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Cannabis : Les mauvais comptes font le trou de la santé par Jean Costentin

Dr CostentinJean Costentin est membre des Académies Nationales de Médecine et de Pharmacie. Professeur en pharmacologie à la faculté de Rouen, il dirige une unité de recherche de neuropsychopharmacologie associée au CNRS. Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches en Toxicomanie,  (CNPERT) il a publié en 2006 Halte au cannabis !, destiné au grand public.

La légalisation du cannabis serait une manne pour le budget de la nation et une aubaine pour le chômage…Bizarre qu’en cette période de vaches maigres, notre prix Nobel d’économie n’y ait pas pensé, et que nos gouvernants à court de pactes et autres plans de redressement de la courbe du chômage n’aient pas sauté sur une si belle occasion de jouer au Père Noël ! Pourtant, la Fondation progressiste Terra Nova a fait les comptes et nous n’avons plus qu’à gober, fanfare médiatique à l’appui, son joli conte de circonstance. Sonnez hautbois, résonnez fumettes ! Laissez-nous fumer en paix et ce sera tout bénéfice pour les finances publiques et le moral de la nation ! Laissez-nous nous abrutir en paix, et nous chanterons la vie en rose… avant de déchanter…

DES COMPTES TOXIQUES

Pour « réguler le marché », il faut dépénaliser, avant de légaliser… puisque le cannabis, c’est connu, n’a jamais fait de mal à personne… De qui se moque-t-on ? Le cannabis, c’est prouvé,  est sept fois plus toxique que le tabac qui tue déjà chaque année 73 000 de ses 13 millions de fumeurs. Plus grave, le cannabis tue plus tôt, en pleine activité, et plus fréquemment, ce qui pénalise l’investissement humain de notre pays. Toxique pour les voies respiratoires, il réduit aussi les défenses immunitaires, entraîne des artérites et des accidents vasculaires cérébraux précoces et hypothèque gravement l’avenir de l’enfant à naître quand la mère en consomme pendant sa grossesse. Autant de frais en termes médicaux, hospitaliers, en durée d’arrêts de travail et charges de handicaps dont Terra Nova ne semble pas tenir compte…

Surtout, le cannabis est un poison pour le cerveau. Le THC, son constituant principal, perturbe l’éveil, l’attention, la mémoire, la motivation et l’ambition, avec de graves conséquences sur les facultés d’apprentissage, ce qui explique que, forte de sa première place en Europe pour la consommation de cannabis chez les jeunes, la France se retrouve dans le fond du classement PISA, annihilant en partie ses efforts budgétaires en faveur de  l’Education nationale. Nul ne conteste plus que le cannabis soit aussi à l’origine d’un grand nombre d’accidents de la route, et, encore une fois, ce sont les jeunes qui paient le plus lourd tribut. Ces mêmes jeunes qui, au lieu de se lancer dans la vie active, sombrent dans la polytoxicomanie, et qu’on retrouve en psychiatrie, car le cannabis est à l’origine d’une forte proportion de troubles mentaux, de la simple anxiété à la schizophrénie dont il est un facteur aggravant. Rappelons simplement à nos doux rêveurs de Terra Nova que le cauchemar des maladies mentales représente pour la collectivité un coût annuel de 110 Mds €, soit 5,8% du PIB !

STOP A L’ENFUMAGE !

Le tabac coûte déjà assez cher à la nation pour qu’on ne prenne pas le risque, en légalisant le cannabis, de faire exploser le nombre déjà d’autant plus conséquent de ses usagers que sa consommation est illicite. Les 1 600 000 cannabinomanes d’aujourd’hui auront vite fait de rattraper les 4 millions d’alcoolo-dépendants, voire les 13 millions de fumeurs que seul un triplement du prix des cigarettes pourrait guérir de leur addiction… Mais, on peut craindre de nos décideurs à la vue courte qu’à l’instar de ce qui se passe avec les  lobbies du tabac, ils ne cèdent au chant des sirènes de ces pseudo-économistes cannabinophiles… Pendant ce temps, la première mesure du  nouveau président de l’Uruguay, un cardiologue, a été de repénaliser l’usage du cannabis…

TERRA SANA

Dans la compétition économique internationale n’émergeront que les nations qui sauront préserver leur jeunesse de l’abêtissement des drogues. Il ne sert à rien de se ruiner à vouloir éduquer des individus que la drogue rend réfractaires aux activités éducatives. Faire miroiter la perception de taxes est dérisoire comparé à ce qui n’a pas de prix, la santé et l’intelligence de notre jeunesse. S’il est important de se préoccuper de l’état de la planète que nous léguerons à notre jeunesse, il est plus important encore de se préoccuper de l’état de la jeunesse que nous préparons pour cette planète.

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Adolescents: Les troubles du sommeil liés à la consommation de psychotropes

Les troubles du sommeil pourraient être liés à l’usage de psychotropes, notamment le cannabis. C’est ce qu’indiquent les conclusions d’une récente étude américaine, publiée dans le Journal of Clinical Sleep Medicine.

Tests d’endormissement et d’urine

Pendant dix ans, les chercheurs du Nationwide Children’s Hospital (Ohio) ont, en effet, examiné le comportement de 383 adolescents redirigés vers une consultation au Centre des troubles du sommeil de l’hôpital. L’objectif? Tenter de prouver que ces troubles étaient aussi liés à la consommation de cannabis.

Pour comprendre et diagnostiquer leur narcolepsie, les patients ont, donc, d’une part, passé un test appelé Tile (test itératif de latence à l’endormissement ou MSLT en anglais): leurs phases de somnolence ont été observées et leur temps nécessaire à l’endormissement enregistré. Mais ils devaient, d’autre part, également se soumettre à un test d’urine. Et bingo: 43 % des adolescents ayant un test pouvant être lié à la narcolepsie ou à de graves troubles du sommeil étaient également positifs au cannabis.

Un diagnostic avant toute prise en charge

«Nos découvertes soulignent et soutiennent l’importance de faire passer des tests d’urine, au préalable, à tous les patients de plus de 13 ans avant d’accepter de faire des examens complémentaires pour diagnostiquer leur narcolepsie», confie, au MD NewsDaily, Mark L. Splaingard, directeur du Centre des troubles du sommeil, et principal auteur de l’étude.

Un test de dépistage qui apparaît, aujourd’hui, «essentiel avant d’entamer un diagnostic», selon le chercheur, afin de ne pas «envisager une prise en charge de l’adolescent» pour des troubles importants du sommeil qui pourraient être évités tout simplement en arrêtant les stupéfiants.

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Un court-métrage d’animation éprouvant sur l’addiction

Andreas Hykade, directeur d’animation allemand, a réalisé un court-métrage visant à mettre en lumière tout le mal que peut faire l’addiction. Entendez par là toute forme d’addiction, drogue douce ou dure.

Relayé par Konbini, ce court-métrage intitulé « Nuggets » met en scène un oiseau qui va, au fil des 5 minutes du film, s’autodétruire à cause de son addiction. L’élément addictif est ici représenté par ce qui semble être une pépite d’or.

Si au début l’oiseau n’y prête pas la moindre attention, il va très vite se laisser tenter. Puis au fil de l’avancement du film il ne pourra plus s’en passer.

Ce qui le conduira à sombrer pénombre. Un film plein de sens à découvrir ci-dessous.

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ACADÉMIE NATIONALE DE PHARMACIE

AVIS SUR LES SALLES D’INJECTION CONTRÔLÉE DE DROGUES
L’Académie nationale de Pharmacie, ayant pris connaissance du projet ministériel d’expérimentation de salles de consommation contrôlée de drogues, a demandé à sa Commission des Substances
vénéneuses et des Dopants d’analyser ce projet et de donner son avis qui a été adopté par le Conseil du 12 février 2014 et qui est présenté en séance plénière de l’Académie le 19 février 2014.
considérant :
 l’absence de garantie de qualité, d’identité et d’asepsie des produits injectés (« drogues de rue »),
 l’objectif qui est de venir en aide à ces patients et non d’entretenir leurs addictions,
 la non garantie d’éviter les contaminations par le VIH ou le VHC, la majorité des patients étant le plus souvent déjà contaminés,
 l’effet limité sur leur réinsertion dans le circuit sanitaire,
 l’absence de données concernant la responsabilité des médecins et des pouvoirs publics en cas de complication médicale ou d’actes délictueux commis sous l’emprise de la drogue injectée (accidents de la route, par exemple),
 l’absence de rigueur méthodologique et de critères d’évaluation de l’expérimentation envisagée,
 les rares études plutôt favorables à ce genre d’expérimentation concernant l’usage d’héroïne médicinale et non celui de « drogues de la rue » comme dans le cas présent,
 l’exemple de certains pays comme la Suède qui ont supprimé les salles d’injection en raison de leurs résultats peu convaincants,
 le nombre de centres de soins pour toxicomanes existant en France, avec 170 000 patients sous traitement substitutif,
 l’absence de concertation avec le monde médical et pharmaceutique à la recherche d’un consensus,
l’Académie nationale de Pharmacie émet un avis défavorable à l’expérimentation de salles d’injection contrôlée de « drogues de rue » telle qu’elle est actuellement définie dans le projet, et demande, pour une plus grande sécurité des patients, un renforcement des moyens alloués aux centres de soins pour toxicomanes et aux unités d’addictologie.
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Le cannabis thérapeutique, un leurre au service de la dépénalisation

Costentin Photo

Paris, le samedi 7 juin 2014 –

Il y a un an, quasiment jour pour jour, paraissait au Journal officiel un décret abrogeant l’impossibilité en France d’avoir recours au cannabis, en vue d’un usage thérapeutique. Sous l’égide de cette nouvelle réglementation « les médicaments contenant des dérivés du cannabis vont pouvoir demander des autorisations de mise sur le marché » expliquait à l’époque le ministère de la Santé. Six mois plus tard, on apprenait qu’après l’avis favorable de l’Europe à l’homologation en France du Sativex (composé de delta-9-tétrahydrocannabinol et de cannabidiol), l’autorisation de mise sur le marché français lui avait été accordée. Si des discussions sont encore en cours concernant la version définitive de l’Autorisation de mise sur le marché (AMM), il est désormais quasi certain que ce médicament déjà disponible dans 23 pays dont dix sept états Européens sera bientôt accessible en France. Son utilisation devrait cependant être accompagnée d’importantes précautions (la réglementation appliquée devrait être là même que celle des traitements à base d’opiacés) et d’une surveillance très stricte.

Cependant, ces mesures ne sont pas suffisantes pour rassurer ceux qui s’opposent à une telle évolution et d’une manière globale à l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques, sous n’importe quelle forme. Le professeur de pharmacologie Jean Costentin, spécialiste des addictions et membre des Académies de médecine et de pharmacie y voit en effet une dérive dangereuse. Dans un exposé très complet, s’intéressant une nouvelle fois au mécanisme d’action du tétrahydrocannabinol, il souligne non seulement que le rapport bénéfice/risque du cannabis thérapeutique est très défavorable, mais aussi que l’autorisation du cannabis thérapeutique est une étape vers la dépénalisation, perspective dont il a déjà signalé, y compris dans nos colonnes, combien elle serait dangereuse à ses yeux.

Par le professeur Jean Costentin*

Sous des pressions idéologiques, dans une démarche concertée avec d’autres visant à la dépénalisation du cannabis (préalable à sa légalisation), par une évidente démagogie, le ministère de la Santé vient, après le désastreux signal de l’autorisation des « salles de shoots » pour les toxicomanes, de prendre un décret visant à autoriser le cannabis à des fins thérapeutiques.
Cet exposé, conçu à l’intention des patients atteints de sclérose en plaques et des personnes qui leur sont proches, prendra particulièrement en considération ce contexte pathologique, mis en exergue, pour tenter de justifier un usage thérapeutique de ce cannabis.

Il est vrai que son principe actif majeur, le tétrahydrocannabinol (THC) agit, modestement mais sûrement, sur trois composantes pathologiques de la S.E.P. :
– son effet immunodépresseur, qui pourrait diminuer l’agressivité du processus auto-immun, par lequel l’organisme fabrique des anticorps dirigés contre la gaine de myéline des nerfs ; ce qui détermine la démyélinisation, qui trouble leur conduction ;
– son effet myorelaxant, pour réduire les spasmes et autres contractures que l’affection peut susciter ;
– son effet analgésique, pour réduire l’intensité des douleurs suscitées par les précédentes contractures.
Présenté ainsi on serait tenté de conclure à une heureuse conjonction d’effets, justifiant le recours au THC dans la S.E.P., d’autant que certains patients qui en ont « bénéficié » ne tarissent pas d’éloges à cet égard.

Un effet antalgique équivalent à celui du paracétamol

Notons tout d’abord qu’il s’agit d’une drogue, d’un agent toxicomanogène et qu’ainsi celui/celle qui s’en approche pendant un certain temps en devient dépendant ; il ne supporte plus d’en être privé, ce qui peut expliquer l’apologie démesurée qu’il fait du produit de son addiction.
Soulignons ensuite que si les trois effets revendiqués sont, à un certain degré, vérifiables, ils sont quantitativement modestes. Chacun d’eux est d’une intensité très inférieure à celle des médicaments de référence utilisés en cette matière.

L’effet immunodépresseur ou immunomodulateur des sérums anti lymphocytaires d’antan, des imurel, méthotrexate, mitoxantrone, chlorambucil, des doses élevées de glucocorticoïdes, ou des interférons, l’emporte de très loin sur ceux du THC.

De même l’effet myorelaxant, l’effet antispastique, du THC est bien faible comparé à celui du tétrazépam  (Myolastan®, qui vient  pourtant d’être retiré du marché en raison de très rares mais parfois graves accidents cutanés), du baclofène (Liorésal®) ou du dantrolène (Dantrium®). Quant à l’effet antalgique du THC il se situe entre celui du paracétamol et celui de l’aspirine, bien en deçà de ceux de la codéine ou du tramadol.

Un rapport bénéfices/risques très défavorable

Ce qui qualifie un médicament, relativement à un toxique (poison) c’est son rapport bénéfices/risques ; quels bénéfices peut on espérer que le patient en retirera vis-à-vis de sa pathologie et quels risques il encourra en l’utilisant. Avec le THC, comme on vient de le dire, les bénéfices seront  modestes, alors que les risques seront, eux, nombreux et parfois graves. Les méfaits du THC sont multiples, à la mesure du grand nombre et du caractère diffus des deux cibles principales de son action, les récepteurs CB1 (au niveau cérébral) et CB2 (au niveau du corps). Ces récepteurs, auquel le THC se fixe réversiblement pour agir, sont portés par la membrane des cellules. Ils constituent des sortes de guichets, auxquels le THC vient s’adresser pour communiquer des ordres aux cellules qui les portent. Dans le cerveau, de tous les types connus de récepteurs (au nombre de plus de trois cents) à l’écoute de la centaine de types de neuromédiateurs impliqués dans les dialogues entre les cellules, les récepteurs CB1 sont les plus nombreux ; ils sont présents dans presque toutes les structures cérébrales, quoique certaines structures, telles le cervelet, le striatum, l’hippocampe, en comportent beaucoup plus que d’autres. C’est pour cette raison que le THC suscite simultanément un très grand nombre d’effets. Ce seul constat l’invalide déjà comme médicament. C’en est fini, depuis longtemps, des thériaques, panacées et des « sirops Typhon ». A un médicament  correspond un effet majeur, à la rigueur on tolère quelques effets latéraux, mais point trop n’en faut. Dans la multiplicité d’effets suscités par le THC, nous mettrons en exergue quelques uns d’entre eux :
– Le THC induit une ivresse, une ébriété, incompatible avec la conduite des engins à moteur ou avec l’exercice d’un certain nombre de professions.
– Il induit des troubles de l’équilibre et de la coordination motrice ; ce qui est particulièrement malencontreux chez ceux dont la pathologie expose déjà à ces troubles.
– Il affecte la mémoire à court terme / la mémoire de travail / la mémoire opérationnelle / working memory ; ce qui perturbe l’action, sa programmation, sa réalisation ; ce qui empêche également de forger une mémoire à long terme.
– Le THC peut susciter des délires (état de rêve éveillé, pensées coupées du réel) ainsi que des hallucinations (perceptions erronées, fallacieuses).
– Il ouvre l’appétit (orexigène), or un accroissement de la consommation de nutriments, coïncidant avec une diminution de la dépense énergétique (qui résulte des effets sédatifs du THC mais aussi, chez un patient présentant un handicap moteur, d’une limitation de l’exercice), aura pour conséquence une prise de poids, parfois importante. Outre qu’elle pourra altérer l’esthétique du patient, elle rendra sa mobilisation plus difficile, tant pour lui que pour ceux qui l’assistent.
– Le THC induit des troubles de l’équilibre, des troubles de la coordination motrice, une dysmétrie. Ce tableau ressemble au syndrome cérébelleux qui est une expression fréquente de la S.E.P. ; le THC ainsi l’aggravera.
– Dans cette S.E.P., où le patient a spécialement besoin d’un psychisme équilibré  pour affronter le handicap qui lui est infligé, l’effet stupéfiant, onirogène, l’effet « planète » du cannabis, l’amènent dans un état d’ivresse, apragmatique, avec des rires bêtes, immotivés, des troubles de l’élocution, avec la recherche du mot, le passage du coq à l’âne, avec une  distorsion de la personnalité, une perte de l’estime de soi, un renoncement, une négligence, un retrait social…
– Le THC, en diminuant la sécrétion de l’hormone mâle, la testostérone, diminue la libido, ce qui peut aggraver les troubles de cette nature, fréquents chez les patients atteints de S.E.P.
– Enfin, des données récentes (portant il est vrai sur le cannabis fumé et non pas le seul THC), montrent sa toxicité cardio-vasculaire, avec des artérites, le déclenchement d’infarctus du myocarde, la survenue d’accidents vasculaires cérébraux…

Un bricolage pharmacologique

Mal à l’aise pour commercialiser le THC en tant que médicament, un laboratoire pharmaceutique l’a associé au cannabidiol. Il est prêté à cet autre composant du chanvre indien, au mécanisme d’action mal connu, le pouvoir de potentialiser les effets recherchés du THC, et de relativiser ses effets les plus délétères. En l’état, ce Sativex®, qui s’administre en spray nasal, apparaît au pharmacologue rédacteur de ce texte, comme un « bricolage », loin des démarches rigoureuses qui président désormais au développement de vrais et nouveaux médicaments.
La pharmacocinétique correspond à l’étude du devenir de la molécule thérapeutique dans l’organisme. Celui du THC est singulier, du fait de son exceptionnelle solubilité dans les lipides/graisses de l’organisme. De ce fait le THC s’attarde des semaines dans l’organisme. Parmi tous les médicaments connus, seule l’amiodarone (un anti-angoreux, anti-arythmique) connaît un tel stockage et une telle rémanence d’effet ; ce qui n’est pas du tout considéré comme un avantage, et complique les choix posologiques.

Les interactions du THC avec d’autres médicaments sont nombreuses et parfois importantes. Il potentialise les effets des divers agents sédatifs/psycholeptiques (benzodiazépines si largement utilisées, antihistaminiques sédatifs, méprobamate, divers médicaments psychotropes…) sans oublier son association très détériorante avec l’alcool. Il interagit encore avec un système de résorption et d’excrétion cellulaire de différents médicaments (la glycoprotéine P).

Autorisation du cannabis à des fins thérapeutiques, dépénalisation et légalisation : même combat

On aurait pu commencer par là, mais nous avons gardé le pire pour la fin. Le THC est une drogue, un agent toxicomanogène, donc une substance génératrice d’une pharmacodépendance, d’une addiction. Son utilisation répétitive aboutit non seulement à l’adopter mais aussi à ressentir le besoin tyrannique de le consommer pour échapper aux troubles associés à sa privation. Son pouvoir d’accrochage est intense. Il suffit, pour s’en convaincre, de constater qu’en dépit de son caractère illicite le cannabis recrute déjà dans notre pays 1 600 000 usagers réguliers qui, ainsi, en usent régulièrement en raison de leur incapacité à s’en passer.
Après avoir éprouvé dans les premières semaines de son usage des effets anxiolytiques et même de type antidépresseur, qui contribuent au développement de l’appétence qu’il suscite,  ces effets s’amenuisent au fil du temps, au point que l’anxiété deviendra plus vive qu’elle n’était primitivement et que l’humeur pourra devenir franchement dépressive, voire suicidaire ; dans le contexte de la S.E.P. ces troubles sont particulièrement malencontreux.
On voit ainsi que dans une des principales pathologies où le cannabis/THC a des prétentions thérapeutiques, les bénéfices escomptés sont d’une grande modestie, alors que les risques encourus, curieusement occultés, peuvent être considérables.
Les lobbies prônant la légalisation du cannabis sont à la manœuvre dans de nombreux pays ; ils ont obtenu gain de cause dans quelques uns d’entre eux ; soit par l’autorisation du recours au cannabis à des fins thérapeutiques, soit en obtenant la dépénalisation de l’usage ludique du cannabis, soit même la légalisation de cette drogue (Uruguay). Ce sont trois stades d’une même démarche. En France, quelques addictologues avancent à visage découvert, en se faisant tonitruants dans chacune de ces strates en vue de sa légalisation (ainsi l’ANPAA, acronyme d’« Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie », cherchez l’erreur !).

Un décret fumeux

Le décret précité du ministère de la Santé s’inscrit au cœur d’une campagne apparemment concertée des tenants de la légalisation de cette drogue (déclaration de la ministre du logement ; déclaration du ministre de l’éducation nationale, dépôts en préfecture des statuts d’association loi 1901 de « cannabis social clubs » ; relais médiatiques ne tendant  leurs micros qu’aux prosélytes de cette drogue…). Ce décret a été précipité. Il a même pris de cours une commission d’étude de l’Assemblée Nationale, qui allait se réunir à l’instigation d’un ancien ministre de l’intérieur (pro-légalisateur). Il n’a tenu aucun compte des opinions très négatives exprimées par l’Académie nationale de médecine, ainsi que celle de pharmacie, qui réunissent les meilleurs experts nationaux cliniciens, pharmacologues et toxicologues sur ce sujet. L’urgence semblait telle que ce décret prenait effet dès le lendemain de sa publication au J.O.  Ce décret a été rédigé d’une façon bâclée, puisqu’il fait mention « du cannabis et de ses dérivés », comme si une plante avait des dérivés ; il voulait sans doute parler des composants (on pensait que les textes ministériels étaient plus sérieusement rédigés) ; enfin, tel qu’il est rédigé, ce décret valide la presque centaine de dérivés cannabinoïdes  (pour le cas où il n’envisagerait que ceux-ci) que peut recéler cette plante. On est confondu par une telle globalisation, qui devra figurer dans les annales de ce ministère…

Au total, la santé de nos concitoyens vaut beaucoup plus que ces manœuvres, pétries d’une idéologie que leurs défenseurs ne prennent même pas la peine de travestir. Quant à autoriser comme médicament une drogue, dont on connaît, avant sa commercialisation, les multiples et parfois très graves méfaits (par exemple le risque de décompensation ou d’aggravation d’une psychose ; ou l’effet désinhibiteur avec auto ou hétéro agressivité…), a quelque chose de surréaliste. Cette aberration intervient à une période où l’on élimine à tout va de la pharmacopée des médicaments qui y avaient droit de cité depuis des dizaines d’années, estimant, avec le recul du temps, que leurs rapports bénéfices/risques apparaissent désormais insuffisants…Logique, cohérence, rigueur, science et épidémiologie ont manifestement déserté la santé publique !

* Professeur émérite de pharmacologie
Directeur de l’unité de neuropsychopharmacologie expérimentale associée au CNRS (1984-2008) ; directeur de l’unité de Neurobiologie clinique du CHU de Rouen (1999-2010) ;
Membre titulaire des académies nationales de Médecine  et de Pharmacie ;
Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les toxicomanies (C.N.P.E.R.T., depuis 2007).

 

La cigarette …. un plaisir ??

Et le cannabis !! c’est pire

tar = goudron

Les Poppers par Pierre Delaveau

poppersRush, Jolt, Locker Room ou Jack Hammer…

Commercialisés sous des appellations diverses, les poppers sont lancés sous une  étroite surveillance en France.

Leurs conséquences sur la santé (cardiaque, respiratoire et même visuelle…) sont loin d’être anodines.

La Revue Prescrire relaie une étude réalisée par les Centres Antipoison et de Toxicovigilance français, une publication qui intervient alors même que la consommation de ces produits connaît une forte augmentation en France.

De quoi s’agit-il ? Les poppers sont des préparations liquides, volatiles à température ambiante et contenant des nitrites d’amyle en solution dans des solvants.

Ces substances produisent des vapeurs d’oxyde nitrique (NO) que les usagers inhalent, à la recherche d’effets euphorisants, désinhibants et sexuellement stimulants. Leur action est très rapide – de l’ordre de 15 secondes – et brève (10-15 minutes).

Sur le plan législatif, la vente de poppers avait d’abord été interdite par un décret de novembre 2007. Ce texte a toutefois été annulé par le Conseil d’Etat, en mai 2009. « L’objet de ce décret (avait été) jugé excessif et disproportionné au regard des risques que représentait la commercialisation de ces produits pour la santé et la sécurité des consommateurs », peut-on lire dans un rapport du Comité de coordination de toxicovigilance, de septembre 2010.

Des troubles visuels… Depuis quelques mois cependant, les appels à la vigilance concernant les risques liés aux poppers se multiplient.

En octobre 2010, une étude réalisée sous l’égide de l’INSERM avait montré que les poppers pouvaient être à l’origine de « pertes visuelles prolongées ». Avec des troubles susceptibles d’être liés en particulier à une dégradation des cellules photo réceptrices de la rétine, au centre de la macula.

Dans une récente livraison, les rédacteurs de Prescrire relaient les derniers bilans des Centres Antipoison et de Pharmacovigilance.

Entre 1999 et 2009, ces derniers ont recensé près de 800 cas d’expositions aux poppers, dont 133 qualifiés de « graves  ».

Cinq décès susceptibles d’être liés à la consommation de ces produits ont même été recensés en France, au cours de la période étudiée.

Les descriptions les plus préoccupantes comprennent notamment des cas de méthémoglobinémie. Une des causes les plus courantes en serait la consommation abusive de nitrates dans l’eau de boisson.

Des cas de cyanose, de coma et des syndromes de détresse respiratoire ont aussi été observés. Ces constats paraissent d’autant plus inquiétants qu’en France, la mode des poppers serait en hausse.

 

 

Nos principales objections à l’instauration (« expérimentale ») de salles médicalisées pour l’injection de drogues aux toxicomanes.

Professeur Jean Costentin Président du Centre National de Prévention, d’Etude et de Recherche sur les Toxicomanies (CNPERT) – Membre titulaire de l’académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen

Conférence  lors de la séance publique de cette académie, le 14 septembre 2013

Alors que la puissance publique, soumise à de fortes pressions idéologiques, vient     d’autoriser l’instauration, à titre expérimental, de salles médicalisées pour l’injection de drogues aux toxicomanes, je me sens pressé d’exprimer, contre les vents médiatiques dominants, les nombreuses objections que soulève cette décision.

Pour en traiter dans sa globalité il parait souhaitable de situer ce sujet dans le contexte national et international des toxicomanies ; d’évoquer ensuite, afin d’y répondre, les principaux arguments avancés par les défenseurs de cette initiative et, enfin, de détailler les nombreuses raisons qui condamnent, sous les aspects de la logique, de l’éthique et de la pratique, ce qui correspond, non pas à une fausse bonne idée, mais à très vraie mauvaise idée.

  I – Contexte national et international des toxicomanies

La situation des toxicomanies en France confine à un désastre, à un fiasco sanitaire, social et sociétal. Ce constat débute dès le niveau des deux drogues licites que sont le tabac et l’alcool, dont le nombre très élevé des consommateurs dépendants est, évidemment, lié à leur caractère licite.

Le tabac recrute ses adeptes, à partir d’un âge de plus en plus précoce. Quinze millions de nos concitoyens sont incapables de s’en détacher. Ceci survient en dépit du fait que le tabac ne perturbe ni le jugement, ni la personnalité, ni la volonté, ni les performances intellectuelles, alors qu’il n’attente pas à la capacité psychologique de s’en détacher. Cette situation résiste aux campagnes réitérées qui rappellent ses dangers, aux interdictions de sa consommation dans les lieux publics, à l’interdiction de sa vente aux mineurs (majoritairement non respectée), à son bannissement des cours de récréation, à la lutte contre le tabagisme passif, à l’augmentation substantielle de son prix, etc. Ce tabac est, chaque année, en France, responsable de 75.000 morts ; soit de 200 morts chaque jour ; il est la première cause de mort évitable ; un fumeur sur deux mourra d’une cause en relation avec sa consommation tabagique. Ceux qui n’en meurent pas, ne sont pas dispensés de nombreux troubles pouvant altérer leur qualité de vie. Citons : les amputations liées à l’artérite des membres inférieurs ; les stents implantés pour dilater les artères coronaires rétrécies dans l’angor ; les séquelles d’infarctus du myocarde non létaux ; les séquelles neurologiques d’accidents vasculaires cérébraux ; l’essoufflement permanent du patient ayant une broncho pneumopathie chronique obstructive (BPCO), etc. Ainsi le plaisir que peut faire éprouver le tabac parait  d’un bien faible niveau comparé aux risques associés à sa consommation, avec ses voluptueuses volutes tueuses…

L’alcool, sous ses nombreuses déclinaisons, est un autre drame sociétal. Parmi ses  diverses présentations, dénonçons celles destinées à piéger les plus jeunes ; ces « premix » qui dissimulent la saveur de l’alcool derrière les bulles de gaz carbonique, les saveurs sucrées et les parfums attrayants. Ce premier pli étant pris, viennent alors les alcools forts ; les « shooters », qui font atteindre la « zone gâchette », ce degré d’alcoolisation qui empêche de réguler une consommation ultérieure, qui s’envole alors vers les Vodka, Gin, Cognac, Calvados, Rhum… au service (sévices) des alcoolisations aigues ; la « biture expresse », le «binge drinking ». Le piège fonctionne hélas très bien. Une thèse, que j’ai dirigée en 2012, dénombrait les comas éthyliques déclarés par les étudiants de Lettre et ceux de Pharmacie de l’université de Rouen. Environ 10 % d’étudiants des deux premières années de ces facultés déclaraient avoir présenté un tel coma une fois dans l’année. Le pourcentage, lors de la quatrième année de ces études passait à 30% en pharmacie et à 24% en Lettres. Ce constat intervient alors que des études expérimentales montrent que les alcoolisations aigues chez les sujets jeunes ont des effets neurotoxiques pour leur cerveau en pleine phase de maturation et, de plus, qu’elles recrutent, avec une plus grande fréquence, une alcoolo-dépendance à l’âge adulte.

Quatre millions de nos concitoyens sont alcoolo-dépendants, je n’ai pas dis alcooliques. Ils sont en fait incapables, au moins un jour chaque semaine, de s’abstenir de la consommation de toute boisson contenant de l’alcool. Six pour cent de ces sujets alcoolo-dépendants consomment, à eux seuls, plus de trente pour cent de la totalité de l’alcool bu dans notre pays ; ceux là sont désignés, avec une connotation péjorative dont on devrait se détacher, les alcooliques. Il s’agit en effet de grands malades, qui se sont fait piéger par l’alcool, si présent dans nos traditions, rendu si tentant et si facilement disponible. Le conseil de modération que le lobby alcoolier feint de véhiculer ne parait pas, en toute logique, marqué du sceau de la sincérité car, s’il était effectivement suivi, il réduirait de plus d’un tiers son chiffre d’affaire…..

Une étude épidémiologique récente rend l’alcool responsable, en France, de 49.000 morts annuelles, soit près de 135 morts chaque jour. Là aussi, derrière ces chiffres qui déjà interpellent notre émotion et nos consciences, se profilent maintes détresses : handicaps d’accidents non mortels, femmes battues, enfants violentés, déchéance sociale, perte d’emploi, etc. La consommation d’alcool qui avait baissé de près de 50% au cours du demi siècle écoulé repart à la hausse ; en particulier sous l’impulsion du lobby alcoolier, qui s’applique à « détricoter » les heureux effets de la loi Evin, interdisant la publicité des boissons alcooliques.

Viennent ensuite les drogues illicites avec, en pole position, le chanvre indien / le cannabis. Cette drogue m’est particulièrement familière, après que je lui ai consacré des études expérimentales, quatre livres, de nombreuses revues et plusieurs centaines de conférences. Pour ne pas me laisser happer par cette focalisation d’attention, je l’évacuerais  en trois phrases et quelques chiffres. Les français sont, en Europe, ses plus gros consommateurs, avec 1.700.000 usagers réguliers et plus de 650.000 usagers quotidiens / multi quotidiens ; 300.000 de nos gamins, entre 5ième et 3ième, au collège, s’en sont déjà approchés ; or « plus tôt l’essayer c’est plus vite l’adopter et plus intensément se détériorer ».

La liste impressionnante de ses fréquents méfaits physiques et psychiques ne dissuade toujours pas certains idéologues irresponsables de militer pour sa légalisation. Elle aurait inéluctablement pour effet d’accroître le nombre de ses consommateurs qui, à tout le moins, tendrait vers celui des alcoolo-dépendants et, pire encore, vers celui des fumeurs invétérés de tabac.

Sur l’échelle des toxicomanies le barreau situé au dessus de celui du cannabis est celui du chlorhydrate de cocaïne (la  neige) sniffée, ou de la cocaïne base (le crack), inhalée ; ainsi que des amphétamines, dont la consommation s’accroit de façon inquiétante.

Le barreau encore au dessus est celui de l’accès aux morphiniques, via les « médicaments de substitution à l’héroïne », la méthadone et la buprénorphine à haut dosage ou Subutex®. De jeunes toxicophiles se les procurent à bas prix, puisqu’il s’agit de la revente d’un produit qui a été remboursé à l’héroïnomane par la sécurité sociale. Cette revente permet à l’héroïnomane d’acquérir sa chère héroïne. Ainsi, le Subutex®, d’un prix très élevé pour la collectivité, assure aux héroïnomanes la gratuité de leur héroïne et contamine aux opiacés de jeunes toxicophiles, qui n’étaient pas encore « addicts » à cette classe de drogues. L’entrée dans cette nouvelle addiction les incitera bientôt à accéder au plus haut barreau de cette échelle, celui de l’héroïne!

Indiquons aussi que le Subutex®, développé pour faire rompre l’héroïnomane avec le comportement injecteur et pour le prémunir des risques de contamination par les seringues, est désormais détourné, pour son injection par voie intraveineuse ! Voilà comment une bonne idée, mal gérée, peut contribuer à la ruine des comptes sociaux et à un véritable désastre sanitaire. L’enfer de la toxicomanie est décidément pavé de beaucoup de bonnes intentions (affichées du moins a priori comme telles).

Au sommet de l’échelle des toxicomanies, trône, on l’a dit, la plus détériorante de toutes les drogues, l’héroïne. Sa production, majoritairement Afghane, n’a cessé de s’accroître malgré la présence en Afghanistan d’une coalition militaire internationale ; elle ne manquera pas d’exploser après son prochain retrait. L’addiction à l’héroïne, en France, concerne près de 250.000 victimes.

Dans leur tentative de banalisation des drogues, certains se sont escrimés à contester la notion d’escalade. Cette contestation était indispensable au développement de leurs messages  permissifs concernant l’occupation des barreaux du bas de l’échelle des toxicomanies ; en particulier celui du cannabis. Ces contestataires de l’escalade militent, de longue date, pour sa légalisation, n’hésitant même pas à le travestir en médicament ! Curieusement, ce sont souvent ces mêmes qui, aujourd’hui, découvrent le phénomène toxicomaniaque comme une entité, un continuum, dans lequel ils ne veulent plus que soient distinguées les drogues dites douces, des drogues dites dures. Ces mêmes qui, pour ne pas se déjuger, parlent désormais de poly toxicomanies. On leur fera remarquer que les poly toxicomanies qu’ils constatent sont encore plus graves que l’escalade qu’ils contestaient. Dans l’escalade on abandonne un barreau pour accéder à celui du dessus, puis au suivant. C’est-à-dire qu’on abandonne une drogue pour s’adonner à une autre, plus « puissante ». Dans les poly toxicomanies, par contre, on rajoute une drogue sans supprimer celles déjà consommées ; le toxicomane garde un pied sur le barreau alcool, pose l’autre sur le barreau cannabis ; il saisit d’une main le barreau cocaïne ou amphétamines et saisit de l’autre main le barreau héroïne. La revendication permanente du toxicomane s’exprime « toujours plus, toujours plus souvent, toujours plus fort ». Plus le comportement addictif se développe précocement et plus son empreinte est profonde et durable, confinant souvent à l’indélébilité (autant qu’à la débilité….).

Je conclurais ce propos introductif en insistant sur le fait que la France, plus que les autres pays Européens, est confrontée à une véritable pandémie toxicomaniaque, contre laquelle elle se défend moins bien que d’autres états. Comme partout ailleurs, on est très démuni quand il s’agit de faire rompre le toxicomane d’avec ses drogues, de le traiter, de le guérir. L’action doit donc porter très fortement sur la prévention. Disons, de façon métaphorique, que ne sachant extirper de la marmite de la drogue le toxicomane tombé au fond, l’essentiel de l’action doit s’exercer pour maintenir son couvercle bien fermé, afin de prévenir la chute d’autres victimes. Face à ces constat, il n’y a plus aucune place pour l’ignorance, l’indifférence et moins encore la complaisance ; plus aucune place non plus pour l’émission de messages brouillés, équivoques, et moins encore permissifs, comme celui véhiculé par les « salles de shoots » pour toxicomanes.

Intéressons nous maintenant aux infortunés malades égarés au sommet de l’échelle des toxicomanies, qui s’injectent leur drogue par voie intraveineuse (l’amphétamine, la cocaïne, la buprénorphine et, bien sûr et surtout, l’héroïne. Ces injections leur procurent le maximum des sensations qu’ils puissent ressentir, c’est le « shoot », le « flash », le « high » ; sorte d’arc électrique, de sensation pseudo-orgasmique.

Le comportement injecteur, par le prêt des aiguilles et des seringues contaminées par le sang du prêteur, a été grand pourvoyeur d’hépatites B, C et, pire encore, du SIDA. C’est pour réduire cette modalité de contamination qu’a été mis en place (à l’époque où madame M. Barzach était ministre de la Santé) un accès facile, voire gratuit, aux seringues et aiguilles (1987). Elles furent ensuite en vente libre dans les pharmacies, ainsi que les coffrets Stéribox (1994). Ces matériels sont même gratuits dans certains centres (« dispensaires de vie » ou « boutiques »). Ces dispositions ont porté des fruits en matière de réduction des risques infectieux, au point qu’aujourd’hui la contamination par le prêt de seringue est devenue insignifiante. On ne s’est pas appliqué à déterminer l’incidence de cette facilité sur le nombre de toxicomanes injecteurs.

La contamination virale est désormais surtout homo et hétéro-sexuelle. Elle peut concerner des toxicomanes qui, sous l’empire de leurs drogues, donnent libre cours à leur sexualité sans recourir à des préservatifs. Les salles de shoots n’y changeraient rien.

La nouvelle version du Stéribox comporte une cupule pour dissoudre la drogue, ce qui est opportun, mais aussi un filtre adaptable sur la seringue, afin de retenir les particules des comprimés sublinguaux de Subutex®, qui sont maintenant détournés de leur usage sublingual, pour faire l’objet d’injections intra veineuses. Voila donc un « médicament »,  développé pour permettre à l’héroïnomane de rompre avec son comportement injecteur et, partant, pour réduire les risques qui lui sont associés, qui est maintenant injecté par voie intra veineuse, dans le silence assourdissant des «addictologues patentés».

Une association de buprénorphine (Subutex®) et de naloxone, la Suboxone® est désormais disponible sur le marché français. Elle a été conçue pour rendre impossible le détournement par injection intraveineuse de la buprénorphine, car elle susciterait, chez celui qui se l’injecterait un syndrome d’abstinence, qui le dissuaderait de réitérer. Cette association a de plus l’avantage de réduire la constipation opiniâtre qu’induit souvent le Subutex® utilisé par la voie sublinguale (voie normale d’administration). Il a fallu, curieusement, beaucoup de temps pour que cette association apparaisse sur le marché français. Maintenant qu’elle y est présente, elle est, plus curieusement encore, boudée par nos addictologues prescripteurs, au point que le laboratoire envisagerait d’arrêter sa commercialisation en France. Pour compléter ces informations indiquons que les formes génériques du Subutex® ont du mal à prendre pied. Elles seraient moins faciles à injecter. Le coût du « Subu » pour les caisses d’assurance sociale est considérable ; situé en deuxième ligne du « hit parade » de tous les médicaments (prix unitaire multiplié par le nombre annuel de prescriptions). Le nombre de médecins qui le prescrivent est restreint. Chaque prescripteur reçoit ainsi chaque jour de nombreux toxicomanes, ce qui ne lui laisse évidemment pas le temps d’une prise en charge psychologique de ces patients qui en ont, pourtant, tellement besoin. Pour en terminer avec ce Subutex®, il faut savoir qu’il n’est jamais (ou presque) administré à doses dégressives, pour viser une abstinence complète, à plus ou moins long terme. Il est en fait administré, ad vitam, à dose fixe, quand ce n’est pas à doses croissantes. Cette pratique maintient chroniquement le patient dans un état de précarité, que la moindre « contrariété » fera replonger dans sa trop chère héroïne…. Réduction des risques, que d’erreurs graves, à des prix somptueux, on commet en ton nom.

II – Arguments avancés par les partisans de ces salles médicalisées d’injections de drogues aux toxicomanes (que nous désignerons « salles de shoots »)

A – Ces salles de shoots permettraient de réduire les risques de contamination associés au  prêt du matériel d’injection

Nous avons dit que la politique de prévention du prêt des matériels d’injection est mise en œuvre depuis plus de 20 ans. Ce matériel abonde, au point que ses utilisateurs l’abandonnent parfois sur place, ce que devrait prévenir l’échange des seringues (une utilisée contre une neuve). Les toxicomanes accueillis dans ces salles de shoots auraient un si long passé de toxicomanie, qu’ils seraient contaminés de longue date s’ils n’avaient respecté depuis le début de leur pratique d’injection, cette règle élémentaire de l’absence du prêt de matériel d’injection. On ne veut quand même pas imaginer que dans l’esprit de leurs promoteurs les salles de shoots soient les C.P. (cours préparatoires) de l’injection des drogues, accueillant des novices afin de leur enseigner comment s’injecter proprement leurs drogues. Les contaminations virales déjà évoquées sont désormais principalement d’origine sexuelle. Les salles de shoots n’y changeraient rien ; elles n’empêcheraient pas qu’au sortir de celles-ci, sous l’empire de la drogue qu’ils viennent de s’injecter ou que l’on vient de leur injecter, les toxicomanes ne se livrent sans préservatifs à des ébats sexuels.

B – Ces salles amélioreraient le confort de ces injections

De fait, ces injections sont pratiquées à la sauvette, dans des conditions inconfortables, sous un porche, assis sur des marches, en se cachant sous des ponts ou des cages d’escalier. Le confort nouveau qui serait offert aux toxicomanes n’est pas de nature à les dissuader de poursuivre leur errance. La drogue, calme, au calme, au chaud, confortablement installé, avec le sourire de l’infirmière, et même un café et des biscuits en attendant, seraient autant d’attraits supplémentaires facilitant l’ancrage dans ce comportement. On sait, par contre, que sur un mode Pavlovien, l’inconfort associé à l’administration d’une drogue diminue l’appétence qu’elle suscite. C’est un des éléments forts qui préside à l’efficacité du « sevrage sec ». Une très douloureuse abstinence, incite le toxicomane à s’en souvenir et à hésiter davantage avant de renouer avec son addiction antérieure.

C – Ces salles amélioreraient l’image de la rue, du quartier.

S’il peut paraître, à certains égards, souhaitable de dissimuler de la vue des enfants le pitoyable spectacle de ces pauvres épaves humaines, affalées sous des porches, on peut aussi mettre en balance l’efficacité pédagogique de l’horreur que pourrait susciter ces pratiques toxicomaniaques. En Suède, pays exemplaire pour la maîtrise des toxicomanies, on apprend dès la maternelle aux bambins, à trembler à l’audition du mot drogue comme à celle du mot loup…

Les seringues et les aiguille qui trainent sur les trottoirs ou dans les espaces verts doivent faire l’objet de mises en garde auprès des enfants. Dans ces quartiers une vigilance redoublée des cantonniers peut pallier cette situation. De plus, par le biais du don d’une seringue neuve en échange de la restitution d’une seringue déjà utilisée, ces seringues usagées abandonnées devraient être rares; très en deçà de la médiatisation qui en est faite pour justifier ces salles de shoots.

D – Ces salles assainiraient l’ambiance du quartier.

Qui peut raisonnablement imaginer que ces salles de shoots purifieraient l’ambiance du quartier ? En tous cas pas les riverains du quartier de la Gare du Nord à Paris, qui se mobilisent pour qu’une telle salle de shoots ne leur soit infligée. Une « votation citoyenne », organisée sur ce thème, a exprimé un rejet total, à une écrasante majorité. Ces riverains savent qu’une telle salle concentrera les toxicomanes qui viendront la fréquenter. Dans une des salles installée en Suisse, le nombre de passages quotidiens autorisés à un même toxicomane est limité (si j’ose dire) à six. De ces salles de shoots ressortent des individus apaisés, tirés par leur chien, dans un état d’équilibre postural et psychique très variable d’un sujet à l’autre et d’une dose à l’autre. Comme il est prévu, en l’état du projet, que le toxicomane accédera à la salle de shoots avec sa drogue, elle lui sera proposée à l’extérieur ; ainsi, outre les toxicomanes, le quartier concentrera également les dealers. Il est déjà été exprimé que la police ne viendrait pas troubler par sa présence la quiétude du négoce…

E- Ces salles permettraient de capter les toxicomanes très marginalisés pour les introduire dans des filières de prise en charge.

Ce serait donc la stratégie de grains jeté aux moineaux, pour les attirer, afin de leur faire tomber le filet sur la tête. Cette stratégie feint d’ignorer la multitude d’autres filets qui, à prix d’or, ont été mis en place ; nous nous limiterons à les énumérer :

-Les CAARUD : Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues (135 étaient recensés en 2010) ;

-Les CSAPA : Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (il y en a plus de 260) ;

-les CCAA, centres de cures ambulatoires en alcoologie, qui ont vocation à devenir des CSAPA  (ils sont 250, ce qui fera 510 CSAPA) ;

-Les centres spécialisés de soins aux toxicomanes en milieu pénitentiaire ;

-Les hébergements d’urgence ou de transition ;

-Les réseaux d’appartements thérapeutiques ;

-Les réseaux de familles d’accueil ;

-Les unités d’hospitalisation spécifiques pour toxicomanes (hospitaliers) avec leurs lits de sevrage ;

-Les dispensaires de vie ou « boutiques » ;

-Les « sleep-in » ……Ajoutons à cela

– Les centres type Croix Rouge ;

-Les centres de dispensation de la méthadone, ainsi que les « bus méthadone » qui vont à la rencontre des utilisateurs ;

– La très large dispensation de la buprénorphine à haut dosage, la BDH, illustrée par le  Subutex®, le « Subu » et ses génériques….

Tous ces dispositifs sont, on s’en doute, d’un coût énorme. Un certain nombre de ces dispositifs sont privés, ce qui ne les empêche pas de bénéficier de subventions de l’Etat, qui ne contrôle manifestement pas ce qu’ils en font. Ainsi, l’association Asud (Autosupport des usagers de drogues) bénéficie d’une subvention annuelle de 230.000 € ; émanant de la direction générale de la santé (DGS), de l’institut de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), de la direction francilienne des affaires sanitaires et sociales, du conseil régional d’Ile de France. Son logo, de façon non équivoque, est une seringue. Asud fait, sur son site internet, en totale contravention à la loi, la promotion de la culture du cannabis ; elle prodigue des conseils pour accroître sa productivité. « Cerise sur le gâteau », une de ses très récentes publications (août 2012) teste, d’une façon comparative, à l’usage de ses lecteurs, les charmes de 50 drogues différentes….

Accepter ces salles de shoots revient à admettre l’inutilité des dispositifs ruineux mis en place en amont. « Quand il n’y en a jamais assez, il faut se poser la question de savoir si l’on n’en a pas fait trop ». Avant d’aboutir à ce constat de faillite que serait le recours à cette extrémité des salles de shoots, il est indispensable de se livrer à une analyse minutieuse et détaillée de tous ces dispositifs, de revoir leur cahier des charges, de s’assurer du respect de celui-ci, de la qualité des acteurs impliqués, de leurs actions, de leurs coûts et de leurs résultats.

F – Ces salles de shoots fonctionneraient à l’instar de ce qui se fait dans plusieurs autres pays

Parmi les états concernés : La Suisse (12 centres en 8 villes) ; l’Allemagne (25 en 16 villes), l’Espagne (6 en 3 villes), l’Australie (1) ; le Canada (1) ; le Luxembourg (1) ; la Norvège (1); celui qui vient en tête est la Hollande (avec 45 centres en 4 villes).

Ces pays n’ont pas mis en place l’énorme et ruineux dispositif dont la France s’est dotée (tel qu’on l’a présenté). Dès lors on conçoit que n’ayant pas fait grand-chose pour leurs toxicomanes, soit venu pour eux le moment ultime où il leur a bien fallu faire quelque chose. C’est ainsi que l’on peut comprendre cette extrémité des salles de shoots à laquelle ils ont dû se résoudre. En l’occurrence l’exemple français devrait beaucoup plus utilement les inspirer, que nous ne devrions nous aligner sur leurs carences.

G – Ces salles de shoots auraient un caractère expérimental.

Encore un bel exemple de manipulation de l’opinion. Ne pouvant nous faire avaler la couleuvre d’un seul trait, elle nous est découpée en rondelles. Notre pays n’a pas la culture de l’expérimentation. Tout ce qu’il écrit, surtout au terme d’un débat houleux, se retrouve gravé dans le marbre. En France, le char de l’état ne dispose pas de marche arrière. Voyez, par exemple, la « méthode globale » pour l’apprentissage de la lecture, l’âge de départ en retraite, les horaires scolaires,  les 35 heures hebdomadaires de travail, etc.) ;sitôt dit et définitivement écrit.

Puisque ces dispositifs des salles de shoots existent à l’étranger, il n’est pas utile de refaire chez nous l’expérience. Une démarche qui se pare de prétentions scientifiques ne saurait consister à refaire les expériences d’autrui. On doit s’appliquer à les analyser soigneusement, objectivement, sans se laisser influencer par l’autosatisfaction de ses organisateurs (organisateurs de galas conçus au profit des organisateurs de galas) ; en mettant cette analyse en perspective avec les autres dispositifs. On l’a déjà dit, nous n’avons rien à apprendre des pays  qui n’ont pas bâti ni investi autant que nous l’avons fait pour les toxicomanes. Notre effort nouveau doit se porter sur l’analyse des insuffisances et des ratées de notre dispositif. Ces insuffisances doivent être nombreuses puisque ce très complexe et très couteux dispositif n’est pas parvenu à prévenir ce qu’il devait empêcher. L’activité des addictologues les plus tonitruants pour requérir ces salles de shoots devrait être analysée d’une façon aussi urgente que prioritaire, en s’aidant de beaucoup de regards extérieurs. Ce sujet dépasse les limites de l’autogestion, de l’autosatisfaction et des petits arrangements entre amis.

III – Nos propres arguments, au delà de la réponse à ceux d’autrui.

 

A – Au plan de la logique médicale,

On ne saurait se départir de la logique médicale qui tient pour proprement aberrant le fait d’administrer à un patient le toxique, qui est à l’origine de son intoxication, c’est-à-dire à l’origine de cette maladie très grave qu’est l’héroïnomanie.

B – Au plan de l’éthique médicale,

Il convient de rappeler qu’en prêtant le serment d’Hippocrate, à l’issue de la soutenance de sa thèse, le jeune docteur en médecine s’engage à ce qu’au cours de sa carrière médicale, ses compétences ne serviront pas à corrompre les mœurs. Or ces salles de shoots seraient de très mauvais signaux envoyés aux plus jeunes, dédramatisant, banalisant l’image des drogues, conduisant, comme on va le voir, à la dépénalisation et à la légalisation rampante des drogues.

C –  Au plan de la responsabilité médicale

Autre facette de « l’enfumage » de l’opinion, le toxicomane arriverait dans ces salles de shoots avec sa drogue. Dans ces conditions le médecin superviserait, voire même procéderait à l’administration intra-veineuse d’un produit dont il ne connait pas la nature, dont il ne connait pas la concentration ; or on sait combien ces drogues, par le jeu de coupages successifs, sont adultérées par des ingrédients variés, qui ajoutent à la drogue leur propre toxicité. Le médecin accepterait que soit effectuée l’injection parentérale de substances qui ne seraient ni stériles ni apyrogènes.

– Le toxicomane, rassuré par un environnement médicalisé, serait tenté d’aller vers les plus hautes doses de drogues ; donnant libre cours à son « toujours plus, toujours plus souvent, toujours plus fort ». Ainsi, le rôle du médecin consisterait à être présent sous la fenêtre ouverte du suicidaire pour rattraper celui qui en saute. Cela ne correspond pas aux objectifs de ceux qui s’engagent dans la filière médicale, animés qu’ils sont par une vocation au service de la guérison…

– Qui serait alors responsable des overdoses / surdoses, voire des décès survenus dans ces lieux ?

– Si au sortir de la salle de shoots, sous l’empire de la drogue injectée, le toxicomane se livrait à une exaction, qui en serait responsable ? Il pourrait, sur les conseils d’un avocat, se retourner vers la salle de shoots, en soulignant que c’est là qu’on l’a mis dans un état dans lequel il ne pouvait plus rien maîtriser.

– Bien vite ces médecins des salles de shoots, voudront disposer d’une héroïne de qualité médicale, pure, stérile, apyrogène… Mais avec quel argent l’acquerrait le toxicomane qui ne pourrait plus compter sur ses opérations de coupage pour prélever sa dime au passage ?  Bientôt il faudra la lui offrir, comme on le fait déjà pour la méthadone ou pour le Subutex®! Ainsi se trouverait exaucé le vœu suprême de l’héroïnomane : « Ma drogue, de qualité optimale, dans la quantité que je veux, à la fréquence que je veux, gratis, au calme, au chaud, bien installé, avec le sourire de l’infirmière et une petite collation ». On ne voit rien de dissuasif dans tout cela qui puisse l’inciter à rompre avec le comportement toxicomaniaque injecteur, et moins encore avec la drogue. Cela aurait même un évident effet d’appel. On verrait bientôt le « Guide du camé », s’enrichir, sinon d’étoiles comme au Michelin, mais, plus prosaïquement, de seringues, pour comparer ses salles de shoots…

D – Au plan de la loi actuelle.

Comment la puissance publique pourrait elle accepter, eu égard à la loi qui interdit l’importation, le commerce, la détention, l’utilisation des drogues, qu’en des lieux financés par ses deniers (nos impôts) ces drogues puissent être vendues librement à l’entour et librement utilisées à l’intérieur. Ces squats de la santé, décidés et financés par la puissance publique, contreviennent à la loi (l’association « Parents contre la drogue » présidée par S. Lebigot vient d’ailleurs de porter plainte contre le premier ministre et la ministre de la Santé, responsables de l’autorisation d’ouverture de ces salles de shoots). Ces salles de shoots préparent la suppression de la loi sur la répression des drogues. Certains de ceux qui militent pour ces salles de shoots, ne se cachent pas de requérir la légalisation de toutes les drogues. Ces salles sont un de leurs subterfuges pour faire progresser cette légalisation. Ils mettent cette légalisation en relation avec ce qu’ils présentent complaisamment comme l’exemple Portugais. S’il fallait trouver un véritable exemple, il serait opportun d’aller le chercher beaucoup plus au Nord, en Suède. Grâce à une législation dont la rigueur ne diffère pas beaucoup de la nôtre, mais qui est expliquée et justifiée par une pédagogie intense (près de 40 heures d’enseignements dispensés depuis la maternelle jusqu’à l’université), ce pays peut s’enorgueillir de compter (en proportion bien sûr) 10 fois moins de toxicomanes que la moyenne européenne. « Où il y a une volonté il y a un chemin », mais où prévalent l’ignorance, l’indifférence, les non dits, les mal dits, l’enfumage, l’entortillage, les postures, les habiletés, les complaisances, les démissions, on atteints aux chiffres calamiteux des toxicomanies exposés en introduction. A l’instar du credo des toxicomanes qui s’exprime « toujours plus, toujours plus souvent, toujours plus fort », celui des tenants de ces salles de shoots et de la légalisation des drogues s’exprime, « mais que pourrait-on faire de pire encore sur la voie de la décrépitude sociale et humaine ». Leur déconstruction systématique, leur destruction résolue des dispositifs mis en place, s’opère alors même qu’ils ne prévoient que ces salles de shoots, comme abri de fortune pour les sinistrés qu’ils engendrent.

E – Au plan du coût

Pour assurer le fonctionnement de telles salles de shoots, 24h / 24, jours, fêtes, dimanches, autres jours fériés et vacances, car la toxicomanie n’en connait pas, quatre équipes devraient être opérationnelles. Chacune d’elles devrait être composée d’un médecin addictologue, formé à la réanimation, de deux infirmières, d’un agent de sécurité, d’une aide soignante, d’un quart temps de psychologue, d’un quart temps d’assistante sociale (soit pour les salaires environ 1.200.000 € par an) ; un appartement de 10 pièces (3 bureaux, deux salles d’injections, une cuisine, deux salles de repos, une infirmerie avec du matériel de réanimation, une salle de bain, un vestiaire, trois parkings, un chenil), incluant le matériel consommable, les produits de santé, les aliments, le téléphone, le chauffage, l’amortissement du matériel… le coût estimé par salle et par an est d’environ 1.250.000 €uros. Dans l’hypothèse où serait installée une telle salle pour 300.000 habitants, cela requerrait, pour la France entière, 220 salles de shoots, et pour le budget de la nation 275.000.000 d’€uros. Dans cette période de récession économique, où de nombreuses demandes de moyens ne peuvent être satisfaites, où l’on s’efforce d’effectuer des économies pour tempérer l’accroissement d’une dette devenue abyssale, alors que les moyens consacrés à la prévention des toxicomanies sont jugés insignifiants et de plus mal ciblés et mal utilisés, une telle dépense supplémentaire s’avère impossible à assumer. Quant à l’emprunter aux dispositifs mis en place en amont, cela les affaiblirait et augmenterait, à terme, le nombre de toxicomanes à accueillir dans ces salles de shoots….

F – Qui sont les défenseurs de l’instauration de ces salles de shoots   

L’activisme d’addictologues très médiatisés qui militent avec véhémence pour ces salles de shoots est intéressant à considérer. Ils n’ont pas prévenu les pouvoirs publics des menaces que font peser les toxicomanies pour notre société. Ils se sont appliqués à occulter la montée du péril toxicomaniaque, ils ont commenté, pour en affaiblir la portée, ses chiffres inquiétants.  On ne les a jamais vu, ni entendu, s’investir dans des démarches de prévention ; au contraire ils portent souvent la contradiction à ceux qui, bénévolement, dépensent beaucoup d’énergie pour suppléer leurs carences. Ils les ont accusés de « diaboliser » les drogues, de « stigmatiser » leurs consommateurs ; ils en ont fait les suppôts d’idéologies ringardes, réactionnaires. Ces mêmes addictologues, après avoir prôné la dépénalisation, chausse pied de la légalisation du cannabis, afin de la faire progresser se sont jetés, voracement, sur le fantasme du cannabis médicament ; prétendant que l’on privait des malades de cette irremplaçable thérapeutique dans des pathologies d’ailleurs complètement en dehors de leur sphère d’expertise. Au lieu d’agir contre la diffusion et les dégâts de l’alcool et du tabac, ils se servent de leur dangerosité, comme comparateurs, pour prôner la légalisation du cannabis et au-delà de toutes les drogues. Alors qu’ils sont d’une inquiétante inefficacité dans la guérison des toxicomanes, ils ne cessent de réclamer des moyens supplémentaires, tandis que par leur attitude ils abondent le vivier des sujets malades des drogues. Ils sont d’une discrétion totale sur les détournements de la buprénorphine, que leurs prescriptions favorisent. Ces détournements ont pour effet de recruter beaucoup de nouveaux adeptes des morphiniques, qui seront bientôt ceux de l’héroïne. Ce sont eux, encore, qui n’utilisent jamais cette buprénorphine à doses dégressives pour viser l’abstinence. Ils maintiennent ainsi « leurs » toxicomanes dans un état de précarité qui peut les refaire basculer à tout moment dans l’héroïnomanie. Ils semblent ignorer l’efficacité des « sevrages secs » (sans produits de substitution). Ils sont d’une discrétion étonnante sur le détournement de la buprénorphine utilisée à des fins injectables, alors qu’elle a été conçue pour faire rompre l’héroïnomane avec son comportement injecteur. Ils sont enfin ceux qui militent, avec le plus de véhémence et de pugnacité, pour l’ouverture des salles de shoots. Si l’on recherche une cohérence entre tous leurs choix, elle apparait diabolique. Elle pose avec acuité le problème de leur adéquation aux missions qui leur sont assignées : prévenir, traiter, guérir les toxico manies. En l’occurrence on a l’impression qu’ils s’escriment à faire de la pathologie qu’ils ont à traiter, la plus importante de toutes, en fréquence et en gravité, dans notre société déjà malade de tant d’autres maux.

Au prétexte de la réduction des risques, la puissance publique s’apprête à commettre deux exactions majeures :

  1.  – l’envoi de signaux de banalisation des drogues, préalable à leur légalisation, avec en perspective le débordement, à la façon d’un tsunami, du lit déjà très large dans lequel elles circulent.
  2. – l’ancrage des toxicomanes dans leur toxicomanie, rendue plus aisée, plus confortable ; on voit même se dessiner, à court terme, « l’héroïne médicale » gratuite.

« Il n’est de richesse que d’Homme », en bonne santé, physique et psychique, ni « shooté », ni « camé », ni « paumé » ; avec une bonne estime de soi, conscient d’occuper une place dans la société dont il est un acteur, où il produit plus que ce qu’il consomme, afin de venir en aide à ceux qui ne peuvent encore ou qui ne peuvent pas, ou qui ne peuvent plus produire ce qu’ils consomment.

Avant de créer une strate supplémentaire à l’usine à gaz déjà bâtie pour la prise en charge des toxicomanies, il est urgent de la revisiter, afin d’optimiser son coût et son efficacité. La toxicomanie est une affaire trop grave pour être abandonnée à des addictologues victimes du « syndrome de Stockholm », devenus les otages indument empathiques des patients qu’ils n’ont pas su traiter.

Fumer ou conduire, il faut choisir

Source Jim.fr

Les études expérimentales ont montré que le cannabis altérait les performances cognitives et motrices lors de la conduite automobile. Les expérimentations ne sont toutefois pas le reflet exact de ce qui se passe dans la pratique et l’on peut se demander si conduire sous l’emprise du cannabis a de réelles conséquences sur le terrain. L’interrogation est d’autant plus justifiée que les résultats des études épidémiologiques consacrées à ce sujet ne sont pas toujours cohérents.

Une équipe canadienne a réalisé une revue de la littérature et sélectionné 9 études pour une méta-analyse. Les résultats sont sans appel : conduire sous l’influence du cannabis multiplie par près de deux le risque de collision se soldant par des blessures graves ou un décès (Odds ratio OR 1,92 ; Intervalle de confiance à 95 % : 1,35 à 2,73 ; p = 0,0003). Les résultats diffèrent un peu selon le type de l’étude, avec un effet supérieur dans les études de haute qualité méthodologique, les études cas-contrôle (2,73 ; 1,23 à 6,33) et les études concernant les accidents mortels (2,10 ; 1,31 à 3,36). Si l’effet est moins évident pour les accidents mineurs, il paraît en revanche aggravé par la prise concomitante d’alcool.

Ces résultats sont cohérents avec de récentes données alertant sur l’augmentation de la présence de substances autres que l’alcool (cannabis et antidépresseurs) chez les victimes d’accidents graves ou mortels. D’autres travaux montraient aussi récemment que dans certaines régions, la conduite sous l’emprise du cannabis tend à devenir plus fréquente que la conduite en état d’ivresse chez les jeunes conducteurs.

L’alcool reste toutefois encore la substance le plus souvent retrouvée chez les victimes d’accidents et les données sur la relation entre la consommation d’alcool et les collisions sont plus robustes que pour le cannabis.

Les législations concernant la conduite sous l’emprise de cannabis varient selon les pays. En France, une peine pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison et 4 500 euros d’amende s’applique à tout conducteur chez qui l’analyse sanguine détecte la moindre trace de stupéfiant, peine assortie d’un retrait de 6 points du permis de conduire.

Dr Roseline Péluchon

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Asbridge M et coll .: Acute cannabis consumption and motor vehicle collision risk: systematic review of observational studies and meta-analysis. BMJ 2012; 344:e536 doi: 10.1136/bmj.e536

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