L’INSPQ a procédé à une revue de la littérature pour documenter les risques sanitaires associés à l’exposition à la fumée secondaire et tertiaire issue de la combustion de produits du cannabis en milieu intérieur. Elle s’adresse aux professionnels et aux intervenants de la santé concernés qui doivent notamment répondre aux questions et aux préoccupations de leurs partenaires et de la population en général.
Qu’est-ce que la fumée secondaire?
La fumée secondaire est constituée d’un mélange de fumée expirée par les fumeurs et de fumée qui émane directement de la combustion du produit. Elle est généralement associée à la fumée ambiante qui est inhalée, de façon involontaire, par les personnes qui y sont exposées.
Qu’est-ce que la fumée tertiaire?
La fumée tertiaire est constituée d’une variété de composés chimiques qui se déposent sur différentes surfaces du milieu intérieur telles que le mobilier, les tapis, les rideaux, les murs et les planchers, ou encore sur les individus qui s’y trouvent, par exemple sur les cheveux ou les mains.
Faits saillants
À l’heure actuelle, les données entourant les effets sur la santé liés à la fumée secondaire de cannabis demeurent limitées, et celles concernant la fumée tertiaire semblent pratiquement inexistantes.
Les études consultées ont permis de relever les éléments suivants :
Des concentrations de cannabinoïdes et de leurs métabolites dans le sang, l’urine ou la salive (appelés matrices) ont été observées après une exposition à la fumée secondaire de cannabis, mais principalement dans les scénarios impliquant des expositions plus importantes : nombre plus élevé de fumeurs, plusieurs cigarettes fumées en même temps, usage de cannabis dont la teneur en THC (delta-9-tétrahydrocannnabinol) est plus élevée. De plus, les scénarios impliquant la présence de ventilation présentaient un nombre inférieur de résultats positifs dans les différentes matrices investiguées.
Des effets subjectifs (p. ex., euphorie ou « high », fatigue, appétit ou « munchies ») ont été observés chez des individus exposés à la fumée secondaire de cannabis en contexte expérimental, particulièrement lorsque la fumée était visible et détectable par les occupants. Les effets étaient surtout présents dans la première heure après l’exposition. Ces effets pourraient être observés dans certains contextes, par exemple à l’intérieur dans des endroits fermés, mal ventilés ou en présence de quantité importante de fumée. Les effets s’atténuaient et disparaissaient dans les heures suivant l’exposition.
La présence d’une importante quantité de fumée peut conduire à des effets irritatifs chez les personnes exposées, tels que l’irritation des yeux et de la gorge, bien que cet aspect n’ait pas été évalué de manière spécifique.
Une seule étude a évalué les effets cognitifs associés à l’exposition à la fumée secondaire de cannabis, les résultats indiquant un impact mineur, mais observable, de la performance à certains tests mesurant la performance cognitive et psychomotrice.
Peu d’études ont documenté les effets physiologiques (p. ex., augmentation du rythme cardiaque) tributaires de l’exposition à la fumée secondaire de cannabis, celles-ci suggérant la manifestation d’effets limités qui s’atténuent rapidement en présence de ventilation.
Les effets documentés et les concentrations mesurées chez les sujets étudiés varient en fonction de plusieurs facteurs :
la fréquence et l’intensité de l’exposition, influencées notamment par le nombre de fumeurs, leur mode de consommation et la concentration en THC des produits consommés;
les susceptibilités individuelles;
le volume de la pièce occupée;
la présence de moyens d’extraction et de dilution de la fumée, comme la ventilation mécanique ou naturelle.
Principaux constats
L’application d’une ventilation adéquate dans les espaces utilisés par les consommateurs de cannabis est une mesure de gestion environnementale importante à considérer pour réduire les risques d’exposition à la fumée secondaire de cannabis.
Les individus devant démontrer, à des fins de contrôle, une absence complète de métabolites de cannabis, en raison d’activités ou d’occupations nécessitant une vigilance accrue, devraient réduire au maximum leur exposition à la fumée secondaire de cannabis. Les contextes où il y a une importante présence de fumée de cannabis en milieu intérieur devraient donc être évités.
Les concentrations seuils et les limites légales actuelles au Canada et au Québec permettent généralement de limiter la possible confusion entre une consommation active de cannabis et une exposition passive par l’entremise de la fumée secondaire.
Davantage d’études solides sur le plan méthodologique devraient être réalisées afin de mieux évaluer les effets sur la santé de l’exposition à la fumée secondaire de cannabis. Les effets associés à la fumée tertiaire de cannabis et les effets de l’exposition à plus long terme aux deux types de fumée devraient également faire l’objet d’études additionnelles.
Des pressions convergentes, avec une intensité redoublée, s’exercent sur les médias, le monde politique et ainsi sur nos concitoyens, pour obtenir la légalisation du cannabis.
Elles utilisent invariablement différents arguments qu’il nous faut réfuter.
Cet argumentaire est destiné à enrichir, si besoin, la « boite à outils » des membres ou des sympathisants du CNPERT pour les aider à démonter et à démentir les tromperies et les arguties de nos contradicteurs.
(Rédigées par le Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies – CNPERT : son président le Pr. Jean Costentin et les membres du bureau restreint du C.N.P.E.R.T. : Maitre Alain de Bézenac et les professeurs Claude Giudicelli, Jean-Pierre Goullé et Jean-Paul Tillement )
La première réprobation à exprimer concerne l’adjectif « récréatif » ; cet euphémisme visant à cacher le fait que la récréation cannabique peut très mal se terminer…
– La prohibition du cannabis en France datant de plus de cinquante ans est obsolète
Bien que promulguée en décembre 1970 la loi qui prohibe le cannabis n’est en rien obsolète. Elle interdit le commerce, la possession, l’usage du cannabis ; elle inflige aux contrevenants une peine (maximale) d’un an de prison ou de 3.500 euros d’amende, avec inscription au casier judiciaire.
Sa sévérité était alors justifiée par l’accroissement de la consommation du cannabis (on était après la féria de Mai 1968, son « jouir sans limite » et son « interdiction d‘interdire »), déjà se précisaient différents méfaits de cette drogue et d’autres étaient entrevus.
La situation actuelle se caractérise :
-par l’explosion du nombre des usagers de cette drogue (1.500.000 usagers réguliers), avec un début d’usage de plus en plus précoce (dès le collège) ;
-par la confirmation de la plupart des méfaits pressentis, auxquels s’ajoutent d’autres incriminations ;
-par l’accroissement dans les produits en circulation, au cours des 25 dernières années, des taux de THC en moyenne d’un facteur 6,
-par le développement de nouveaux modes de consommation, qui permettent d’accroître la cession du THC à l’organisme (parmi ceux-ci citons : « l’huile de cannabis » obtenue par extraction de la résine par des solvants apolaires, suivie de leur évaporation ; le résidu obtenu d’aspect huileux, a une très haute teneur en THC ; il peut être étiré sur des cigarettes communes ou être utilisé dans les recharges des e-cigarettes/cigarettes électroniques ; le « BHO » (butane hash oil) = résulte de l’extraction de la résine par le butane liquéfié, qui se volatilisant laisse un résidu utilisé dans des nébuliseurs ; les pipes à eau qui centuplent le volume de fumée qui peut être inhalé dans les poumons distendus d’une façon maximale ; les nouveaux cannabinoïdes obtenus par synthèse chimique, beaucoup plus puissants que le THC).
Loin de renoncer à cette loi qui est d’une brulante actualité, on doit déplorer qu’elle soit peu/mal connue (hormis de ceux qui veulent sa suppression), qu’elle ne soit pas expliquée, qu’on ne s’applique pas à la justifier à partir des multiples arguments sanitaires et sociaux avérés, et que les actions déployées pour la faire respecter soient d’une grande timidité.
La France bat le record européen de consommation du cannabis alors que notre législation est la plus rigoureuse
De fait sur les 27 nations de l’Union Européenne, la France est la toute première consommatrice de cannabis, avec un million et demi d’usagers réguliers (le consommant au moins une fois tous les 3 jours) et près d’un million de consommateurs quotidiens.
Plusieurs raisons à cela :
la large méconnaissance de la loi de prohibition des drogues, non enseignée, non expliquée, non justifiée, largement critiquée ;
– l’absence de prévention éducative, dénoncée par l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies. Les élèves français bénéficient au maximum, durant leur cursus éducatif, d’une à deux heure d’exposé par des fonctionnaires de la Gendarmerie, qui présentent la loi, les risques encourus à y contrevenir, les subterfuges des dealers ; les risques sanitaires sont seulement effleurés car les enseignants des sciences de la vie n’y sont pas formés et ne s’y intéressent pas ;
la prolifération dans les « cités sensibles » d’une économie de la drogue, qui n’est même plus souterraine, mobilisant des sommes d’argent énormes. Elle est alimentée par une immigration non maîtrisée, au- delà des capacités d’accueil de notre pays où le chômage structurel affecte près de 5 millions de nos concitoyens ;
les 450 tonnes de cannabis qui entrent chaque année sur le territoire national, proviennent essentiellement du Maroc ;
la forte propension des Français à consommer des psychotropes (anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs) mais aussi diverses drogues (alcool, tabac, morphiniques…) ; cette très grande vulnérabilité nationale aux toxicomanies aurait dû, de très longue date, mobiliser les pouvoirs publics, mais les responsables politiques de droite et de gauche qui ont gouverné en alternance, ont laissé filer.
la magistrature qui a, elle aussi, laissé filer, classant ces affaires souvent sans suite, sans aucune sanction pour les consommateurs de drogues et même pour les dealers. D’une façon régulière les rigueurs originelles de la loi de 1970 ont été « détricotées » ; on en est arrivé à n’infliger qu’une contravention de 200 euros, en solde de tout compte, (d’ailleurs pas toujours perçue). L’inscription sur un registre aurait au moins permis de dissuader des récidives, en augmentant le montant de la contravention en fonction du nombre de celles-ci ;
la police effectuant les investigations et contrôles qui lui sont demandés se sent désavouée par l’absence de suites données à ses interpellations.
-La dangerosité du cannabis est inférieure ou égale à celle du tabac et de l’alcool, ces derniers sont pourtant légalisés
Contrairement aux allégations du fallacieux rapport Roques (1998), le cannabis n’est pas moins toxique que le tabac ; d’autant qu’il lui est souvent associé (dans les « joints »). La toxicité physique des fumées du cannabis est supérieure à celle du tabac. La résine de cannabis (le haschisch), comme celle présente sous forme de globules sur la plante, augmente la température de combustion de l’élément végétal de 200°C.
En poussant plus loin sa décomposition elle produit 6 fois plus de goudrons, dont différents constituants sont cancérigènes pour les sphères ORL et broncho-pulmonaire. Elle produit aussi 6 à 8 fois plus d’oxyde de carbone (CO). Ce gaz, en se fixant intensément sur l’hémoglobine des globules rouge, ampute leur capacité de fixer l’oxygène présent dans les poumons pour l’amener dans les tissus qui le consomment ; il s’en suit une toxicité cardio-vasculaire encore plus importante que celle du tabac.
Le cannabis est ainsi la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il induit des artérites des membres inférieurs, plus précocement que celles provoquées par le tabac ; il est à l’origine d’accidents vasculaires cérébraux, chez des sujets plus jeunes. Alors que le tabac n’est pas nocif pour le cerveau (à sa dépendance près), le THC du cannabis, à l’origine lui aussi d’une dépendance, induit par surcroît des troubles psychiques et même psychiatriques (ivresse, désinhibition avec prise de risque, troubles cognitifs, anxiété, dépression, bouffées délirantes, hallucinations, schizophrénie, escalade toxicomaniaque).
Le cannabis incite à la consommation d’alcool. Des rats traités de façon semi-chronique par le cannabis, ayant pour boire le libre choix entre de l’eau, soit une solution hydro-alcoolique, consomment bientôt exclusivement cette dernière solution.
Le cannabis/THC rend imperceptible à celui qui s’alcoolise, l’approche du moment où il ne peut plus maîtriser sa consommation, qui vire alors à l’alcoolisation aigüe (« binge drinking » / « biture expresse », avec pour corollaire le coma alcoolique).
En 2019 730 personnes ont été tuées dans un accident impliquant un conducteur sous l’emprise d’un stupéfiant ; dans 90% des cas le cannabis est présent. Dans l’étude déjà ancienne « Stupéfiants et accidents mortels de le route » (S.A.M .) La rencontre du cannabis avec l’alcool multipliait par 14 le risque d’accidents mortels, alors que des études plus récentes font état d’un facteur 29).
Alors que la « puissance publique » est incapable, sinon d’éradiquer du moins, de réduire de façon importante la consommation du tabac et de l’alcool, comment peut-elle imaginer d’y adjoindre une autre drogue, aussi addictive et encore plus délétère que ces deux premières ?
-Une légalisation du cannabis permettrait une prévention
Le tabac et ses 13 millions de fumeurs irrépressibles, tout comme l’alcool et ses 4 à 5 millions de français devenus alcoolo-dépendants, nous enseignent que leur statut légal est à l’origine de ces chiffres extrêmement élevés de consommateurs. On est donc admis à penser qu’une levée des restrictions à l’accès au cannabis conduirait également, plus ou moins rapidement, à un accroissement important du nombre de ses consommateurs, qui tendrait alors vers les chiffres atteints avec l’alcool et le tabac ; les données canadiennes récentes, mais aussi celles provenant des Pays-Bas, de l’Uruguay, du Portugal, de l’Espagne en attestent (cf. infra).
Le pouvoir d’accrochage/addictif du cannabis est important ; ainsi, en dépit de son interdiction, il a recruté 1.500 .000 usagers réguliers ; la suppression de son interdiction et son accès encore plus facile accroîtraient leur nombre. Ceux qui s’en abstiennent de par leur conviction du caractère dangereux de cette drogue, penseront que l’Etat, dans sa fonction de protection des citoyens, ne saurait autoriser un produit dangereux, ce qui les dissuaderait de s’en abstenir ; quant à ceux qui s’en abstiennent par respect de la loi, les non transgressifs (ils sont encore heureusement nombreux chez nos jeunes), l’abolition de la loi lèverait chez beaucoup leur retenue à le consommer.
Quant à prétendre qu’on ne peut enseigner des règles de prévention sur des produits ou des comportements interdits est manifestement aberrant. Faudrait-il autoriser le viol pour en diminuer le nombre ? Les violences faites aux femmes pour éviter les féminicides ? Le vol pour enseigner l’honnêteté ? D’autres exemples de semblables aberrations abondent ; ils enlèvent toute valeur à cet argument.
Prévenir consiste à intervenir en amont d’une expérimentation, pour empêcher que s’installe une addiction, surtout quand on sait que lorsqu’elle est installée on est impuissant à la faire régresser.
Une prévention, aussi soigneusement pratiquée soit-elle, ne saura éteindre en France l’appétence pour les drogues.
Aussi, est-on assuré qu’une légalisation du cannabis aboutirait, plus ou moins rapidement, à une augmentation considérable du nombre de ses consommateurs, à l’instar de celle du tabac (avec ses 13 millions de fumeurs irrépressibles et ses 75.000 décès annuels) et de l’alcool (avec ses 4 à 5 millions de sujets alcoolo-dépendants et alcooliques, et ses 21.000 décès annuels).
Cet avis est partagé par le comité interministériel de lutte contre les stupéfiants, qui le 25 Mai 2021 l’exprimait : « L’expérience des Pays-Bas, de l’Uruguay, du Portugal, de l’Espagne, du Canada et de certains États américains fait apparaître uneaugmentation du nombre de consommateurs post-légalisation du cannabis dans tous ces pays, ce qui peut entraîner un usage d’autres produits stupéfiants».
On notera que cette déclaration évoque aussi l’escalade vers d’autres drogues ; escalade à laquelle incite la dépendance au cannabis. Cette escalade que contestaient les prolégalisateurs est devenue irréfragable et les mécanismes en cause (phénomène de tolérance et effets épigénétiques) sont de mieux en mieux précisés.
Autoriser le cannabis c’est ouvrir la porte à d’autres drogues
Si la légalisation était déclarée, elle deviendrait irréversible, quels qu’en soient les méfaits (cf. le tabac et l’alcool). La législation française compte de nombreuses dispositions malencontreuses, que la puissance publique est incapable d’abolir, en dépit de ses méfaits avérés.
-Une légalisation du cannabis rapporterait des taxes au budget de la Nation
Si la santé est un des biens les plus précieux, tant pour l’individu que pour la société, comme « il n’y a de richesse que d’Homme », que pèsent des taxes, fussent-elles substantielles, devant le respect que l’on doit à l’individu et en particulier aux plus jeunes ; ces « germes d’éternité » sur qui repose la pérennité de notre société, alors que des actions concertées s’appliquent à la déconstruire, à l’ébranler, à la démolir, à la faire haïr. La volonté de certains de légaliser le cannabis participe de cette agression de notre société.
Plus prosaïquement notons que dans l’Etat du Colorado, qui fut parmi les premiers Etats américains à légaliser le cannabis, il a été calculé que pour 1 dollar qu’il percevait en taxes, il lui en coûtait 4,5 pour éponger les lourdes dépenses générées par cette drogue ; en soins médicaux, particulièrement psychiatriques, pour les accidents provoqués, pour les dépenses des assurances, les procès, l’incurie sociale, l’assistanat…
-Un cannabis légalisé serait moins puissant, moins trafiqué, et donc moins dangereux.
Sans doute, mais pour contribuer à une certaine dissuasion de son usage, à l’instar du tabac, il devrait être vendu à un prix élevé et serait boudé par les consommateurs, qui s’adresseraient toujours au marché noir.
C’est à la demande des consommateurs de cannabis que dans les produits en circulation le taux de THC a été multiplié par 6 en 25 ans. Ces consommateurs ne seraient pas enclins à revenir aux « tisanes » d’antan. Les produits du deal, non taxés et plus puissants, auraient la faveur des consommateurs, comme dans les pays ayant légalisé le cannabis, où le deal continue d’être très actif et où il compense ses éventuelles baisses de ventes en élargissant son offre d’autres drogues .
Le cannabis légalisé deviendrait encore plus facilement accessible aux jeunes, comme l’est le tabac, dont l’interdiction de vente aux mineurs est ignorée par une majorité de buralistes.
-La légalisation du cannabis supprimerait le deal, les dealers, leurs guerres et les balles perdues
On peut ne pas trop s’émouvoir de la mort de malfrats qui font commerce de drogues qui tuent par milliers leurs consommateurs et il est malséant d’utiliser cette émotion pour asservir davantage de consommateurs.
Il est naïf de croire que la légalisation du cannabis dirigerait les 220.000 dealers en France, vers Pole emploiet que les « gros bonnets » se mettraient en retraite anticipée. Le marché noir du cannabis perdurerait, complété le cas échéant par un élargissement de l’offre de cocaïne/ crack, d’amphétamine, de cathinone, d’ecstasy, de buprénorphine, d’héroïne…
Les adolescents qui éprouvent un besoin de transgression, qu’ils peuvent percevoir comme un viatique pour accéder au statut d’adulte, en cas de légalisation du cannabis, devraient effectuer cette transgression au niveau de la cocaïne ou des morphiniques. Alors, le raisonnement qui aurait prévalu pour la légalisation du cannabis s’appliquerait à toutes les autres drogues.
-Cette légalisation du cannabis apaiserait le climat dans certaines banlieues, dans certains quartiers
Le climat de certaines banlieues et de certains quartiers restera pourri, il pourrira les espaces à l’entour et nous continuerons de nous enfoncer dans une intoxication collective
– tant que les dealers de drogues gagneront beaucoup plus dans ce marché noir que dans l’exercice d’activités légales ;
– tant que les drogues constitueront une économie souterraine florissante ;
– tant qu’une immigration non régulée accumulera sur le territoire national des étrangers non intégrables par le travail, soit en raison de leur inadéquation aux fonctions proposées, soit en raison de l’absence d’emploi, du fait d’un chômage endémique ;
– tant qu’une éducation digne de ce nom, n’aura pas dissuadé une large frange de la population de se détourner des drogues ;
– tant que « l’argent de poche » ne sera pas assis sur un service rendu, faisant qu’argent facilement gagné repart facilement en fumées ;
– tant que l’éducation nationale ne s’investira pas dans la prévention des toxicomanies, comme lui en fait grief l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies, la France restera en Europe la Nation la plus grande consommatrice de cannabis ;
– tant qu’il n’aura pas été expliqué et compris par nos concitoyens que le marché des drogues n’existe que par l’importance de leurs consommateurs ; et que les adultes ne peuvent interdire aux jeunes de consommer ce qu’ils s’autorisent, sur l’air du « faites ce que je dis (si au moins je le dis), mais ne faites pas ce que je fais ».
– tant que persisteront des milliers de points de deals notoires, ou que les livraisons pourront s’effectuer à domicile.
-La légalisation du cannabis soulagerait le travail de la police qui pourrait se consacrer à d’autres tâches plus importantes
Un cannabis plus puissant et moins onéreux que celui de la Régie ou les autres drogues illicites avec lesquelles les dealers compenseraient leur manque à gagner lié à la légalisation du cannabis, ne dispenseraient pas la police de traquer les dealers qui ne disparaîtraient pas ; ils pourraient aussi se reconvertir dans d’autres trafics qu’il faudrait combattre.
-Cela soulagerait le travail des tribunaux
Ils auraient à juger les mêmes délinquants pour des faits différents de ceux qu’ils commettent actuellement
-Cela permettrait de développer une filière cannabique agricole française
Les sources traditionnellesdu cannabis à taux élevé en THCdemeureraient. Le Maroc subit d’intenses pressions intérieures pour légaliser la culture du cannabis, qui sera toujours moins cher que le cannabis « shit in France »
–Les addictologues eux-mêmes sont en faveur d’une légalisation du cannabis
Non pas les, mais des addictologues se déclarent effectivement en faveur d’une légalisation du cannabis (et de toutes les drogues d’ailleurs), émettant aussitôt, comme pour s’en excuser, que cette légalisation devrait être encadrée, interdite aux mineurs en particulier. Ils ont fait des progrès car il y a encore quelques années ils clamaient que le cannabis était sans grand danger pour les enfants et les adolescents.
Ils demeurent sans réponse quand on leur demande s’ils disposent de traitement pour détacher du cannabis ceux qui en sont devenus dépendants. Il en va de même quand on les questionne sur les effets épigénétiques du cannabis. Ces addictologues égarés par l’idéologie sont les mêmes qui militent pour les salles de shoots. Cette situation s’assombrit encore quand on constate qu’ils ont accédé aux postes de direction d’associations s’efforçant d’apparaître comme les principaux gestionnaires des addictions. Leurs positions très permissives leur valent le soutien des médias. Il est urgent que les structures et administrations médicales qui les appointent, contrôlent enfin leurs activités, s’intéressent à leurs résultats pour les mettre en relation avec leurs coûts pour la collectivité et leur rappellent leur devoir de réserve. Sans leur remise au pas, la prise en charge des addictions continuera d’être un couteux échec
-Un certain nombre d’Etats ont légalisé le cannabis avant nous, ne soyons pas les derniers
Les français entretiennent des relations particulières, et en l’occurrence particulièrement scabreuses, avec les drogues (nous faisant apparaître aux premiers rangs de leur consommation ainsi que de celle de divers psychotropes) expliquant la rigueur affichée par les dispositions légales qui les régissent.
Leur inefficacité évidente est due :
– à leur large méconnaissance, hormis quand il s’agit de les remettre en question ;
– au fait qu’elles ne sont ni expliquées, ni justifiées ;
– au fait encore que leur transgression ne conduit pas aux sanctions prévues par la loi, mais à un classement sans suite ;
– au fait que régulièrement des déclarations médiatiques ou politiciennes annoncent l’imminence d’une légalisation, contribuent ainsi à la banalisation de la drogue.
La France n’a pas intérêt à copier le mauvais exemple de la légalisation du cannabis donné par d’autres Etats, alors qu’elle est en Europe le tout premier Etat consommateur. Ses réticences, son attentisme, lui donnent le temps d’analyser les conséquences de cette disposition chez ceux qui ont franchi le pas. D’autant qu’une telle légalisation, comme celle qui concerne le tabac et l’alcool, aurait un caractère irréversible.
–Chaque individu choisit sa vie, sa drogue aussi, et ça ne regarde pas la société
A cette nuance près que nous vivons en société et que chaque individu dans le besoin sait requérir les secours de la collectivité. Il en va ainsi quand son incurie, liée à sa perdition dans la drogue le prive des moyens de sa survie. Notre société a choisi d’être solidaire, de secourir les nécessiteux ; la contrepartie impose aux individus de ne pas ajouter de demandeurs à la liste des infirmités inévitables (congénitales, ou contractées du fait de maladies ou d’accidents) ; la drogue n’est pas inéluctable et la société doit empêcher ses citoyens d’y succomber.
Si un individu peut disposer du droit de s’autodétruire, il n’a pas celui d’altérer, par un mécanisme épigénétique, la santé physique et mentale des enfants qu’il pourrait concevoir. Or on sait désormais qu’exposer ses gamètes (spermatozoïdes masculins ; ovules féminins) ou pour la femme enceinte exposer son fœtus au THC du cannabis, imprime des marques épigénétiques qui affecteront durant toute l’existence de l’enfant conçu l’expression de certains de ses gènes, et donc de certains de ses caractères.
Cela pourra se traduire par des malformations, une vulnérabilité à l’autisme, à la schizophrénie, aux toxicomanies à l’adolescence, à des altérations des capacités cognitives ou encore à des dépressions de l’immunité. Ces marques épigénétiques peuvent également avoir des conséquences pour le consommateur lui-même, en accroissant par exemple son appétence pour certaines drogues (support de l’escalade qui est désormais avérée) .
-Restaurer l’autorité c’est faire en sorte que la loi ne soit pas systématiquement transgressée par de nombreux citoyens. Pour y parvenir, loin d’abroger la loi de 1970, il importe de la faire appliquer, sans faiblesse, et de faire taire ses détracteurs, pour le bien commun.
Pour le ministre de l’intérieur (G. Darmanin) « la légalisation du cannabis serait une faute morale » (Août 2021) ajoutons que ce serait aussi une faute sanitaire, sociale et sociétale.
Le gouvernement a lancé dimanche dernier une campagne de sensibilisation sur les conséquences indirectes de la consommation de cannabis, mais qui vise également à mettre en avant sa politique de lutte contre la drogue. Le cannabis est la drogue illicite la plus consommée de France.
Près de 900 000 Français en consommeraient tous les jours et 45 % des adultes disent en avoir consommés au moins une fois. Parmi les jeunes de 17 ans, ils sont 39 % à l’avoir expérimenté et 7 % à en consommer régulièrement. Le cannabis étant souvent présenté comme une « drogue douce », aux conséquences sanitaires et sociales peu importantes par rapport à d’autres substances, le gouvernement a décidé de tenter de casser cette image à travers une nouvelle campagne de communication.
Intitulée « Derrière la fumée », cette nouvelle opération de sensibilisation, lancée ce dimanche, vise à informer les Français sur les conséquences indirectes de la consommation de cannabis. Diffusée à la télévision et sur les réseaux sociaux, mais également via des affiches et une campagne dans la presse locale et nationale, l’opération se concentre sur trois effets négatifs de la consommation de cannabis : le décrochage scolaire, les accidents domestiques (et plus particulièrement l’ingestion accidentelle de cannabis par des enfants) et enfin l’insécurité. Un sujet malheureusement d’actualité alors que les règlements de compte sanglants liés aux trafics de stupéfiants se multiplient ces derniers jours, notamment à Marseille.
Santé publique et politique
Si l’objectif de la campagne est louable, les associations de lutte contre l’addiction dénoncent un mélange des genres. En effet, les spots et les affiches de campagne ne se contentent pas d’informer sur les risques de la consommation de cannabis mais également de mettre en avant l’action des autorités dans cette guerre contre la drogue, en nous donnant par exemple le nombre de condamnations prononcés ou la quantité de drogue saisie. La campagne de sensibilisation sanitaire se doublerait donc d’une opération de communication politique. À huit mois d’une élection présidentielle où le thème de la sécurité devrait être omniprésent, cette nouvelle campagne serait donc loin d’être neutre politiquement. Depuis quelques mois, le gouvernement affiche en effet un discours musclé et une tolérance zéro vis-à-vis du cannabis, par la voix de son ministre de l’Intérieur Gerald Darmanin.
Interrogé ce mardi sur les antennes de France info, l’ancien maire de Tourcoing a qualifié le cannabis de « poison » et a déclaré que sa légalisation serait « une défaite morale ».
Il n’a pas non plus hésité à affirmer que plusieurs pays ayant légalisé le cannabis souhaitent désormais l’interdire de nouveau, une affirmation inexacte selon les spécialistes de la question. La campagne actuelle devrait être suivie à l’automne prochain d’autres opérations de communication sur les dangers du cannabis au volant et sur le « décrochage du cannabis ».
Des campagnes qui seront sans doute l’occasion pour le gouvernement de mettre de nouveau en avant sa politique de lutte contre la drogue, alors que la course à la présidentielle s’intensifiera.
Au Canada, trois ans après la légalisation du cannabis à des fins récréatives, l’euphorie de la légalisation du cannabis est retombée. Le secteur n’a pas atteint ses objectifs et n’a pas fait disparaître le marché noir.
Après un démarrage en fanfare, l’industrie canadienne du cannabis doit composer avec de nouveaux défis : les ventes du marché noir sont encore importantes, des usines de production ferment, d’autres sont englouties par de plus grosses et des employés sont mis à pied.
C’était une promesse électorale de Justin Trudeau en 2015. En 2018, c’était chose faite : il est devenu légal de consommer du cannabis à des fins récréatives dans le pays. L’engouement était alors visible, avec de longues files d’attente devant les magasins.
Le but était justement d’endiguer les ventes du marché noir. Mais aujourd’hui, à peine plus de la moitié des ventes de marijuana sont réalisées sur le marché légal. La demande ne s’est pas transférée du marché illégal vers le marché légal et ce, surtout dans l’ouest du pays, explique Jean-François Ouellet, professeur à HEC Montréal.
L’exception québécoise
Au Canada, seul le Québec semble faire office d’exception. Pourquoi ? D’abord parce qu’il a choisi un système public de vente via ses points SQDC (Société québécoise du cannabis), tandis que beaucoup de provinces tournent au 100 % privé, ou avec les deux régimes.
Le Québec a aussi choisi de vendre du cannabis au même prix que le marché noir. Et si les gens ne veulent pas se déplacer, il leur est possible de commander en ligne et de se faire livrer à leur porte le jour même, exactement comme cela serait le cas s’ils appelaient leur dealer, poursuit le professeur.
Autre souci. En 2018, les données concernant la consommation supposée ont en outre été surestimées, observe Jean-François Ouellet. Il n’y a pas eu de hausse sensible de la consommation avec la légalisation chez les plus de 15 ans : 15,6 % contre 16,1 % entre le deuxième trimestre de 2018 et celui de 2019, selon Santé Canada.
Forte concurrence et surproduction
À l’annonce de la légalisation, producteurs et businessmen aguerris ou novices ont été trop nombreux à se ruer vers l’or vert… alors que la ruée n’a pas eu lieu. Forte concurrence, surproduction et baisse des prix ont mis un coup de frein à cet emballement.
Le géant Canopy Growth gérait sept usines de culture dans le pays. Elles ont toutes fermé ou ont été vendues en 2020. Et sur le site d’origine, les licenciements sont monnaie courante. Cotée en Bourse, l’entreprise a d’ailleurs vu la valeur de son action chuter de plus de 26 % depuis janvier.
Une baisse qui s’explique par des points de ventes fermés pendant les périodes de confinements et des problèmes d’approvisionnement avec les sites américains », selon le PDG David Klein. Ses concurrents dénoncent aussi le manque de points de vente dans certaines provinces.
Rachats et rationalisation
Bref, tout le monde a du stock sur les bras. Certains producteurs ont dû se mettre à l’abri de leurs créanciers, comme AgMedica et Wayland. Quand un marché est en déclin, les joueurs de l’industrie commencent à se racheter les uns les autres car les liquidités deviennent plus rares. Ils doivent devenir de plus en plus gros , ajoute Jean-François Ouellet.
Emerald Health Therapeutics, qui emploie 120 personnes, a une usine de culture à Saint-Eustache, au nord de Montréal, résiste, mais ne songe pas, pour l’instant, s’agrandir à l’international. On a eu nos défis à relever, on a rationalisé notre production l’an passé », explique Mohammed Jiwan, directeur général des opérations.
Nous, on veut se concentrer sur le marché québécois et avoir une approche de bien-être plus que récréative », poursuit-il.
Légaliser le cannabis ? Soyons sérieux, pensez-vous que des voyous qui gagnent 100 000 € par jour vont monter une petite échoppe et payer des cotisations ?
La drogue est un poison qui sème la mort et la violence, vouloir légaliser le cannabis est une défaite morale. pic.twitter.com/rqlsGmeSln
D’après le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, à Marseille, il y a « deux fois moins de règlements de comptes aujourd’hui qu’il y a dix ans ».
« Je peux assurer que les moyens sont là, à Marseille, pour lutter contre cette merde qu’est la drogue », a déclaré le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, mardi 24 août sur franceinfo. Et s’il « faut sans doute encore davantage de moyens », il y a tout de même « deux fois moins de règlements de comptes aujourd’hui qu’il y a dix ans », affirme-t-il.
Le ministère de l’Intérieur fait « un travail très important à Marseille, et on le fait en lien avec la justice », insiste le ministre. « 300 policiers de plus, deux unités de CRS, des opérations antidrogues avec des saisies extrêmement importantes. C’est vrai qu’il y a des règlements de comptes qui se sont accélérés depuis le mois de juin, mais ce sont d’une part des règlements de comptes liés directement au travail de la police et de la justice, qui ont mis en prison des gros caïds. La guerre de la drogue autour du cannabis, c’est une guerre de territoires. »
À Marseille, il y a parfois des points de deal qui représentent 100 000 euros d’argent liquide par jour, donc évidemment le gâteau est très généreux.Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur
franceinfo
« Ce crime organisé, qui est très violent à Marseille comme ailleurs, essaye de reprendre ses parts », explique Gérald Darmanin.
Quant à la création d’un parquet spécial de lutte contre la drogue à Marseille, réclamée lundi 23 août sur franceinfo par le maire socialiste de la ville, Benoît Payan, Gérald Darmanin affirme lui avoir « dit que son idée est intéressante. Je lui dis aussi de mettre des caméras de vidéoprotection dans sa ville. Marseille est une des villes où il y en a le moins, et je dis que nous sommes prêts à financer une très grande partie de ces caméras, qui pourtant sont la compétence » des maires, a-t-il déclaré.
La légalisation du cannabis, une « défaite morale »
Le ministre de l’Intérieur écarte cependant la légalisation du cannabis comme moyen de lutte contre le trafic de drogue, la qualifiant « d’insulte » et de « défaite morale ». « Là où il y a du cannabis, il y a aussi de la cocaïne et vous n’allez pas légaliser la cocaïne. Ensuite, le cannabis, c’est 500morts sur la route par an. Ce sont des enfants qui sont totalement déscolarisés, des gens qui rentrent dans la dépression. C’est un niveau de THC [le tétrahydrocannabinol est la principale molécule du cannabis] qui n’a rien à voir avec le joint de papa ou de maman il y a 30 ou 40 ans. C’est un poison, et nous devons lutter très fortement contre ce poison qui touche beaucoup de familles françaises », conclut-il.
D’après une nouvelle étude britanniques, consommer quotidiennement du cannabis à l’adolescence pourrait provoquer des naissances prématurées. Explications.
Mauvaise nouvelle pour les amateurs de cannabis : selon une récente étude de la University of Bristol (en Angleterre), les adolescents qui consomment cette drogue régulièrement auraient un risque accru d’avoir des enfants nés prématurément et/ou avec un faible poids de naissance.
Le cannabis nuit (aussi) aux générations suivantes
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs britanniques ont travaillé avec un groupe de 665 volontaires âgés de 14 à 29 ans ; les enfants de ces participants ont ensuite été suivis pendant plusieurs années.
Verdict ? Les scientifiques ont découvert que les adolescents (entre 15 ans et 17 ans) qui consomment du cannabis quotidiennement ont un risque plus important de donner naissance (vers l’âge de 30 ans) à un bébé prématuré et/ou avec un poids de naissance anormalement faible.
« Le cannabis demeure la substance illicite la plus consommée par les adolescents, analysent les chercheurs qui ont publié leurs travaux dans la revue spécialisée Scientific Reports. Nous savions déjà qu’une consommation quotidienne de cannabis avait un impact important sur la santé mentale des adolescents : désormais, nous savons qu’il peut également nuire aux générations suivantes. Si l’homme et/ou la femme était un consommateur régulier de cannabis pendant son adolescence, il y a un risque pour le bébé à naître.«
Aux portes de l’Europe, dans les montagnes du nord du Maroc, le cannabis (ou kif, une fois séché) pousse comme du chiendent. On le cultive en famille et les autorités ferment les yeux : la survie de la région est à ce prix. Ici, la presse n’est pas la bienvenue, pourtant notre photographe s’y est fait tolérer quelque temps.
A perte de vue, des centaines de cèdres bleus décimés. Des géants qui tutoyaient les cieux gisent à présent sur le sol. Ces images d’une forêt à l’agonie, Abdellatif Adebibe, président de la confédération des associations de Sanhaja du Rif, une importante coalition de tribus berbères, les conserve sur son téléphone comme pièces à conviction. Elles datent de l’automne 2020 mais cela fait des années que l’activiste marocain documente le massacre de la cédraie du mont Tidirhine. Une forêt qui était encore dense quand lui-même est né là, il y a soixante-six ans, et où désormais nombre de troncs élancés ont été réduits à des moignons.
Le ministre de l’Intérieur se félicite des actions mises en place pour lutter contre le trafic de drogue et songe à de nouveaux projets pour le freiner un peu plus.
Dans une interview accordée au Figaro, dimanche 15 août, Gérald Darmanin s’est exprimé sur le sujet complexe du trafic de stupéfiants et dressé un bilan de la situation depuis le début de l’année. Si le ministre de l’Intérieur livre une guerre difficile contre la drogue, il se félicite que les actions mises en place portent leurs fruits avec la saisie de 57 tonnes de cannabis et de 52 millions d’euros, et le démantèlement de 7 837 trafics depuis janvier.
« C’est un coup très dur qui est porté contre la drogue, et qui explique sans doute les règlements de comptes que nous connaissons. Ces excellents résultats sont le fruit d’une mobilisation totale de l’Etat contre ce fléau, en particulier celle de l’Office anti-stupéfiants », assure Gérald Darmanin.
Au printemps dernier, trois « quartiers témoins » avaient été désignés pour traquer sans relâche les dealers en déployant « beaucoup d’effectifs, de moyens et de vidéoprotection ». Le ministre dresse un premier bilan de ce dispositif : « Dans le quartier de la Goutte d’Or, à Paris, quartier ô combien symbolique, occupé depuis mon enfance par des dealers, les forces de l’ordre ont ainsi interpellé plus de 1 500 délinquants et réalisé 253 affaires de stupéfiants en quatre mois », souligne-t-il.
Face à ces résultats probants, le dispositif devrait s’étendre à d’autres villes gangrénées par les trafics.
Comme le rappelle Le Figaro, 4 000 points de deal sont répertoriés dans l’Hexagone. Une liste bien longue qui ne fait pas peur à Gérald Darmanin. Ce dernier insiste sur les réussites obtenues ces derniers mois et préfère voir le verre à moitié plein.
En plus de l’interpellation de plusieurs milliers de trafiquants, le ministre de l’Intérieur rappelle que 100 000 consommateurs de drogue ont été verbalisés, « notamment grâce aux 62 000 amendes forfaitaires délictuelles dressées depuis le 1er janvier ». Le locataire de la place Beauvau en est sûr, « il n’y a aucune fatalité » et il préfère voir des solutions à chaque problème.
Ainsi, pour lutter contre les nombreux accidents mortels liés à la prise de stupéfiants qui représentent 20% au total, Gérald Darmanin prévoit de déployer un plan massif pour doubler le nombre de dépistages, et « arriver à près de 800 000 d’ici fin décembre ».
Enfin, le ministre de l’Intérieur explique au quotidien sa ferme opposition à la généralisation des salles de shoot, idée pour éviter que les consommateurs de drogue ne traînent dans les quartiers au milieu des familles : « Si on baisse les bras, nous aurons perdu une bataille morale en plus d’une bataille sur le terrain. Je l’ai dit et le répète : la drogue, c’est de la merde qui brise des vies et qui tue », conclut-il.
En 2015, Justin Trudeau prenait la plus haute fonction politique canadienne et chassait les conservateurs du pouvoir. Pour le Canada, une nouvelle ère s’ouvrait, libérale et optimiste, et elle s’ouvrait sur une promesse: celle de la légalisation du cannabis, avec laquelle le Québécois avait fait campagne qui fut finalement actée en 2018.
Le pays pouvait lorgner du côté de son voisin américain, vers l’État du Colorado notamment, où la weed s’était transformée en une manne miraculeuse. Comme l’explique The Walrus, les perspectives étaient folles: une nouvelle industrie bientôt milliardaire se créait ex nihilo, des start-ups poussaient comme des champignons, des milliers d’emplois seraient créés.
Pour les investisseurs, notamment des particuliers appâtés par des dividendes en platine, c’était l’opportunité d’une vie: un placement sûr et une croissance presque garantie. En 2017, comme le rappelle The Walrus, le cours boursier des trois plus grosses sociétés de ce secteur naissant avait déjà cru de 200% –jolie culbute.
Mais en 2021, patatras.
Cette industrie si prometteuse de la légalisation s’est révélée être un château de cartes qui s’est effondré dans un terrible fracas. Un chiffre en particulier frappe l’imagination, voire les fantasmes: produisant beaucoup plus de cannabis qu’il n’en consomme, le Canada était assis fin 2020 sur 1,1 milliard de grammes d’un produit qui ferait rêver beaucoup de monde, mais qui est considérée comme invendable par les entreprises qui en font leur business.
Depuis 2018, ce sont près de 450 millions de grammes de la précieuse plante qui ont été détruits, selon MJBizDaily, dont 280 millions pour la seule année 2020. La publication précise que seuls 20% de la production ont été vendus depuis la légalisation: il y a quelque chose de pourri au royaume du THC.
En fumée
Walrus parle, pour l’ensemble du secteur, de pertes cumulées de 10 milliards de dollars canadiens, soit 6,8 milliards d’euros partis en une fumée peu hilarante. Comment en est-on arrivé là? Du fait de mauvais calculs, et de promesses faussées.
Lorsque les jeunes pousses de la weed ont commencé à attirer des fonds, en 2015 et dès l’élection de Justin Trudeau, elles ont basé leurs promesses sur une mesure floue, la «funded capacity», soit le volume de cannabis qu’elles pouvaient produire sur les terres qu’elles occupaient.
Plus grosse serait la production, plus haute serait la valuation, les profits et les dividendes: une course à l’échalote, aux terrains viables et à la tonne de weed pouvait commencer, sans que rien de ceci ne soit réellement pensé à l’échelle d’une clientèle qu’il restait à créer.
Les start-ups calculaient leurs stocks de weed comme s’il s’était agi de vulgaires pommes ou patates –vulgaires, mais économiquement plus simples à gérer, puisque l’on peut juger a priori, et à peu près, la demande correspondante. Pour gonfler les volumes de ces stocks fantasmés par les investisseurs, certains producteurs n’ont, semble-t-il, pas hésité à compter les feuilles de la plante, un foin ne contenant aucun principe actif vendable, amplifiant encore un peu plus les distortions.
Le prix de vente du produit n’était pas encore clairement évalué, ce qui n’a pas empêché certaines de ces firmes, comme Canopy Growth par exemple, d’atteindre des valorisations boursières dépassant les 20 milliards de dollars canadiens. Une bénédiction pour les investisseurs: avant même que le marché ne s’ouvre à cette plante de tous les miracles, acheter et vendre cette hype, spéculer sur ces promesses a pu se révéler très lucratif.
Quand la légalisation est entrée en vigueur, les longues files d’attente devant les diverses échoppes de vente, partout dans le pays, n’ont rien arrangé. Signalant une pénurie initiale, elles ont poussé Health Canada, qui supervise le marché, à relâcher un peu plus ses exigences pour les nouveaux entrants.
Puis la demande a commencé à trouver sa vitesse de croisière. Mais l’offre, elle, avait sombré dans les affres de la surproduction la plus aberrante: trop d’acteurs, trop de producteurs, trop de champs, trop d’investisseurs.
Paradoxalement et malgré l’abondance, les prix sont plus 34% plus élevés que ceux du marché souterrain d’autrefois, explique The Walrus, qui précise que certains patients ont, de ce fait, le plus grand mal à se payer le cannabis thérapeutique que les médecins leur prescrivent sur ordonnance.
Selon certains observateurs au sein même du secteur, ce capitalisme effrené qu’a permis la légalisation, donc l’acceptabilité générale du business de la weed, a mené à ces excès pantagruéliques, qui nécessiteront de douloureuses corrections.
Ils pensent également que le vieux savoir-faire et la discrète structuration qui préexistaient à la légalisation chez les producteurs de l’ombre auraient pu, avec un encadrement et une philosophie différentes, constituer le squelette plus sain d’un marché autrement plus efficace.