Facebook a pris très au sérieux la vente de stupéfiants qui était facilitée par son réseau social depuis quelques années. Plusieurs mesures ont été mises en place à la suite d’un rapport du CDC qui rapporte que 30 000 Américains sont morts d’une overdose de substances opioïdes.
Pour lutter contre la vente de drogues sur son réseau social, Facebook a banni de sa recherche de nombreux termes relatifs à ces substances illicites. Sont notamment concernés les noms de nombreuses drogues opioïdes, très addictives. Il s’agit d’un changement qui arrive quelques heures après la publication d’un rapport par le CDC (Centre de contrôle des maladies et de la prévention aux USA) selon lequel 30 000 Américains sont morts en 2017 suite à une overdose d’opioïde, soit 50 % de plus qu’en 2016.
Il s’avère que Facebook est devenu au fil du temps une véritable place de marché pour vendeurs et acheteurs de drogues, où sont organisées rencontres et transactions. Avec la mise en place de ce filtrage, Facebook espère pouvoir contrer ce phénomène. À noter qu’il ne s’applique qu’aux pages et non pas aux profils. On peut donc trouver des utilisateurs qui contournent le changement opéré par Facebook en modifiant le nom de leur profil, avec celui d’une drogue en particulier. Facebook va donc devoir encore travailler sur son outil pour le rendre plus efficace.
L’idée est aussi de se servir de ce système pour faire de la prévention. Ainsi, aux États-Unis, si vous tapez « acheter Xanax », un seul résultat s’affiche et présente la mention « Besoin d’aide ? Si vous ou une personne que vous connaissez lutte contre une substance opioïde, nous souhaitons aider en offrant confidentiellement un traitement, en plus d’informations sur la prévention. » Le message est suivi d’un lien vers le site gouvernemental d’aide contre l’addiction aux drogues.
Précisons que cette volonté de Facebook de mettre un terme à la vente de stupéfiants ne date pas d’hier. En novembre 2017, Mark Zuckerberg s’étonnait d’apprendre que son réseau social était le théâtre d’un gigantesque réseau de vente de drogues. Cinq mois plus tard, en avril, le PDG de Facebook était entendu au Capitole pour répondre aux questions de personnalités politiques, suite au scandale Cambridge Analytica.
L’homme politique David McKinley avait alors demandé à Mark Zuckerberg : « Votre plateforme est utilisée pour acheter des drogues très addictives sans prescription. Avec le respect que je vous dois, Facebook permet ce genre de pratique, par conséquent vous faites du mal aux gens. Êtes-vous d’accord avec ces propos ? » Le PDG n’avait alors pas répondu directement à la question en se justifiant : « Il y a de nombreux secteurs de contenus où nous devons faire un meilleur travail pour faire respecter nos règles. »
En juin, Facebook annonçait travailler sur de nombreuses restrictions en matière de drogue. Il avait notamment annoncé qu’un lien vers un site d’aide contre l’addiction à la drogue serait mis en place. L’objectif était clairement de montrer que le réseau social ne fermait pas les yeux devant certaines dérives de sa plateforme. À voir si ces nouvelles dispositions seront, à terme, déployées sur d’autres versions que la seule mouture américaine de Facebook.
Plusieurs paquets de fentanyl saisis à l’aéroport international O’Hare de Chicago en novembre 2017 Photo : Reuters/Joshua Lott
Le cannabis est toujours aussi populaire dans le monde, mais les autorités s’inquiètent de plus en plus du détournement de médicaments d’ordonnance vers le marché noir. Portrait de la consommation des drogues ici et ailleurs sur la planète.
Un texte de Jean-Philippe Guilbault
Dans son plus récent rapport, l’Office des Nations unies sur les drogues et le crime (ONUDC) confirme que le cannabis, avec ses 192 millions d’utilisateurs dans le monde, demeure la drogue la plus populaire en 2017, particulièrement chez les jeunes.
Au cours de la dernière année, 5,8 % des jeunes de 15 à 16 ans en auraient consommé, estime l’organisme international.
Le cannabis demeure la drogue la plus consommée dans le monde, selon un récent rapport de l’ONU. Photo : Getty Images/Joseph Eid
Or, si le cannabis se hisse au sommet des drogues les plus consommées dans plusieurs pays, l’ONUDC s’inquiète surtout de la hausse de la consommation illégale de médicaments d’ordonnance.
*Au sein du Royaume-Uni, l’Irlande du Nord affiche cependant un taux plus élevé de personnes consommant des tranquillisants, soit 10 % de sa population.
Méthodologie : L’ONUDC compile les résultats de plusieurs études nationales. Seules les estimations jugées les plus probables ont été retenues, pour les années les plus récentes, dans chaque pays.
« L’usage non médical d’opioïdes pharmaceutiques est une source de préoccupation croissante tant pour les services de détection et de répression que pour les professionnels de la santé publique », est-il écrit dans le rapport.
Fentanyl en Amérique du Nord, méthadone en Europe ou tramadol en Afrique et au Proche-Orient, plusieurs régions du monde sont aux prises avec de graves crises de santé publique liées à de nombreux décès par surdose de ces médicaments produits de manière illégale.
« Le Canada entier est dans une crise des opiacés », estime Anne-Élisabeth Lapointe, directrice générale du Centre québécois de lutte aux dépendances. « Au Québec, on ne s’entend pas encore pour dire si on est dans cette crise ou si nous sommes plutôt dans une préoccupation, mais c’est sûr que l’on observe ce phénomène qui est parti de l’ouest du pays et qui se promène d’une province à l’autre. »
Les autorités américaines sont aux prises avec une crise liée à de nombreux décès par surdose de fentanyl. Photo : Getty Images/Chip Somodevilla
C’est surtout aux États-Unis que les opioïdes, particulièrement le fentanyl, frappent le plus fort, souligne Mme Lapointe.
« En 2015 et 2016, pour la première fois en cinquante ans, l’espérance de vie a reculé aux États-Unis d’Amérique pendant deux années consécutives », rappelle d’ailleurs le rapport de l’ONUDC.
L’organisation internationale s’inquiète également qu’une soixantaine de pays doivent maintenant composer avec d’importantes consommations de substances tranquillisantes comme les benzodiazépines (Xanax, Valium, Ativan, etc.)
« L’abus de benzodiazépines présente des risques graves, notamment un risque accru de surdose lorsqu’elles sont utilisées en association avec de l’héroïne », souligne le rapport. « Les benzodiazépines sont souvent en cause dans les cas de surdoses mortelles liées à des opioïdes comme la méthadone. »
Un phénomène qui inquiète également l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, qui a produit un rapport sur les usages non médicaux des benzodiazépines en juin dernier.
« Au Canada on est des mangeurs de pilules et le Québec encore plus », s’exclame Mme Lapointe, qui est également directrice générale de la prévention à la Maison Jean Lapointe, un centre montréalais pour la réadaptation des personnes souffrant de dépendances.
L’ONU s’inquiète d’une hausse dans la consommation non médicale de médicaments de prescription. Photo : iStock
Selon elle, les personnes qui abusent de ce type de médicaments deviennent rapidement dépendantes et le sevrage est « excessivement difficile », même sous la supervision d’un médecin.
« Ou bien les médecins n’appuient pas assez sur ce point-là quand ils en prescrivent à leurs patients, ou soit que les patients cessent d’écouter la consigne et décident d’en prendre plus », croit Mme Lapointe.
Si l’ONUDC indique que les tranquillisants seraient plus populaires auprès des femmes, alors que le cannabis, la cocaïne et les opiacés seraient plus utilisés par les hommes, une démarcation claire entre les sexes n’est pas si évidente.
« En termes généraux, les hommes ont plus d’opportunités et d’occasions de consommer des drogues, quelles qu’elles soient », explique Anna Samaha, professeure au département de pharmacologie de l’Université de Montréal. « Mais une fois que les femmes ont eu accès aux drogues, la dégringolade, la progression vers l’addiction est accélérée. »
Le contexte social et l’âge
Selon les observations de l’ONUDC, les raisons motivant la consommation de drogues chez les jeunes sont multiples et complexes. Parmi celles-ci, le contexte social, des facteurs personnels ou l’environnement familial peuvent mener un jeune à consommer.
« La situation géographique, le statut socio-économique de la population, mais aussi les perceptions culturelles, toutes ces choses-là peuvent jouer [un rôle dans la consommation d’une certaine drogue] », précise Mme Samaha.
Le choix des drogues varierait également en fonction de la richesse du milieu d’où provient le jeune.
Ainsi, des drogues comme l’ecstasy, la méthamphétamine, la cocaïne ou le LSD sont souvent plus consommées dans des pays riches, notamment lors de soirées dans des bars.
À l’opposé, dans des milieux plus défavorisés, les produits inhalés, comme la peinture, le pétrole ou de la colle, sont prédominants, ajoute l’ONUDC.
Face à une consommation de plus en plus diversifiée selon les contextes sociaux, appliquer une solution simple au problème des drogues dans le monde est impossible, estime l’organisme onusien.
L’adoption de mesures isolées, qu’elles soient axées sur une seule substance ou qu’elles visent à lutter contre le problème de la drogue, peut s’avérer inefficace, voire contre-productive.
Anna Samaha rappelle également qu’il ne faut pas oublier que la dépendance aux drogues demeure un problème en partie médical et partage les observations de l’ONUDC selon lesquelles il faut adapter les traitements « en respectant les droits de la personne ».
L’organisme invite donc les autorités à respecter les besoins particuliers des femmes, des jeunes et des personnes plus âgées, puisque ces populations sont de plus en plus touchées par les problèmes de dépendance aux drogues.
Disponibles en un clic, les NPS profitent d’une faille juridique pour se répandre comme une traînée de poudre.
Quand Jean-Louis* a ses envies de « paradis artificiels », il ne passe plus par des contacts douteux, des dealers véreux et s’exonère des virées glauques dans les quartiers peu fréquentables. Calé dans son canapé, son ordinateur portable sur les genoux, il achète ses drogues préférées sur… Internet. Dix minutes plus tard, la commande est enregistrée. Il a même eu droit à une offre de réduction spéciale été. « Tout se fait en ligne, c’est rapide et facile, explique-t-il. Et il n’y a plus qu’à se faire livrer. »
Ecoutez Geoffrey Bonnefoy et Victor Garcia nous parler de leur enquête autour des nouveaux produits de synthèse, ces drogues 2.0 Cliquez ici
Quatre jours plus tard, ses achats arrivent par courrier, sous pli discret. A l’intérieur, pas de cocaïne ni de cannabis, qui tomberaient sous le coup de la loi sur l’usage de stupéfiants (un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende), mais des dérivés synthétiques aux noms barbares : ETH-LAD, 2C-D, 5F-AKB48, 3-FPM, etc. Certains imitent les effets de l’herbe en les démultipliant, d’autres sont des hallucinogènes dérivés du LSD ou de la mescaline, ou encore des stimulants aux effets se situant entre la cocaïne et la MDMA. « J’aime aussi le 2C-E, de la même famille que le 2C-D, et le 6-APB, un psychédélique », ajoute Jean-Louis, comme s’il se trouvait devant une boîte garnie de chocolats.
Une étude, révélée par Le Parisien ce vendredi, indique que les niveaux de consommation de tabac, d’alcool, de drogue, de porno, de jeux vidéos ou de réseaux sociaux sont inquiétants chez les jeunes de 14 à 24 ans. Un jeune sur cinq regarde du porno au moins une fois par semaine.
Tabac, alcool, cannabis, cocaïne, porno, jeux vidéo et utilisation des écrans : les niveaux de consommation sont « inquiétants » parmi les jeunes de 14 à 24 ans, selon une vaste enquête sur les addictions conduite auprès d’un millier d’entre eux, publiée ce vendredi dans Le Parisien. L’enquête a été commandée par le Fonds Actions Addictions, la Fondation Gabriel-Péri et la Fondation pour l’innovation politique et menée par l’institut Ipsos.
Un jeune sur cinq regarde du porno au moins une fois par semaine
Selon cette enquête, un jeune sur cinq (dont 15 % des 14-17 ans) regarde de la pornographie au moins une fois par semaine, 9 % une fois par jour et 5 % plusieurs fois par jour.« Cela a des conséquences sur le développement des jeunes les plus vulnérables et les moins structurés psychologiquement », avec un « rapport peu adapté à la sexualité » et une « addiction », note le président du Fonds Actions Addictions, Michel Reynaud.
Un quart des 18-22 ans passe plus de cinq heures par jour sur les réseaux sociaux
Plus d’un jeune sur dix (13 % des 14-24 ans) joue au moins une fois par semaine à un jeu d’argent. Et les jeunes des milieux défavorisés en sont les premiers consommateurs. Un quart des 18-22 ans passe plus de cinq heures par jour sur les réseaux sociaux, et 10 % plus de huit heures. Un sur six (16 %) s’adonne plus de cinq heures par jour aux jeux vidéo et 7 % plus de huit heures. Certains jeunes dépassent ainsi dix heures quotidiennes devant un écran.
Une augmentation inquiétante de la consommation de cocaïne et d’ecstasy
Quelque 340.000 (3 %) des jeunes de 14-17 ans auraient déjà consommé de la cocaïne, de l’ecstasy ou du GHB, et 255.000 (5 %) des 18-24 ans en consommeraient toutes les semaines. « L’enquête confirme l’importance de la consommation de produits licites et illicites, mais l’augmentation de la consommation des drogues festives (ecstasy, cocaïne…) qui apparaît d’un peu plus du double que dans les enquêtes habituelles, suscite une inquiétude particulière », estime Michel Reynaud.
Les jeunes des milieux défavorisés plus sensibles aux addictions
L’enquête souligne, par ailleurs, que les jeunes des milieux défavorisés et les jeunes obèses sont plus vulnérables en matière d’addictions.
Acheter des produits interdits aux mineurs, un jeu d’enfant
Cette enquête indique aussi que se procurer des produits interdits aux mineurs est pour ces derniers un « jeu d’enfant » : acheter de l’alcool, du tabac, des jeux d’argent (loto et PMU inclus) ou du cannabis est facile pour environ les deux tiers d’entre eux. Plus accessible encore, le porno, facile d’accès d’après 91 % d’entre eux.
Les parents sous-estiment la consommation de leurs enfants
Cette enquête paraît alors que le Plan national de mobilisation contre les addictions du gouvernement est attendu. « Les parents sous-évaluent les consommations de leurs enfants en matière d’alcool, de tabac, de jeux d’argent et de pornographie » mais « ils sont demandeurs de solutions (contrôle d’identité, identification bancaire…) », remarque le Pr Reynaud. Aux pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités, tout d’abord en faisant appliquer la loi sur l’interdiction de vente d’alcool et de tabac aux mineurs, estime-t-il.
Les jeunes conscients des risques
La majorité des jeunes a toutefois une bonne perception des risques liés aux produits et à l’abus d’écrans : risque de dépendance, de maladies graves, d’accidents de la route, d’échecs scolaires, professionnels ou financiers, risques d’isolement, de dépression ou de suicide. Les campagnes publiques d’information sont vues comme peu efficaces. Grand public, parents et jeunes souhaitent quasi unanimement le remboursement à 100 % de tous les soins anti-addictions, relève le professeur Reynaud.
Elles ont des effets dévastateurs sur notre cerveau et rendent rapidement dépendant. Ce sont les drogues « dures » comme la cocaïne ou l’héroïne mais aussi des produits courants comme l’alcool et le tabac. Voici les 5 plus addictives.
Le phénomène d’addiction met en jeu de nombreux mécanismes physiques et psychologiques. Le site The Conversation a néanmoins publié en 2017 un classement des drogues les plus addictives établi à partir d’une étude publiée dans The Lancet, en fonction de leur dangerosité, de leur faculté à rendre dépendant et de leur impact social.
1. L’héroïne
Cette drogue de la famille des opiacés agit très rapidement, surtout lorsqu’elle est administrée par injection. Son passage dans le cerveau est ainsi 100 à 1.000 fois plus facile qu’avec la morphine. Elle procure une sensation de plaisir très intense immédiatement, le « rush », suivie d’une période de « high », dans lequel l’individu éprouve une sensation de flottement un peu comme dans un rêve. C’est surtout sa dangerosité qui la place en premier sur la liste : la dose létale est seulement 5 fois supérieure à la dose nécessaire pour obtenir l’effet de « high ».
2. La cocaïne
Extraite des feuilles de coca, la cocaïne est consommée pure ou sous forme de crack (chauffée avec du bicarbonate de soude et de l’eau). Elle entraîne une période d’euphorie, suivie d’une phase de dépression. Au fil du temps, la durée de la phase d’euphorie diminue, ce qui oblige à prendre des doses croissantes de drogue. À forte dose, la cocaïne entraîne des crises de paranoïa et de psychose, qui peuvent aller jusqu’au coma.
Le tabac, dont la nicotine est le principal addictif, est responsable de la mort de sept millions de personnes dans le monde d’après l’OMS. Il tue la moitié de ceux qui en consomment. L’addiction au tabac est d’autant plus forte qu’elle est liée à des comportements sociaux. La nicotine se fixe sur des récepteurs du cerveau et induit un effet sédatif ou stimulant selon les individus et les doses. Au fil du temps se produit un phénomène de désensibilisation des récepteurs qui conduit à la dépendance.
4. Les barbituriques
Ancêtres des somnifères, les barbituriques ont pour effet d’éteindre certaines régions du cerveau. À faible dose, ils agissent comme des tranquillisants, mais à de très fortes doses, ils peuvent être mortels car ils inhibent les réflexes de respiration. Ils ne sont plus très utilisés en tant que médicaments du fait de la très forte dépendance et du syndrome de sevrage particulièrement sévère qu’ils induisent. Les barbituriques sont dangereux du fait de la différence minime entre une dose qui cause la somnolence et une dose qui cause la mort.
5. L’alcool
L’alcool est non seulement néfaste pour celui ou celle qui le consomme en excès, mais il génère aussi une lourde facture sociale : un tiers des morts sur la route serait ainsi attribuable à l’alcool d’après la Direction de la sécurité et de la circulation routières (DSCR). L’alcool agit notamment en inhibant les récepteurs d’un neurotransmetteur nommé NMBA et en augmentant la libération de dopamine. À terme, il entraîne cancers, maladies cardiovasculaires et cirrhoses.
Le rapport 2017 sur l’usage des drogues licites et illicites l’affirme : alcool et tabac sont les substances qui font le plus de dégâts sur la santé humaine
Alcool et tabac : les drogues les plus nuisibles pour l’humanité
En analysant les données 2015 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime ainsi que de l’Institut pour les chiffres de santé et l’évaluation, dix-sept chercheurs de plusieurs universités notamment celles de Nouvelle-Galles-du-Sud (Australie), de Bristol, et l’University College de Londres (Grande-Bretagne) ont établi les statistiques de la mortalité et de la morbidité (maladies) associées à l’utilisation des différentes drogues licites ou illicites.
Le constat est sans appel : alcool et tabac sont sur le podium des substances les plus utilisées. La prévalence (nombre de cas d’une maladie dans une population donnée) estimée parmi la population adulte est, en effet, la plus élevée pour la consommation excessive d’alcool épisodique (au cours des 30 derniers jours) avec 18,3 % (un adulte sur cinq) suivi de près par le tabagisme quotidien (15,2 %) soit un adulte sur sept. Le cannabis arrive loin derrière avec 3,8 %, suivi des amphétamines (0,77%), des opioïdes (héroïne…) (0,37%) et de la cocaïne(0,35 %).
Comparée au reste du monde, l’Europe centrale, orientale et occidentale enregistre une consommation d’alcool par habitant toujours plus élevée (respectivement 11,61, 11,98 et 11,09 litres par an). Ces mêmes régions européennes font état de la plus forte prévalence du tabagisme. En revanche, l’usage de drogues illicites semble beaucoup moins courant. Le rapport estime que moins d’une personne sur vingt a consommé du cannabis au cours de la dernière année (2015), et des estimations encore plus faibles ont été observées pour les amphétamines, les opioïdes et la cocaïne.
États-Unis et Canada qui affichent, eux, l’un des taux les plus élevés de dépendance au cannabis, aux opioïdes et à la cocaïne. L’Australie et Nouvelle-Zélande étant plus tournées vers les amphétamines.
Certaines régions (par exemple l’Afrique, les Caraïbes et l’Amérique latine, les régions d’Asie) disposent de peu ou pas de données sur la consommation de substances et les conséquences sur la santé. “Ce sont généralement des pays à revenus faibles ou intermédiaires qui ont souvent des politiques punitives en matière de drogue et qui peuvent connaître de graves troubles politiques et sociaux. Ces pays ont besoin d‘une surveillance renforcée, car ils risquent de connaître une escalade rapide de la consommation de substances et de la charge de santé qui en découle”, estiment les auteurs du rapport.
En matière de dégâts sur la santé humaine, les chiffres donnent le tournis. Le rapport chiffre “les années de vie ajustées sur l’incapacité” (DALY en anglais), une mesure qui correspond au nombre d’années de vie en bonne santé perdues à cause d’une maladie, d’un handicap ou d’une mort précoce.
Résultat : au niveau mondial,
170,9 millions d’années de vie en bonne santé sont perdues à cause du tabac
85 millions d’années du fait de l’alcool et
27,8 millions d’années en raison des drogues illicites !
En résumé donc, en 2015, l’alcool et le tabac ont coûté à la population humaine plus d’un quart de milliard d’années de vie en bonne santé, les drogues illicites coûtant des dizaines de millions supplémentaires.
Enfin, le taux de mortalité attribuable à ces substances est également le plus élevé pour le tabac (110,7 décès pour 100 000 personnes), suivi de l’alcool et des drogues illicites (33,0 et 6,9 décès pour 100 000 personnes, respectivement).
Ces nouvelles données ont-elles surpris les chercheurs ? “Non parce que nous suivons la situation depuis un certain temps, commente Robert West, coauteur de l’étude, mais l’ampleur du problème de l’alcool et du tabac et le fait qu’il soit tellement plus important que celui des drogues illicites est assez choquant. Nous avons fini par l’accepter mais je me demande comment on laisse faire cela depuis si longtemps.”
Le chercheur explique que si l’alcool et de tabac sont plus consommés que les drogues illicites, c’est en partie dû à leur disponibilité, mais aussi “parce que leur consommation est culturellement considéré comme parfaitement normale dans les pays occidentaux. L’acceptabilité culturelle joue un rôle énorme”.
Et Robert West de conclure : “En Occident, nous aimons penser que nous avons des sociétés civilisées, mais des comportements que nous pensons tout à fait normaux tuent beaucoup plus de gens et causent plus de misère que des choses qui nous bouleversent comme le terrorisme. Les gouvernements doivent assumer cette responsabilité et en faire une question électorale.”
Les auteurs souhaitent également que les méthodes de collecte des données soient mieux standardisées et plus rigoureuses afin de pouvoir évaluer avec précision les tendances géographiques et temporelles de la consommation de substances et ses conséquences.
L’héroïne est la drogue la plus addictive, selon l’étude de David Nutt. Elle augmente le taux de dopamine (système de récompense du cerveau) de 200 %, ce qui la rend hautement addictive. De plus, la dose létale est seulement cinq fois supérieure à la dose nécessaire pour obtenir l’effet escompté.
La cocaïne
La cocaïne empêche les neurones d’éteindre le signal de la dopamine, ce qui provoque une activité anormale du système de récompense du cerveau. Environ 21 % des personnes qui essaient la cocaïne en deviennent dépendants une fois dans leur vie.
La nicotine
Il s’agit du principal ingrédient addictif du tabac. La nicotine est rapidement absorbée par les poumons et envoyée vers le cerveau. Les chercheurs prévoient que le tabac tuera 8 millions de personnes chaque année d’ici 2030. Il s’agit de la drogue la plus addictive accessible en vente libre.
Les barbituriques
Ce sont les plus anciens somnifères. Ils étaient initialement utilisés comme médicament pour traiter l’anxiété et les troubles du sommeil. À de faibles doses, ils causent une certaine euphorie, mais à des doses plus élevées ils peuvent être mortels, car ils inhibent les réflexes de respiration. Ils sont aujourd’hui beaucoup moins répandus, car ils ont été remplacés par les benzodiazépines (Xanax, Valium, etc.).
L’alcool
Autre substance très addictive en vente libre : l’alcool. Il a pour effet principal d’augmenter les niveaux de dopamine dans le système de récompense du cerveau de 40 à 360 %. Quelque 22 % de ceux qui ont « bu un verre » développent une dépendance à l’alcool à un moment de leur vie. L’alcool a également été classé comme la substance la plus dangereuse au monde par d’autres experts.