « interdiction d‘interdire ». Déjà se précisaient différents méfaits de cette drogue, tandis que de nouveaux étaient entrevus ; ils ont été depuis lors, pour nombre d’entre eux, confirmés et précisés.

Mais cette loi est restée méconnue, faute d’être enseignée, d’être justifiée et d’être appliquée par l’institution judiciaire. Cette dernière, pour ne pas appliquer la sanction maximale, ce que l’on peut admettre, a classé l’infraction presque systématiquement sans suite, annihilant cette loi.
Au cours des 30 dernières années, le taux de THC s’est accru d’un facteur 6,5 dans les produits en
circulation, tandis que se développaient de nouveaux modes de consommation, visant à accroitre la cession du THC à l’organisme, ainsi :

  • « l’huile de cannabis », à très haute teneur en THC, obtenue par extraction de la résine par des solvants
    apolaires, suivie de leur évaporation ; elle peut être étirée sur des cigarettes communes, ou être mélangée à du
    tabac, ou être utilisée dans les recharges des cigarettes électroniques ;
  • le « BHO » (butane hash oil), qui résulte de l’extraction de la résine par le butane liquéfié qui, après
    volatilisation, laisse un résidu utilisé dans des nébuliseurs ;
  • les pipes à eau, qui centuplent le volume de fumée qui peut être inhalé dans les poumons distendus d’une façon maximale ;
  • les nouveaux cannabinoïdes, obtenus par synthèse chimique (qui sont beaucoup plus puissants que le THC).
    Les Français – tous premiers consommateurs du cannabis en Europe

Triste constat, de 1.500.000 usagers réguliers qui le consomment au moins une fois tous les 3 jours, dont
presque 1.000.000 de consommateurs quotidiens. Cette fréquence d’usage correspond à une dépendance avérée, car le THC est une drogue très rémanente, qui agit très durablement sur l’organisme.


Plusieurs raisons expliquent cette très forte consommation nationale :
• La large méconnaissance de la loi de prohibition des drogues, surtout diffusée par ceux qui la critiquent
• L’absence de prévention éducative, dénoncée par l’OEDT (Observatoire européen des drogues et
toxicomanies). Les jeunes français n’ont au maximum, durant leur cursus éducatif, qu’une à deux heures
d’exposé par des fonctionnaires de la Gendarmerie, qui leur présentent la loi, les risques encourus à y
contrevenir, les subterfuges des dealers. Les risques sanitaires sont à peine effleurés par les enseignants des sciences de la vie qui n’y sont pas formés et qui s’y intéressent peu ; et même ceux qui s’y intéressent ne peuvent développer un enseignement sur les drogues, car il n’est pas inscrit dans les programmes éducatifs ;
• la prolifération dans les cités « sensibles » d’une économie de la drogue à ciel ouvert, qui mobilise
d’énormes sommes d’argent.

Elle est alimentée par une immigration au-delà des capacités d’accueil de notre pays où le chômage structurel affecte plus de 3 millions de nos concitoyens ;
• les 450 tonnes de cannabis qui entrent aisément chaque année sur le territoire national, essentiellement en provenance du Maroc ;
• l’auto-culture favorisée par la prolifération dans nos villes des « Growshops »
• la propension des Français à consommer des psychotropes (anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs) ainsi que diverses drogues (alcool, tabac, morphiniques…) ; cette grande vulnérabilité nationale aux toxicomanies aurait dû mobiliser les pouvoirs publics, mais les responsables politiques ont laissé filer.
• la magistrature, elle aussi, a laissé filer, submergée par un nombre croissant de diverses procédures ; elle a classé sans suite pénale les affaires qui lui paraissaient mineures relativement à d’autres dossiers, avec pour conséquence l’absence de sanction pour les consommateurs de drogues et pour les dealers.

Les peines rarement prononcées sont faibles en comparaison de celles infligées dans les autres nations de l’Union Européenne pour ces mêmes délits ; en outre et très fréquemment, elles ne sont pas appliquées.
• Les rigueurs originelles de la loi de 1970 ont été régulièrement « détricotées », puisqu’on en est maintenant à l’infliction d’une simple contravention de 200 euros, en solde de tout compte, (laquelle d’ailleurs n’est pas toujours perçue) ; sans inscription sur un registre, ce qui aurait pu contribuer à dissuader des récidives, par l’augmentation du montant de la contravention en fonction de leur nombre.
• la police effectuant les investigations et contrôles qui lui sont demandés se sent désavouée par l’absence de suites judiciaires données à ses interpellations


Les assertions fausses et les méfaits du cannabis
La « grosse ficelle » (en chanvre) du « rapport Roques » (1998), très colportée, affirmait que la
dangerosité du cannabis était inférieure à celle du tabac et de l’alcool, tous deux légalisés. Contrairement à cette allégation, la toxicité pour l’organisme des fumées du cannabis est supérieure à celle du tabac. La résine de cannabis (haschisch), comme celle présente sous forme de globules sur la plante (la marijuana), augmente de 200°C la température de combustion de l’élément végétal, poussant plus avant sa décomposition thermique et produisant ainsi 6 fois plus de goudrons, dont différents constituants sont cancérigènes pour les sphères bucco- pharyngée et broncho-pulmonaire.

Elle produit aussi 6 à 8 fois plus d’oxyde de carbone (CO) qui, en se fixant intensément sur l’hémoglobine des globules rouges, réduit leur capacité de fixer l’oxygène pour l’amener aux tissus qui le consomment ; il s’en suit une toxicité cardio-vasculaire du cannabis plus importante que celle du tabac.

Il est ainsi la 3 ième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il induit des artérites des membres
inférieurs, plus précoces que celles provoquées par le tabac ; il est à l’origine d’accidents vasculaires cérébraux chez des sujets jeunes.
Alors que le tabac n’est pas nocif pour le cerveau (à sa dépendance près), le THC du cannabis, à l’origine,
lui aussi, d’une forte dépendance, induit de surcroît des troubles psychiques et psychiatriques souvent graves (ivresse, désinhibition avec prise de risque, troubles cognitifs, anxiété, dépression, bouffées délirantes, hallucinations, schizophrénie, escalade toxicomaniaque).

Le cannabis incite à la consommation d’alcool. Le THC rend imperceptible à celui qui s’alcoolise,
l’approche du moment où il ne peut plus maîtriser sa consommation, qui vire alors à l’alcoolisation aigüe (« binge drinking »/ « biture expresse »), avec pour corollaire le coma alcoolique.
En 2019, 730 personnes ont été tuées dans un accident impliquant un conducteur sous l’emprise d’un
stupéfiant, lequel, dans 90% des cas, était le cannabis. Dans l’étude « Stupéfiants et accidents mortels de le route » ( S.A.M .), déjà ancienne, la conjonction du cannabis avec l’alcool multipliait par 14 le risque d’accidents mortels ; des études plus récentes évaluent ce facteur à 29.

Alors que la « puissance publique » est incapable de réduire de façon importante la consommation de
tabac et d’alcool, comment peut-elle imaginer y adjoindre une autre drogue, aussi addictive et encore plus délétère que ces deux premières ?
La France qui est en bonne place parmi les Nations qui dépensent le plus pour l’éducation de ses enfants,
n’en est pas payée en retour, puisque dans le classement PISA international des performances éducatives, elle n’apparaît qu’en 27ième rang. L’éradication du cannabis de l’espace éducatif nous ferait progresser au moins d’une quinzaine de rangs.

Assertion aberrante – « la légalisation du cannabis permettrait une prévention de sa consommation »
Ceux qui s’abstiennent de consommer du cannabis sont convaincus de son caractère dangereux ; avec sa
légalisation ils penseront que l’Etat, dans sa fonction de protection des citoyens, ne saurait autoriser un produit dangereux ; ils seraient ainsi dissuadés de continuer de s’en abstenir. Quant à ceux qui s’en abstiennent par respect de la loi, les non-transgressifs (encore nombreux chez nos jeunes), la légalisation lèverait chez beaucoup leur retenue à le consommer.


Il est aberrant de prétendre qu’on ne peut enseigner des règles de prévention sur des produits ou des
comportements interdits. Faudrait-il autoriser le viol pour en diminuer le nombre ? Le vol pour enseigner
l’honnêteté ? Les exemples de semblables aberrations abondent, qui annihilent cet argument. Prévenir consiste à intervenir en amont d’une expérimentation, pour empêcher que s’installe une addiction, surtout quand on sait que lorsqu’elle est installée on est impuissant à la faire régresser. Une prévention, même soigneusement pratiquée, n’éteindra pas en France l’appétence pour les drogues ; elle pourra la contenir et, on l’espère, la restreindre.

Une légalisation du cannabis aboutirait, plus ou moins rapidement, à une augmentation considérable du nombre de ses consommateurs, à l’instar de celle du tabac (avec ses 13 millions de fumeurs irrépressibles et ses 75.000 décès annuels) et de l’alcool (avec ses 4 à 5 millions de sujets alcoolo-dépendants et alcooliques, et ses 41.000 décès annuels).

Cet avis est partagé par le comité interministériel de lutte contre les stupéfiants, qui le 25 Mai 2021 l’exprimait : « L’expérience des Pays-Bas, de l’Uruguay, du Portugal, de l’Espagne, du Canada et
de certains États américains fait apparaître une augmentation du nombre de consommateurs post-légalisation du cannabis dans tous ces pays, ce qui peut entraîner un usage d’autres produits stupéfiants ». Cette déclaration évoque l’escalade vers d’autres drogues ; escalade à laquelle incite la dépendance au cannabis.

Cette escalade, que contestaient les pro-légalisateurs, est devenue irréfragable et les mécanismes en cause (phénomène de tolérance et effets épigénétiques) sont de mieux en mieux précisés. Autoriser le cannabis ouvrirait la porte à la consommation d’autres drogues.
Des déclarations très médiatisées de politiques qui annoncent régulièrement l’imminence de la légalisation du cannabis, contribuent à sa banalisation.

Si la légalisation était décrétée, elle deviendrait irréversible, quels qu’en soient les méfaits (à l’instar du
tabac et de l’alcool). La législation française compte diverses dispositions malencontreuses, qu’on ne sait abolir, en dépit de leurs méfaits avérés.


La légalisation serait-elle bénéfique pour le budget de la Nation ?
Face à la santé, un des biens les plus précieux, que pèseraient des taxes, même substantielles, devant la
primauté qu’on doit accorder à l’Homme, et en particulier aux plus jeunes, nos germes d’éternité sur qui
reposent nos espoirs de pérenniser les fondamentaux de notre société, alors que des actions concertées
s’appliquent à la déconstruire, à la démolir. La volonté de certains d’une légalisation du cannabis participe à cette agression.
Dans l’Etat du Colorado, qui fut un des premiers Etats américains à légaliser le cannabis, il a été calculé
que pour 1 $ qu’il percevait en taxes, il lui en coûtait 4,5$ pour éponger les dépenses générées par cette drogue : en soins médicaux (particulièrement psychiatriques), pour les accidents routiers ou professionnels dans lesquels il est en cause, les dépenses des assurances, les procès, l’incurie sociale, l’assistanat…
Un cannabis légalisé moins puissant, moins « trafiqué », serait moins dangereux
Pour tenter de diminuer sa consommation, le cannabis de régie devrait être plus cher et moins puissant que celui du marché noir ; mais on sait qu’il serait boudé par les consommateurs, qui s’adresseraient toujours au marché noir.

C’est en effet à la demande de ses consommateurs que dans les produits en circulation le taux de
THC a été multiplié par 6,5 en 30 ans ; ils ne seraient donc pas enclins à revenir aux « tisanes » d’antan. Dans les pays ayant légalisé le cannabis, non seulement le deal reste très actif, mais il élargit de plus l’offre d’autres drogues.

Quant au cannabis de régie il serait encore plus facilement accessible aux jeunes, tout comme l’est
actuellement le tabac, dont l’interdiction de vente aux mineurs est ignorée par la majorité des buralistes.
La légalisation du cannabis supprimerait-elle le deal, les dealers, leurs guerres et les balles perdues ?

L’émoi suscité par la mort de quelques malfrats qui prospèrent avec le commerce des drogues qui tuent
leurs consommateurs par milliers est malséant. N’ayons de compassion que pour les quelques victimes de leurs « balles perdues ». Il est naïf de croire que la légalisation du cannabis dirigerait ses 220.000 dealers vers Pole emploi et que les « gros bonnets » se mettraient en retraite anticipée. Le marché noir du cannabis perdurerait, complété le cas échéant par un élargissement de l’offre de cocaïne/crack, d’amphétamines, de cathinones, d’ecstasy, de buprénorphine, d’héroïne, de cannabinoïdes de synthèse…Les adolescents qui par l’usage du cannabis satisfont un besoin de transgression, vécu comme un viatique pour accéder au statut d’adulte, devraient, s’il était légalisé, effectuer cette transgression au niveau de la cocaïne ou des morphiniques.

C’est alors que le raisonnement qui aurait prévalu pour la légalisation du cannabis devrait s’appliquer à toutes les autres drogues.

La légalisation du cannabis apaiserait-elle le climat de certaines banlieues, de certains quartiers ? Le climat
de certaines cités resterait « pourri » ; il continuerait de « pourrir » les espaces à l’entour qui continueraient de s’enfoncer dans une intoxication collective.
Cette situation déplorable persistera :
– tant que les dealers de drogues gagneront beaucoup plus que dans l’exercice d’activités légales ;
–tant que les drogues constitueront une économie souterraine florissante ;
– tant qu’une immigration non régulée accumulera sur le territoire national des étrangers non intégrables par le travail, en raison de leur inadéquation aux fonctions proposées et de l’absence d’emploi, du fait d’un chômage endémique ;
– tant qu’une éducation digne de ce nom, n’aura pas dissuadé une large frange de la population de se tourner vers des drogues ;
– tant que « l’argent de poche » ne sera pas assis sur un service rendu, faisant que l’argent facilement gagné repart facilement en fumées ;
– tant que l’éducation nationale ne s’investira pas dans la prévention des toxicomanies, comme lui en fait le reproche l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies (OEDT), la France restera en Europe la Nation la plus grande consommatrice de cannabis ;
– tant que nos concitoyens n’auront pas compris que le marché des drogues n’existe que par l’importance de leurs consommateurs et que les adultes ne peuvent interdire aux jeunes de consommer ce qu’ils s’autorisent ; sur l’air du « faites ce que je dis (si au moins je le dis), mais ne faites pas ce que je fais ».
-tant que persisteront des milliers de points de deals notoires, ou que les livraisons de drogues pourront
s’effectuer à domicile.

Une légalisation du cannabis ne soulagerait pas le travail de la police car le marché noir ne disparaîtrait
pas ; pas plus que les dealers et « gros bonnets » qui élargiraient la diversité de leurs offres et y ajouteraient d’autres trafics. Une légalisation ne soulagerait pas davantage le travail de la justice, qui aurait à juger les mêmes délinquants pour d’autres délits, qu’elle ne pourrait plus classer sans suite.
Des addictologues sont pourtant en faveur d’une légalisation


L’addictologie est écartelée entre un groupe d’idéologues et d’authentiques médecins qui, ces derniers,
placent une démarche authentiquement médicale au cœur de leur activité. On les entend peu, car ces premiers se sont emparés « des manettes » de la représentation médiatique de leur profession, contraignant ces derniers à la discrétion.
Ce sont les addictologues/idéologues à contre-emploi qui, il y a encore quelques années, clamaient que le cannabis était sans danger pour les enfants et les adolescents. Ils demeurent toujours sans réponse quand on leur demande s’ils disposent de traitement pour détacher du cannabis ceux qui en sont devenus dépendants. Ils manifestent un semblable mutisme quand on les questionne sur les effets épigénétiques du cannabis, comme s’ils n’en avaient jamais entendu parler.

Ce sont les mêmes qui militent pour les « salles de shoots ».
Il est urgent que les structures et administrations qui les appointent, analysent leurs activités, s’intéressent
à leurs résultats, pour les mettre en adéquation avec leurs coûts pour la collectivité ; urgent aussi qu’elles leur rappellent leur devoir de réserve vis-à-vis de la légalisation qu’ils prônent pour le cannabis et pour toutes les autres drogues. Sans leur mise au pas, la prise en charge des addictions continuera d’être un douloureux et couteux échec.


Des parents ont laissé leurs enfants se perdre dans les toxicomanies, à partir des propos rassurants que leur tenaient ces addictologues à contre emploi, qui ne les ont pas incités à en protéger leurs enfants. Certains parents, en cette période très processive, s’interrogent sur l’opportunité de leur demander des comptes, pour mise en danger de la santé mentale et même parfois de la vie de leurs enfants.
Plusieurs États ont légalisé le cannabis, ne prenons-nous pas le risque d’être les derniers à le faire ?

La France, qui voudrait encore être porteuse de messages pouvant profiter à l’humanité, n’a pas à rougir
de sa prudence ni à s’excuser de ne pas sombrer dans le suivisme et le mimétisme, d’autant que s’il fallait lui trouver des circonstances atténuantes, elle est en Europe le tout premier Etat consommateur de cannabis. Elle n’a pas à se mettre à la remorque d’Etats qui dissolvent l’humanisme dans le lucre, les royalties et autres taxes.

Après le grand Duché du Luxembourg, la nouvelle coalition qui va gouverner l’Allemagne, qui s’est déportée sur la gauche par rapport à la précédente, envisage de légaliser le cannabis. Les « verts » voient dans le cannabis un moyen d’obtenir la régression économique à laquelle ils aspirent. Le cannabis est en effet la drogue de la l’affaiblissement cognitif, de l’amotivation, du renoncement ; de la transformation des indignés en résignés ; elle peut calmer ceux qui réprouvent avec véhémence l’afflux d’immigrés qui leur semblent difficile à intégrer culturellement.

Chaque individu, doit pouvoir choisir sa vie, sa drogue aussi, et ça ne regarde pas la société
Faut-il rappeler à chaque individus que nous vivons en société et que s’il vient à être dans le besoin il
l’appellera à son secours. Il le fera quand son incurie, liée à sa chute dans la drogue, le privera des moyens de sa survie. Notre société a choisi le modèle de la solidarité ; elle assiste (de plus en plus souvent à crédit) les malades de toutes affections, les handicapés de tous types, aussi doit-elle impérativement limiter leur nombre, en ne laissant pas se multiplier les victimes des addictions.

Pour conclure
Les civilisations sont mortelles et les drogues accéléreront la destruction de celles qui ne sauront s’en
prémunir.
La mondialisation correspond à de nouveaux jeux olympiques de l’esprit, de l’intelligence, du courage, de
la culture ; tireront « leur épingle de ce jeu » les Nations qui ne laisseront pas leurs membres être subvertis par les toxicomanies.


Pour le ministre de l’intérieur (G. Darmanin) « la légalisation du cannabis serait une faute morale » (Août
2021) ; ajoutons que ce serait aussi une faute sanitaire, sociale et sociétale.
« Le non-respect de la loi est destructeur pour la démocratie, car il est contagieux ». Il n’y a pas de démocratie sans État de droit, constitué de règles applicables à chacun.

On ne peut accepter durablement sa violation ou l’évolution de la règle (légalisation du cannabis) pour la faire respecter.


*Dr. en Médecine, Pharmacien, Dr. ès Sciences
professeur émérite de la faculté de Santé de Rouen
membre titulaire de l’académie nationale de Médecine
membre titulaire de l’académie nationale de Pharmacie
membre du collège de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD)
président du centre national de prévention d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT)
directeur de l’unité de neuropsychopharmacologie du CNRS (1984-2008)
directeur de l’unité de neurobiologie clinique du CHU de Rouen (1999-2011)
Derniers livres parus :
« Le désastre des toxicomanies en France » Ed. Docis (2018)
« Dictionnaire critique du cannabis » Ed. Docis (2019)
« Toxicomanies: Sauvons la jeunesse » Ed. JDH , coll. Hippocrate & Co (2021)

Des vidéos pour mieux comprendre les ravages du cannabis

Le cannabis aide-t-il vraiment à mieux dormir ? Peut-on devenir bipolaire ou schizophrène à force de fumer des joints ? Le cannabis, est-ce vraiment pire que la cigarette ? Santé Publique France répond à ces questions en vidéo.

Le cannabis reste, à l’heure actuelle, la substance illicite la plus consommée en France. Ainsi, selon le baromètre 2020 de Santé Publique France, 46 % des adultes ont déjà testé le cannabis et 3,2 % des adultes fument plus de 10 joints dans le mois.

La consommation de drogues des 18-24 ans ?

La consommation de drogues des 18-24 ans ? Métro, boulot, bédo …Enquête sur la place du cannabis dans la vie quotidienne des jeunes.

L’usage de drogue est aujourd’hui une réalité pour plusieurs millions de jeunes Français. C’est ce que confirme l’étude* confiée par High Society à l’Ifop, qui a interrogé mi-novembre, 1 205 jeunes âgés de 15 à 24 ans sur leur consommation et leurs habitudes.

Il ressort notamment une réelle banalisation du cannabis dans cette génération : 47% des personnes interrogées en ont déjà fumé au moins une fois, soit plus de 3,5 millions de jeunes concernés ces dernières années. Largement utilisé à titre festif, le cannabis accompagne également certains consommateurs dans divers moments de la vie quotidienne, au travail, en cours, au volant ou encore avant une relation sexuelle.

S’ils disent avant tout rechercher un effet décontractant, les jeunes subissent aussi les effets nocifs des drogues : plus de la moitié des consommateurs ont déjà déploré d’en avoir pris et plus d’une jeune femme sur trois a regretté d’avoir eu un rapport sexuel après avoir usé de stupéfiants.

Face à cette hausse de la consommation, les campagnes de prévention et de sensibilisation se succèdent. Si elles ne convainquent pas l’ensemble des consommateurs, elles obtiennent toutefois des résultats concrets pour une partie d’entre eux : 29% des jeunes interrogés indiquent avoir stoppé ou diminué leur consommation après avoir eu connaissance de campagnes de cette nature.

Enfin, et à rebours de récentes études montrant que près d’un Français sur deux serait favorable à la légalisation du cannabis (notamment celle menée par l’Observatoire des drogues et toxicomanies -OFDT – fin 2018), les 15-24 ans sont seulement 35% à souhaiter que le prochain président de la République s’engage dans cette voie, y compris parmi les sympathisants de partis politiques favorables à une telle légalisation.

Cannabis : presque deux fois plus de jeunes concernés en 20 ans

Le cannabis arrive très largement en tête des stupéfiants consommés régulièrement ou pas par les jeunes âgés de 15 à 24 ans. La proportion de celles et ceux qui en ont déjà consommé a considérablement augmenté en 20 ans.

  • 47% des jeunes interrogés par l’Ifop ont déjà consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie (ils étaient 25% en 2001)
  • Les jeunes femmes sont plus nombreuses (50%) à avoir déjà consommé du cannabis que les jeunes hommes (44%)
  • 5% des jeunes âgés de 15 à 24 ans ont déjà pris quelques fois ou plusieurs fois de la cocaïne, du LSD, de l’héroïne ou de l’ecstasy.
  • Plus d’un jeune sur 10 (11%) a déjà inhalé du protoxyde d’azote, autrement appelé gaz hilarant

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Uber s’associe aux “coffee shops” canadiens pour livrer du cannabis

Selon Uber, l’entrée dans le secteur du cannabis apportera de la sécurité au consommateur

Depuis le 17 octobre 2019, le cannabis comestible, les extraits de cannabis et le cannabis pour usage local sont produits et vendus légalement au Canada. Cette vente devient aujourd’hui encore plus accessible grâce à l’uberisation de sa vente. Pour la première fois de son histoire, Uber Eats s’associe au magasin canadien Tokyo Smoke pour rendre possible les commandes de cannabis directement sur son application, dans la province d’Ontario.

Uber contre le marché noir du Cannabis

La chaîne de “coffee shop” Tokyo Smoke, qui détient 50 magasins, pourra ainsi livrer des commandes à tous ses clients de la province âgés de 18 ans ou plus. Il faudra simplement prouver son âge grâce à un justificatif d’identité au moment de récupérer la commande, qui est préparée dans l’heure. Selon Uber, l’entrée dans le secteur du cannabis apportera de la sécurité au consommateur, car cette livraison légale et encadrée permettra de lutter contre le marché illégal clandestin. Toujours selon l’application, malgré la légalisation de la vente, plus de 40 % des ventes non médicales [de cannabis] à l’échelle du pays se feraient toujours sur le marché noir.

Bientôt un service extensible à d’autres parties du monde ?

Les chauffeurs Uber-eats sont déjà sollicités aux États-Unis pour la livraison d’alcool, et l’entreprise, selon the Huffington Post, n’a jamais caché son intérêt par la livraison de cannabis. En avril dernier, son PDG, Dara Khosrowshawi, avait affirmé que son entreprise livrerait du cannabis aux États-Unis dès que la législation le permettrait.

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Drogues. Consommateurs, trafiquants : qui sont les 220 000 personnes mises en cause chaque année ?

Selon les chiffres publiés ce mardi 30 novembre par le ministère de l’Intérieur, plus de 220 000 personnes sont mises en cause dans des histoires de drogues chaque année depuis 2016. Mais la majorité sont des consommateurs.

Environ 208 000 personnes ont été mises en cause en moyenne chaque année depuis 2016 pour usage et/ou trafic de stupéfiants par les services de police et de gendarmerie, selon les chiffres publiés ce mardi 30 novembre 2021 par le ministère de l’Intérieur.

Sur les 220 000 mis en cause, 179 000 sont des consommateurs

En moyenne, 44 000 personnes ont été interpellées pour trafic, 179 000 pour consommation et 2 000 pour d’autres infractions. Dans ce total, 17 000 contrevenants ont été arrêtés pour trafic et usage, souligne dans un rapport le service statistique du ministère de l’Intérieur (SSMSI).

Entre 2016 et 2020, la consommation et la vente de drogue concernent près d’une interpellation sur cinq (18 %) par les forces de l’ordre, soit le troisième motif derrière les atteintes aux personnes (35 %) et aux biens sans violence ni menace (27 %).

Plus d’arrestations pour trafic

Si le nombre de mis en cause pour usage de stupéfiants a légèrement baissé entre 2016 et 2019 (-3 %), les arrestations pour trafic ont bondi de 15 % sur la même période.

Les infractions constatées pour consommation et trafic ont logiquement baissé sur les neuf premiers mois de 2020, en raison du premier confinement dû à la pandémie de Covid-19, avant de rebondir au dernier trimestre (+22 % d’usagers mis en cause par rapport au dernier trimestre 2019) dans le contexte de l’expérimentation puis la généralisation des amendes forfaitaires délictuelles (AFD). Celles-ci permettent aux forces de l’ordre de sanctionner sur place sans passer par une procédure chronophage.

Des hommes de moins de 30 ans

Les données permettent également de dessiner le profil du consommateur et du trafiquant : à une écrasante majorité, il s’agit d’hommes (91 %), Français neuf fois sur dix, et âgés de moins de 30 ans (74 %). Selon que l’on détient de la drogue pour sa seule consommation personnelle ou pour en faire commerce, la réponse pénale diffère.

Plus de la moitié des personnes mises en cause pour usage (55 %) font l’objet d’une alternative aux poursuites ou d’une composition pénale – mesure qui permet d’éviter un procès lorsque des faits d’une faible gravité sont reconnus par l’auteur – avec une amende à payer sept fois sur 10. En revanche, près d’un mis en cause sur six pour trafic (59 %) passe par la case jugement et 80 % environ sont condamnés à la prison.

La France, grande consommatrice de stupéfiants

La France est le pays de l’Union européenne qui compte en proportion le plus de consommateurs de stupéfiants, avec 45 % des 15-64 ans qui ont déjà consommé du cannabis au cours de leur vie, contre 27 % dans l’ensemble de l’UE, selon les derniers chiffres de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).

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Cannabis : la France pourra-t-elle longtemps continuer à ignorer la politique radicalement opposée de ses voisins européens ?

Alors que les Français sont les plus gros consommateurs de cannabis malgré une politique de répression, l’Allemagne est le dernier État européen en date à vouloir avancer sur la voie de sa légalisation. Jean Costentin et Edouard Hesse

Atlantico : La France a l’un des plus hauts taux de consommation de cannabis en Europe, malgré sa forte répression. Pouvons-nous continuer à ignorer la politique opposée que mène nos voisins européens ? Quels sont les enjeux de la légalisation en Europe ?

Pr. Jean Costentin : Les Français sont effectivement, parmi 27 Etats européens les premiers consommateurs de cannabis (avec 1.500.000 usagers réguliers dont 1.000.000 d’usagers quotidiens et souvent multi quotidiens). Cela survient, dites vous, malgré une politique de forte répression.

La loi de 1970 qui se voulait dissuasive, était sans doute excessive avec l’infliction possible d’un an de prison (or la prison ne saurait constituer un mode de traitement d’une telle addiction) ou de 3.500 € d’amende. Le monde judiciaire ne l’a jamais appliquée.  Elle aurait pourtant pu, au lieu d’un classement sans suite systématique, infliger une amende d’un niveau croissant, en fonction des récidives. Au lieu de cela on en est arrivé à une amende de 200 €, dont la perception est incertaine, qui plus est en solde de tout compte, puisqu’elle ne laisse aucune mémoire d’une infraction qui peut ainsi être répétée à l’infini.

D’aucuns déclarent que la guerre contre le cannabis, et même contre toutes les drogues, est perdue. Ce défaitisme est stratégique, en vue de leur légalisation. Pour qu’un combat soit perdu encore faut-il qu’il ait été livré.

Notre Education nationale est à cet égard, complètement défaillante en matière d’action éducative ; comme nous le reproche l’Office Européen des Drogues et Toxicomanies (OEDT). Elle en est encore à « expérimenter » des pédagogies adaptées. La Suède, qui y consacre une quarantaine d’heures tout au long du cursus éducatif et qui applique scrupuleusement sa législation, peut s’enorgueillir de compter (en proportion bien sûr) 10 fois moins de toxicomanes que la moyenne européenne.   

Les Français sont également champions de la consommation d’autres drogues, tabac, alcool et de psychotropes. C’est pourquoi cette vulnérabilité nationale requiert une prudence beaucoup plus importante que celle exercée par d’autres Nations moins exposées.

Edouard Hesse : A mesure que nos voisins actent l’échec de la prohibition et se mettent à légaliser, il deviendra de plus en plus difficile de défendre le dogme prohibitionniste. D’une part, les arguments prohibitionnistes perdront le peu de poids qu’il leur reste à mesure que les données s’accumulent qui montrent que la légalisation est une politique tout à fait raisonnable qui ne mène pas à la catastrophe. En outre, la pression pour légaliser le cannabis en France sera d’autant plus forte qu’il deviendra complètement illusoire de contrôler les trafics illicites d’un cannabis produit massivement chez un voisin avec qui nous partageons une longue frontière ouverte.

Mais une fois acté la nécessité de légaliser le cannabis, il reste encore un enjeu essentiel : comment légaliser ? Toutes les légalisations ne se valent pas. Dans notre rapport pour Génération Libre, nous étudions les différents modèles de légalisation en Amérique du Nord et du Sud. Pour résumer, il existe 2 grands modèles : un modèle de contrôle étatique fort, avec notamment un monopole sur la production et la distribution de cannabis, et un modèle de marché libre avec forte concurrence. C’est ce dernier modèle qui, après étude des données, nous semble le plus vertueux car il est le mieux à même de lutter efficacement contre le marché noir.

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Le marché noir est au cœur des effets dramatiques de la prohibition : produits frelatés pour les consommateurs, ressources policières et judiciaires épuisées dans un combat stérile et insécurité pour le reste de la population. La lutte contre le marché noir doit être l’objectif premier d’une politique de légalisation, car il conditionne les bénéfices de la légalisation en termes de santé publique et de sécurité.

Dans le document de feuille de route de la nouvelle coalition allemande, il est fait mention d’une vente de cannabis exclusivement dans des magasins contrôlés par un système de licence. Comme nous l’expliquons dans notre rapport, il s’agit d’être très prudent concernant les conditions d’accès aux licences de distribution de cannabis.

Une licence trop contraignante risquerait de dissuader les entrepreneurs, ce qui réduirait l’accessibilité du cannabis légal et protègerait donc les parts de marché du crime organisé. Il est en outre important de légaliser les livraisons de cannabis à domicile, afin que le marché licite puisse offrir le même niveau de praticité que le marché noir.

Si le marché licite offre des produits plus chers, de moindre qualité ou diversité, ou encore s’ils sont moins accessibles que sur le marché noir, les consommateurs ne feront pas la transition et la légalisation risque d’échouer. C’est l’avertissement que nous donne l’expérience californienne, où les grandes contraintes et fortes taxes sur le marché légal l’ont rendu très peu compétitif, conduisant à un marché noir qui continue de prospérer. Inspirons-nous plutôt de juridictions comme le Colorado où l’offre légale de cannabis représenterait, seulement 5 ans après son existence, près de 70% du marché total

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Le mois dernier, le Luxembourg est devenu le deuxième pays de l’UE à légaliser l’usage récréatif du cannabis. Y a-t-il des enjeux de santé publique et de diminution de la criminalité directement corrélés avec la légalisation du cannabis ?

Pr. Jean Costentin :De l’ordre de 250.000 individus, des « gros bonnets » aux dealers de quartiers, vivent, et pour certains très bien, de leurs trafics de drogues.

La légalisation, avec la commercialisation d’un cannabis d’Etat, plus couteux et plus faiblement dosé en THC que celui proposé par les dealers, pour tenter de diminuer sa consommation et ses méfaits, ne fera évidemment pas disparaître ce marché noir ; puisqu’il concerne même actuellement les cigarettes de tabac.

Cette légalisation déporterait le trafic vers des drogues encore plus détériorantes. Un certain nombre de nos adolescents s’adonnent au cannabis pour satisfaire un « besoin de transgression » ; sa légalisation transférerait leur transgression vers d’autres drogues illégales, encore plus agressives.

La guerre des gangs pour le contrôle de leurs territoires ne faiblirait pas. Arrêtons de grâce de nous émouvoir des quelques décès de ces malfrats dont le commerce tue ou anéanti des milliers de nos jeunes.

Edouard Hesse : Dans l’imaginaire prohibitionniste, la légalisation renforcerait la consommation du cannabis et la multiplication de personnes sous emprise de la drogue ferait augmenter la criminalité. C’est en fait l’inverse qui s’est produit dans plusieurs des États américains où le cannabis récréatif a été légalisé. En comparant l’État de Washington avec d’autres, des chercheurs ont montré que la légalisation de la consommation de cannabis récréatif avait causé une diminution importante des viols (-30%) et des vols (-20%)[2]. En outre, l’une des conséquences de la légalisation du cannabis médical dans plusieurs États américains a été de réduire de manière significative les crimes violents (-12,5%) dans les zones anciennement contrôlées par les cartels mexicains

[3].À LIRE AUSSILégalisation du cannabis : l’exemple du Colorado

Ces données sont cohérentes avec les attentes théoriques qu’on peut avoir vis-à-vis de la légalisation. En effet cette dernière permet d’assécher le marché noir sur lequel prospère le crime organisé et où les parts de marché sont gagnées à coup de Kalashnikov. En outre la fin de la prohibition permet de réallouer les moyens de police et de justice vers la lutte contre les agressions. Ceci a été démontré par exemple au niveau d’une localité anglaise qui a expérimenté avec la dépénalisation[4].

Concernant les enjeux de santé publiques, ils sont énormes et évidents : mettre fin à la prohibition permet tout d’abord la production et la distribution de cannabis dont la qualité et le dosage sont rigoureusement contrôlés, évitant ainsi les empoisonnements via des produits coupés, des alternatives synthétiques non contrôlées, ou les surdosages.

En outre, on peut beaucoup plus aisément sensibiliser les consommateurs avec des messages de santé publique et de réduction des risques quand ces derniers n’ont pas à se cacher. Enfin, alors que les dealers du marché noir n’ont que faire de l’âge de leurs consommateurs, on peut strictement interdire la vente de cannabis aux mineurs dans un marché légal. Une telle mesure est justifiée par les effets particulièrement nocifs démontrés du cannabis pour la santé des jeunes.

La future coalition allemande, sociaux-démocrates (SPD), Verts, libéraux-démocrates (FDP), a indiqué qu’elle envisageait sérieusement de légaliser la possession de cannabis

Pr. Jean Costentin : Le centre de gravité de l’éventail politique allemand s’est déplacé sur sa gauche. Les verts voient dans le cannabis un moyen d’obtenir la régression économique à laquelle ils aspirent. Le cannabis est la drogue de la crétinisation : « la fumette-ça rend bête, le chichon-ça rend con » ; « pétard du matin-poil dans la main, pétard du soir-trou de mémoire » ; de l’aboulie, de la démotivation ; c’est la drogue qui transforme des indignés en résignés, qui peut calmer ceux qui réprouvent l’afflux d’immigrés que cette nation aura des difficultés à intégrer culturellement. 

Quant aux méfaits cognitifs du cannabis, ne vous étonnez pas que la France qui dépense beaucoup pour l’éducation de ses jeunes ne soit payée en retour que par un 27ième rang dans le classement international PISA des performances éducatives. Eradiquer le cannabis de l’espace éducatif nous ferait mécaniquement progresser au moins d’une quinzaine de rangs.

Comment la France peut-elle se placer sur les questions de légalisation face à la décision de nos voisins allemands ? Est-ce réalisable ? 

Edouard Hesse : Cet engagement officiel de la future coalition gouvernementale allemande de légaliser le cannabis est une excellente nouvelle. C’est d’abord une excellente nouvelle pour les consommateurs adultes de cannabis en Allemagne qui pourront se fournir en produits sûrs et de qualité sans menace de répression policière et judiciaire. Cette mesure bénéficiera également à l’ensemble de la population, grâce à une réduction de la criminalité et un stimulus de l’économie.

Enfin, la légalisation du cannabis dans une économie développée majeure où résident 83 millions de personne est un signal extrêmement fort pour le reste du monde. On ne peut qu’espérer que l’impact sera particulièrement fort en Europe et permettra d’effriter la prohibition dans les pays comme la France où on persiste dans la fuite en avant du tout-répressif malgré les innombrables preuves de la nocivité de cette politique.

Si les expériences de légalisation de cannabis d’Amérique du Nord nous apprennent quelque chose, c’est qu’une telle politique génère les effets vertueux cités plus tôt tout en ne faisantpasexploser la consommation. L’expérience allemande devrait encore rajouter du poids à la cause de l’abolition de la prohibition en montrant qu’elle est parfaitement soluble y compris chez des peuples à la culture très proche de la nôtre. Il n’y a aucune raison que les immenses bénéfices de la légalisation soient réservés aux seuls pays anglo-saxons

Quelle est la position du médecin, du neurobiologiste, du pharmacologue, sur cette légalisation vue sous l’angle de ces disciplines ?

Pr. Jean Costentin : Dans ces débats philosophico-politiques sur la légalisation du cannabis, les médecins, les pharmaciens  avec  leurs académies nationales, les toxicologues, les épidémiologistes sont assez absents, n’étant pas conviés et, quand ils le sont, leurs propos sont occultés ; aussi je vous remercie, avec moi, de les interroger.

Nous affranchissant de postures idéologiques nous nous efforçons de mettre en garde contre les méfaits physiques ainsi que psychiques, nombreux et souvent graves, du cannabis.

Alors que l’on s’échine à tenter de réduire le tabagisme et ses 75.000 morts annuels, l’alcoolo-dépendance et ses 41.000 décès, ainsi que  les handicaps nombreux qu’ils recrutent, très coûteux pour la collectivité, d’aucuns voudraient ajouter le cannabis à ces fauteurs de troubles. Le cannabis est aussi toxique que le tabac pour le corps, mais il est de plus très toxique pour le cerveau.

Il faut introduire dans ce débat les méfaits physiques et psychiques du cannabis : sa toxicité cardio-vasculaire : 3ième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde, sa responsabilité dans des artérites des membres inférieurs (pouvant imposer leur amputation), dans des accidents vasculaires cérébraux chez des sujets jeunes. Le cannabis est cancérigène pour les sphères O.R.L. et broncho-pulmonaire ; il diminue les défenses immunitaires ; il perturbe la grossesse (qui s’en trouve abrégée) et plus encore l’enfant qui en naîtra.

La consommation de cannabis par de futurs parents, transmet à leur enfant des marques épigénétiques, qui peuvent être à l’origine de malformations (effet tératogène), d’une vulnérabilité à l’autisme, d’une vulnérabilité à la schizophrénie, aux toxicomanies, aux troubles dépressifs, à des perturbations de la faculté d’apprendre, ou encore d’une diminution de ses défenses immunitaires.

Au plan psychique la consommation de cannabis/THC par un adolescent crée une ivresse, avec l’accidentalité routière ou professionnelle  associée. En 2019, 730 personnes ont été tuées dans un accident routier impliquant un conducteur sous l’emprise d’un stupéfiant qui était dans 90% des cas le cannabis.

Il  induit un effet désinhibiteur pouvant conduire à des comportements agressifs et à la libération d’autres pulsions. Il installe une addiction chez près de 20% de ceux qui l’ont expérimenté ; ils en deviennent ainsi dépendants, alors qu’on ne dispose d’aucun moyen pour les en détacher. Il suscite une escalade vers d’autres drogues, aboutissant  à des polytoxicomanies.

Son THC induit, au long cours, une anxiété, des troubles dépressifs avec des risques suicidaires en embuscade. Il peut induire de novo, ou révéler en la décompensant, la schizophrénie (la folie au sens commun du terme, cette affection dont on ne guérit pas) dont l’évolution est aggravée par le cannabis, car il produit une résistance à ses traitements.

Face à ces multiples méfaits sociaux, sociétaux, physiques, psychiques, épigénétiques, les arguments économiques avancés, tels que l’abondement par des taxes du budget de l’Etat, le développement d’une filière cannabique nationale, sont misérables et même scandaleux. « Il n’est de richesse que d’Homme », ni shooté, ni camé, ni défoncé.

S’agissant de la perception de taxes, il a été calculé au Colorado que pour l’encaissement d’un dollar de taxes, l’Etat devait débourser 4$ de frais induits (médecine de ville, hôpitaux, hôpitaux psychiatriques, accidents de la voie publique, assurances, frais de justice…) quant à l’incurie de ses consommateurs elle ne se calcule pas !

La France, qui se veut encore porteuse de messages pouvant profiter à l’humanité, n’a pas à se mettre à la remorque d’Etats qui dissolvent l’humanisme dans le lucre, les royalties et autres taxes.

Les civilisations sont mortelles et les drogues accéléreront la destruction  de celles qui ne sauront s’en prémunir.

N’oublions pas enfin que si notre Nation veut conserver son système de solidarité, d’assistance aux malades de toutes affections, aux handicapés de tous types, elle doit s’appliquer à en restreindre le nombre en ne laissant pas se multiplier les victimes des addictions.

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