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Le sport restera t’il un rempart contre les toxicomanies ?

Professeur Jean Costentin

Le sport a détourné nombre d’adolescents des drogues et toxicomanies. Il est un remède contre l’oisiveté (« mère de tous vices »)  avec le temps consacré aux entraînements et aux matches ; remède aussi contre l’isolement en développant l’esprit d’équipe et en favorisant les échanges avec d’autres adolescents ainsi qu’avec des entraineurs, adultes dévoués, avec lesquels ils communiquent davantage qu’avec leurs « profs » des collèges, lycées et facultés.


Le sport incite à une diététique équilibrée, à une vie saine. Il stimule l’esprit de dépassement et de saine compétition. Il éloigne du tabac, qui réduit les performances respiratoires et ouvre la voie à d’autres toxicomanies, dont en particulier le cannabis.
Par un effet épigénétique le tabac intensifie les effets de différentes autres drogues, dont ceux du cannabis, qui à son tour, également par des effets épigénétiques, magnifie la perception de drogues, comme la cocaïne ou les morphiniques.


Il est important de savoir et de faire savoir que les consommateurs de cannabis/THC sont porteurs de modifications épigénétiques qu’ils transmettent à leur progéniture, leur conférant, entre autres méfaits, une vulnérabilité aux toxicomanies.
Cet enchaînement, qui s’apparente à une réaction en série, explique l’explosion des toxicomanies.
Le sport a, hélas, vu se développer les « troisièmes mi-temps » alcoolisées, l’intrusion de buvettes dans certains stades, en parallèle avec des campagnes du lobby alcoolier visant à libéraliser l’alcool aux dépens des sportifs et aux profits des clubs sportifs.


L’AMA (agence mondiale antidopage) a régulièrement réduit les sanctions appliquées aux sportifs qui présentaient, lors des compétitions, des cannabinoïdes dans leurs urines, au prétexte que la persistance du THC dans leur organisme était
compatible avec une consommation effectuée à distance de l’épreuve. Le seuil des concentrations urinaires répréhensibles des cannabinoïdes est d’abord passé de 50 ng/mL à 150 ng.

Désormais, si l’enquête fait apparaître que la consommation de cannabis n’est que « récréative » la durée de suspension du sportif, passe des quelques années qu’elle pouvait atteindre antérieurement, à seulement trois mois. Cette durée peut être réduite davantage par la pratique nouvelle d’un « accord de composition administrative » entre l’agence française de lutte contre le dopage (AFLD) et le sportif.


Alors que notre législation nationale prohibe la consommation de cannabis L’AFLD aligne ses sanctions aux sportifs qui y contreviennent sur celui d’autres Nations qui l’ont légalisé (plusieurs Etats des USA ou encore le Canada, devenu le siège
administratif de l’A.M.A.).
En France, où le cannabis « récréatif » est prohibé, les cannabinophiles pèsent de toutes leurs forces pour le faire adouber comme médicament ; faisant ainsi la courte échelle au cannabis « récréatif ».

Dès l’origine, Il était facile de comprendre que ce détour avait pour but cette légalisation. L’étape suivante visera la légalisation de toutes les drogues, que certains réclament déjà avec véhémence. Nombre de voix s’y opposent mais, n’étant pas relayées par les médias, elles sont inaudibles. La « liberté de la presse » devient en l’occurrence, la dictature des toxicophiles (consommateurs, décideurs subvertis par de puissants lobbies, capitalistes pour les uns, déconstructeurs pour d’autres).


Le principe de précaution et celui du « non nocere » s’effacent. La santé ne semble plus une priorité. Le sport cesserait d’être un rempart contre les drogues, un des moyens majeurs pour entretenir « un esprit sain dans un corps sain ».
La notion de dopage en devenant plus restrictive, offre de plus larges espaces pour l’expansion des drogues ; au point même que le terme drogue semble en sursis, remplacé par des expressions banalisantes : « substances », « substances
psychoactives », « substances d’abus »….


Pour contrer le pire, il faut déjouer les subterfuges, éclairer l’opinion, maintenir la prohibition du cannabis qui permettra de continuer d’interdire sa consommation aux sportifs, comme à quiconque, entravant la course vers l’avilissement de nos jeunes et de notre société.

L’BOUFA, CETTE NOUVELLE DROGUE DURE ET BON MARCHÉ QUI FAIT DES RAVAGES PARMI LES ADOLESCENTS AU MAROC

Par Hafida Ouajmane et Saïd Bouchrit le 23/10/2022

Drogues dures - L boufa - Addictologie - Dépendance aux drogues dures - Jeunes drogués

L’boufa (des déchets de cocaïne), est une drogue dure qui, si elle n’est pas consommée par ceux qui en sont dépendants, entraîne des frissons et de graves crises de manque. De nombreux jeunes, dont des lycéens, se retrouvent aujourd’hui sous son addiction.© Copyright : Saïd Bouchrit / Le360 (capture image vidéo)

Vendue à 50 dirhams le fix, «L’boufa» est une drogue dure qui fait de plus en plus de ravages dans les écoles du Maroc. A Casablanca, le directeur du centre psycho-social «Non aux psychotropes», dans le quartier de Ain Sebâa, témoigne des effets destructeurs de cette drogue.

L’Boufa est un vrai danger pour les élèves du Maroc, explique, interrogé par Le360, Abdelmajid El Qadiri, président de l’ONG «Non aux psychotropes», dont les locaux se trouvent à Ain Sebâa.

Ce militant associatif de la banlieue de Casablanca indique que ce psychotrope, que consomment bien des jeunes s’assimile au crack, une drogue dure, qui se fume, et qui est très présente aux Etats-Unis.

En fait, décrit-il, «ce sont des déchets de cocaïne. Lorsqu’un jeune devient accro, il se met à avoir des frissons [en cas de crise de manque, Ndlr]. Nous avons reçu plusieurs cas dans cet état, ici, au centre. Une fois qu’il a ces frissons, s’il ne consomme pas [de nouveau] cette drogue, il peut commettre l’irréparable», détaille Abdelmajid Qadiri. 

«Cette drogue plaît aux jeunes. Mélangée à de l’eau dans une petite bouteille et aspirée via un tube de stylo bille vidé de l’encre qu’il peut contenir, elle leur procure une sensation de plaisir», explique le directeur de l’ONG «Non aux psychotropes», qui précise aussi que «cette drogue influe sur la dopamine». Sa consommation quotidienne, explique-t-il, développe une addiction qui fait que le drogué est capable de n’importe quoi pour s’en procurer.

«L’boufa», une drogue dangereuse qui envahit les écoles

Le pire, selon Abdelmajid Qadiri, c’est que le prix de cette drogue, qui se vendait auparavant à 300 ou 400 dirhams, a chuté de moitié. Elle ne coûte à présent qu’entre 50 et 150 dirhams.

«Au début, tu sens que tu es maître de l’univers, mais une fois qu’on devient accro, c’est terrible. C’est la pire des drogues que j’ai consommées de ma vie», témoigne, interrogé par Le360, un ancien drogué.

Ce jeune a décidé d’arrêter de se droguer à L’boufa, au lendemain d’un épisode qui lui est arrivé alors qu’il se trouvait sous l’emprise de cette drogue. «Nous étions en groupe, il y a eu une grosse bagarre, ça a fini au commissariat pour plusieurs d’entre nous. J’ai décidé de ne plus y toucher. C’est destructeur».

Un autre jeune, qui a bénéficié une cure de désintoxication à l’hôpital d’addictologie de Casablanca, se souvient de cette période noire de sa vie, où, lycéen, il consommait plusieurs drogues, dont L’boufa. «J’ai eu recours à plusieurs autres drogues, des psychotropes, du cannabis, de l’alcool, mais finalement et fort heureusement, j’ai été en désintoxication à l’hôpital, et j’ai cessé d’utiliser toutes ces drogues…»

Source

Nouvelles drogues : les cathinones de synthèse circulent de plus en plus en France

auteurs

  1. Laurent KarilaProfesseur d’Addictologie et de Psychiatrie, Membre de l’Unité de Recherche PSYCOMADD, Université Paris-Saclay
  2. Amine Benyamina Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et addictologie, président de la Fédération Française d’Addictologie, AP-HP

Déclaration d’intérêts

Laurent Karila est membre de SOS ADDICTIONS, de la Fédération Française d’Addictologie a reçu des honoraires des laboratoires ethypharm, zentiva pour de la formation médicale continue

Amine Benyamina ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

Partenaires

Université Paris-Saclay apporte des fonds en tant que membre fondateur de The Conversation FR.

Voir les partenaires de The Conversation France

Méphédrone, 4-MEC, 3-MMC, 3-CMC, MDPV, α-PVP… Depuis la fin des années 1990 et le milieu des années 2000, le marché des drogues « récréatives » a vu déferler des dizaines de nouvelles substances aux noms barbares, les cathinones de synthèse.

Faisant partie des « nouveaux produits de synthèse », commercialisés notamment sur Internet sous les appellations « sels de bain », « engrais », « produits chimiques destinés à la recherche non consommable par l’être humain » et autres « designer drugs », tous ces composés ont en commun d’avoir été produits à partir d’une même molécule, la cathinone, par modification chimique.

Cette dernière n’est pas une nouvelle venue, puisqu’il s’agit d’un des principes psychoactifs du khat (Catha edulis), une plante consommée dans les régions de la mer Rouge pour ses propriétés psychoactives depuis le Xe siècle au moins, et probablement depuis l’Antiquité.

Substances stimulantes et empathogènes, disponibles sur Internet, les cathinones de synthèse sont source de nombreuses complications et d’addiction. Elles étaient consommées initialement dans les milieux de connaisseurs des substances psychotropes, notamment dans le cadre du chemsex pratiqué principalement par des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Cependant, depuis quelque temps ces nouveaux produits de synthèse semblent avoir dépassé ce cadre.

Une consommation ancienne

Consommer du khat (Catha Eduilis Forsk) est une coutume ancestrale dans les régions qui bordent la mer Rouge. Cet arbuste au feuillage persistant, qui se couvre après la saison des pluies de grappes de minuscules fleurs blanches, est probablement originaire des hauts plateaux du sud-ouest de l’Éthiopie. Présent de l’Érythrée jusqu’à l’Afrique du Sud, le khat est cultivé dans la région de la corne de l’Afrique, autour du golfe d’Aden (est de l’Éthiopie, région du Somaliland, Yémen).

Ses propriétés stimulantes auraient été mises à profit dès l’Antiquité par les Égyptiens, qui l’auraient utilisé lors de cérémonies mystiques visant à faire atteindre à l’homme un rang divin. Les premières traces scientifiques de consommation du khat sont mentionnées au début du Xe siècle par l’érudit persan Al Biruni. À partir du XIIIe siècle, le khat était consommé au sud de la péninsule arabique par les guerriers pour combattre la fatigue et avoir du courage, ainsi que par les marchands pour supporter l’ennui.

En France, le khat est interdit depuis l’arrêté du 20 février 1957 et figure sur la liste des stupéfiants fixée par l’arrêté du 19 juillet 1995.

Du khat aux cathinones de synthèse

Le khat a été décrit scientifiquement pour la première fois par le botaniste suédois, Peter Forskäl, durant son expédition en Égypte et au Yémen entre 1761 et 1763. Il recevra son nom officiel en 1775.

Dès 1887, le pharmacien, chimiste et botaniste suisse Friedrich August Flückiger et le pharmacien français Jules-Ernest Gérock isolent la substance psychoactive contenue dans les feuilles de khat et la nomment « katin ». En 1930, Wolfes identifie la nor-pseudoéphédrine, encore appelée « cathine », une substance que l’on trouve également dans une autre plante « l’éphédra ». En 1975, des recherches ont mené à la découverte d’une autre substance psychoactive, l’α-aminopropiophénone, aussi appelée cathinone.

La cathine et la cathinone sont responsables des principaux effets recherchés par les consommateurs de khat. Toutes deux figurent respectivement dans les tableaux I et III de la convention des Nations unies sur les substances psychotropes de 1971. La cathinone est la molécule la plus psychoactive, mais elle est labile et instable. Elle se transforme rapidement en cathine, dix fois moins active, et en nor-éphédrine.

Les cathinones de synthèse commercialisées sont apparentées à la cathinone, mais elles n’existent pas à l’état naturel : elles sont élaborées à partir de nombreuses réactions chimiques. Elles se présentent sous forme de poudre amorphe ou cristalline blanche ou brune, plus rarement sous forme de gélules, d’e-liquide, de comprimés.

Vendues principalement sur Internet sous l’appellation de sels de bain, de substances fertilisantes, de produits chimiques destinés à la recherche, elles portent également différents noms de rue et de soirée, comme miaou miaou, top cat, etc.

Que recherche l’usager ?

Les cathinones de synthèses sont consommées de différentes façons : par voie orale, parfois enroulées dans du papier à cigarettes (« bombing » ou « parachutes » comme avec la MDMA), intranasale (« sniff »), intraveineuse (« slam », une pratique répandue lors de fêtes chemsex), intrarectale (« plug »). Les voies inhalée (fumée ou vapotage) ou intraoculaire (eyeballing) sont également rapportées.

Parmi les effets recherchés, citons une sensation d’euphorie, de bien être, une vigilance accrue, une accélération des pensées, une excitation motrice, de l’empathie, une augmentation du contact social, un accroissement de l’appréciation de la musique, de la stimulation et de la performance sexuelle, une conduite dopante (travail très augmenté).

Les cathinones de synthèse ont un réel potentiel addictif, avec un phénomène de tolérance pharmacologique qui pousse l’usager à augmenter les doses et un syndrome de manque. Celui-ci est caractérisé par une asthénie (fatigue), une anergie (dysfonctionnement du système immunitaire), une humeur triste, une perte de motivation et de plaisir ressenti (anhédonie), une anxiété, des troubles du sommeil, des troubles de la concentration, des palpitations et des maux de tête. Le craving (besoin irrépressible de consommer ces produits), l’anhédonie et l’anergie peuvent persister plusieurs semaines.

En plus de ces problèmes d’addiction, la consommation des cathinones de synthèse s’accompagne de nombreuses complications.

Un cortège de complications

Les complications qui peuvent survenir à la suite de la consommation de cathinones de synthèses sont nombreuses, et varient selon les usagers. Elles peuvent être à la fois physiques, psychiatriques, addictologiques et sociales.

Sur le plan physique, on constate chez certains consommateurs une asthénie, de la fièvre, des bouffées de chaleur, des sueurs, une sécheresse de la bouche, et parfois des cauchemars. Sur le plan neurologique, des maux de tête, des vertiges, des tremblements ou des crises convulsives sont possibles.

Les cathinones de synthèse sont par ailleurs toxiques sur le plan cardiovasculaire, pouvant provoquer tachycardie, hypertension artérielle, douleur thoracique, palpitations, dyspnée, ou myocardite. Il en est de même sur le plan ORL, avec des saignements de nez, des douleurs nasales ou oropharyngées, des lésions de la cloison nasale, des acouphènes, du bruxisme, ainsi que sur le plan digestif (douleurs abdominales, perte d’appétit, nausées, vomissements, atteinte du foie).

En outre, le partage du matériel de consommation (seringues, pailles) et les comportements sexuels à risque qui peuvent survenir lors de la prise de ces substances accroissent les risques d’infections (VIH, infections sexuellement transmissibles, virus de l’hépatite B ou C) ou de survenue d’abcès aux points d’injection, de dommages veineux, d’anomalies de la coagulation, etc.

Sur le plan psychiatrique, en pratique clinique il a été fréquemment rapporté de l’anxiété, des crises d’angoisse prolongées, des hallucinations, de la paranoïa, une insomnie, des idées suicidaires, et des troubles cognitifs : problèmes de mémoire, d’attention, de concentration, de prise de décision. Un trouble délirant aigu, un épisode dépressif sont possibles. La consommation de ces substances peut aussi être à l’origine d’une décompensation de troubles psychiatriques préexistants.

Comme souligné dans le guide sur les nouvelles substances psychoactives, de nombreux cas de décès ont été rapportés entre 2009 et 2019. 35 décès impliquant une ou plusieurs cathinones de synthèse sont rapportés par le réseau d’addictovigilance.

Une consommation en augmentation chez les jeunes

Chez les jeunes adultes âgés de 15 à 34 ans, l’usage de nouvelles substances psychoactives varie de 0,1 % en Lettonie à 5,1 % en Roumanie. Parmi les élèves, l’enquête ESPAD 2019 a estimé que la consommation de nouvelles substances psychoactives au cours de la vie variait de 0,9 % à 6,6 %, avec une consommation de cathinones de synthèse au cours de la vie comprise entre 0,2 % et 2,5 %.

Les nouvelles drogues de synthèse sont passées d’un milieu confidentiel à un milieu plus largecomme en atteste la diffusion de la 3-MMC

En 2020, 38 passages aux urgences pour toxicité médicamenteuse aiguë dans 5 hôpitaux du réseau Euro-DEN Plus étaient liées à la 3-MMC. Des cathinones de synthèse étaient retrouvées dans plus de 50 % des 1166 seringues usagées analysées par le réseau ESCAPE de 7 villes européennes en 2020, notamment à Budapest et à Paris.

Un trafic en forte hausse

Fin 2021, l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanie surveillait 162 cathinones de synthèse, ce qui en faisait la seconde catégorie la plus importante de nouvelles substances psychoactives suivies par le système d’alerte précoce de l’Union européenne, après les cannabinoïdes de synthèse.

Estimées à 0,75 tonnes en 2019, les saisies de ces substances ont augmenté pour atteindre 3,3 tonnes en 2020. D’importantes saisies ont continué à être signalées en 2021 et 2022. Ces augmentations sont essentiellement dues aux saisies à grande échelle de N-éthylhexdrone, de 3-MMC et de 3-CMC (la disponibilité de ces dernières a d’ailleurs augmenté depuis 2020).

La plupart des quantités importantes de cathinones de synthèse saisie en 2020 provenaient d’Inde et, avant cela, de Chine. D’autres pays semblent avoir des capacités de production de nouvelles substances psychoactives et de précurseurs à destination de l’Europe. En 2020, 15 sites de production de cathinone de synthèse ont été démantelés aux Pays-Bas et en Pologne. Les saisies de précurseurs qui permettent de les fabriquer ont aussi augmenté, passant de 438 kg en 2019 à 860 kg en 2020, en Allemagne et aux Pays-Bas.

Le chef de file des dérivés synthétiques est la méphédrone (4-MMC), détectée en 2008. En juin 2010, la France était le neuvième pays européen à interdire la méphédrone, après l’Angleterre où 25 décès ont été imputés à cette substance. Les autres substances les plus populaires sont la 3-MMC, la 3 ou 4-MEC, la méthylone, la MDPV. Comme autres cathinones, sont retrouvés, entre autres, la 3-FMC, la 4-FMC, la buphedrone, la butylone, la méthédrone, l’α-PVP, la naphyrone, la PPP. Il existe également des mélanges de cathinones de synthèse sous la dénomination commerciale NRG avec des chiffres 1, 2 ou 3…

Rappelons pour terminer qu’en France, toute molécule dérivée de la cathinone et répondant à l’arrêté « stupéfiants » publié au Journal Officiel le 2 août 2012 est interdite. L’alpha-PVP est considérée comme un stupéfiant, ainsi que les substances comme la 4-MEC, la pentédrone ou l’éthylone.

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Comment la drogue détruit un pays ?

Savez-vous que le Mexique est l’endroit le plus dangereux du monde ? Les trafiquants de drogue s’y livrent une guerre sans merci qui fait sombrer le pays tout entier dans la violence. Décryptage.

Par EMMANUEL DESLOUIS

Que se passe-t-il aujourd’hui au Mexique?

C’est la guerre ! Du moins c’est l’impression qui se dégage des images d’actualité : soldats patrouillant en véhicules blindés équipés de mitrailleuses lourdes, carcasses d’autos calcinées, policiers exposant aux journalistes des gangsters menottés et leurs armes de guerre, sans oublier des scènes de crimes abominables. Car les assassinats sont quotidiens dans ce pays en « paix », où il y a plus d’homicides par an que dans n’importe quelle zone de guerre de la planète !

Depuis fin 2006, on dénombre en effet entre 60 000 et 100 000 meurtres liés aux cartels de la drogue… Au départ, le climat d’insécurité était limité au nord du Mexique, zone de passage vers les États-Unis, où les trafiquants écoulent la quasi-totalité de leur drogue. Mais aujourd’hui, plus aucune région n’est épargnée. Car les cartels actuels – ils sont une dizaine à se partager le trafic – se livrent une lutte sans merci pour conquérir des territoires.

Chaque gang dispose de milliers d’hommes équipés des plus récentes armes de guerre, qui mènent des actions aussi bien contre l’armée officielle mexicaine que contre les cartels ennemis. Même les stations balnéaires, comme Acapulco et Cancun, sont désormais le théâtre de fusillades et d’exécutions. La violence est telle que notre ministère des Affaires étrangères déconseille fortement aux touristes français de s’y rendre.

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L’aromathérapie en complément des traitements pour lutter contre les addictions 

Le Dr Françoise Couic-Marinier, pharmacienne et spécialisée en aromathérapie, autrice de nombreux ouvrages consacrés aux huiles essentielles, explique que l’aromathérapie est ainsi de plus en plus utilisée dans les services hospitaliers, et en particulier dans certains services d’addictologie où l’on va faire respirer certaines huiles essentielles aux patients pour les accompagner dans le sevrage de tabac, d’alcool ou de drogue.

Les huiles essentielles vont permettre à la fois de court-circuiter les pulsions et envies, et de calmer le stress et l’anxiété liés au manque.

Si les huiles essentielles sont largement utilisées pour les petits maux du quotidien, on sait moins qu’elles peuvent aussi se montrer efficaces pour des pathologies, telles que les addictions. Lesquelles utiliser pour réduire notre dépendance au tabac, à l’alcool et au sucre ? On vous explique.

Respirer une huile essentielle adaptée va nous aider à réduire notre envie de sucré, de tabac ou d'alcool
Respirer une huile essentielle adaptée va nous aider à réduire notre envie de sucré, de tabac ou d’alcool © Getty

Le recours aux huiles essentielles pour se soigner au quotidien ou pour des rituels beauté est aujourd’hui bien connu. Médecine complémentaire à l’allopathie, l’aromathérapie est en effet volontiers utilisée pour tout un tas de petits soucis de santé : les problèmes de peau, comme l’acné ou l’eczéma, les problèmes de digestion, les petites plaies, les torticolis et les hématomes peuvent être soignés ou soulagés par certaines huiles essentielles, à condition d’être utilisées au bon dosage et à bon escient.

Mais, ce qu’on sait moins, c’est que l’aromathérapie est également utilisée pour lutter contre des pathologies plus sévères, comme la dépression et les addictions. Comment ça marche et est-ce vraiment efficace ? 

Des principes actifs et des odeurs pour réduire notre dépendance 

Les huiles essentielles sont composées d’un très grand nombre de principes actifs (molécules) : alcools, éthers, terpènes, aldéhydes, cétones, phénols, coumarines, esters… parfois jusqu’à 200 par huile essentielle, alors qu’à titre de comparaison un médicament n’en a généralement qu’un ou deux. Dans le cas des addictions, c’est notamment le terpène qui va avoir une action bienfaitrice sur notre cerveau.

L’odeur elle-même de l’huile essentielle (on parle alors de l’olfacothérapie), en sollicitant les sens, va jouer sur les émotions et provoquer des effets apaisants, certes variables d’un individu à l’autre selon son histoire : une odeur va agir plus ou moins positivement selon le souvenir qu’elle nous rappelle. 

L’aromathérapie en complément des traitements pour lutter contre les addictions 

Le Dr Françoise Couic-Marinier, pharmacienne et spécialisée en aromathérapie, autrice de nombreux ouvrages consacrés aux huiles essentielles, explique que l’aromathérapie est ainsi de plus en plus utilisée dans les services hospitaliers, et en particulier dans certains services d’addictologie où l’on va faire respirer certaines huiles essentielles aux patients pour les accompagner dans le sevrage de tabac, d’alcool ou de drogue.

Les huiles essentielles vont permettre à la fois de court-circuiter les pulsions et envies, et de calmer le stress et l’anxiété liés au manque.

À lire aussi Le 05/10/2022 à 15:00Les huiles essentielles : mode d’emploi


Pour les addictions au tabac et à l’alcool, Françoise Couic-Marinier recommande l’huile essentielle d’angélique (Angelica Archangelica), qui est très efficace, en particulier pour l’alcool. Elle peut être utilisée seule (par olfaction ou en massage) ou en synergie avec d’autres huiles essentielles aux vertus anxiolytiques comme les huiles essentielles de marjolaine à coquille, de mandarine, de lavande vraie, de petit grain bigarade, ou encore de laurier noble. L’huile essentielle de poivre noir est aussi utilisée pour l’arrêt du tabac

Dans tous les cas, cette thérapie complémentaire ne se substitue pas aux traitements de son médecin, mais elle peut indéniablement contribuer à les améliorer et à en décupler les effets. 

Les huiles essentielles pour résister aux grignotages

Même si on ne parle pas d’addiction dans le cas des grignotages, les huiles essentielles peuvent tout de même s’avérer très précieuses si on cherche à lutter contre notre fâcheuse tendance à nous précipiter vers les sucreries ou les douceurs, à la moindre contrariété ou en fin de la journée.

Dans ce cas, le Dr Françoise Couic-Marinier nous recommande l’huile essentielle de géranium, très efficace pour nous couper l’envie de manger du sucre. On en met deux gouttes sur un mouchoir, que l’on va respirer : « Respirer du géranium dégoûte du sucre », affirme Françoise Couic-Marinier.

Alors à nos mouchoirs pour ne plus jamais craquer sur une mousse au chocolat après une journée marathon !

Françoise Couic-Marinier était l’invitée de Bonjour Docteur sur France Bleu.
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Ce que l’addiction à l’héroïne ou à la cocaïne dégrade dans le cerveau

Repéré par Nina Pareja — 8 octobre 2022

Cela peut provoquer une diminution de la substance blanche et entrainer des difficultés à transmettre certaines informations.

Déficit de substance blanche. Image d'illustration. | Anna Shvets via Pexels 
Déficit de substance blanche. Image d’illustration. | Anna Shvets via Pexels

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur The Independent

Selon une nouvelle étude, l’addiction à l’héroïne ou à la cocaïne est en partie due aux conséquences de ces substances sur le cerveau et en particulier parce qu’elles atteignent les capacités des parties de celui-ci à communiquer entre elles.

Le cerveau d’un addict contiendrait moins de substance blanche que celui d’une personne qui ne consomme pas de drogues. Or, c’est cette substance blanche qui permet de relier toutes les parties du cerveau entre elles et aide à transmettre les informations nécessaires à son bon fonctionnement.

Les chercheurs de l’école de médecine Icahn du Mount Sinai aux États-Unis, responsables de cette nouvelles recherche, avaient déjà constaté ces conséquences sur des rongeurs rendus addicts en laboratoire, c’est cependant la première fois qu’une étude est réalisée avec des toxicomanes.

L’habénula

Les universitaires américains ont étudié les liens entre le cortex préfrontal, partie du cerveau essentielle à la régulation des fonctions exécutives, à la prise de décision et l’habénula, région qui joue un rôle essentiel dans notre compréhension des risques et des récompenses d’une action.

Pour cette étude, les chercheurs ont réalisé des scanners afin d’examiner la différence entre les cerveaux de personnes saines avec celles d’addicts à la cocaïne ou l’héroïne. Même chez des personnes ayant arrêté récemment la prise de substance, la transmission entre le cortex préfrontal et l’habénula est altérée.

Le fait que le cerveau d’addicts à la cocaïne et à l’héroïne (respectivement stimulant et opioïdes) présente les mêmes perturbations suggère que cela pourrait être le cas pour l’addiction de manière générale, estime Sarah King, l’autrice principale de l’étude. Cela pourrait aussi signifier que certaines personnes ont des prédispositions à l’addiction ou la rechute selon l’état de fonctionnement de leur cerveau.

Elle ajoute que les chercheurs ont découvert que «la dégénération est plus importante chez les utilisateurs ayant consommé de la drogue pour la première fois à un jeune âge, ce qui pointe vers un rôle potentiel de ce circuit d’informations dans le développement de facteurs de risques de mortalité précoce.»

Ces résultats pourraient permettre de faire progresser la recherche en cours dans ce domaine en ciblant un circuit jusqu’ici inexploré chez l’homme, ce qui pourrait potentiellement faire l’objet d’un traitement personnalisé ou d’efforts de prévention, conclut l’étude.

Source

Drogues illicites en soins intensifs


Source Le Quotidien du Médecin – 24-09-2022

Soins intensifs cardiologiques : 9 fois plus de risque de décès ou d’urgence vitale chez les consommateurs de stupéfiants


L’étude ADDICT-ICCU, présentée par l’équipe de l’hôpital Lariboisière, recensait le pourcentage de patients consommant des drogues, parmi les 1 500 admis en Unité de soins intensifs cardiologiques pour infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque aiguë, arythmie, myocardite et embolie pulmonaire.

D’après le prélèvement des urines, 10 % consommaient des drogues (12 % d’hommes, 8 % de femmes), pour au moins une substance (9 % pour le cannabis, 2,1 % les opioïdes, 1,7 % la cocaïne, 0,7 % les amphétamines et 0,6 % la MDMA).

Cette consommation est sous-estimée puisque 43,5 % seulement déclaraient ne pas en utiliser.

Elle était associée à une probabilité d’événements indésirables majeurs (décès, arrêt cardiaque, choc
cardiogénique) près de neuf fois supérieure, après ajustement sur les comorbidités.


Le risque de complications graves était multiplié par trois pour le cannabis et par cinq pour la cocaïne, après ajustement sur l’âge et le sexe.

Il augmentait encore avec la consommation de plusieurs substances.

De la Syrie à l’Arabie saoudite, sur la route du Captagon, la drogue qui menace la jeunesse

Par Georges Malbrunot

ENQUÊTE – 250 millions de pilules de cette amphétamine ont été saisies depuis janvier à travers le monde. Soumise aux sanctions internationales, la Syrie, qui la produit, est devenue un État narcotrafiquant.

Bachir, 26 ans, est «accro» au Captagon depuis qu’il a quitté le lycée, il y a huit ans. «Mes amis me répétaient que ça me rendrait heureux, et effectivement, j’étais euphorique, je me sentais plein d’énergie», raconte ce Jordanien, rencontré dans un centre antidrogue du quartier de Jabal Hussein, à Amman, la capitale, où 70 autres jeunes sont soignés. Bachir a ensuite ouvert une échoppe. «Je prenais deux comprimés chaque jour, dit-il d’une voix timide. Cela ne me coûtait que 5 dinars (7 euros environ).» En 2016, quand ses parents ont appris que leur fils se droguait, ils ont contacté le centre, où Bachir a suivi un premier traitement de plusieurs mois, avant d’en sortir et de rechuter. «Mes amis prenaient tous du Captagon, j’aurais dû m’en écarter.»

Aujourd’hui, Bachir veut rompre avec ce cercle vicieux. Dans la société traditionnelle jordanienne, les drogués sont stigmatisés. «Personne, dit-il, ne veut se marier avec mes sœurs, dès que leurs prétendants apprennent que leur frère prend du Captagon.» Pour ne pas les exposer davantage, leurs noms ne sont pas divulgués par le centre antidrogue ; et s’ils viennent eux-mêmes se faire soigner, ils n’encourent aucune poursuite judiciaire, alors que la loi punit de trois années de prison le consommateur ou le détenteur de drogue. «Le Captagon est à la fois meilleur marché et plus facile à acquérir que les autres drogues», explique Abdelrhamane Abdelkader, psychiatre au centre antidrogue de Jabal Hussein, qui souligne: «La consommation se diffuse à l’université, mais les trafiquants proposent aussi du Captagon dans la rue.»

À bas bruit, le Captagon fait déjà des ravages au Moyen-Orient et au-delà, 250 millions de pilules ayant été saisies dans le monde au cours des huit premiers mois de cette année. Une drogue de synthèse de la famille des amphétamines, vendue sous la forme d’un petit comprimé blanc estampillé d’un logo représentant deux demi-lunes. À l’origine, un médicament commercialisé en Allemagne à partir du début des années 1960, et interdit depuis. La Syrie en est le principal producteur, l’Arabie saoudite le principal consommateur, et la Jordanie et le Liban, les pays de transit. De la Bekaa libanaise aux confins de la frontière syrienne jusqu’au port saoudien de Djedda, Le Figaro a remonté le trafic de cette drogue, qui menace la jeunesse du Moyen-Orient.

«Captagon contre djihadistes»

Le premier rendez-vous est avec un homme d’affaires syrien, proche du pouvoir, rencontré au Liban«On doit bien survivre, le monde entier nous impose des sanctions!», se défend-il, en référence aux très sévères mesures adoptées par l’Occident pour punir Bachar el-Assad de la répression sanglante de ses opposants, depuis 2011. «Pendant toutes ces années de révolte, l’Arabie saoudite et le Qatar nous ont envoyé des djihadistes dans l’espoir de faire tomber Assad, constate l’homme d’affaires. Maintenant, on leur envoie du Captagon, sourit-il. Nous avons une belle arme contre eux. C’est donnant-donnant.»

L’homme livre quelques détails sur l’origine du Captagon en Syrie. «On a commencé à partir des années 2013-2014. On envoyait la matière première aux djihadistes, qui en fabriquaient. À cette époque, j’ai vu un jeune dans un hôpital militaire de Damas avec une fracture ouverte au genou. Il rigolait, il avait pris tellement de pilules qu’il ne se rendait plus compte qu’il avait mal. Après, on a commencé à en fabriquer et à les envoyer» dans le Golfe, via la Jordanie.

Direction le nord du royaume hachémite, frontalier de la Syrie. 375 kilomètres de frontière, dans le désert parfois. Une zone de tout temps propice aux trafics en tout genre. Mais depuis qu’en 2018 Bachar el-Assad a repris le contrôle du sud de son pays, les trafics à travers cette frontière poreuse ont changé de nature. «Nous sommes désormais en guerre. Nous ne sommes plus confrontés à des trafiquants individuels mais à une véritable organisation», affirme au Figaro un haut responsable jordanien.

Le Captagon est caché dans l’arête de peignes qui sont expédiés aux barbiers en Jordanie ou en Arabie, dans des bouteilles d’huile d’olive maquillées d’un faux cul, ou dans des auberginesUn responsable jordanien

Le royaume n’est plus seulement un pays de transit: 20% environ de la drogue y parvenant est désormais consommée localement. La lutte contre le Captagon est devenue un enjeu de santé publique et de sécurité nationale.

De janvier à mai 2022, 19 millions de pilules de Captagon ont été saisies sur cette frontière. C’est autant qu’au cours de toute l’année 2021. Chaque jour, en moyenne, 13 opérations d’infiltration sont déjouées par l’armée jordanienne. Et il y a toutes celles qui ne le sont pas. Des opérations quasi militaires, de plus en plus sophistiquées. Équipés de lunettes de vision nocturne, les passeurs, agressifs et nombreux, recourent à des drones et parfois aux roquettes RPG.

Le 27 janvier au matin, un épais brouillard enveloppait la frontière, rendant les caméras de surveillance inopérantes. Du pain bénit: 160 assaillants dispersés en trois équipes sur une portion de 73 km le long de la frontière tentèrent de s’infiltrer lors d’une opération minutieusement coordonnée. L’armée jordanienne en tua 27. D’autres furent blessés, tandis que d’autres encore réussirent à fuir en Syrie.

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«Tuez les passeurs!»

Quelques semaines après, le roi Abdallah se rendit à la frontière et ordonna à ses hommes de changer les règles du jeu face aux passeurs: «Éliminez-les!», y compris en pénétrant en Syrie, autorisa le roi, après la mort d’un officier dans des combats face aux trafiquants.

«Les passeurs sont devenus très créatifs», constate le responsable jordanien, en montrant des images de saisies de Captagon. Ils peuvent tout aussi bien dissimuler leurs pilules dans des camions franchissant la frontière par les points de passage officiels qu’à travers le désert, où se fait l’essentiel du trafic. «Ils en cachent dans l’arête de peignes qui sont expédiés aux barbiers en Jordanie ou en Arabie, dans des bouteilles d’huile d’olive maquillées d’un faux cul, dans des aubergines, à l’intérieur de blocs de béton destinés à la construction qu’il est difficile de détecter, même au laser. On en a aussi découvert dans l’arrière de la cabine des camions, et dernièrement dans des matelas. Le chauffeur de ces camions n’est pas toujours au courant», ajoute la source.

Les passages en force dans le désert sont plus dangereux. «Notre armée engage alors le feu», explique un officier, photo à l’appui. On y voit un petit camion qui a fendu les grillages le long de la frontière, l’arrière recouvert d’une bâche de camouflage couleur sable, avec à l’intérieur des comprimés, mais aussi des armes. «Cette fois, précise l’officier, c’était du Tremadal», une autre pilule d’amphétamines, dérivée du Captagon.

Nous avons des noms de trafiquants et de passeurs, issus de telle ou telle tribu, mais les gens qu’on arrête ne savent pas qui sont leurs vrais patronsUn officier jordanien

À partir de la région de Daraa, dans le Sud syrien, les passeurs descendent vers les villages de Bershya et d’Arabshaem, avant de franchir la frontière. «Ce sont les mêmes tribus de part et d’autre», explique l’officier. Une deuxième route part de la région druze de Sweida et la troisième, plus à l’est, du désert syrien de Badia et de la poche montagneuse de Lahja, où des Bédouins participent à la contrebande. Certains passeurs sont eux-mêmes sous l’emprise du Captagon. «On a arrêté un Syrien qui était très agressif, se souvient l’officier jordanien. Il a fallu trois jours pour qu’il récupère.»

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Le 11 juin a eu lieu la dernière grande saisie: près de 900.000 pilules de Captagon et 150 blocs de marijuana. Blessés, deux des passeurs ont été arrêtés par les forces de sécurité jordaniennes. Les passeurs capturés finissent par parler. «Nous avons des noms de trafiquants et de passeurs, issus de telle ou telle tribu, mais les gens qu’on arrête ne savent pas qui sont leurs vrais patrons», ajoute l’officier.

Les grandes oreilles jordaniennes, elles, le savent: la 4e division de l’armée syrienne, les services de renseignements militaires syriens et le Hezbollah (leur allié libanais) sont les principaux acteurs du trafic de Captagon à partir de la Syrie, auxquels s’ajoutent des hommes d’affaires de mèche avec eux.

50% des jeunes Jordaniens sont au chômage

La 4e division est dirigée par Mahel el-Assad, le frère du président Assad. Elle est proche de l’Iran, qui dépêcha en Syrie des factions alliées pour sauver Assad à partir de 2013. «Il faut un appareil d’État pour coordonner ces attaques et produire autant de Captagon», souligne le haut responsable jordanien. «Les ateliers de production sont au-delà de notre frontière», ajoute-t-il, en dépliant une carte du sud syrien et une autre de la Syrie. Elles sont éloquentes.

La première montre la localisation des laboratoires de fabrication de Captagon, ceux de crystal meth – un autre psychostimulant en augmentation en Jordanie – et ceux enfin de production de marijuana. Ces ateliers de petite taille, installés dans des villas vides ou des hangars, seraient au total une cinquantaine, dont une majorité destinée à la production de Captagon dans la région rurale autour de Damas, dans le secteur montagneux du Qalamoun, le long de la frontière libanaise, autour de la ville de Homs et dans le pays alaouite, d’où est originaire la famille Assad. Un autre laboratoire est repéré près de Raqqa, l’ex-fief de Daech, et trois derniers près d’Alep, dans le Nord, non loin de la frontière turque.

Amman dispose d’images montrant des passeurs s’abritant dans des commissariats de police et se déplaçant à bord de véhicules aux mains de «certains éléments de l’armée syrienne». Sous-entendu: la 4e division de Maher el-Assad.

Un passeur peut gagner 1000 à 2000 dollars par opérationUn haut responsable jordanien

La seconde carte, du Sud syrien, zoome sur 73 points de production, de rassemblement et de contrebande. Vaste toile d’araignée couvrant la quasi-totalité de la région frontalière de la Jordanie, où 160 réseaux de trafiquants sévissent, selon Amman. «Face aux risques de plus en plus grands, avertit un diplomate arabe en Jordanie, les passeurs demandent de plus en plus d’argent: un passeur peut gagner 1000 à 2000 dollars par opération», dit-il, tout en s’interrogeant sur les contraintes qui entravent l’action des autorités jordaniennes.

«Les passeurs bénéficient de complicités au sein des tribus jordaniennes, affirme ce diplomate, qui suit de près le dossier. Et dans le gouvernement jordanien, des tensions existent aussi, ajoute-t-il. Il ne faut pas trop serrer la vis sur des tribus auxquelles l’État ne peut fournir de jobs.» Quelque 50% des jeunes Jordaniens sont au chômage.

Même si des agents des renseignements, soupçonnés de «toucher» sur les trafics, sont régulièrement arrêtés, l’État est, parfois, contraint à un certain laxisme. Issus de puissantes tribus, un député de Naour, au sud d’Amman, plante de la marijuana, au vu et au su de tout le monde ou presque, tandis qu’un autre originaire de Ramtha, dans le Nord, aux confins de l’Irak et de la Syrie, est notoirement connu comme trafiquant.

Laboratoires clandestins

«Des tribus bédouines en profitent», confirme un ancien du palais royal à Amman, qui raconte la mésaventure survenue il y a une dizaine d’années à son cousin, agent des renseignements militaires. «Il avait eu l’information qu’un chef de tribu du nord de la Jordanie allait recevoir de la drogue chez lui. Il envoya deux de ses hommes planquer en face de sa maison, pendant la nuit. Mais à l’aube, le cheikh, qui savait qu’ils étaient là grâce à ses contacts dans les renseignements, envoya un de ses gars auprès des deux espions. Il déplia devant eux un tapis de prière. Ce genre de message dans notre coutume est clair: “Vous êtes morts si vous recommencez!” Les agents ne sont plus revenus.»

La main sur le cœur, Cheikh Hachem Saffiedine, le numéro deux du Hezbollah, le jure depuis son bureau ultra-sécurisé de la banlieue sud de Beyrouth: «Le Captagon, c’est haraam (interdit) dans notre religion.» Le turban noir des seyyed – les descendants du Prophète – sur la tête, celui qui fait figure de successeur potentiel de Hassan Nasrallah, l’actuel secrétaire général du mouvement chiite pro-iranien, dément les rumeurs persistantes sur l’implication du Hezbollah dans la production et le trafic de Captagon au Liban.

Pourtant, jusqu’au début de l’année dernière, des laboratoires de fabrication – une vingtaine environ – existaient bel et bien dans la plaine de la Bekaa et le Hermel, deux régions où la milice chiite est puissante. Cultiver la drogue est une activité ancienne dans ces zones limitrophes de la Syrie. «Bien sûr qu’il y en a, confie un habitant du Hermel, rencontré à Beyrouth. Le relief montagneux est propice et les tribus surveillent les trafiquants. Mais il s’agit surtout de pilules de silvya, produites à base de feuilles de mloukhiyé asséchées auxquelles est ajouté un médicament. Ça sort en comprimé, ce n’est pas cher.»

Durant la guerre, le Hezbollah et d’autres groupes ont pris le contrôle de certaines infrastructures de l’industrie pharmaceutique syrienne, leur permettant de produire le CaptagonUne source au sein d’un service de renseignement au Moyen-Orient

En 2015, le général Adel Machmouchi, à la tête des unités antidrogue des Forces de sécurité intérieure libanaises (FSI), a démantelé un laboratoire de fabrication de Captagon à Choueifat, un quartier de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. «On est remontés jusqu’à un député du Hezbollah», confie-t-il. «Mais aujourd’hui, je n’ai pas de preuves de leur implication directe au Liban», ajoute-t-il prudemment.

La donne a changé au printemps 2021. Après les pressions exercées par l’Arabie saoudite, qui a suspendu les importations de fruits et légumes en provenance du Liban après avoir saisi plus de 5 millions de comprimés de Captagon dissimulés dans des cargaisons de fruits, Beyrouth a accru la pression sur les trafiquants. Des arrestations emblématiques ont eu lieu, notamment celle de Hassan Dekko, le «roi du Captagon», dans son village de Tfayl, peuplé de Libanais mais en territoire syrien, à cheval sur la frontière. Des pressions qui, par ricochet, ont rendu la frontière syro-jordanienne plus attrayante pour les trafiquants.

Au Liban, le Hezbollah est gêné aux entournures par la drogue. L’ancien ministre de l’Intérieur Ziad Baroud raconte: «En 2009, des responsables du Hezbollah sont venus me voir en me disant que les Forces de sécurité intérieure devaient être plus présentes dans la banlieue sud car, me confièrent-ils, nous avons des problèmes de stupéfiants. J’ai été agréablement surpris par ce changement de mentalité de la part du Hezbollah. Il faut dire que leur environnement direct est également touché» par la drogue. D’où l’exercice d’équilibriste auquel la formation chiite pro-iranienne se livre au Liban: «Le Hezbollah laisse faire les opérations des FSI ou de l’armée contre des trafiquants qu’il ne contrôle pas, notamment les grandes tribus de la Bekaa et du Hermel qui sont souvent aussi ses adversaires», affirme un intellectuel chiite. Selon cette source familière du Hezbollah, «celui-ci n’a pas les moyens d’arrêter tous les gangs liés au trafic au Liban».

Depuis l’an dernier, la plupart des laboratoires libanais auraient été transférés de l’autre côté de la frontière syrienne, régions où le Hezbollah est maître du terrain avec la 4e division de Maher el-Assad.

Jeunes Saoudiens accros

En Syrie, en revanche, l’implication de la formation chiite est claire. «Durant la guerre, le Hezbollah et d’autres groupes ont pris le contrôle de certaines infrastructures de l’industrie pharmaceutique syrienne, leur permettant, grâce aux machines saisies, de produire le Captagon», confie une source au sein d’un service de renseignement au Moyen-Orient. Résultat: en 2021, le trafic de Captagon a rapporté à ses promoteurs syriens et libanais plus de 5,1 milliards d’euros – et encore, sur la seule base des saisies à grande échelle, affirme un rapport du think-tank New Lines Institute -, contre 3,1 milliards en 2020.

La majorité de la contrebande est écoulée dans la très pieuse Arabie saoudite, où la jeunesse – 60% de la population – s’ennuie. Mais elle jouit désormais de divertissements, grâce à la politique d’ouverture du prince héritier et homme fort du royaume, Mohammed Ben Salman.

«Quand je passe près de concerts de musique à Riyad, je vois tous ces jeunes électrisés après s’être drogués», s’étonne un diplomate dans la capitale saoudienne. Mais, ici aussi, le sujet a longtemps été tabou. «Personne ne veut en parler, renchérit un étranger à Djedda, le port sur la mer Rouge. Pourtant, on dit que les centres de réhabilitation sont pleins, mais ils ne sont pas uniquement dédiés au Captagon, sinon les autorités devraient admettre qu’il y a un problème.»

Face au danger grandissant – 600 millions de pilules de Captagon interceptées au cours des six dernières années -, le pouvoir saoudien commence pourtant à sortir du bois, comme le montre une vidéo diffusée en mars dernier intitulée War on Drugs, où l’on voit sur fond de musique guerrière des hommes en armes luttant contre les trafiquants. Le mois dernier, les autorités ont annoncé la saisie de 47 millions de pilules d’amphétamines, dissimulées dans une cargaison de farine, au port sec de Riyad, la capitale, tandis que six Syriens et deux Pakistanais étaient arrêtés.

Ici aussi, le combat contre la drogue n’est pas récent, et il touche même des princes issus de la famille royale. En 2015, le prince Abdel Mohsen Ben Walid était arrêté à l’aéroport de Beyrouth avec 2 tonnes de Captagon dissimulées dans 32 paquets et huit valises, cachés dans son jet privé en partance pour Riyad. Il croupit toujours en prison. Il y a une quinzaine d’années, un hôpital pour princes «accros» à la drogue a été discrètement construit en Arabie saoudite, confie au Figaro l’ancien du palais royal à Amman. Mais depuis que MBS a de facto pris le pouvoir, les princes saoudiens ne peuvent plus rentrer incognito au pays. Leurs jets sont désormais fouillés par les douanes du royaume. Face à la drogue, l’heure n’est plus au déni.

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Des programmes « argent contre dépistage » pour lutter contre les addictions aux drogues

Dans le Connecticut, aux États-Unis, la lutte contre les addictions aux opiacés se fait de plus en plus sans médicaments, notamment grâce à de nouvelles techniques impliquant des jeux qui permettent aux personnes intoxiquées de gagner de l’argent et des chèques cadeaux.

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