LA NALOXONE, BIENTÔT EN VENTE LIBRE EN FRANCE

L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM) a accordé vendredi dernier une autorisation de mise sur le marché de la naloxone en France. Ce traitement d’urgence des overdoses sera disponible dans les pharmacies et dans les Centres d’Accueils et d’Accompagnement à la Réduction des Risques pour Usagers de Drogues (CAARUD) d’ici trois mois.

En 2016, l’ANSM avait déjà autorisé de façon temporaire la vente de la naloxone. L’annonce de cette commercialisation a été saluée par le psychiatre Jean-Michel Delile, directeur du Centre d’Étude et d’Information sur la Drogue et les Addictions. Selon lui, cela fait des années que les experts des addictions réclament la distribution de la naloxone aux personnes à risques.

Le spray nasal de naloxone sera mis en vente sous le nom Nalscue par le laboratoire britannique Indivior.

Une solution de secours

Les hôpitaux injectent depuis quarante ans la naloxone aux patients victimes d’overdose pour leur sauver la vie. En effet, ce médicament est un antagoniste aux opiacés, notamment à l’héroïne.

C’est pour cela qu’en 2014, l’Organisation Mondiale de la Santé a conseillé la vente libre de ce traitement aux personnes souffrant d’addiction à la drogue.

Les chiffres de l’OMS ont indiqué que soixante-neuf mille personnes succombaient à une overdose aux opiacés chaque année. En France, on estime que deux cent vingt mille personnes sont dépendantes aux opioïdes et trois cent quarante décès par overdose ont été répertoriés en 2015.

Une attente de courte durée

Avant la mise en vente de la naloxone, l’ANSM s’assurera de la mise en conformité de la notice et de l’étiquetage de ce spray nasal. Grâce à ce médicament, les victimes d’overdose aux opiacés pourront être sauvées dans l’immédiat en attendant la prise en charge médicale.

Dans trois mois, les personnes souffrant d’addiction et leur famille pourront se procurer ce traitement avec ou sans ordonnance en pharmacie et dans les centres spécialisés dans la prise en charge des toxicomanes.

Avec la commercialisation de la naloxone, on espère une réduction conséquente des cas de décès par overdose. Cela dit, l’idéal serait une solution durable qui combat le mal depuis sa racine.

Source

Quel est l’intérêt sanitaire des salles de shoot ? par Jean-Pierre Olié

AVIS D’EXPERT-La réponse du professeur Jean-Pierre Olié, psychiatre à l’hôpital parisien Sainte-Anne et membre de l’Académie nationale de médecine.

Depuis un demi-siècle, notre pays a engagé une lutte à la fois sanitaire et répressive contre les toxicomanies et les trafics de drogue. Pourtant, le nombre de personnes dépendantes à l’héroïne n’a jamais diminué au-dessous du seuil de 300.000.

Pourtant, il est satisfaisant d’observer que la politique de réduction des risques mise en œuvre par un grand nombre de structures de soins aux toxicomanes a significativement limité les complications infectieuses et les accidents d’overdose. Aujourd’hui, moins de 2 % des nouvelles contaminations par le virus du sida concernent les toxicomanes, et elles sont essentiellement liées à des conduites sexuelles à risque. Au contraire, la contamination par le virus de l’hépatite C demeure fréquente, touchant plus d’un toxicomane sur deux, et les salles d’injection contrôlée ne réduiront pas cette contamination extrêmement précoce dans le parcours du toxicomane.

La volonté de compassion à l’égard des personnes se trouvant en situation de dépendance à une ou plusieurs substances psychoactives est partagée par tous. Les toxicomanes se trouvent dans une situation de maladie qui justifie Lire la suite